Silène (Brintesia circe)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super famille : Papilionoidea
  • Famille : Nymphalidae
  • Sous-famille : Satyrinae
  • Genre : Brintesia

Un papillon fidèle qui est présent chaque année au jardin des oiseaux.  Je n’ai pourtant jamais réussi à  prendre en photo le dessus de ses ailes car il les referme dès qu’il se pose et ne les réouvre qu’au moment de son envol .

Présentation

Le Silène est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Nymphalidae. Cette famille compte environ 6 000 espèces dans le monde, dont 239 vivent en Europe et 132 sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent le Paon-du-jour, le Vulcain, la Belle-Dame, le Tabac d’Espagne ou encore le Myrtil. L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la réduction de la première paire de pattes, qui ne sont pas utilisées pour la marche mais servent d’organes sensoriels.

Il est rattaché à la sous-famille des Satyrinae. Ce groupe se définit par la présence de nervures renflées à la base des ailes antérieures. Ces dernières abritent des organes tympaniques qui permettent de percevoir les vibrations. Les membres de cette sous-famille présentent souvent des ocelles sur le revers des ailes. Ces cercles colorés ont pour but de détourner l’attaque des prédateurs vers des zones non vitales du corps. Le vol de ces insectes est généralement saccadé et s’effectue souvent à l’ombre des feuillages ou au ras du sol dans les milieux herbeux.

Il appartient au genre Brintesia, dont il est l’unique représentant en Europe. Les larves de ce genre sont inféodées aux poacées, principalement des graminées sèches. La particularité majeure de ce genre est sa grande taille et son habitus sombre, marqué par une large bande blanche postdiscale sur le dessus des ailes qui est visible lors du vol. Cet insecte pratique l’homochromie, ce qui signifie que les individus, une fois posés sur un tronc d’arbre, se confondent parfaitement avec l’écorce grâce aux motifs complexes du revers de leurs ailes.

Le genre se distingue également par un vol puissant et rapide, entrecoupé de phases de repos prolongées sur les supports verticaux.

Description

Le Silène est un lépidoptère de grande taille qui possède une envergure comprise entre 55 et 75 mm. Le dessus des ailes affiche une teinte marron très sombre, presque noire, qui met en valeur une bande de taches blanc crème. Sur les ailes antérieures, cette marque est discontinue et se compose de taches isolées. Chez le mâle, une large zone mate et veloutée occupe la base et le centre de l’aile antérieure. Cette structure correspond à la bande androconiale qui abrite des écailles odorantes pour la séduction des femelles. Un gros ocelle noir, marqué d’un point blanc en son centre, se situe près de l’apex de cette même aile. Un second point noir, plus petit, se trouve  plus bas dans cette même la bande blanche. les deux points sont généralement bien visible chez les jeunes individus, mais peuvent s’atténuer avec l’usure.

Sur les ailes postérieures, la bande blanche est continue et traverse l’aile de part en part avec une grande régularité. Une frange alternativement blanche et brune borde les ailes  .Le dessous des ailes est marron marbré de blanc, ce qui le rend très discret lorsqu’il se pose sur l’ écorce d’un arbre ou  sur des feuillages. L’aile est également traversée par une bande crème qui porte un ocelle noir pupillé de blanc  sur sa partie haute. Les quatre ailes sont bordées par une frange alternativement blanche et foncée.

Silène qui se repose à l’ombre sur un piquet
Le dessus des ailes du silène

Le revers des ailes présente un aspect marbré complexe qui assure un camouflage parfait sur les troncs d’arbres. Sur les ailes antérieures, cette face interne reprend la bande blanche du dessus, mais le fond adopte une nuance marron plus claire ou fauve. Le grand ocelle noir de l’apex y est bien visible et se détache sur un fond crème, tandis que le second point noir de la bande blanche est absent sur cette face. Les ailes postérieures arborent un mélange de gris, de blanc et de brun qui imite la texture de l’écorce ou du lichen. La bande blanche du dessus reste perceptible, mais elle s’intègre de façon plus diffuse aux marbrures environnantes.

L’espèce présente un faible dimorphisme sexuel. La femelle possède une taille supérieure ainsi qu’un abdomen nettement plus large et volumineux que celui du mâle. En dehors de ces proportions corporelles et de la présence de la bande androconiale chez le mâle, seul le comportement lors de la reproduction permet une distinction certaine entre les sexes.

Alimentation

Le Silène présente des mœurs alimentaires qui le distinguent de nombreux autres lépidoptères plus familiers des massifs floraux. Bien qu’il puisse occasionnellement visiter certaines fleurs pour y puiser du nectar, ce papillon montre une préférence marquée pour les substances liquides riches en sels minéraux et en glucides fermentés. Il se nourrit ainsi régulièrement de la sève qui suinte des blessures des troncs d’arbres, notamment des chênes. Cette source de nourriture stable lui permet de rester à l’abri du couvert forestier et de maintenir son camouflage sur l’écorce.

Silène en train de butiner le jus d’ une prune abimée

Il recherche également l’humidité et les nutriments sur le sol forestier ou le long des chemins. Les adultes s’assemblent parfois autour des fruits tombés en décomposition, des excréments ou encore des cadavres de petits animaux. Ces matières organiques lui fournissent des oligo-éléments essentiels, souvent absents du nectar classique, qui jouent un rôle crucial pour sa vigueur et sa capacité de reproduction. Cette alimentation diversifiée explique pourquoi on l’observe plus fréquemment sur les troncs ou au sol que sur les fleurs de prairie.

Plantes hôtes

Le Silène dépose ses œufs sur des végétaux qui appartiennent à la famille des Poaceae. Ses larves se nourrissent de graminées sèches présentes dans les milieux ouverts ou en lisière de forêt. Parmi les espèces sélectionnées figurent l’Ivraie, la Flouve odorante, le Brome érigé ou encore la Fétuque ovine. Ces plantes constituent la source de nourriture exclusive de la chenille durant toute sa croissance.

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

Les silènes volent tout l’été, du mois de mai au mois d’octobre. Les mâles ont une durée de vie de 1 à 6 semaines alors que les femelles, plus résistantes, peuvent vivre 2 semaines de plus. Les mâles sont territoriaux. Ils surveillent leur territoire en s’installant sur une feuille ou sur une branche en hauteur et poursuivent tous les papillons qui osent s’y aventurer. Lorsqu’une femelle pénètre dans ce périmètre, la parade nuptiale commence. Elle se déroule durant les heures les plus chaudes de la journée, souvent en lisière de forêt ou sur les troncs d’arbres.

Le mâle entame une série de vols stationnaires et de battements d’ailes rapides pour diffuser des phéromones. Lors de cette parade, il peut refermer ses ailes pour montrer ses ocelles, puis les ouvrir brusquement. L’accouplement se produit au sol ou sur une écorce dans la position dite « en opposition » . Une fois la fécondation terminée, la femelle peut pondre entre 150 et 250 œufs. Elle a la particularité de les pondre en vol et de les lâcher à proximité de ses plantes hôtes, principalement des graminées comme le brome ou le dactyle. Cette dispersion aléatoire au cœur de la végétation permet de limiter la prédation des œufs.

Chenilles

La chenille du Silène possède une forme allongée et fuselée. Sa coloration est discrète, oscillant entre le beige, le gris et le brun jaunâtre, avec des lignes longitudinales sombres et claires qui lui permettent de se fondre dans les herbes sèches. Sa tête est globuleuse et présente des stries verticales. La larve a une croissance lente et se nourrit principalement la nuit.

Chenille de la silène (Illustration par IA)

Elle passe l’hiver à l’état de jeune chenille, cachée à la base des touffes d’herbe, et reprend son alimentation au retour du printemps pour achever son développement.

Chrysalide

Contrairement à beaucoup de papillons de jour qui se suspendent à une tige, la chenille du Silène s’enfouit légèrement dans le sol ou se dissimule profondément dans la litière végétale au pied des touffes de graminées. Elle y aménage une petite loge souterraine sommaire, sans tisser de cocon de soie complexe, mais en consolidant parfois les parois avec quelques fils de soie mélangés à de la terre. C’est à l’intérieur de cet abri qu’elle se transforme en chrysalide.

La chrysalide est de forme courte, trapue et arrondie, typique des Satyrinae. Sa coloration est discrète, variant du brun rougeâtre sombre au brun foncé, ce qui lui assure un parfait mimétisme avec le sol et les débris végétaux environnants. La surface est mate et granuleuse. Bien que compacte, on peut y distinguer les contours des futures structures de l’adulte, notamment les fourreaux alaires qui protègent les ailes en formation, et la segmentation de l’abdomen. L’extrémité abdominale ne possède pas de crémaster (crochet de fixation) développé, étant donné sa position libre dans le sol.

Distribution

La Silène présente une vaste aire de répartition qui s’étend de l’Europe centrale et méridionale jusqu’à l’Iran.

En Europe, on la rencontre principalement en Espagne, en Italie, en Grèce, ainsi que dans le sud de l’Allemagne et de la Pologne. Sa présence est également attestée dans les Balkans, en Turquie, dans le Caucase et jusqu’en Mésopotamie.

Carte GBIF de la présence du silène dans le monde

En France, ce papillon occupe la majorité des départements métropolitains. Il est cependant absent des zones littorales de la Manche et de la mer du Nord, de la Bretagne, ainsi que de l’Île-de-France et du Nord. Sous l’effet du réchauffement climatique, on observe une remontée progressive de l’espèce vers le nord et une colonisation de nouvelles altitudes dans les massifs montagneux, comme les Alpes, où elle peut être aperçue jusqu’à 1 600 mètres.

Taxonomie

L’espèce Brintesia circe  a été décrite et nommée pour la première fois en 1775 par l’entomologiste Johan Christian Fabricius sous le nom de Papilio circe. Fabricius a été dans sa jeunesse l’élève du naturaliste suédois  créateur de la classification binominale, Carl von Linné .

Le nom de genre Brintesia a été créé en 1911 par l’entomologiste allemand Hans Fruhstorfer. La famille des Nymphalidae a été proposée en 1806 par l’entomologiste français Pierre André Latreille.

Étymologie

Le nom de genre Brintesia a été créé par l’entomologiste allemand Hans Fruhstorfer en 1911. Ce dernier avait pour habitude de puiser dans la toponymie, et plus particulièrement dans les noms de lieux italiens, pour baptiser les nouveaux taxons qu’il décrivait. Brintesia est ainsi une forme latinisée dérivée de Brentesion, le nom grec ancien de la ville de Brindisi, située dans les Pouilles.

Comme souvent, l’épithète fait référence à la mythologie. « Circé » était la fille d’Hélios, mais elle était surtout une magicienne réputée qui était notamment connue pour sa capacité à concocter des drogues et des poisons qui déclenchaient des métamorphoses. On peut comprendre pourquoi le nom d’une reine des métamorphoses a été donné à un papillon.

Le nom vernaculaire « Silène » renvoie lui aussi vers la mythologie. Comme le papillon fait partie de la famille des Satyrinae, il lui a été donné le nom d’un satyre « Silène » ou « Papposilène » qui est considéré comme le père adoptif et le précepteur de Dionysos. Silène est aussi vu comme le fils de Pan et de Gaïa. Il est surtout le dieu qui personnifie l’ivresse et il est représenté la plupart du temps comme un vieillard bedonnant joyeux, laid, lubrique, rendu grotesque par son ivresse permanente.

Les Anglais le nomment « great-banded grayling ». Grayling désigne les papillons au-dessous des ailes marbrées  de gris  qui font partie du groupe des Satyrinae. Great banded fait référence aux larges bandes que le papillon a sur le dessus et le dessous des ailes. Les Allemands le nomment « Weiße Waldportier » que l’on peut traduire par le portier blanc des bois. Le nom fait référence à sa présence fréquente à la lisière des forêts. En Espagne, il est connu sous le nom de Rey moro ,le jeune homme roi. L’ appellation souligne son allure imposante et une certaine noblesse dans le dessin de ses ailes . Les  Italiens l’appellent tout simplement  « Silene » et conservent  la connotation mythologique.

Confusion

Le Silène peut être confondu avec quelques papillons du genre Hipparchia comme le petit Sylvandre ou le Sylvandre qui lui ressemblent beaucoup. Même s’ils sont proches, de nombreux détails permettent de les différencier. Le Silène, par exemple, est plus contrasté que le Sylvandre et il a sur le revers des ailes deux bandes blanches qui traversent l’aile alors que le Sylvandre n’en a qu’une.

Son envergure, pouvant atteindre 60 à 80 mm, le rend également plus imposant que ses cousins. Un examen attentif de l’ocelle situé à l’apex de l’aile antérieure révèle qu’il est systématiquement aveugle chez le Silène, tandis qu’il est souvent centré d’un point blanc chez le Sylvandre.

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