Cossus gâte bois (Cossus-cossus )

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Sous classe : Pterygota
  • Ordre : Lepidoptera
  • Sous-ordre : Glossata
  • Infra-ordre : Heteroneura
  • Super famille : Cossoidea
  • Famille : Cossidae
  • Genre : Cossus

J’ai d’abord entendu un bruit , puis j’ai vu un gros insecte passer devant moi en volant. Intrigué par sa taille , je me suis approché et j’ai découvert ce cossus-gâte-bois assez impressionnant. Il avait dû être dérangé dans son sommeil, car c’est un papillon de nuit. La nouvelle branche sur laquelle il s’est posé a dû lui convenir puisqu’il y a passé le reste de la journée sans bouger .

Présentation

Le Cossus gâte-bois appelé aussi gâte-bois  ou Ronge-bois est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Cossidae. Cette famille compte environ 110 genres et près de 700 espèces dans le monde, dont une cinquantaine vivent en Europe et 7 sont présentes en France. Parmi les membres de ce groupe que l’on rencontre sur le territoire figurent la Zeuzère du poirier ou encore le Cossus de l’asperge.

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la morphologie massive des adultes, dont l’envergure peut atteindre 9 cm, et dans leur stratégie de camouflage. Ces insectes possèdent un corps robuste et des ailes aux motifs réticulés grisâtres qui imitent l’écorce ou des brindilles cassées lors du repos. Contrairement aux rhopalocères, ce papillon possède une activité strictement nocturne ; pour cette raison, il est classé dans la catégorie des hétérocères.

Il appartient au genre Cossus, qui regroupe des papillons dont les chenilles se développent en creusant des galeries dans le bois vivant de divers feuillus. La particularité majeure de ce genre est la longévité du stade larvaire, qui peut durer jusqu’à trois ans pour atteindre sa maturité. Cet insecte pratique l’endophytie, ce qui signifie que les larves vivent et se nourrissent exclusivement à l’intérieur des tissus végétaux, à l’abri des prédateurs externes.

Le genre se distingue également par une atrophie des pièces buccales chez l’adulte, ce qui empêche l’imago de se nourrir. Les femelles utilisent une tarière pour déposer leurs œufs dans les anfractuosités de l’écorce. Le Cossus gâte-bois demeure l’un des plus reconnaissables sur le territoire en raison de la forte odeur de vinaigre, ou de bouc, que dégagent ses chenilles, ce qui lui vaut parfois le nom familier de papillon de chèvre ou Cossus ronge-bois.

Description

L’adulte a une envergure de 75 mm, ce qui fait de lui la plus grand papillon de sa famille  de sa famille. Sa morphologie générale est massive et sa livrée cryptique le fait ressembler à un vieux bout de bois.

La tête porte des antennes plumeuses chez les deux sexes, bien que celles du mâle présentent des ramifications plus denses pour capter les signaux chimiques dans l’obscurité. En comparaison de la phase larvaire, la durée de vie de ces papillons est très brève car elle n’excède pas huit à dix jours. Ils apparaissent au début de l’été, de mai à juillet. Durant cette période, ils ne s’alimentent pas car ils ne possèdent qu’une trompe atrophiée

L’insecte puise exclusivement dans les réserves accumulées lors de sa longue phase larvaire pour assurer sa reproduction avant de mourir.

Illustration par Dr. F. Nemos, Domaine public
Les antennes pectinées du cossus gâte bois (Domaine public) Photo Pavel Kirillov CC BY-SA 2.0

Le thorax est large et robuste. Il présente une ornementation caractéristique composée d’une ligne noire transversale en forme de W. Cette marque est bordée par une zone ocre d’un côté et gris foncé de l’autre, ce qui casse les contours de l’animal au repos.

Les ailes antérieures et postérieures possèdent une coloration brun ocre avec des zébrures transversales qui renforcent l’effet de camouflage. Ce réseau de lignes noires forme un motif réticulé qui imite parfaitement la texture des écorces. L’abdomen est volumineux, annelé de gris et de brun, et dépasse souvent la longueur des ailes chez la femelle. Le Cossus gâte-bois est un papillon qui vit principalement au bord de l’eau, mais qui peut aussi s’adapter à différents milieux pourvu qu’il y trouve ses arbres hôtes.

Habitat

L’adulte fréquente principalement les zones humides et les milieux boisés où la présence de vieux arbres est importante. On le rencontre de manière privilégiée dans les forêts alluviales, les bords de rivières et les marécages car ces lieux favorisent la croissance des saules et des peupliers. Ces essences constituent ses arbres hôtes de prédilection pour la ponte.

Ce papillon ne limite toutefois pas son habitat aux zones sauvages et s’adapte aux environnements modifiés par l’homme. On l’observe régulièrement dans les vergers, les parcs urbains et les jardins plantés d’arbres à bois tendre comme les pommiers ou les ormes. Sa présence est conditionnée par l’existence de troncs déjà affaiblis ou blessés, car l’écorce doit offrir des anfractuosités accessibles pour le dépôt des œufs.

Plantes hôtes

Ses plantes hôtes de prédilection sont  les saules, les peupliers, les bouleaux ou les aulnes. On la trouve également de manière fréquente sur les arbres fruitiers de la famille des Rosaceae, tels que les pommiers, les poiriers et les cerisiers.

Le choix de l’arbre dépend moins de l’espèce botanique que de l’état de santé du sujet. L’insecte privilégie les arbres âgés, affaiblis ou présentant des blessures au niveau de l’écorce. Ces zones dégradées facilitent l’insertion des œufs et permettent aux jeunes chenilles de pénétrer plus aisément dans les tissus ligneux. D’autres essences comme l’orme, le chêne, le hêtre ou même parfois le noyer peuvent aussi héberger des colonies, ce qui témoigne de la capacité d’adaptation de ce lépidoptère.

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

La parade nuptiale débute dès la tombée de la nuit, lorsque les femelles se positionnent sur les troncs des arbres hôtes. Elles libèrent alors des phéromones puissantes pour attirer les partenaires. Les mâles captent ces signaux chimiques et volent avec rapidité pour localiser la source odorante. Une fois le rapprochement effectué, l’accouplement a lieu directement sur l’écorce.

La femelle dépose ses œufs de couleur brune  isolément ou en petit groupe sur les troncs de ses arbres hôtes comme le saule, le peuplier   ou le bouleau. Elle choisit de préférence des arbres affaiblis qui seront moins durs et rendront plus facile le travail de la chenille. Une femelle gâte-bois peut pondre jusqu’à 700 œufs . Le nombre élevé des œufs sert à compenser les pertes qui vont obligatoirement arriver du fait des prédateurs, du climat ou des maladies.

Chenilles

Dès l’éclosion, les jeunes larves pénètrent sous l’écorce. La chenille possède une tête noire robuste et un corps rouge brunâtre avec des bandes jaunes latérales. Elle peut mesurer jusqu’à 100 mm au terme de sa croissance. Sa peau est luisante et dégage une odeur caractéristique de vinaigre de bois, issue de l’acide pyroligneux. Lorsqu’elle subit une menace, elle projette un liquide acide et exhibe ses puissantes mandibules pour faire fuir les prédateurs.

Chenille du Cossus gâte-bois
Chenille du Cossus gâte-bois (Domaine public)

Le développement de la larve est exceptionnellement long et constitue la majeure partie de la vie de l’insecte. La chenille peut rester à cet état pendant deux à quatre ans à l’intérieur de son hôte. Comme la plupart des espèces xylophages, elle creuse d’abord sous l’écorce puis s’enfonce parfois jusqu’au cœur de l’aubier. Des amas de poussière au pied de l’arbre témoignent de cette activité.

Nymphose

Le processus de transformation débute au sortir de l’hiver. La larve choisit un emplacement stratégique, soit à l’extrémité d’une galerie proche de la surface de l’écorce, soit au pied de l’arbre dans le sol. Elle fabrique alors un cocon solide composé de soie et de débris de bois agglomérés. À l’intérieur de cet abri, elle se métamorphose en chrysalide.

Cette phase de repos apparent dure de 4 à 6 semaines. Durant cette période, les tissus de la larve se réorganisent totalement pour former l’imago. La chrysalide possède des rangées de petites épines sur les segments de son abdomen. Celles-ci lui permettent d’effectuer des mouvements de rotation et de translation. Juste avant l’éclosion, la chrysalide utilise ces pointes pour se hisser partiellement hors du cocon ou de l’orifice de la galerie. Cette position facilite la sortie du papillon et évite que ses ailes encore fragiles ne se déchirent contre les parois rugueuses du bois.

Ennemi naturel des cossus gâte-bois

En premier lieu les oiseaux comme les pics  qui apprécient beaucoup  les chenilles . Elle  est également attaquée par  les ichneumonidés qui sont une famille d’insectes d’hyménoptères. La femelle pond ses œufs  à l’intérieur de la chenille qui sert alors de repas aux larves .  Les chrysalides sont parasitées par le champignon Cordyceps militaris.

Distribution

Le Cossus gâte-bois occupe une vaste zone qui s’étend sur une grande partie de l’Europe et se prolonge vers l’Asie, jusqu’au Japon. En France, ce papillon se trouve sur l’ensemble du territoire, aussi bien dans les campagnes qu’en Corse, et il peut vivre en montagne jusqu’à 1 500 mètres d’altitude. On le rencontre couramment en Europe de l’Ouest, par exemple en Belgique, en Suisse, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Il est également présent dans toute la zone méditerranéenne, de l’Espagne et du Portugal jusqu’à l’Italie et la Grèce. Vers le nord, son territoire s’étend jusqu’en Scandinavie, mais il s’arrête au sud de la Norvège, de la Suède et de la Finlande à cause du froid trop intense. À l’est, il est très répandu de la Pologne jusqu’à la Roumanie et la Bulgarie.

Carte GBIF de la présence du Cossus gâte bois dans le monde

Taxonomie

Le Cossus gâte-bois a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Phalaena cossus.

Le nom de genre Cossus a été créé en 1794 par l’entomologiste danois Johan Christian Fabricius.

La famille des Cossidae a été proposée en 1815 par l’entomologiste anglais William Elford Leach.

Étymologie

Le nom scientifique du Gâte-bois est explicite car il utilise deux fois le terme latin « Cossus », lequel désigne les larves qui vivent dans le bois. Ce mot possède une origine très ancienne. Dans la Rome antique, il servait à nommer les gros vers trouvés sous l’écorce des arbres. Selon les récits de l’époque, ces larves étaient très appréciées en cuisine et figuraient souvent aux menus des grands banquets. Toutefois, il est probable que les Romains ne consommaient pas la chenille du Gâte-bois à cause de son odeur acide de vinaigre, mais qu’ils préféraient des larves de gros coléoptères au goût plus neutre. En choisissant ce terme, le naturaliste Carl von Linné a voulu souligner la caractéristique la plus marquante de cet insecte : sa vie cachée dans les troncs.

Cette répétition d’un même mot pour le genre et l’espèce, comme pour Cossus cossus, se nomme une tautonymie. Ce procédé est autorisé par les règles de la nomenclature zoologique. Il sert souvent à désigner l’espèce type, c’est-à-dire l’espèce qui sert de modèle de référence pour tout son groupe. On retrouve ce système chez plusieurs animaux comme le renard roux (Vulpes vulpes), le bison d’Amérique (Bison bison) ou le loriot d’Europe (Oriolus oriolus). En revanche, cette pratique est formellement interdite pour les noms de plantes dans la nomenclature botanique.

Les noms vernaculaires comme Gâte-bois ou Ronge-bois sont également très transparents. Le verbe « gâter » signifiait autrefois « abîmer » ou « détériorer ». On l’appelle aussi parfois le Cossus du peuplier, car cet arbre figure parmi ses hôtes favoris. Ces appellations populaires montrent que les forestiers avaient identifié ce papillon par les dégâts que sa chenille infligeait aux arbres bien avant l’invention des noms savants.

Les noms à l’étranger

À l’étranger, les noms donnés à ce papillon s’inspirent souvent soit de son travail de forage, soit de l’odeur très particulière de sa chenille. Ces appellations populaires permettent de voir quelles caractéristiques ont le plus frappé les observateurs selon les pays.

En Angleterre, il porte le nom de Goat Moth, ce qui signifie « Papillon chèvre ». Ce nom ne vient pas de son apparence mais de la forte odeur de bouc que dégage la larve lorsqu’elle vit dans son tronc. En Allemagne, on l’appelle Weidenbohrer, un nom qui se traduit par « Foreur de saule ». Cette appellation est très précise puisqu’elle désigne à la fois l’arbre favori de l’insecte et l’action de percer des galeries.

Les pays latins restent plus proches du nom scientifique ou de l’activité de destruction du bois. En Italie, il est connu sous le nom de Perdilegno rosso, ce qui veut dire littéralement « Gâte-bois rouge », en référence à la couleur vive de la chenille. En Espagne, on utilise le terme Taladro de la madera, ce qui signifie « Perceuse de bois ». Ces noms montrent que, partout en Europe, cet insecte est d’abord identifié comme un ouvrier capable de s’attaquer à la structure même des arbres.

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