Les papillons et leurs plantes hôtes

Le printemps n’est plus très loin et il est toujours temps d’installer quelques « plantes hôtes » pour les papillons. Ce que l’on appelle « plante hôte » est un végétal sur lequel la femelle papillon vient pondre pour que ses chenilles, à peine écloses, puissent se nourrir sans avoir à parcourir des kilomètres. Elles ne peuvent en effet ni voyager loin ni modifier facilement leur régime alimentaire.

Sylvaine en train de pondre ses œufs sur une feuille d’hémérocalle. Les chenilles devront ensuite se déplacer pour rejoindre leur
plantes hôtes qui sont des graminées comme le Brachypode, la Fétuque ou le Pâturin,

Cette relation entre l’insecte et le végétal est le fruit d’une coévolution longue de plusieurs millions d’années. Les papillons reconnaissent la silhouette de la plante, son odeur et parfois même certaines molécules bien précises. À l’inverse, seules des chenilles adaptées sont capables de supporter les défenses chimiques du végétal.

Chaque espèce possède une ou plusieurs plantes hôtes spécifiques, et cette spécialisation est parfois extrêmement stricte. Lorsque la plante disparaît d’un secteur, le papillon disparaît souvent avec elle. Certaines espèces produisent plusieurs générations par an, et il est important que les plantes hôtes restent disponibles tout au long de la saison pour accueillir toutes ces générations successives.

Les chenilles vivent ensuite autour du lieu de ponte, la maternité, et il y a de fortes probabilités qu’elles restent chez vous si elles y sont nées. Le jardin devient ainsi un véritable territoire de naissance et peut accueillir les générations futures. Ces chenilles ne sont pas seulement des futures papillons : elles jouent un rôle essentiel dans l’écosystème, servant de nourriture à de nombreux oiseaux et insectes auxiliaires.

On pense parfois à mettre des plantes nourricières pour que les papillons viennent les butiner, mais on oublie souvent l’importance des plantes hôtes. C’est aussi cela un jardin antispéciste : on ne le conçoit plus uniquement autour de soi, mais on le tourne vers d’autres espèces et on essaie de faire en sorte qu’elles s’y sentent bien. Varier les plantes hôtes et les fleurs mellifères favorise une plus grande diversité de papillons et contribue à un jardin vivant tout au long de la saison.

Pour commencer, on laissera pousser l’ortie (Urtica dioica), souvent considérée comme une mauvaise herbe alors qu’elle est la reine des végétaux et la plante hôte qui attire le plus de papillons. Elle héberge une diversité remarquable de pontes et permet régulièrement d’observer des espèces devenues rares dans les jardins trop entretenus. Laisser s’installer quelques plants d’orties dans son jardin, c’est avoir la quasi-certitude de revoir des lépidoptères que l’on croyait disparus.

chenilles d’hyponomeute du fusain dans leur cocon sur leur plante hôte, le fusain.

N’oubliez pas non plus que les fleurs dites sauvages sont les préférées des papillons et de nombreux autres insectes, tant pour le butinage que pour la ponte. Les secteurs laissés en évolution naturelle, avec des herbes plus hautes et une végétation spontanée, concentrent presque toujours davantage de vie. Une partie du jardin des oiseaux est laissée à l’état naturel et c’est elle qui, de très loin, voit passer le plus de papillons et d’insectes variés. Évitez de trop nettoyer les herbes sauvages et de tailler systématiquement les orties ou les ronces : ces zones sont précieuses pour la ponte et le développement des chenilles.

Même les papillons migrateurs, comme la Belle-dame (Vanessa cardui), trouvent dans un jardin bien planté un lieu de repos et de reproduction temporaire.

En installant des plantes hôtes, vous participez activement à la sauvegarde des papillons et à la richesse de la vie sauvage autour de vous.

Je vous mets ci-dessous une liste des plantes hôtes avec le nom des papillons qui viennent y pondre.

Plantes hôtes et papillons associés (liste non exhaustive)

  • Plantes hôtes et papillons associés
  • Achillée millefeuille : Mélitée orangée (Melitaea didyma), Mélitée du plantain (Melitaea cinxia)
  • Ajonc d’Europe : Thécla de la ronce (Callophrys rubi)
  • Alliaire officinale : Piéride du navet (Pieris napi), Aurore (Anthocharis cardamines)
  • Aristoloche clématite : Diane (Zerynthia polyxena)
  • Aubépine : Gazé (Aporia crataegi), Thécla de l’aubépine (Satyrium crataegi), Flambé (Iphiclides podalirius)
  • Bartsie officinale : Mélitée des mélampyres (Melitaea athalia)
  • Bouleau verruqueux : Morio (Nymphalis antiopa), Feuille morte (Korscheltellus fusconebulosa), Phalène perlée (Scopula ornata), Sylvain azuré (Limenitis reducta)
  • Bourdaine : Citron (Gonepteryx rhamni)
  • Brachypode des bois : Sylvaine (Aphantopus hyperantus)
  • Brachypode penné : Demi-deuil (Melanargia galathea), Sylvaine (Aphantopus hyperantus), Tircis (Pararge aegeria), Hespérie du dactyle (Thymelicus lineola), Satyre (Aphantopus hyperantus)
  • Brome dressé : Demi-deuil (Melanargia galathea)
  • Buis : Pyrale du buis (Cydalima perspectalis)
  • Camérisier : Petit Mars changeant (Apatura ilia)
  • Cardamine des prés : Aurore (Anthocharis cardamines), Piéride du navet (Pieris napi)
  • Centaurée jacée : Belle-dame (Vanessa cardui), Mélitée des centaurées (Melitaea phoebe), Mélitée du plantain (Melitaea cinxia), Phalène picotée (Eupithecia satyrata), Écaille pourprée (Euplagia quadripunctaria)
  • Carotte sauvage : Machaon (Papilio machaon)
  • Chardon : Belle-dame (Vanessa cardui), Vulcain (Vanessa atalanta), Petite Tortue (Aglais urticae)
  • Chêne pédonculé : Thécla du chêne (Favonius quercus), Grande Tortue (Nymphalis polychloros), Petit Mars changeant (Apatura ilia)
  • Chèvrefeuille : Sphinx gazé (Hemaris fuciformis), Sylvain azuré (Limenitis reducta), Petit Sylvain (Limenitis camilla)
  • Chou potager : Piéride du chou (Pieris brassicae), Piéride de la rave (Pieris rapae), Piéride du navet (Pieris napi)
  • Colza / Ravenelle : Piéride de la rave (Pieris rapae), Piéride du chou (Pieris brassicae), Piéride du navet (Pieris napi)
  • Cornouiller sanguin : Thécla de la ronce (Callophrys rubi), Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus)
  • Coronille émerus / bigarré : Fluoré (Zygaena filipendulae), Zygène de la coronille (Zygaena loti), Azuré bleu nacré (Polyommatus icarus)
  • Épine-vinette : Cidarie du berbéris (Pareulype berberata)
  • Euphorbe : Sphinx de l’euphorbe (Hyles euphorbiae)
  • Fenouil commun : Machaon (Papilio machaon)
  • Fétuque ovine / rouge : Demi-deuil (Melanargia galathea), Agreste (Hipparchia semele)
  • Framboisiers : Bombyx de la Ronce (Macrothylacia rubi), Robert-le-diable (Polygonia c-album), Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria)
  • Gaillet jaune / blanc : Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum), Petit Sphinx de la vigne (Hyles gallii)
  • Groseillier épineux : Gamma (Autographa gamma), Vanesse des chardons (Vanessa cardui)
  • Genêt à balais : Thécla de la ronce (Callophrys rubi), Moyen argus (Aricia agestis)
  • Giroflée des murailles : Piéride de la rave (Pieris rapae)
  • Houblon : Robert-le-diable (Polygonia c-album), Paon-du-jour (Aglais io)
  • Houque laineuse : Némusien (Macrothylacia rubi)
  • Laurier rose : Sphinx du laurier rose (Daphnis nerii)
  • Lierre grimpant : Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus)
  • Lotier corniculé : Azuré bleu (Polyommatus icarus), Zygène du lotier (Zygaena loti)
  • Lotier des marais : Azuré des paluds (Phengaris alcon)
  • Luzerne cultivée / romarin : Souci (Colias croceus), Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus), Azuré de la luzerne (Polyommatus icarus)
  • Mauve sauvage : Belle-dame (Vanessa cardui)
  • Mélampyre des bois : Mélitée du mélampyre (Melitaea athalia)
  • Moutarde des champs : Piéride du chou (Pieris brassicae)
  • Nerprun purgatif / Nerprun : Citron (Gonepteryx rhamni), Citron de Provence (Gonepteryx cleopatra), Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus), Thécla du nerprun (Satyrium pruni), Thécla de la ronce, Feuille morte, Phalène du marronnier
  • Noisetier commun : Robert-le-diable (Polygonia c-album)
  • Orme champêtre : Thécla de l’orme (Satyrium w-album), Robert-le-diable (Polygonia c-album), Grande Tortue (Nymphalis polychloros)
  • Ortie dioïque : Belle-dame (Vanessa cardui), Paon-du-jour (Aglais io), Petite Tortue (Aglais urticae), Carte géographique (Araschnia levana), Vulcain (Vanessa atalanta), Robert-le-diable (Polygonia c-album), Écaille martre (Arctia caja), Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria), Pyrale de l’ortie (Nolima spp.), Écaille pourprée, Pulsie confluente, Noctuelle à lunettes, etc.
  • Oseille sauvage : Cuivré commun (Lycaena phlaeas), Grand cuivré (Lycaena dispar)
  • Panais cultivé / Carotte sauvage / Fenouil : Machaon (Papilio machaon)
  • Pâturins : Myrtil (Maniola jurtina), Demi-deuil (Melanargia galathea), Tircis (Pararge aegeria), Fadet commun (Coenonympha pamphilus)
  • Peuplier noir : Grand Sylvain (Limenitis populi), Morio (Nymphalis antiopa), Grande Tortue (Nymphalis polychloros)
  • Peuplier tremble : Sésie du peuplier (Sesia apiformis), Grand Sylvain (Limenitis populi), Petit Mars changeant (Apatura ilia)
  • Plantain lancéolé / majeur : Mélitée du plantain (Melitaea cinxia), Mélitée des cinnyris (Melitaea phoebe)
  • Primevères : Lucine (Hamearis lucina.)
  • Prunellier / Prunier : Flambé (Iphiclides podalirius), Gazé (Aporia crataegi), Thécla du prunellier (Satyrium spini), Phalène du sureau
  • Ronce commune / Cornouiller : Nacré de la ronce (Brenthis daphne), Thécla de la ronce (Callophrys rubi), Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus), Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi)
  • Saule Marsault : Grande Tortue (Nymphalis polychloros), Morio (Nymphalis antiopa), Petit Sylvain (Limenitis camilla), Petit Mars changeant (Apatura ilia
  • Séneçon jacobée : Goutte-de-sang (Tyria jacobaeae)
  • Tilleul à petites feuilles : Sphinx du tilleul (Mimas tiliae)
  • Trèfle des prés : Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus), Souci (Colias croceus), Piéride du trèfle (Colias hyale), Argus bleu (Polyommatus icarus)
  • Troène commun : Sphinx du troène (Sphinx ligustri)
  • Vigne (Vitis vinifera) : Grand sphinx de la vigne (Hyles livornica), Petit sphinx de la vigne (Deilephila porcellus)
  • Violette odorante : Tabac d’Espagne (Argynnis paphia), Petit nacré (Issoria lathonia)
  • Vipérine commune : Petit nacré (Issoria lathonia)

Sur la photo ci dessous on peut observer des Œufs de Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) sur une feuille d’iris.
La femelle de cette espèce pond généralement sur les ronces et autres arbustes feuillus, mais elle peut déposer ses œufs sur des feuilles voisines si elles sont accessibles. On observe ici les œufs collés sur le revers de la feuille, à proximité de plantes hôtes potentielles. Les chenilles qui écloront se nourriront ensuite principalement des feuilles de ronces, framboisiers ou autres végétaux adaptés.

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