Nuisibilité ou invasivité

Nous décidons qu’une plante est invasive ou qu’un animal est nuisible parce qu’ils ne correspondent pas à notre vision de ce que devrait être la nature. Mais invasive ou nuisible pour qui ?

Une plante qui se développe au détriment d’autres espèces végétales peut être gênante pour certaines espèces et bénéfique pour de nombreuses autres. La Renouée du Japon, considérée comme nuisible, est pourtant très appréciée des abeilles, des bourdons et des syrphes qui viennent se nourrir de son nectar. De nombreux autres animaux utilisent également sa végétation comme un refuge qui les protège des prédateurs.

De la même manière, un animal qui se développe au détriment d’autres animaux n’est pas que mauvais et peut être lui aussi bénéfique à de nombreuses espèces. Le Frelon asiatique, par exemple, peut être gênant pour les abeilles domestiques (nos abeilles), mais en tant que pollinisateur, peut aussi être extrêmement bénéfique pour de nombreuses plantes.

Frelon asiatique (Vespa velutina)
Frelon asiatique (Vespa velutina)

Il est aussi très apprécié de nombreux petits insectes qui ramassent les miettes qu’il laisse tomber lorsqu’il façonne ses boulettes de protéines pour son couvain.

Pour savoir si cette plante ou cet animal sont réellement nuisibles à la nature dans sa globalité, il faudrait pouvoir prendre en compte le point de vue de toutes les espèces qui vivent dans ce milieu.

Et même ainsi, comment décider que les intérêts des unes sont plus importants que ceux des autres ? Pourquoi l’intérêt des humains serait-il plus juste et vrai que celui de la tique, de l’oiseau ou du renard ?

Le plus étonnant, c’est que ces jugements de nuisibilité ou d’invasivité sont portés par l’espèce qui détruit le plus les milieux naturels. Celle qui a pollué les sols, les rivières, les mers, le ciel et maintenant l’espace. Celle qui est aussi responsable de la disparition de nombreuses espèces animales et végétales. Une espèce qui, bien souvent, a elle-même introduit celles qu’elle qualifie aujourd’hui d’invasives ou de nuisibles.

On a là un bel exemple de ce que j’appelle le « narcissisme d’espèce » :

Nous avons tous rencontré au cours de notre vie des êtres dont le narcissisme était particulièrement puissant. Ces personnes s’intéressent principalement à elles-mêmes et ne perçoivent le monde qu’en fonction de leur unique intérêt.

L’autre, pour elles, n’existe pas ou très peu.

Mais il existe aussi un narcissisme d’espèce qui pousse l’ensemble des humains à ne percevoir le monde qu’en fonction de leur unique intérêt.

Ce narcissisme collectif est si puissant que nous nous arrogeons le droit de décider de ce qui est bon ou mauvais pour la nature et que nous érigeons notre point de vue en vérité universelle.

L’autre espèce, pour nous, n’existe pas ou très peu et seul compte notre intérêt.

N’oublions pas que la nature n’a pas été créée pour répondre aux attentes des humains et qu’aucune espèce ne possède à elle seule le droit de décider de la place des autres.

Pour en savoir plus sur le narcissisme d’espèce, c’est ici

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