Sésie du néflier (Synanthedon stomoxiformis )

Règne : Animalia

Classe : Insecta

Ordre : Lepidoptera

Famille : Sesiidae

Sous-famille : Sesiinae

Genre : Synanthedon

Présentation

La Sésie du néflier appartient à la famille des Sesiidae, regroupant des papillons aux ailes transparentes, avec environ 150 genres et plus de 1 300 espèces dans le monde. En France, on dénombre une cinquantaine d’espèces, parmi lesquelles la Sésie apiforme (Sesia apiformis), la Sésie du pommier (Synanthedon myopaeformis), la Sésie du groseillier (Synanthedon tipuliformis), la Sésie du frelon (Sesia bembeciformis), la Sésie de l’osier (Synanthedon formicaeformis), la Sésie du chêne (Synanthedon vespiformis) et la Sésie des conifères (Synanthedon cephiformis).

Sésie du néflier mâle

La famille se divise en deux sous-familles principales : Sesiinae et Tinthiinae. La Sésie du néflier fait partie des Sesiinae, dont la majorité des membres pratiquent un mimétisme poussé vis-à-vis des hyménoptères. Sous nos latitudes, la tribu des Synanthedonini est la mieux représentée. Ses membres ont un corps élancé et, chez les mâles, des valves abdominales souvent visibles et parfois colorées.

Le genre Synanthedon est le plus vaste de cette famille, avec plus de 230 espèces décrites dans le monde. En Europe, ces papillons se rencontrent principalement sur des arbres et arbustes, où leurs chenilles se développent dans le bois ou l’écorce. Parmi les espèces les plus connues figurent la Sésie du bouleau (Synanthedon culiciformis), la Sésie du pin (Synanthedon conopiformis), la Sésie de l’aulne (Synanthedon spheciformis) et la Sésie des conifères (Synanthedon cephiformis), dont les larves se développent dans les conifères comme les sapins, pins ou mélèzes.

Description

La Sésie du néflier fait partie des papillons de petite taille puisqu’elle peut atteindre 20 à 25 mm d’envergure. Celle-ci a passé de longs moments à butiner les échinacées du jardin, profitant du plein soleil pour s’activer.

Au jardin, ce papillon est facilement reconnaissable à son corps d’un bleu noir métallique et à son anneau abdominal rouge orangé. Pour les formes classiques, cet anneau est facile à identifier car il déborde en s’élargissant sur le dessous de l’abdomen. Toutefois, sur les spécimens des régions méridionales, cet anneau peut présenter une largeur constante, ce qui rend la distinction avec la Sésie du pommier plus délicate. Dans ce cas, l’observation des tegulae (les plaques à la base des ailes) devient un critère majeur : elles sont marquées de rouge orangé chez la Sésie du néflier alors qu’elles sont totalement sombres chez sa cousine.

Le thorax présente des marques orangées caractéristiques sur les côtés. Les palpes sont également colorés de poils clairs et les pattes affichent des zones orangées marquées, confirmant l’identité de l’espèce même sur les formes à anneau étroit. Les ailes antérieures et les postérieures sont translucides car elles sont dépourvues d’écailles, laissant voir les nervures noires. Cette transparence, associée aux couleurs du corps, lui confère une allure d’hyménoptère. Les yeux de la Sésie du néflier sont proéminents et noirs, surmontés d’antennes sombres, légèrement bleutées, qui se terminent en pointe fine après un léger élargissement.

Le dimorphisme de cette espèce est peu marqué, mais certains détails permettent de distinguer les sexes :

L’abdomen de la femelle est généralement plus volumineux, car il contient les œufs, et l’extrémité abdominale ne présente pas les longues brosses de poils aussi développées que chez le mâle.

Le mâle possède des antennes plus épaisses et pectinées, ainsi qu’une touffe de poils plus fournie à l’extrémité de l’abdomen, qu’il déploie parfois en éventail.

La Sésie du néflier est une espèce univoltine (une seule génération par an). Les imagos (adultes) volent principalement entre mai et août selon les régions. Au Jardin des Oiseaux, leur présence est plus marquée durant les journées chaudes de juin et juillet, lorsqu’elles recherchent activement le nectar des fleurs.

Mimétisme batésien

L’apparence de la Sésie du néflier est le résultat d’une convergence évolutive remarquable. Chaque caractéristique physique détaillée précédemment, comme la transparence des ailes ou les contrastes de l’abdomen, remplit une fonction protectrice précise. Ce phénomène est connu sous le nom de mimétisme batésien.

Dans ce système, l’évolution a favorisé les individus dont les traits morphologiques se rapprochaient le plus de ceux d’espèces dotées de moyens de défense réels, comme les guêpes solitaires ou les pompiles. Pour un prédateur, la vision de cet anneau rouge sur un corps sombre déclenche un réflexe d’évitement acquis au contact des insectes piqueurs. La sésie bénéficie ainsi d’une protection indirecte : bien qu’elle soit dépourvue de venin et parfaitement comestible, elle est délaissée par les oiseaux qui l’associent, par erreur visuelle, à un danger potentiel.

Alimentation

L’adulte de la Sésie du néflier est un papillon nectarivore qui s’alimente durant les heures les plus chaudes de la journée. Grâce à sa trompe fonctionnelle, il aspire le nectar de nombreuses variétés de fleurs afin de subvenir à ses besoins énergétiques. Il montre une préférence marquée pour les arbustes à floraison blanche ou rosée comme le Troène, le Sureau noir, le Cornouiller sanguin ou les Ronces. On peut également l’observer sur les inflorescences des Apiacées (anciennes Ombellifères), telles que la Carotte sauvage ou le Berce commune, qui constituent des zones de nourrissage idéales.

Sésie du néflier en train de butiner une Echinacea purpurea.

Habitat

La Sésie du néflier fréquente des milieux ouverts et bien exposés au soleil, où elle trouve à la fois ses plantes nourricières et ses plantes hôtes. On la rencontre principalement dans les clairières, les friches arbustives, Les vergers traditionnels et les jardins comportant des essences anciennes lui sont également très favorables.

Elle apprécie particulièrement les zones de transition entre les boisements et les prairies, car elle y trouve la chaleur nécessaire à son activité. Son habitat est étroitement lié à la présence de végétaux de la famille des Rosacées, comme le Néflier, le Poirier ou le Prunelier, ainsi que des arbustes comme le Fusain d’Europe.

Plantes hôtes

Comme son nom l’indique, sa principale plante hôte est le néflier commun (Mespilus germanica). Mais sa biologie est plus généraliste qu’il n’y paraît. Elle dépose également ses œufs sur d’autres arbustes de la famille des Rosacées, notamment le Poirier (Pyrus communis), le Cognassier (Cydonia oblonga) ou encore le Prunelier (Prunus spinosa). Dans certains milieux, elle peut aussi se développer sur le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus).

Cycle de vie

La parade nuptiale débute par l’émission de phéromones par la femelle, qui se poste généralement sur une feuille ou un tronc ensoleillé. Le mâle possède des antennes très sensibles qui lui permettent de remonter la trace chimique pour la localiser. L’accouplement a lieu peu après la rencontre, souvent en milieu de journée. Une fois qu’elle est fécondée, la femelle recherche des arbustes hôtes spécifiques. Contrairement aux autres papillons qui pondent sur les feuilles, elle dépose ses œufs directement dans les fissures de l’écorce, les blessures du bois ou à la base du tronc des arbres.

À l’éclosion, la jeune chenille s’insère immédiatement sous l’écorce ou pénètre dans les racines selon la plante hôte. Ce papillon possède un cycle de vie larvaire long, qui s’étale souvent sur deux années. Durant cette période, la larve est strictement xylophage et creuse des galeries dans les tissus ligneux pour se nourrir du bois. Avant sa métamorphose, elle se rapproche de la surface de l’écorce et aménage une galerie de sortie. Elle se transforme ensuite en chrysalide à l’intérieur d’un cocon de soie qui se mêle à des déjections et des copeaux de bois. Lors de l’émergence de l’adulte durant l’été, la chrysalide se déplace vers l’orifice de sortie et laisse souvent derrière elle une enveloppe vide, appelée exuvie, qui dépasse de l’écorce.

Distribution

La Sésie du néflier occupe une zone géographique qui s’étend de l’Espagne jusqu’au Caucase et au nord de l’Iran. En France, les données actuelles montrent une répartition qui semble irrégulière sur le territoire métropolitain. Toutefois, cette apparence fragmentée sur les cartes ne reflète sans doute pas la réalité du terrain. Comme l’espèce reste très difficile à observer sans outils spécifiques, de nombreuses zones de présence ne sont pas encore répertoriées, ce qui laisse supposer que ce papillon occupe un territoire bien plus vaste et continu que celui qui figure sur les relevés officiels.

Carte GBIF de la présence de la Sésie du néflier dans le monde
Carte GBIF de la présence de la Sesie du néflier dans le monde

Une présence invisible

Cette faible représentation s’explique  par la biologie très discrète de la famille des Sesiidae. Sa rareté n’est pas réelle, mais elle découle d’une biologie qui échappe aux méthodes de recherche classiques. Comme la larve se développe durant deux années entières à l’abri des regards, au sein des tissus ligneux, elle ne laisse aucune trace visible pour celui qui parcourt les haies ou les vergers.

L’adulte possède une existence éphémère qui se limite à quelques jours. Il ne s’active que sous une chaleur intense et un ensoleillement maximal, ce qui réduit considérablement les chances de rencontre. De plus, son mimétisme est si efficace que l’œil humain, même averti, le classe instinctivement parmi les hyménoptères. Cette confusion protège le papillon des prédateurs, mais elle l’exclut aussi des recensements naturalistes qui ne ciblent pas spécifiquement les Sesiidae.

La preuve de cette présence invisible a été apportée par l’utilisation des phéromones de synthèse. Dans des zones où aucun naturaliste n’avait jamais vu de Sésie du néflier en trente ans, il a suffi de placer un diffuseur d’odeurs pour attirer des dizaines de mâles en quelques minutes seulement. Cela démontre que l’espèce est bien plus répandue que les observations visuelles ne le suggèrent, mais elle reste maîtresse dans l’art de se fondre dans la masse des insectes piqueurs.

Taxonomie

La Sésie du néflier a été décrite et nommée par l’entomologiste autrichien Jacob Hübner en 1790 sous le nom initial de Sphinx stomoxiformis.

Le nom de genre Synanthedon a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jacob Hübner.

La famille des Sesiidae a été proposée en 1828 par l’entomologiste français Jean-Baptiste Alphonse Dechauffour de Boisduval.

Étymologie

Le nom de genre Synanthedon est composé des mots grecs « sun », ensemble ou avec et anthedon, qui désigne une abeille ou un  insecte qui butine les fleurs. L’épithète stomoxiformis est lui aussi composée de deux mots  grecs . le premier fait référence au genre Stomoxys qui regroupe des mouches piqueuses comme la mouche charbonneuse. Le second « formis » est un suffixe latin qui signifie en forme de . Le nom complet décrit donc un insecte qui possède l’apparence d’une mouche piqueuse ou d’un taon.

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