Le Myrtil (Maniola jurtina)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille :Nymphalidae
  • Sous-famille : Satyrinae
  • Genre : Maniola

Présentation

Le Myrtil (Maniola jurtina) appartient à la famille des Nymphalidae, un groupe qui rassemble environ 6 000 espèces de papillons à travers le monde. En France, cette famille compte environ 130 représentants. On y rencontre notamment le Paon-du-jour (Aglais io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Belle-Dame (Vanessa cardui), le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia) ou encore le Grand Mars changeant (Apatura iris). Les membres de cette famille possèdent une première paire de pattes réduite et repliée contre le thorax. Ils marchent uniquement sur quatre pattes fonctionnelles.

Myrtil sur fleurs de lavande
Myrtil sur fleurs de lavande

Le Myrtil fait également partie de la sous-famille des Satyrinae. Les membres de ce groupe possèdent souvent des couleurs brunes ou ternes qui favorisent le camouflage dans les herbes sèches ou les sous-bois. Contrairement à d’autres familles plus colorées, les espèces de cette sous-famille présentent fréquemment des ocelles, des taches en forme d’yeux sur les ailes, pour effrayer les prédateurs. Elles sont réputées pour leur vol bas et saccadé qui est idéal pour  les prairies et les lisières dans lesquelles ils aiment vivre.

Il appartient aussi au genre Maniola. Les espèces de ce genre présentent généralement des ailes dont la couleur de fond est un brun sombre. Elles se distinguent par un large ocelle noir pupillé de blanc à l’apex de l’aile antérieure, souvent entouré d’une zone orangée plus marquée chez la femelle. Le revers des ailes postérieures est d’un brun grisâtre plus neutre. Cette teinte permet aux individus de se fondre dans la végétation lorsqu’ils sont au repos.

Description

De taille moyenne (4,5 à 5 cm d’envergure), il est un peu plus grand que l’amaryllis avec lequel on le confond souvent et possède le même aspect chaud et lumineux.

Les ailes antérieures sont de forme triangulaire. Sur le dessus, elles présentent un fond brun sombre. Chez le mâle, une large bande androconiale sombre et veloutée marque le milieu de l’aile, dans sa partie supérieure. Un petit ocelle noir pupillé de blanc se situe à l’apex. Chez la femelle, le dessus affiche plusieurs taches orangées. La plus vaste entoure l’ocelle apical, lequel est nettement plus grand et visible que chez le mâle.

Le dessus des ailes postérieures est plus arrondi et d’une teinte brun foncé uniforme. Cette surface ne porte généralement aucun motif ou ocelle distinctif.

Le dessous des ailes antérieures affiche une coloration orangée vive. L’ocelle noir à pupille blanche de l’apex est bien marqué. Au repos, le papillon dissimule la majeure partie de cette face derrière les ailes postérieures. Seule la pointe de l’aile et son ocelle restent parfois visibles.

Le dessous des ailes postérieures présente une coloration cryptique. Elle varie du gris-brun au beige jaunâtre. Une ligne sinueuse sombre sépare la base de l’aile d’une zone marginale plus claire. On y observe parfois une série de petits points noirs discrets. Cette teinte assure la dissimulation de l’insecte dans les herbes sèches.

La tête porte des yeux de couleur claire et des antennes fines terminées par une massue allongée. Le thorax est robuste et recouvert d’une pilosité brune dense. Il soutient les muscles nécessaires au vol. L’abdomen est segmenté et présente un aspect différent selon le sexe. Il est plus large et court chez la femelle, alors qu’il est plus long et fin chez le mâle. Il abrite les organes liés à la digestion, à la respiration et à la reproduction. La première paire de pattes est atrophiée et repliée contre le thorax. Seules les deux paires postérieures sont fonctionnelles pour la marche.

Alimentation

Le papillon adulte se nourrit exclusivement de liquides. Il utilise sa trompe pour aspirer le nectar au cœur des fleurs. Il visite de nombreuses plantes sauvages dans les prairies et les lisières. Il affectionne particulièrement les ronces (Rubus fruticosus), les chardons (Carduus), les centaurées (Centaurea), la pulicaire dysentérique (Pulicaria dysenterica) et les scabieuses (Scabiosa). On l’observe aussi fréquemment sur l’eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) ou le buddléia (Buddleja davidii) dans les jardins.
 

Myrtil sur Pulicaire dysentérique
Myrtil sur Pulicaire dysentérique

Le Myrtil ne se contente pas du nectar des fleurs. Il recherche également d’autres sources de sucre et de minéraux. Il se pose sur les fruits mûrs ou tombés au sol pour en absorber le jus sucré. Il consomme aussi les écoulements de sève sur les troncs d’arbres blessés. Par temps chaud, on peut parfois voir plusieurs Myrtils qui se rassemblent autour d’une zone humide ou sur des excréments d’animaux. Ils y aspirent les sels minéraux indispensables à leur reproduction.

Habitat

Le Myrtil fréquente une grande diversité de milieux ouverts et semi-ouverts. On le rencontre principalement dans les prairies grasses ou sèches, les pâturages, les parcs et les jardins. Il apprécie également les lisières de forêts, les clairières et les bords de chemins où la végétation reste sauvage. Il évite les zones de culture intensive et les forêts trop denses et sombres.

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

La parade commence par des vols nuptiaux durant lesquels le mâle poursuit la femelle . Il déploie aussi  ses ailes pour libérer les phéromones qui se trouvent sur les  bandes androconiale. Pour séduire et impressionner  la femelle,  il effectue des virages  brusques. Si la femelle est intéressée, l’accouplement a lieu au sol ou dans la végétation basse. Les deux individus restent unis par l’extrémité de l’abdomen pendant plusieurs minutes ou heures.

Accouplement de Myrtils sur des sedums spectabile

La ponte et chenilles

La femelle dépose ensuite ses œufs un à un sur des graminées ou les laisse tomber au hasard dans l’herbe.

L’œuf a une  forme tronconique qui assure sa protection jusqu’à l’éclosion. Sa forme rappelle celle d’un cône dont la pointe est absente ou aplatie. Sa surface porte environ une vingtaine de côtes longitudinales saillantes. Ces reliefs verticaux renforcent la paroi et donnent à l’œuf un aspect cannelé. une petite dépression au sommet  abrite le micropyle. Cette zone permet les échanges gazeux. La coloration évolue au fil des jours. D’un blanc crème ou d’un jaune pâle au départ, l’œuf se pare de petites taches rousses ou brunâtres après la ponte. Juste avant l’éclosion, la capsule devient plus sombre et laisse deviner la tête de la chenille à travers la paroi.

Oeuf tronconique de Myrtil Photo Gilles San Martin from Namur, Belgium, CC BY-SA 2.0 Domaine public
Chenille de Myrtil Photo Martin lell, CC BY-SA 3.0

Domaine public

La jeune chenille éclot après environ deux semaines. Elle possède un corps vert avec une ligne dorsale sombre et des poils fins. Sa tête est verte et lisse. Elle consomme principalement des graminées comme le Pâturin des prés (Poa pratensis) ou le Dactyle pelotonné (Dactylis glomerata). Elle s’alimente surtout la nuit et se cache à la base des touffes d’herbe pendant la journée. Le Myrtil est une espèce univoltine, ce qui signifie qu’il ne produit qu’une seule génération par an. La chenille hiberne à un stade peu avancé du développement au cœur de la végétation.

La chrysalide

La chenille achève sa croissance à la fin du printemps. Elle choisit alors un support stable, souvent une tige de graminée ou la face inférieure d’une feuille, pour entamer sa métamorphose. Elle tisse un petit coussin de soie auquel elle s’ancre fermement.

Myrtil qui vient d’émerger de sa chrysalide

Photo Martin lell, CC BY-SA 3.0 Domaine public

Sa transformation en chrysalide a lieu en mai ou juin. La chrysalide est de couleur verte ou brune avec des taches sombres, ce qui assure son camouflage dans la végétation. Elle possède une forme anguleuse avec deux pointes au niveau de la tête. Elle reste suspendue la tête en bas par le crémaster. Parfois, elle se trouve simplement posée au sol parmi les débris végétaux. À l’intérieur de cette enveloppe, les tissus de la larve se réorganisent totalement pour former le papillon. L’imago émerge environ deux à trois semaines plus tard. Le nouveau papillon déploie ses ailes et les laisse durcir avant de prendre son premier envol.

Distribution

Le myrtil  est présent  dans la plus grande partie de l’Europe, depuis la péninsule Ibérique et les îles Britanniques jusqu’à l’Europe centrale et orientale. L’espece   s’étend vers le nord jusqu’au sud de la Scandinavie. Son aire se prolonge vers l’est jusqu’aux monts Oural et à certaines régions d’Asie occidentale, notamment l’Asie Mineure, l’Irak et l’Iran. Vers le sud, l’espèce est également présente dans le bassin méditerranéen et en Afrique du Nord.

Carte Gbif de la présence du Myrtil dans le monde

Taxonomie

Le myrtil a été initialement nommé Papilio jurtina par le naturaliste suédois Carl Von linné en 1758.

Le nom de genre Maniola a été décrit par le prêtre et entomologiste allemand Franz von Paula Schrank.

La famille des Nymphalidae a été crée en 1815 par le naturaliste américain Constantin Samuel Rafinesque.

Étymologie

Le dimorphisme prononcé de cette espece a tout d’abord trompé les naturalistes. Linné lui-même a ainsi d’abord nommé le mâle Janira et la femelle Coridon, avant de la désigner ensuite sous le nom Jurtina. Comme ses collègues,  il pensait avoir affaire à plusieurs espèces distinctes.

Le nom de genre Maniola trouve son origine dans les maniolae de la Rome antique qui étaient des petits épouvantails qui mimaient l’âme des morts. Ces figurines étaient notamment utilisées lors des fêtes des Compitalia.

D’après Jean-Yves Cordier, qui a fait un travail très important sur le nom des papillons, Jurtina pourrait être un des surnoms de la déesse Juturne. Linné aimait piocher dans les noms de la mythologie pour nommer les espèces. Le nom vernaculaire Myrtil lui a été donné en raison de sa ressemblance avec Amaryllis. Ces deux noms sont empruntés au Il Pastor fido (Le Berger fidèle) de Giovanni Battista Guarini, une tragi-comédie pastorale très célèbre aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Dans cette pièce, Amaryllis est une jeune bergère idéale et pure, tandis que Myrtil est son amoureux fidèle et dévoué. Leur histoire met en scène un couple inséparable et harmonieux, qui a inspiré Linné pour nommer ces deux espèces qui se ressemblent beaucoup.

Les noms à l’étranger

Le Myrtil reçoit des appellations variées à travers l’Europe qui soulignent souvent ses caractéristiques physiques ou son milieu de vie. Les Anglais le nomment Meadow Brown, ce qui signifie le Brun des prés, alors que les Allemands préfèrent le terme Großes Ochsenauge, ou Grand Œil-de-bœuf, à cause de ses ocelles. Aux Pays-Bas, on l’appelle Bruin zandoogje, le Petit œil-de-sable brun, tandis que les Suédois utilisent Slåttergräsfjäril, le papillon des foins. En Espagne, il porte le nom de Loba, la Louve, et en Italie celui de Iurtina, qui reste fidèle à l’étymologie latine choisie par Linné.
 

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