- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille :Nymphalidae
- Sous-famille : Heliconiinea
- Genre : Argynnis
Présentation
Le Tabac d’Espagne appartient à la famille des Nymphalidae, qui regroupe le plus grand nombre de papillons diurnes avec 542 genres et plus de 6 000 espèces dans le monde. En France, on compte plus de 130 espèces au sein de cette famille, parmi lesquelles le Paon du jour (Aglais io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Petite Tortue (Aglais urticae), la Belle-Dame (Vanessa cardui), la Carte géographique (Araschnia levana), le Petit Mars changeant (Apatura ilia) ou encore le Robert-le-Diable (Polygonia c-album).

Cette famille est divisée en 12 sous-familles (Apaturinae, Biblidinae, Heliconiinae, Satyrinae, etc.). Le Tabac d’Espagne fait partie des Heliconiinae, une sous-famille dont la plupart des membres vivent dans les régions tropicales. Sous nos latitudes, c’est la tribu des Argynnini qui est la mieux représentée. Ses membres sont appelés les « Nacrés » en raison des zones argentées qui marquent le dessous de leurs ailes. Parmi les plus connus, on cite le Petit Nacré (Issoria lathonia), le Moyen Nacré (Fabriciana adippe), le Nacré de la ronce (Brenthis daphne), la Petite Violette (Boloria dia) et le Grand Collier argenté (Boloria euphrosyne).



Les Anglais nomment les Argynnes les « Fritillary ». Ce mot vient du latin fritillus, qui désigne un cornet à dés, mais aussi la plante Fritillaire pintade. Le motif en damier de cette fleur a naturellement fait le lien avec les taches noires régulières de ces papillons.
Description
Le Tabac d’Espagne fait partie des papillons de bonne taille puisqu’il peut atteindre 65 mm d’envergure. Celui-ci a tourné toute l’après-midi autour du buddleia qui a fleuri hier. Au jardin, le mâle est facilement reconnaissable à sa couleur orange vif et à ses quatre traits épais sur le dessus des ailes antérieures. Ces lignes obliques sont des stries androconiales. Composées d’écailles spécialisées, elles diffusent, lors de la saison des amours, des phéromones sexuelles pour attirer les femelles.


Le dimorphisme de cette espèce est marqué :
- La femelle : Sa teinte est plus terne, ses ailes sont plus grandes et arrondies, et elle ne possède pas les stries androconiales caractéristiques des mâles. Dans certaines régions, on trouve une forme femelle, dite valesina, sur laquelle la couleur de fond n’est pas orange, mais grise avec des zones sombres et des reflets verdâtres. Il existe également une forme « immaculata » présente en corse et Sardaigne
- Le revers : Le dessous est globalement identique chez les deux sexes, ce qui permet de l’identifier à coup sûr.
- Les antérieures : Elles conservent la couleur orange et les taches noires du dessus, mais l’apex (la pointe de l’aile) est lavé de verdâtre.
- Les postérieures : C’est ici que se trouve le caractère spécifique de l’espèce. Le fond est vert olive (parfois plus sombre ou grisâtre chez la femelle) et il est traversé par les fameuses zébrures argentées.
Si la femelle ne possède pas de stries androconiales sur le dessus, elle partage bien avec le mâle ces lignes argentées au revers qui la distinguent des autres Nacrés à taches rondes.

Morphologie et cycle
Les yeux du Tabac d’Espagne sont assez gros et verts. Ils sont surmontés de deux antennes orangées dont l’extrémité, en forme de massue, comporte une petite zone noire. Son abdomen est recouvert de poils bruns ; il est plus épais chez les femelles qui portent les œufs.
Le Tabac d’Espagne est une espèce univoltine (une seule génération par an). Les imagos (adultes) vivent entre trois et quatre semaines. Au Jardin des Oiseaux, ils apparaissent en juin et disparaissent vers la fin du mois d’août.
Reproduction
L’accouplement est toujours précédé par des vols spectaculaires du mâle qui tourne autour de la femelle pour l’impressionner. Il s’approche d’elle et frotte ses androconies contre son corps. Si la femelle est consentante, l’accouplement a lieu dos à dos . En cas de danger ils peuvent s’envoler dans cette position peu confortable et se poser un peu plus loin.
La femelle pond ensuite ses œufs un par un sur les violettes ou sur d’autres végétaux qui se trouvent autour. Les œufs sont verts et comportent 25 côtes. À peine née, la chenille mange le chorion (l’enveloppe de l’œuf) qui sera sa seule nourriture avant longtemps . Elle entre alors en diapause .
Au printemps (avril/mai), la chenille sort de son cocon de soie pour s’installer sur les violettes. Elle se nourrit la nuit et se dissimule la journée sous les feuilles ou les branchages.
Nymphose : Elle se fixe à un support par un coussinet de soie pour devenir chrysalide. La métamorphose dure 2 à 4 semaines selon la chaleur.
Le Tabac d’Espagne est avant tout un papillon forestier. Contrairement à d’autres nacrés qui préfèrent les prairies ouvertes, il affectionne tout particulièrement les lisières de bois et les clairières ensoleillées, les larges allées forestières où poussent les ronces et les chardons ainsi que les jardins boisés et les parcs, pourvu qu’ils soient riches en fleurs nectarifères. On l’observe souvent en hauteur, volant le long de la canopée, mais il descend volontiers au niveau du sol pour s’alimenter. Il apprécie particulièrement les fleurs de Buddleia (l’arbre aux papillons), les Eupatoires chanvrine et les Ronces, dont il semble raffoler du nectar durant les heures les plus chaudes de l’après-midi.
Plantes hôtes
Ses plantes hôtes sont les violettes. La femelle peut déposer ses œufs sur plusieurs espèces comme la Violette de Rivin (Viola riviniana), la Violette de Reichenbach (Viola reichenbachiana), la Violette blanche (Viola alba), la Violette hérissée (Viola hirta) ou encore la Violette des chiens (Viola canina).
les femelles ne pondent pas leurs œufs directement sur les plantes hôtes, mais sur le tronc des arbres situés aux alentours, généralement dans les anfractuosités de l’écorce.
Distribution
On le trouve partout en Europe et en Asie, à l’exception des pays trop froids d’Europe du Nord comme la Scandinavie ou le nord de la Grande-Bretagne. Il est également présent en Afrique du nord, en Turquie , en Azerbaïdjan ou en Géorgie. En montagne on peut le croiser jusqu’à 2000 mètres d’altitude.

Carte GBIF de la présence du Tabac d’Espagne dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/1909398
Avec le réchauffement climatique, on observe une remontée progressive de l’espèce vers le nord de l’Europe, tandis qu’elle devient plus rare dans les régions les plus méridionales où les sécheresses estivales impactent la survie des violettes (plantes hôtes).
Confusion
Le Tabac d’Espagne peut être confondu avec plusieurs espèces de grandes Argynnes, appelées aussi les Nacrés, comme le Moyen Nacré (Fabriciana adippe) ou le Grand Nacré (Speyeria aglaja).
Si l’on s’en tient au dessus des ailes, toujours orange avec des taches noires, l’identification n’est pas aisée. Pour les distinguer, il faut impérativement se concentrer sur le revers (le dessous) des ailes postérieures :
- Le Tabac d’Espagne : Bien qu’il appartienne à la tribu des Nacrés, il est le seul à ne pas porter de taches rondes. Son revers est vert olive, traversé par de fines zébrures argentées (des lignes continues).
- Les « vrais » Nacrés : Comme leur nom l’indique, ils possèdent des taches nacrées bien distinctes, semblables à des perles de nacre incrustées, mais ne présentent jamais ces zébrures allongées.
On peut aussi le confondre avec le Cardinal (Argynnis pandora), qui lui ressemble beaucoup. La distinction se fait au revers des ailes antérieures : il est rose carmin chez le Cardinal, alors qu’il reste orange chez le Tabac d’Espagne.
Le nom vernaculaire de « Cardinal » est le fait du père Augustin Engramelle. Il trouvait que le rouge carmin de cette espèce rappelait la couleur rouge pourprée, dite « pourpre cardinalice », qui est la marque distinctive des cardinaux de l’Église.
Le nom vernaculaire de « Cardinal » a été attribué par le père Augustin Engramelle. Il trouvait que le rouge carmin de cette espèce rappelait la couleur rouge pourprée, dite « pourpre cardinalice », qui est la marque distinctive des cardinaux de l’Église.
Étymologie
Le Tabac d’Espagne est l’un des premiers papillons nommés par Linné, car l’espèce est présente jusque dans le nord de la Suède. Il entre dans la nomenclature binominale en 1758 sous le nom de Nymphalis paphia. Linné y adjoint alors une brève description : « avec les ailes dentées, fauves, tachées de noir ; le dessous avec des lignes transversales argentées. »»

L’origine des noms scientifiques : Le nom de genre est modifié par Fabricius en 1807. Pour des raisons de classement, il remplace Nymphalis par Argynnis, l’un des qualificatifs accolés dans l’Antiquité à la déesse Aphrodite. Le genre Nymphalis reste aujourd’hui celui de plusieurs autres papillons comme la Grande Tortue ou la Vanesse du saule.
L’épithète paphia est un autre qualificatif lié à la déesse Aphrodite, car la légende raconte qu’elle aborde à Paphos, sur les côtes de l’île de Chypre, après sa naissance dans l’écume.
L’origine du nom « Tabac d’Espagne » : Le nom vernaculaire « Tabac d’Espagne » lui est donné en 1762 par l’entomologiste Étienne-Louis Geoffroy. Il trouve que la couleur orangée de ses ailes rappelle celle du tabac en poudre (le tabac à priser), fabriqué à l’époque à Séville, en Espagne.
Plus tard, d’autres naturalistes lui attribuent de nouveaux noms : il est nommé l’Argynne paphia par Latreille et Godart en 1819, ou encore l’Argynne tabac d’Espagne par Godart en 1821.

Ce Tabac d’Espagne mâle s’est fait attaquer par un oiseau . Mais rien de grave . Un bout de l’aile a été arraché, mais les parties vitales ne sont pas touchées et le papillon virevolte sans aucune gêne comme si rien ne s’était passé.
Les noms vernaculaires à l’étranger
Anglais : Silver-washed Fritillary (la « Fritillaire lavée d’argent »). Ce nom fait directement référence aux zébrures argentées du revers qui semblent avoir été étalées au pinceau.
Allemand : Kaisermantel (le « Manteau impérial »). Un nom prestigieux qui souligne la grande taille et la couleur orange royal du papillon.
Espagnol : Nacarada (la « Nacrée »). Bien que nous ayons vu qu’il diffère des autres nacrés, les Espagnols utilisent ce terme pour l’ensemble du groupe. On l’appelle aussi parfois Argina.
Italien : Tabacco di Spagna. Ils utilisent la même référence que nous au tabac de Séville.
Néerlandais : Keizersmantel. Comme en allemand, on retrouve l’idée du « Manteau impérial ».
Premier et dernier Tabac d’Espagne vu au jardin des oiseaux


Quelques autres photos de Tabac d’Espagne














