Bourdon terrestre (Bombus terrestris )

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Ordre :Hymenoptera
  • Sous ordre : Apocrita
  • Super-fanille : apoidea
  • Famille : Apidae
  • Sous-famille : Apinae
  • Tribu : Bombini
  • Genre: Bombus

Présentation

Le Bourdon terrestre appartient à la famille des Apidae, qui regroupe des insectes hyménoptères sociaux ou solitaires, avec environ 200 genres et plus de 5 700 espèces dans le monde. En France, on dénombre une quarantaine d’espèces de bourdons, parmi laquelle on trouve le Bourdon des pierres (Bombus lapidarius), le Bourdon des jardins (Bombus hortorum)ou le Bourdon des prés

La famille se divise en plusieurs sous-familles. La plus importante est celle des Apinae. Le Bourdon terrestre fait partie de ce groupe. La majorité de ses membres possèdent une structure spécialisée sur les pattes postérieures, appelée corbicula. Elle sert au transport du pollen. Sous nos latitudes, la tribu des Bombini est la seule qui représente ce groupe.

Bourdon Terrestre sur Crocus

Le genre Bombus qui compte 205 espèces dans le monde est l’unique genre de cette tribu. En Europe, ces insectes se rencontrent principalement dans les milieux ouverts et les jardins, où ils nidifient souvent dans le sol, fréquemment dans d’anciens nids de rongeurs. Le bourdon terrestre fait partie des abeilles sociales. Une idée reçue voudrait que le bourdon soit le mâle de l’abeille, mais ce n’est pas le cas . La confusion vient peut-être de ce que l’abeille mâle est appelée « faux bourdon ».

Il y a donc bien un bourdon mâle et un bourdon femelle . Comme chez tous les hyménoptères, le mâle ne possède pas de dard. Seule la femelle en est pourvue . Mais le bourdon est un insecte peu agressif et les piqures des femelles , qui peuvent être douloureuses, sont extrêmement rares . Il faudrait vraiment menacer leur colonie ou les bloquer dans les mains pour qu’elles nous piquent .

Description

Le bourdon se distingue des abeilles par sa taille plus importante et sa pilosité abondante. Il possède un corps massif, noir et très velu, orné de deux bandes orangées ou jaunâtres. La première se situe à l’avant du thorax, la seconde sur l’abdomen. Les deux derniers segments abdominaux sont blancs, formant ce que l’on appelle communément la « queue blanche ».

Le bourdon terrestre   mesure de 10 à 28 mm selon qu’il s’agit d’une ouvrière, d’un mâle ou de la reine. Son corps trapu est constitué de trois parties bien distinctes : tête, thorax et abdomen. Les ailes, au nombre de deux paires membraneuses, sont légèrement enfumées et reliées entre elles par de petits crochets (hamuli) qui assurent leur synchronisation en vol.

Il possède une langue (glosse) particulièrement développée qui facilite l’accès au nectar des fleurs à corolles profondes, contrairement à l’abeille domestique. La longueur de cet organe varie selon les espèces. À titre de comparaison, la langue de l’Apis mellifera mesure environ 6 mm, tandis qu’elle atteint environ 11 mm chez le Bombus terrestris et jusqu’à 21 mm chez le Bombus hortorum. Cette adaptation conditionne les types de fleurs exploitées.

Les yeux composés, larges et latéraux, offrent un champ de vision étendu. Trois ocelles disposés en triangle sur le sommet de la tête complètent ce dispositif visuel. Les antennes, insérées entre les yeux, jouent un rôle essentiel dans la perception des odeurs et des phéromones.

Dimorphisme

La reine est le plus gros individu de la colonie. Elle mesure entre 12 et 28 mm pour un poids pouvant atteindre environ 0,25 gramme. Son abdomen est plus volumineux, notamment au printemps lorsqu’elle fonde seule la colonie.

Les mâles mesurent entre 10 et 17 mm et pèsent environ 0,23 gramme. Leurs antennes comptent 13 articles : le scape (premier article rattaché à la tête), le pédicelle, puis 11 articles formant le flagelle. Chez les deux sexes, le scape s’articule avec la tête par une sclérite circulaire ; un petit pivot interne permet la rotation de l’antenne.

Bourdon femelle

Les ouvrières mesurent entre 10 et 18 mm et pèsent environ 0,1 gramme. Leurs antennes ne possèdent que 12 articles, le flagelle n’en comptant que 10. Cette différence du nombre d’articles antennaires constitue un critère fiable pour distinguer mâles et femelles.

Les femelles (reine et ouvrières) possèdent sur la face externe des tibias postérieurs des corbeilles à pollen (corbiculae) bordées de soies rigides, qui permettent le transport des pelotes jusqu’au nid.

La fonction des mâles est uniquement de féconder la reine. Ils ne participent pas du tout à la récolte du nectar et au nourrissage du couvain . Ils ne possèdent d’ailleurs pas les  corbeilles à pollen des ouvrières et leur langue ainsi que leurs pièces buccales sont moins développées.

Corbeilles à pollen

La corbeille à pollen, ou corbicula, est une structure qui se situe sur la face externe des tibias arrière de nombreuses abeilles et qui sert à la récolte du pollen. Elle se présente comme une surface incurvée qui forme une sorte de coupelle.

En butinant les fleurs pour se nourrir de nectar, le bourdon reçoit sur le dos de nombreux grains de pollen. Cette fixation se produit car l’insecte possède une charge électrique positive qui attire naturellement le pollen, chargé négativement. Les grains restent fixés grâce à ses longs poils et à cette électricité statique.

Bourdon avec la corbeille remplie de pollen
Bourdon avec la corbeille remplie de pollen

L’insecte utilise alors les peignes situés sur ses pattes pour rassembler les grains et les diriger vers la corbeille. Au passage, il les humidifie avec un peu de nectar pour améliorer l’adhérence et former une boule compacte. La pelote est maintenue en place grâce aux poils recourbés vers l’intérieur qui font tout le tour de la corbeille.

De retour à la colonie, l’ouvrière dépose ses deux pelotes. Chez le bourdon, ces récoltes ne sont pas transformées en pain d’abeilles comme chez l’abeille mellifère, mais sont stockées directement dans des cellules de cire ou des pots à pollen. Cette ressource riche en protéines sert immédiatement au nourrissage des larves du couvain.

Anatomie des pattes

Les bourdons, comme tous les insectes, ont trois paires de pattes. Chaque patte est composée des parties suivantes : la hanche ou coxa, le trochanter, le fémur, le tibia et les tarses.

Les tarses se composent de 5 articles. Le premier, qui suit le tibia, se nomme métatarse. Le dernier se termine par deux griffes entre lesquelles se trouve un coussinet, le pulvillus. Celui-ci se présente sous la forme de petits sacs recouverts de soies adhésives qui permettent à l’insecte de se déplacer facilement sur des surfaces verticales ou lisses.

Corbeille à pollen d’une abeille .

Sur la première paire de pattes, le métatarse possède une encoche spéciale bordée de poils raides. Cet outil sert de peigne pour nettoyer les antennes et garantir le bon fonctionnement des capteurs sensoriels. Sur les pattes postérieures, l’articulation entre le tibia et le métatarse forme une presse. Elle permet de comprimer le pollen pour le pousser vers la corbeille. Enfin, les tarses portent des récepteurs chimiques qui permettent au bourdon de détecter les substances sucrées dès qu’il se pose sur une fleur.

Endotherme

Contrairement à la plupart des insectes qui sont ectothermes, le bourdon a la particularité d’être endotherme. C’est-à-dire qu’il produit sa propre chaleur de l’intérieur et qu’il dépend moins des conditions climatiques. Pour cette raison, il est l’un des premiers que l’on voit apparaître au printemps et butiner les fleurs. Il peut sortir par des températures de 5 degrés alors que l’abeille, par exemple, doit attendre qu’il fasse au moins 15 degrés.

Pour produire cette chaleur, le bourdon utilise un mécanisme de découplage : il fait vibrer ses muscles thoraciques à haute fréquence sans actionner ses ailes. Ce frissonnement intense fait monter sa température interne rapidement. Sa pilosité très dense agit alors comme un isolant thermique qui emprisonne la chaleur près du corps. Cette capacité est gourmande en énergie et oblige l’insecte à consommer du nectar régulièrement pour ne pas s’épuiser. Elle permet également à la reine de couver ses œufs en plaquant son abdomen chaud contre le couvain pour accélérer leur développement.

Pollinisateur

Si on les compare à d’autres pollinisateurs, le bourdon est extrêmement performant.

D’abord parce qu’il est un  travailleur infatigable . Du matin au soir, il visite un grand nombre  de fleurs  et dépose bien  plus de pollen sur les pistils que les autres pollinisateurs. Actif très tôt grâce à sa  capacité à supporter le froid, il peut aller chercher le nectar au fond  des calices des fleurs  grâce à sa longue langue . Son corps velu joue aussi un rôle très important, car les grains de pollen y restent fixés et peuvent ainsi être transportés en nombre . La vibration de ses ailes à haute fréquente fait également tomber le pollen de certaines plantes sur son dos. Qui n’a pas vu un bourdon ressortir d’une fleur entièrement recouvert de pollen.

Bourdon à cheval sur les étamines d’une azalée

Les bourdons sont tellement efficaces que le bourdon terrestre et d’autres bourdons sont commercialisés et des colonies  installées sous des serres. On imagine la vie de ces pauvres bourdons enfermés dans des serres  et devenus tout à coup des employés dociles et obéissants , mais non rémunérés, de l’agriculture industrielle.

Fragilité

Malgré ce que l’on pourrait croire en voyant leur allure bonhomme, les bourdons sont extrêmement fragiles. Les aléas climatiques les impactent beaucoup, car contrairement aux abeilles, ils ne fabriquent pas de miel et n’ont pas de réserves de nourriture. Ils ne stockent que quelques grammes de nectar dans des pots de cire, ce qui représente à peine deux ou trois jours de survie. Une sécheresse qui survient et réduit la quantité de nectar ou un coup de froid subit qui gèle les fleurs peuvent avoir de graves conséquences sur leurs colonies.

D’autres causes sont responsables de la forte régression des populations de bourdons comme : la surexploitation des sols, la monoculture, la destruction des haies ou des points d’eau et bien sûr l’épandage régulier et massif de pesticides et de produits chimiques par les agriculteurs et les vignerons. Ces substances, notamment les néonicotinoïdes, désorientent les insectes qui ne parviennent plus à retrouver leur nid. De plus, la raréfaction des micro-habitats, tels que les anciens terriers de rongeurs situés sous les haies, prive les reines de sites sécurisés pour fonder leurs colonies.

Nidification

Les bourdons sont des insectes sociaux. La reine passe l’hiver seule, dissimulée dans un refuge protégé du gel. Au printemps, elle construit un nid, en général sous terre, ou dans une cavité existante. En quelques jours, elle fabrique deux cellules de cire et de pollen. **L’**une accueille les premiers œufs tandis que l’autre sert de pot à miel. La reine y régurgite le nectar et s’en sert de garde-manger pendant qu’elle s’occupe des œufs qui seront les premières ouvrières. Elle utilise sa propre chaleur corporelle pour couver ses larves, garantissant leur croissance même si le sol est frais.

Aussitôt adultes, ces dernières prennent en charge la recherche de nourriture, la construction du nid, et l’alimentation des larves, permettant ainsi à la reine de se concentrer sur la ponte et la production d’autres ouvrières. Lorsque la colonie a atteint un certain nombre d’individus, la reine cesse de produire des ouvrières pour donner naissance à des mâles et de nouvelles reines.

Qui n’a pas vu un bourdon ressortir d’une fleur entièrement recouvert de pollen? Bourdon terrestre sur hibiscus Althea.

Les ouvrières n’ont pas besoin d’avoir des relations sexuelles pour pondre des œufs. On appelle ce phénomène la parthénogenèse. Dans le monde animal, on retrouve ce mode de reproduction monoparental chez de nombreuses espèces comme les abeilles ou les pucerons. La parthénogenèse ne donne généralement que des mâles et c’est le cas chez les ouvrières bourdons. Le rôle de ces mâles se limitera à féconder les futures reines à la fin de l’été. Les colonies peuvent compter jusqu’à 600 individus, ce qui est relativement peu si on les compare aux ruches des a
beilles qui peuvent contenir plusieurs milliers d’individus. À l’automne, la vieille reine et sa colonie meurent, laissant les jeunes reines fécondées perpétuer le cycle l’année suivante.

Reproduction

L’accouplement chez les abeilles dure très peu de temps. Le mâle s’accouple avec la reine en 2 ou 3 secondes puis meurt en laissant une partie de son abdomen dans le corps de la reine. Le mâle suivant arrachera l’endophallus du précédent mâle et s’accouplera avec la reine en 2 ou 3 secondes avant de tomber lui aussi raide mort. Chez les bourdons, l’accouplement est beaucoup plus long et peut durer près de 40 minutes. Pour attirer les femelles, les mâles patrouillent sur des circuits précis qu’ils marquent de leur odeur.

Pourtant, la plus grande partie du sperme est transférée dès les premières minutes, mais une deuxième étape commence juste après pendant laquelle le bourdon transfère dans les parties copulatrices de la femelle une substance qui provient d’une glande annexe. Cette substance, formée d’acides gras, remplit alors le sexe de la femelle et forme ce qu’on appelle un bouchon de copulation. Celui-ci a au moins deux fonctions. La première empêche que le sperme ne ressorte, mais il a surtout comme fonction de rendre impossible toute copulation de la femelle avec un autre bourdon. La jeune reine conserve ensuite cette semence précieuse dans sa spermathèque tout l’hiver, lui permettant de fonder seule sa colonie dès le retour des beaux jours.

Distribution

Originaire de la région paléarctique, le bourdon terrestre occupe naturellement toute l’Europe, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. On observe sur la carte une densité particulièrement élevée en Europe occidentale, son habitat historique. Cependant, son efficacité en tant que pollinisateur a conduit à son déplacement par les sociétés humaines vers de nouvelles contrées pour les besoins de l’agriculture.

Carte GBIF de la présence du Bourdon terrestre dans le monde

Il s’est ainsi établi avec succès dans l’hémisphère sud, notamment au Chili, en Argentine, en Tasmanie et en Nouvelle-Zélande. Dans ces nouveaux territoires, le bourdon terrestre fait preuve d’une grande plasticité physiologique qui lui permet de s’adapter  à des environnements variés .

Taxonomie

Le Bourdon terrestre a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Apis terrestris.

Le nom de genre Bombus a été créé en 1802 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille.

La famille des Apidae a été proposée en 1802 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille.

Étymologie

Le nom de genre « Bombus » veut dire « Bourdonnement » en latin. Le mot est d’ailleurs certainement d’origine onomatopéique et calquée sur le bruit que fait l’insecte en volant. Il dérive du grec ancien bombos qui désignait un son grave, sourd et vibrant. Cette racine exprime parfaitement la puissance acoustique du vol de cet insecte, capable de faire entrer en résonance les corolles des fleurs.

L’épithète « terrestris » a été bâtie sur l’association de deux mots : « Terra » (terre) et le suffixe « estris » que l’on retrouve aussi dans le mot campestris (champêtre). Ce qualificatif souligne le mode de vie souterrain de l’espèce, qui installe préférentiellement ses colonies dans d’anciens terriers de petits mammifères.

L’extrémité blanche du bourdon terrestre lui a valu le surnom de « cul blanc ». Les Anglais, eux, le nomment « buff-tailed bumblebee » qui veut dire « Bourdon à queue chamois ». Cette différence de perception vient du fait que chez l’ouvrière, l’extrémité est d’un blanc pur, alors que chez la reine, elle tire parfois sur un ton crème ou orangé, rappelant la couleur du cuir de buffle. En ancien français, on l’appelait parfois « drosne », un mot d’origine gauloise qui évoquait également le vrombissement.

Les noms à l’étranger

Au-delà de l’étymologie latine, les noms vernaculaires à l’étranger soulignent souvent le caractère vrombissant ou massif de l’insecte. En Allemagne, il est appelé Hummel, un nom qui dérive du vieux haut-allemand « hummelōn » signifiant « bourdonner ». On retrouve cette même racine sonore dans le néerlandais Hommel. Ces langues germaniques ont privilégié l’aspect acoustique, tout comme le français.

En revanche, d’autres langues se sont concentrées sur son apparence. En suédois, on le nomme Humble, mais les anciens dialectes utilisaient parfois des termes évoquant une « petite boule de laine ». En italien, son nom est Calabrone, bien que ce terme désigne parfois le frelon dans le langage courant ; le terme précis pour le bourdon est Bombo, reprenant directement la racine latine. En espagnol, on utilise Abejorro, un augmentatif d’« abeja » (abeille), ce qui signifie littéralement « grosse abeille ». Enfin, en russe, il est appelé Chmel (Шмель), un mot dont la sonorité imite là encore le frottement des ailes et le vrombissement lourd de l’insecte lorsqu’il approche d’une fleur.

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