Piéride de la rave (Piéris rapae)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Pieridae
  • Sous-famille : Pierinae
  • Genre : Pieris

Génitales fermées/Génitales ouvertes

La femelle Piéride de la rave en position d’accouplement. Mais cela ne l’empêche pas dans le même temps de butiner le nectar de l’aster avec sa spiritrompe .

Piéride de la rave femelle sur un aster violet

Abdomen recourbé et génitales ouvertes, elle libère ses phéromones et attend la venue du mâle qui va venir la féconder.

Il arrive. 😉

Présentation

La piéride de la rave appartient à la famille des Pieridae, un groupe qui compte environ 1 100 espèces dans le monde. La présence de pigments ptérines dans les écailles des ailes constitue l’une des caractéristiques biochimiques de cette famille. Ces molécules assurent la coloration blanche, jaune ou orangée des individus. La piéride de la rave se place au sein de la sous-famille des Pierinae, qui regroupe des genres communs comme Anthocharis (l’Aurore).

Ce spécimen appartient au genre Pieris, qui comprend environ 40 espèces dans le monde. En France, ce genre est représenté par 7 espèces distinctes qui partagent une apparence similaire. On y retrouve la Piéride du chou (Pieris brassicae), la Piéride du navet (Pieris napi), la Piéride de l’ibéride (Pieris mannii), la Piéride de l’aethionème (Pieris ergane), la Piéride de l’arabette (Pieris bryoniae) ainsi que la Piéride du vélar (Pieris callidice).

L’une des caractéristiques de ce genre réside dans la présence de taches noires sur un fond d’aile clair. Une autre particularité de ce genre est la grande mobilité des adultes. La capacité de dispersion de ces individus leur permet de coloniser rapidement de nouveaux habitats, ce qui assure une large répartition géographique de l’espèce sur plusieurs continents.

Description

La piéride de la rave a le dessus des ailes blanc et le dessous jaune clair. La femelle a deux taches noires sur le dessus de l’aile antérieure alors que le mâle n’en a qu’une comme on le voit bien sur la photo ci-dessus. De taille moyenne, mais plus petite que la piéride du chou, elle a une envergure de 33 à 45 mm
contre 48 à 60 mm pour sa cousine. L’extrémité de l’aile possède une tache apicale noire en forme de croissant. celle-ci est plus longue sur la face avant que sur le côté de l’aile où elle n’atteint pas la tache présente sur l’aile. Le dessous des ailes postérieures est jaune, mais il possède de très nombreux petits points noirs. Il s’agit en réalité d’un saupoudrage d’écailles sombres. Le mélange de ces deux couleurs donne une impression de vert ou de gris à l’œil. Ce mélange permet au papillon de mieux se cacher dans les herbes et les feuilles.

Les premières générations qui apparaissent au printemps ont les marques grises et noires plus petites et moins sombres que celles qui naissent au milieu de l’été. Elle est l’espèce de piéride que l’on voit le plus souvent dans nos jardins. Le nombre de générations est sûrement la cause de cette forte abondance puisque la piéride de la rave peut voler sur 3 à 4 générations dans la moitié nord de la France et jusqu’à 5 générations dans le sud et la Provence où les conditions climatiques lui sont favorables plus longtemps. On peut parfois rencontrer des piérides de la rave dès le mois de janvier sur la Côte d’Azur. Une autre raison de sa forte présence est sa résistance. L’espèce hiverne à l’état de chrysalide et celle-ci peut survivre à des gelées de –5 °C.  

Dessous des ailes de la piéride de la rave

Alimentation

la piéride de la rave consacre l’essentiel de son activité à la recherche de nectar pour couvrir ses besoins énergétiques. Contrairement à sa chenille qui est inféodée à une famille précise de végétaux, le papillon se montre beaucoup moins sélectif dans son régime alimentaire.

Il visite une grande variété de fleurs, avec une préférence marquée pour celles qui offrent un accès facile au nectar. On le voit ainsi butiner sur les asters, les chardons, les centaurées ou encore la lavande et le buddléia dans les jardins. La piéride de la rave visite aussi une grande diversité de fleurs naturelles comme les chardons, les centaurées, la salicaire commune ,les scabieuses ou le trèfle.

Piéride de la rave qui butine une fleur de salicaire commune.

Grâce à sa trompe, elle aspire les liquides sucrés au cœur des corolles. Cette alimentation riche en glucides est indispensable pour soutenir ses vols actifs et ses comportements de parade nuptiale.

En plus du nectar, elle peut s’abreuver sur des sols humides ou des petites flaques. Ce comportement lui permet de récupérer des sels minéraux et des oligo-éléments essentiels, souvent absents du sucre des fleurs. Ces nutriments jouent un rôle important dans la physiologie de l’insecte, notamment pour la fertilité des mâles.

Cycle de vie

La saison de reproduction débute dès l’arrivée des beaux jours, au printemps. Le mâle entame alors une parade nuptiale active. Il poursuit la femelle dans les airs avec rapidité. Durant cette poursuite, il libère des substances odorantes pour la séduire. Si elle accepte cette approche, le couple se pose pour l’accouplement. Les deux individus restent unis par le bout de l’abdomen pendant un long moment.

Après cette union, la femelle cherche une plante pour sa progéniture. Elle choisit des espèces de la famille des Brassicacées. Parmi les plantes cultivées, elle sélectionne souvent le chou potager, le navet, le radis ou encore le colza. Dans la nature, elle dépose ses œufs sur la moutarde des champs, l’alliaire officinale ou la bourse-à-pasteur.

Accouplement dos à dos de piérides de la rave

La femelle possède une fécondité exceptionnelle puisqu’elle peut pondre jusqu’à 800 œufs au cours de sa vie. Elle les dépose un par un sous les feuilles pour multiplier les chances de survie de ses petits. Chaque œuf possède une forme allongée et une couleur jaune. Une petite larve sort de l’œuf après quelques jours. La chenille, de couleur vert mat, se nourrit des feuilles pendant trois semaines environ. Sa teinte lui permet de rester invisible sur la plante. Pour sa transformation, elle se fixe solidement à un support avec un fil de soie. Elle devient alors une chrysalide. Sa couleur change selon le décor pour mieux se cacher. Le papillon adulte sort de son enveloppe au bout de dix jours, sauf pour les derniers de l’année qui attendent le printemps suivant.

Plantes hôtes

Les plantes hôtes de la piéride de la rave, qui lui ont donné son nom, sont les Brassicacées (Crucifères) comme le Chou champêtre, le Chou cultivé, la Rave, le Navet, le Radis ou encore le Colza. Ces végétaux offrent une nourriture très abondante. Leurs feuilles larges et épaisses sont remplies de réserves, ce qui permet à plusieurs chenilles de manger à leur faim sur un seul pied. Grâce à cette richesse, la chenille grossit de façon spectaculaire en seulement trois semaines sans jamais manquer d’énergie.

Dans les milieux naturels, les herbes sauvages assurent le relais. L’Alliaire officinale, la Bourse-à-pasteur, la Moutarde des champs et le Passerage des champs constituent les supports les plus fréquents. Ces espèces spontanées croissent dans les friches ou le long des lisières de forêts. Elles contiennent des nutriments  indispensables au métabolisme des chenilles. La Grande Capucine représente une alternative hors de la famille des Brassicacées car ses tissus renferment des composés chimiques similaires.

Distribution

L’espèce est présente partout en France, en Europe ainsi qu’en Eurasie. Dans les pays du nord de l’Europe, elle adopte un comportement migrateur et redescend vers le sud lorsque le climat se rafraîchit. On la rencontre également au Maghreb. Introduite au Canada vers 1856, elle s’est vite répandue et elle est devenue très commune en Amérique où on peut désormais la croiser du Canada au Mexique.

Carte GBIF de la présence de la piéride de la rave dans le monde

Depuis l’Amérique, elle a suivi les déplacements humains et on peut maintenant la rencontrer aussi à Hawaï, en Nouvelle-Zélande et jusqu’en Australie où elle est présente depuis les années 1930. Sa grande capacité d’adaptation lui permet d’occuper aussi bien les plaines littorales que les zones de montagne jusqu’à plus de 2000 mètres d’altitude.

Confusion

Il existe de nombreuses espèces de piérides et il n’est pas toujours facile d’identifier tous ces papillons blancs. Les principales espèces avec lesquelles on peut la confondre sont la piéride du chou (Pieris brassicae), la piéride du navet (Pieris napi), la piéride de la moutarde, la piéride de l’ibéride (Pieris mannii) ou le gazé (Aporia crataegi), qui fait aussi partie de la famille des piérides.

La distinction repose souvent sur des détails précis :

  • Taille : La piéride du chou est nettement plus grande que la piéride de la rave, avec une envergure pouvant atteindre 6 cm, contre environ 4-5 cm pour la rave.
  • Taches noires sur les ailes : Chez la femelle piéride de la rave, les taches noires sont souvent discrètes et de forme variable. Chez la femelle piéride du chou, elles sont plus grandes et très marquées, formant deux points distincts sur l’aile antérieure. Le mâle de la piéride du chou possède une seule tache noire.
  • Nervures du revers des ailes : C’est un critère clé pour la piéride du navet. Le dessous de ses ailes postérieures est souvent souligné de nervures grises ou verdâtres, ce qui est absent chez la piéride de la rave.
  • Transparence des ailes : Le gazé se distingue très facilement par ses ailes qui ne sont pas d’un blanc opaque mais plutôt semi-transparentes, laissant voir la nervation de façon très marquée. Il n’a pas non plus de taches noires distinctes comme les autres piérides.
  • Période de vol : La piéride de l’ibéride est plutôt une espèce printanière, moins présente en fin d’été que la piéride de la rave.

Taxonomie

La Piéride de la rave a été décrite et nommée par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio rapae.

Le nom de genre Pieris a été créé en 1801 par le naturaliste allemand Franz von Paula Schranken1801.

La famille des Pieridae a été proposée en 1815 le naturaliste anglais William Elford Leachen 1815.

Étymologie

Le nom de genre Pieris trouve son origine dans la mythologie grecque. Il fait référence aux Piérides, les neuf filles de Piéros, roi de Macédoine. Selon la légende, ces sœurs défièrent les Muses lors d’un concours de chant. Mauvaises perdantes après leur défaite, elles tinrent des propos violents et agressifs envers leurs concurrentes. Pour punir cet affront, Apollon les transforma en pies. Une autre version du mythe raconte que chacune des neuf sœurs fut changée en un oiseau différent, comme Acalanthis qui devint un chardonneret. Ce nom évoque également la région de la Piérie, située au pied du mont Olympe, dont les sommets enneigés rappellent la blancheur immaculée des ailes de ce papillon.

Le qualificatif rapae, ou son nom français rave, désigne la plante hôte sur laquelle la larve se développe, principalement les Brassicacées. Son nom populaire le plus courant reste le petit blanc du chou. Cette distinction de taille se retrouve chez les Anglais qui la nomment small white, par opposition à la piéride du chou appelée large white. Outre-Atlantique, elle porte également le nom de common cabbage worm, ce qui signifie ver commun du chou, en référence aux dommages causés par la chenille dans les potagers.

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