- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Sphingidae
- Sous-famille : Macroglossinae
- Genre : Hemaris
Présentation
Le Sphinx bourdon appartient à la famille des Sphingidae. Cette famille compte environ 1 500 espèces dans le monde, dont une trentaine vivent en Europe et 25 sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent le Sphinx du troène, le Sphinx du tilleul, le Sphinx gazé ou encore le célèbre Moro-sphinx.

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans une morphologie adaptée au vol rapide, définie par un corps fusiforme et des ailes en delta. Ces particularités physiques n’ont pas seulement pour fonction la vitesse, mais jouent aussi un rôle dans la capacité de ces insectes à pratiquer le vol stationnaire pour butiner les fleurs sans jamais se poser.
Cette famille se divise en plusieurs genres, dont le genre Hemaris, qui regroupe environ 23 espèces au niveau mondial. Les larves de ce groupe sont inféodées aux plantes de la famille des Caprifoliaceae. La particularité majeure de ce genre est la perte d’écailles sur une grande partie de la surface alaire dès les premiers battements d’ailes, ce qui rend la voilure transparente. Ces insectes pratiquent le mimétisme, ce qui signifie que leur apparence et leur comportement imitent ceux d’hyménoptères pour dissuader les prédateurs.
Description
Le Sphinx bourdon est un papillon de taille moyenne dont l’envergure oscille entre 4 et 5 cm. Il possède une morphologie robuste et compacte qui favorise le vol stationnaire.
La tête est relativement large et fortement velue. Les yeux, grands et sombres, sont bien développés. Les antennes sont noires avec des reflets bleutés. Elles sont progressivement renflées vers leur extrémité et se terminent par une petite pointe (apiculus) . Elles diffèrent selon le sexe : celles du mâle sont dotées de petites dents* , les pectens, qui lui permettent de capter les signaux chimiques de la femelle. Celles de la femelle sont filiformes. Entre les antennes se dresse une touffe de poils clairs, souvent blanchâtres. La trompe, longue et robuste, est adaptée au butinage en vol.


Le thorax est massif et musculeux. Il est recouvert d’une épaisse pilosité qui varie du jaune olive au brun verdâtre, avec parfois des teintes plus beiges. La face dorsale présente une coloration vert olive. Les côtés du thorax portent souvent des poils plus clairs, presque crème.
L’abdomen est cylindrique et relativement court. Il présente une alternance de bandes sombres et de bandes plus claires, jaunâtres ou blanchâtres. Une large bande transversale brune marque les segments abdominaux. Chez certains individus, on peut aussi distinguer une zone légèrement plus sombre sur l’un des segments, plus ou moins visible selon la lumière et l’usure des écailles.
L’extrémité se termine par une touffe de soies sombres et mobiles, que l’insecte peut déployer ou resserrer. Cette touffe peut être teintée de roux, de jaune ou de brun noirâtre selon les individus. Chez la femelle, qui doit porter les œufs, l’abdomen est généralement plus large et plus arrondi.
Les ailes constituent le caractère le plus marqué. Bien que couvertes d’écailles sombres à l’émergence, celles-ci tombent dès le premier envol. Les ailes deviennent alors transparentes, à l’exception des nervures et d’une bordure marginale étroite et sombre. Les bordures restent largement brun rougeâtre, avec parfois des reflets olive ou noirs. Les ailes antérieures, longues et étroites, adoptent une position en delta au repos, alors que les ailes postérieures sont plus réduites et arrondies. Cette transparence renforce le mimétisme avec les hyménoptères.

Le dessous du corps est plus clair et plus velu. Les pattes sont relativement fortes et couvertes de poils.
Alimentation
Le Sphinx bourdon se nourrit du nectar qu’il prélève dans une grande variété de fleurs. Son régime privilégie les espèces dont la corolle forme un tube profond, souvent peu accessible à de nombreux autres insectes. On l’observe notamment sur les scabieuses, les knauties ou encore le bugle rampant. Cette activité se déroule surtout aux heures les plus ensoleillées de la journée.
Contrairement à la majorité des papillons qui se posent sur les fleurs pour se nourrir, le Sphinx bourdon reste en vol. Il se maintient immobile devant la fleur grâce à des battements d’ailes très rapides, presque invisibles. Ce comportement, ainsi que sa capacité à passer rapidement d’une fleur à une autre, rappelle celui des oiseaux-mouches. Cette technique lui permet d’éviter le contact avec les fleurs fragiles et de s’éloigner rapidement en cas de danger.
Habitat
Le Sphinx bourdon apprécie particulièrement les milieux ouverts et bien exposés au soleil. On le rencontre souvent dans les prairies fleuries, les lisières de forêts, les clairières ainsi que dans les zones humides comme les marais ou les bords de rivières. Sa présence est étroitement liée à la richesse de la flore locale. Il a besoin d’espaces où les plantes à nectar abondent pour son alimentation, mais aussi de zones où poussent les plantes nécessaires au développement de ses chenilles, comme les scabieuses ou les knauties. Ce papillon évite les zones de cultures intensives qui manquent de diversité végétale. On peut l’observer du niveau de la mer jusqu’à des altitudes dépassant 2000 mètres dans les massifs montagneux.
Plantes hôtes
Le cycle de vie du Sphinx bourdon dépend étroitement de la présence de certaines plantes sur lesquelles la femelle dépose ses œufs. Après l’éclosion, les chenilles se nourrissent exclusivement de ces végétaux.

Les plantes les plus souvent utilisées sont la knautie (Knautia arvensis), les scabieuses (Scabiosa spp.) et la succise des prés (Succisa pratensis). La femelle peut aussi pondre sur d’autres plantes, comme les cardères, les gaillets, les chèvrefeuilles ou les lychnis, mais ces choix restent variables selon les milieux.
Cycle de vie
Parade nuptiale et accouplement
La parade nuptiale débute généralement par la libération de phéromones par la femelle. Le mâle capte ces signaux chimiques grâce aux lamelles de ses antennes et remonte le courant d’air jusqu’à la source.


L’accouplement a lieu sur la végétation, souvent en position inverse. Une fois la fécondation réalisée, la femelle recherche ses plantes hôtes, comme la succise des prés ou la scabieuse. Elle y dispose généralement ses œufs en petits amas et veille à ce qu’ils soient bien abrités des intempéries et des prédateurs directs.
La chenille
À l’éclosion, les jeunes chenilles consomment le limbe foliaire de la plante hôte. Elles présentent d’abord une coloration vert tendre uniforme qui assure un camouflage efficace parmi le feuillage.
Au fil de sa croissance et des mues successives, la livrée évolue : elle reste globalement verte, mais se marque plus ou moins fortement de taches latérales roses situées au niveau des stigmates. Sa corne postérieure, ou scolus, caractéristique de la famille des Sphingidae, prend également cette teinte rose. Ces marques colorées brisent la silhouette de la chenille, la rendant plus difficile à détecter pour les prédateurs.
La chrysalide
La nymphose s’effectue au niveau du substrat, où la chenille élabore un cocon rudimentaire composé de soie et de débris végétaux. La chrysalide, d’un noir mat, se situe juste à la surface du sol ou sous la litière de feuilles. Cette enveloppe cuticulaire se révèle particulièrement fragile face aux aléas climatiques. En raison de cette sensibilité et de la faible protection offerte par ce cocon sommaire, la mortalité naturelle est élevée durant la saison hivernale, notamment en cas d’humidité excessive ou de gel prolongé.
Le stade nymphal peut durer quelques semaines pour les générations estivales ou se prolonger tout l’hiver si la chrysalide entre en diapause. L’émergence de l’imago se produit généralement au printemps suivant, dès que les conditions thermiques permettent l’activation du métabolisme, marquant le début d’une nouvelle génération. L’espèce vole de mars à juin avec parfois une seconde génération en août.
Distribution
Le Sphinx bourdon occupe une aire de répartition qui couvre une partie de l’Europe et de l’Asie. On l’observe depuis le Portugal et l’Espagne jusqu’au sud de la Scandinavie. Il est présent dans des pays comme la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie ou l’Allemagne.

Vers l’est, son habitat traverse la Pologne et la Russie pour atteindre la Turquie et une partie de la Sibérie. Ce papillon se limite aux régions de climat tempéré. Il est absent des zones de chaleur extrême, comme l’Afrique du Nord, ainsi que des régions situées au nord du cercle polaire.
Taxonomie
Le Sphinx bourdon a été nommé pour la première fois par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Sphinx tityus. A cette période Linné utilisait aussi le nom de Sphinx bombyliformis pour le designer . Ce second nom faisait directement référence à la ressemblance du papillon avec un grand bourdon (le genre Bombus).
Le nom de genre Hemaris a été créé en 1816 par le naturaliste suédois Johan Wilhelm Dalman.
La famille des Sphingidae a été proposée en 1802 par l’entomologiste français Pierre André Latreille.
Étymologie
Le nom de genre Hemaris trouve son origine dans le grec ancien hêmera qui signifie jour. Il souligne une particularité biologique de ce papillon qui, contrairement à la majorité des membres de sa famille, possède une activité exclusivement diurne.
Le qualificatif « tityus » renvoie à la mythologie grecque. Il fait référence au géant Tityos, un personnage à l’histoire singulière. Zeus cache d’abord la nymphe Élara sous la terre pour la protéger de la jalousie de son épouse Héra. C’est dans cet abri souterrain qu’Élara donne naissance à Tityos. Cependant, le nouveau-né est si volumineux qu’il déchire le ventre de sa mère. Gaïa, la Terre, recueille alors l’enfant dans ses propres entrailles. C’est donc sous le sol que Tityos finit de grandir et de se développer avant de voir le jour. Dans les récits antiques, il finit par atteindre une stature démesurée qui occupe neuf arpents de terrain.
Sa fin est tragique. Tityos tente de violenter Léto, la mère d’Apollon et d’Artémis. Pour ce crime, il subit un châtiment éternel aux Enfers. Là-bas, deux vautours lui dévorent le foie. Les Grecs voient dans cet organe le siège des passions humaines. Sous l’influence de la lune, son foie repousse sans cesse. Ce supplice condamne le géant à une agonie sans fin.
L’attribution de ce nom par Carl von Linné s’inscrit dans une tradition précise. Les naturalistes de son époque nomment souvent les insectes puissants ou impressionnants d’après des géants ou des divinités. C’est une manière d’illustrer leur force vitale à travers la culture classique.
Le terme Sphinx fait référence à la posture adoptée par les chenilles de cette famille lorsqu’elles se sentent menacées : elles redressent la partie antérieure de leur corps, rappelant ainsi la silhouette du buste de la créature mythologique égyptienne.
Le quelificatif « bourdon » vient d’une ressemblance morphologique avec les hyménoptères du genre Bombus. Cette caractéristique permet à ce papillon de bénéficier d’une protection contre certains prédateurs qui associent cette apparence à la présence d’un aiguillon. On parle alors de mimétisme batésien.
Le qualificatif bombyliforme, quant à lui, souligne la similitude visuelle avec les mouches de la famille des Bombyliidae. Ces insectes possèdent un corps trapu, une pilosité dense et une longue trompe, des attributs que l’on retrouve également chez ce sphinx lors de son activité de butinage en vol stationnaire.
À l’étranger
Les autres langues utilisent souvent les mêmes qualificatifs pour nommer ce papillon, en insistant sur sa ressemblance avec le bourdon ou sur la plante dont se nourrit sa chenille.
En anglais, il porte le nom de Narrow-bordered Bee Hawk-moth, ce qui signifie littéralement « le sphinx-abeille à bordure étroite », une description très précise de ses ailes transparentes aux bords fins. Les Allemands privilégient sa plante hôte et l’appellent Skabiosenschwärmer, le « sphinx de la scabieuse ». En Espagne, on retrouve une formule proche du français avec Esfinge abejorro de orla estrecha, soit le « sphinx bourdon à bordure étroite ». En néerlandais, son nom est Hommelvlinder, ce qui se traduit directement par « papillon-bourdon ».
