Nymphalis polychloros (Grande tortue )

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Nymphalidae
  • Sous-famille : Nymphalinae
  • Genre : Nymphalis

Et voilà le premier papillon de l’année. Un mâle grande tortue attiré par la forte luminosité de ce tronc de peuplier. Il faisait très beau aujourd’hui et l’on se serait cru en mai, bien que nous ne soyons que le 20 février.  

Je dis « mâle » alors que le dimorphisme est  quasiment inexistant dans cette espèce (les femelles sont juste parfois un peu plus grandes) . Pour avancer cela, je me base sur le comportement du papillon. Lorsqu’il n’était plus sur l’arbre, il poursuivait  de ses assiduités une  femelle qui essayait tantôt de l’attirer en volant devant lui, tantôt de le fuir . Puis il revenait se poser sur ce tronc pour se reposer un peu. Ce dernier détail est d’ailleurs  l’une des particularités de ces  mâles au caractère bien marqué  qui aiment se poser  sur  des endroits dégagés ou des troncs d’arbres pour surveiller leur territoire.

Grande tortue (20 février 2023)

La femelle, elle, disparaissait sur le terrain voisin en passant par-dessus les broussailles puis revenait de temps à autre pour narguer son beau mâle et attirer son attention . 

Les deux papillons ont passé une 1 heure ou deux à se courir après en effectuant  des vols en forme de tire-bouchon qui signent la  parade nuptiale précédant l’accouplement.

Vu la territorialité de ces papillons et le dimorphisme très faible dans cette  espèce , on pourrait aussi imaginer qu’il s’agissait d’un mâle qui chassait un autre mâle de « sa propriété », mais il y avait dans leur danse en spirale  plus de douceur et de séduction  que d’agressivité.

Le territoire de la grande tortue est moins grand qu’on pourrait l’imaginer  puisqu’ il fait entre 800 à 1800 m2. Lorsqu’on les observe longuement,  on s’aperçoit qu’il reviennent régulièrement au même point, ils tournent en rond et  qu’ils sont finalement assez prévisibles et  routiniers .

Présentation

La Grande tortue (Nymphalis polychloros) ou Vanesse de l’orme est une espèce de lépidoptère de la famille des Nymphalidae, de la sous-famille des Nymphalinae, de la tribu des Nymphalini et du genre Nymphalis. Ce lépidoptère appartient à la famille des Nymphalidae, un groupe majeur qui rassemble environ 6 000 espèces à travers le globe. L’atrophie de la première paire de pattes constitue l’un des critères d’identification de cette famille.

Repliées contre le thorax, elles délaissent la marche au profit d’une fonction sensorielle. La Grande tortue se place au sein de la sous-famille des Nymphalinae, qui regroupe des genres familiers des jardins comme Aglais (la Petite tortue) ou Inachis (le Paon du jour).

La grande tortue fait aussi parti au genre Nymphalis, qui comprend environ 7 espèces dans le monde dont 3 en Europe et 2 en France : la Grande tortue et le Morio. Ces deux représentants du territoire national partagent des mœurs forestières et une biologie hivernale similaire. L’une des caractéristiques de ce genre réside dans le contour fortement découpé et dentelé des ailes. Cette morphologie alaire particulière favorise un camouflage efficace lorsque l’insecte est au repos. Une autre particularité de ce genre est la longévité exceptionnelle des adultes. La robustesse physiologique de ces individus leur permet de traverser l’hiver dans un état de diapause et d’assurer ainsi la pérennité de l’espèce jusqu’au printemps suivant.

Description

La Grande Tortue est un papillon de taille moyenne avec une envergure de 50 à 60 mm. De couleur brun orangé, elle possède des taches noires sur les ailes antérieures. Quatre de ces taches, situées vers le milieu de l’aile, présentent une forme plutôt arrondie. À l’inverse, les trois marques situées sur le bord avant sont plus larges et de forme plutôt rectangulaire. Le bord externe des ailes présente une frise jaune et noire ; elle est suivie d’une série de lunules bleu clair, bien développées et presque continues sur les postérieures. Le revers des ailes est brun grisâtre à brun chaud. Il est parcouru de marbrures et de lignes irrégulières qui évoquent fortement une feuille sèche. Le bord du revers des antérieures montre une plage jaunâtre plus claire.

Le corps de l’insecte présente une forte pilosité brune sur le thorax et l’abdomen.  Ces poils favorise la rétention de chaleur et permet au papillon de voler par des températures relativement basses. Les yeux sont volumineux et bien développés. La tête porte deux antennes sombres terminées par une massue dont l’extrémité est plus claire.

Les ailes affichent des contours profondément découpés et anguleux ; associés au dessin du revers, ils renforcent fortement le camouflage lorsque l’insecte est posé ailes repliées sur un tronc ou parmi des feuilles mortes.

Griffes doubles au bout de la patte de la Grande tortue (domaine public)

Au niveau de la locomotion, ce papillon ne dispose que de quatre pattes marcheuses visibles. La première paire, très réduite, est maintenue contre le thorax et intervient surtout dans la perception sensorielle. Les pattes fonctionnelles se terminent par des tarses munis de griffes doubles, ce qui assure une excellente adhérence sur les supports verticaux.

Le dimorphisme chez la Grande Tortue

Le critère principal de distinction réside dans la taille. La femelle est généralement plus robuste et possède une envergure légèrement supérieure à celle du mâle. Ce volume plus important est lié à la présence de l’appareil reproducteur et des œufs. Un autre détail discret se situe au niveau de la forme des ailes : les ailes du mâle présentent souvent des angles un peu plus vifs et des contours plus découpés que ceux de la femelle, dont les formes sont légèrement plus arrondies.

Sur le plan du comportement, le mâle manifeste un tempérament territorial. Il se poste fréquemment sur un tronc ou un sommet d’arbuste pour surveiller son domaine et chasser les intrus. La femelle, quant à elle, adopte une attitude plus discrète, se déplaçant principalement pour localiser les plantes hôtes favorables à la ponte.

Alimentation

Sur ce plan-là, la Grande Tortue présente une particularité. Dans ses pages entomologiques, André Lequet rappelle que, comme le Morio, la Grande Tortue ne butine pas, mais qu’elle « pompe sa nourriture sur les lésions des arbres ou les écoulements de sève ». Les adultes visitent effectivement rarement les fleurs, si ce n’est, au printemps, celles des saules. Comme un certain nombre de papillons, elle se nourrit également d’excréments dont elle extrait les nutriments.

L’appareil buccal de ce papillon, bien que muni d’une trompe comme chez les espèces butineuses, est principalement utilisé pour aspirer des liquides riches en sels minéraux et en sucres fermentés. On observe souvent l’insecte posé sur des fruits blets tombés au sol, comme des prunes ou des poires, dont il aspire le jus sucré. Cette attirance pour les matières en décomposition ou les suintements ligneux explique sa présence fréquente sur les troncs plutôt que sur les massifs floraux. Ce régime riche en azote et en sels minéraux est indispensable pour assurer la longévité de l’imago, qui doit constituer des réserves lipidiques suffisantes pour traverser une période d’hivernation de plusieurs mois.

Reproduction

Après l’accouplement, la femelle se met à la recherche d’une plante hôte pour y pondre ses œufs. Ceux-ci se présentent sous la forme de grappes qui sont déposées et collées en général autour d’une petite branche sous la forme de manchons. L’objectif est que les minuscules chenilles, encore très fragiles, puissent trouver à manger dès qu’elles sortent de l’œuf sans avoir à parcourir de grande distance. La femelle pond 40 à 80 œufs, mais elle peut en pondre jusqu’à 200 en plusieurs endroits si elle ne subit aucun dérangement. L’incubation dure 2 à 3 semaines.

Oeufs de Grande tortue (Domaine public)

Une fois sorties de l’œuf, les chenilles se mettent à manger. Elles vivent en groupe et tissent souvent une toile de soie pour s’abriter des prédateurs. Cinq semaines après, les chenilles s’agitent et se séparent. Chacune d’entre elles entame alors sa transformation finale, appelée nymphose. La chenille change de forme pour devenir une chrysalide. Durant cette étape, l’insecte reste totalement immobile et cesse de s’alimenter opérer la transformation . La chrysalide se fixe solidement la tête en bas à une branche ou un buisson grâce à un petit crochet situé à son extrémité. Ce stade dure entre 8 et 10 jours. Il s’achève par l’ouverture de l’enveloppe et la sortie du papillon adulte, que l’on appelle l’imago.

La Grande Tortue est une espèce univoltine, ce qui signifie qu’elle ne produit qu’une génération par an. Les adultes, ayant passé l’hiver dans des abris, apparaissent dès les mois de mars ou avril pour s’accoupler. La génération suivante n’apparaît qu’en juin ou juillet. Ces nouveaux adultes ne se reproduisent pas immédiatement ; ils passent l’été et l’automne à accumuler des réserves avant d’entrer à leur tour en hibernation.    

Plantes hôtes

La femelle de la Grande Tortue pond ses œufs sur de nombreux arbres et arbustes. Elle préfère le peuplier (Populus), le saule marsault (Salix caprea) et l’orme. Elle utilise aussi des arbres fruitiers comme le pommier, le poirier ou différentes espèces du genre Prunus.

D’autres plantes peuvent également servir de refuge pour les chenilles. On trouve parfois des bouleaux (Betula), des noisetiers (Corylus) ou des aulnes (Alnus). Ces arbres et arbustes offrent aux jeunes chenilles des feuilles fraîches pour se nourrir dès leur sortie de l’œuf.

Distribution

L’espèce occupe une vaste aire de répartition qui s’étend à travers l’Europe, l’Afrique du Nord et une partie de l’Asie tempérée jusqu’au Japon. En France, elle est présente sur l’ensemble du territoire métropolitain, bien que ses populations soient devenues plus localisées et moins abondantes au cours des dernières décennies. Ce papillon fréquente principalement les lisières de forêts, les clairières, les vergers traditionnels et les parcs boisés. On l’observe depuis les plaines jusqu’à une altitude qui peut atteindre 1 500 mètres en montagne, selon la disponibilité des arbres nourriciers.


Carte GBIF de la présence de la Grande tortue dans le monde

Confusions

La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) peut facilement être confondue avec sa cousine la Petite Tortue (Aglais urticae). Quelques différences permettent pourtant de les distinguer :

  1. La Petite Tortue possède une tache blanche sur l’apex des ailes antérieures alors que cette zone est jaunâtre sur la Grande Tortue.
  2. La couleur orange comme le jaune présentent une intensité supérieure chez la Petite Tortue. Sur la Grande Tortue, l’orange reste plus discret et tire vers le fauve.
  3. La taille des lunules bleues est proportionnellement plus grande et plus visible sur la Petite Tortue. Le bleu y est également plus saturé. Sur la Grande Tortue, ces lunules sont encadrées par une ligne noire plus épaisse et continue.
  4. Les zones jaunes entre les taches noires sur l’avant des ailes occupent une surface proportionnellement plus importante sur la Petite Tortue.
  5. La Petite Tortue est, comme son nom l’indique, plus petite que sa cousine. La première a une envergure de 40 à 50 mm alors que la deuxième se situe plutôt entre 50 et 60 mm.
  6. La Grande Tortue possède quatre taches sur l’aire postdiscale alors que la Petite Tortue n’en possède que trois.
  7. Le revers des ailes de la Grande Tortue est presque uniformément sombre, tandis que celui de la Petite Tortue montre une division nette entre une base foncée et une bordure beaucoup plus claire.

D’autres différences non physiques existent, comme le fait que la Petite Tortue soit une véritable butineuse de nectar alors que la Grande Tortue se nourrit principalement de la sève des arbres

Taxonomie

La Grande Tortue a été décrite et nommée par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio polychloros.

Le nom de genre Nymphalis a été créé en 1803 par l’entomologiste allemand Johann Wilhelm Meigen.

La famille des Nymphalidae a été proposée en 1815 par le zoologiste britannique Constantine Samuel Rafinesque.

Étymologie

Le nom de genre Nymphalis constitue un emprunt de Linné à la mythologie grecque. Les nymphes y étaient des divinités qui vivaient en harmonie avec les éléments de la nature et possédaient des traits de jeunes filles. D’après Jean-Yves Cordier, Linné donna ce nom de genre à cinquante-sept espèces de papillons aux ailes dentelées.

L’épithète polychloros vient du grec poly (plusieurs) et de chloros (vert). Cela demeure étrange, voire absurde, puisqu’il n’existe aucune couleur verte sur ce papillon. Il est vraisemblable que le naturaliste suédois Carl von Linné ait commis une erreur lorsqu’il l’a nommé en 1758 et qu’il ait confondu Chloros avec Khroma. Ce dernier mot, qui signifie couleur, conviendrait beaucoup mieux pour décrire les teintes brunes, orange, jaunes, noires et bleues de cet insecte. Cette erreur a été conservée à travers le temps et appartient désormais à l’histoire de ce papillon.

Grande Tortue : grande, parce que le papillon est tout simplement plus grand que sa cousine la Petite Tortue. Le mot tortue a été employé pour la première fois sur ce papillon par l’entomologiste James Petiver. Celui-ci jugeait que les motifs clairs et sombres de ses ailes rappelaient, par la répartition des taches de couleurs, les carapaces de certaines tortues.

Vanesse de l’orme : le mot vanesse dérive d’un autre nom de la déesse Vénus. Le terme orme désigne quant à lui l’une des plantes hôtes de ce papillon.

Noms vernaculaires

La Grande Tortue est désignée sous plusieurs appellations qui varient selon les époques et les auteurs. On la retrouve ainsi sous le nom de Vanesse polychlore ou de Vanesse grande tortue. Une dénomination plus rare mais très évocatrice est celle de Grand renard. Ce nom provient sans doute de sa couleur fauve et de sa pilosité rousse qui rappellent le pelage du mammifère. Enfin, l’appellation Papillon de l’orme souligne à nouveau le lien étroit qui unit cet insecte à son arbre de prédilection. L’usage de ces différents noms montre à quel point ce papillon a marqué l’observation populaire par sa taille et ses teintes chaleureuses.

Noms à l’étranger

Les noms étrangers de la Grande Tortue soulignent souvent sa parenté avec la Petite Tortue ou sa couleur rousse. En anglais, elle se nomme Large Tortoiseshell, ce qui se traduit littéralement par Grande Écaille de Tortue. Les Allemands utilisent le terme Großer Fuchs, ce qui signifie Grand Renard, rejoignant ainsi l’une des appellations françaises.

En italien, on l’appelle Vanesse de l’orme ou plus simplement Ninfale de l’olmo. Les Espagnols utilisent également cette référence botanique avec le nom Olmera. Aux Pays-Bas, le nom Grote Vos confirme à nouveau la comparaison avec le renard. Cette convergence de noms entre les pays démontre que la taille imposante, la couleur fauve et l’attachement à l’orme sont les trois caractéristiques les plus marquantes de cette espèce à l’échelle du continent.

Apex : Chez les papillons, l’apex est la partie de l’aile  la plus éloignée de la base (le bout de l’aile ) ? 

Entomologie : Partie de la zoologie dont l’objet est l’étude des insectes .

Posdiscal ou postmédian : Qualifie la partie de l’aile d’un papillon qui se situe après  l’aire discale et avant  l’aire submarginale lorsqu’on va vers le bord externe

Lunule : dessin en forme de croissant souvent présent en série sur les bordures des ailes des papillons.

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