Petite nymphe au corps de feu mâle (Pyrrhosoma nymphula /Sulzer, 1776)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Odonata
  • Famille :Coenagrionidae
  • Sous-ordre: Zygoptera
  • Genre : Pyrrhosoma

Rencontre hier après-midi avec cette petite nymphe au corps de feu. Elle attendait, immobile au bord de l’eau, qu’une proie passe devant elle.

Comme pour les oiseaux, ma technique de prise de vue n’est jamais de leur courir après, mais de réunir en amont les conditions pour qu’ils aient envie de venir chez moi, puis le moment venu, de me fondre dans le paysage et d’attendre.

Cela fonctionne plutôt pas mal, même si cette technique nécessite une certaine dose de patience. Personnellement, je profite de ces moments d’attente pour observer la nature dans ses moindres détails. J’y découvre souvent des plantes ou des insectes que je ne connaissais pas.

Au bout de 10 minutes, cette jeune demoiselle mâle est venue se poser à 20 cm de moi et nous sommes restés ainsi un long moment immobiles. J’en ai bien sûr profité pour prendre quelques clichés en faisant le moins de mouvement possible. On ne se rend pas bien compte sur la photo, mais elle est minuscule et pratiquement invisible sur la petite branche avec laquelle elle se confond.

Petite nymphe au corps de feu ((Pyrrhosoma nymphula)
Petite nymphe au corps de feu mâle (Pyrrhosoma nymphula)

Présentation

La petite nymphe au corps de feu appartient à l’ordre des Odonates. Ce groupe rassemble des insectes prédateurs qui possèdent des ailes membraneuses et des yeux à facettes très développés. On y trouve à la fois les libellules massives et les demoiselles plus frêles.

Au sein de cet ordre, elle se classe dans le sous-ordre des Zygoptères. Ces insectes se distinguent par un corps gracile et une tête élargie transversalement. Contrairement aux libellules Anisoptères qui gardent leurs ailes étalées, les Zygoptères replient généralement leurs ailes au-dessus de leur abdomen lorsqu’ils se posent. C’est pour cette raison qu’on les appelle communément des demoiselles.

Elle fait partie de la famille des Coenagrionidae. Cette famille est l’une des plus vastes parmi les odonates et regroupe des espèces de petite taille que l’on nomme souvent les agrions. Ces insectes fréquentent principalement les eaux stagnantes ou les cours d’eau à courant lent où la végétation aquatique abonde.

Enfin, elle appartient au genre Pyrrhosoma. Ce genre se caractérise par des espèces dont la coloration dominante est le rouge, ce qui reste assez rare au sein de sa famille où le bleu et le noir prédominent souvent. La petite nymphe au corps de feu est l’unique représentante de ce genre que l’on croise fréquemment sur le territoire français.

Reproduction

Déjà présente sur Terre il y a 200 millions d’années, la petite nymphe au corps de feu suit un cycle de reproduction typique des Zygoptères. La saison commence généralement au printemps, dès le mois d’avril, et peut s’étendre jusqu’en septembre.

Le mâle repère son territoire, souvent une zone riche en végétation aquatique, et patrouille pour en chasser les intrus. Lorsqu’il aperçoit une femelle, il s’approche lentement et l’aborde en vol. L’accouplement s’effectue dans une position caractéristique nommée « cœur copulatoire » ou roue : le mâle saisit la femelle derrière la tête avec ses appendices anaux, puis la femelle courbe son abdomen pour rejoindre les organes copulateurs secondaires du mâle situés sous le deuxième segment abdominal.

Après cette étape, la femelle dépose ses œufs sur ou dans l’eau, le plus souvent sur des plantes flottantes ou semi-immergées. Le mâle reste fréquemment attaché à la femelle pendant cette phase afin de protéger sa descendance des autres mâles. Certaines femelles descendent le long des tiges jusqu’à plus d’un mètre de profondeur pour assurer la ponte. Cette opération dure de quelques minutes à plus d’une heure selon la quantité d’œufs et les conditions environnementales.

Les œufs éclosent en général entre 2 et 6 semaines après la ponte. Ils libèrent des larves aquatiques, les naïades, qui sont des prédateurs actifs. Ces dernières consomment des petits insectes aquatiques, des larves de moustiques ou de minuscules crustacés. Leur développement est lent et s’étale parfois sur deux ou trois ans. Durant cette période, elles subissent plusieurs mues successives avant d’atteindre leur taille finale.

Lorsque la croissance est achevée, la larve quitte le milieu aquatique pour effectuer sa métamorphose. Elle s’accroche à un support vertical, comme une tige, puis son exosquelette se fend pour laisser émerger l’adulte. Cette demoiselle volante commence alors sa vie aérienne.

Description

La petite nymphe au corps de feu, Pyrrhosoma nymphula, est un agrion* à la belle couleur rouge. Seuls les deux derniers segments de l’abdomen sont noirs. Le thorax, lui, est noir avec des bandes jaunes chez les jeunes comme sur la photo. L’aspect bronze du dessus du thorax confirme d’ailleurs qu’il s’agit d’un mâle immature, car ces bandes antéhumérales virent au rouge et le thorax s’assombrit chez le mâle à maturité. Les pattes noires permettent de la différencier des cériagrions qui ont les pattes rouges.

Petite nymphe au corps de feu mâle (Pyrrhosoma nymphula)

Sur les ailes, on observe des ptérostigmas noirs de forme rhomboïdale. Il existe un dimorphisme notable, notamment chez les femelles qui présentent trois formes chromatiques. La forme typica présente un mélange de rouge et de noir, la forme fulvipes est presque totalement rouge comme le mâle, tandis que la forme melanotum est très sombre. On peut la rencontrer partout en France du mois d’avril au mois de septembre.

Je note d’ailleurs depuis le début du mois de septembre un retour des libellules et des papillons au jardin alors que je ne les voyais pratiquement plus pendant les mois de juillet et août qui ont été caniculaires.

Les animaux eux aussi souffrent beaucoup de la chaleur et sont bien moins actifs au-dessus de 30 degrés.  Lors de ces pics de chaleur, l’adulte adopte souvent une posture de régulation thermique nommée « l’obélisque ». Il dresse son abdomen vers le ciel afin de réduire la surface du corps exposée aux rayons directs du soleil. Malgré cette technique, les insectes privilégient le repos à l’ombre dès que la température franchit le seuil des 30 degrés pour économiser leur énergie.

Habitat

La petite nymphe au corps de feu est une espèce ubiquiste*, c’est-à-dire qu’elle supporte différents types d’habitats même si elle a un goût prononcé pour les ruisseaux où l’eau est plutôt stagnante et riche en végétaux. Sa grande adaptabilité lui permet de coloniser aussi bien des mares de jardin que des tourbières ou des fossés forestiers ombragés. Elle se contente de milieux aquatiques modestes pourvu que la végétation y soit dense, car elle utilise ces supports pour se cacher du vent et des prédateurs. On la retrouve fréquemment dans des zones où l’acidité de l’eau repousse d’autres espèces plus exigeantes. Cette capacité d’adaptation explique pourquoi elle figure souvent parmi les premières demoiselles qui apparaissent au printemps dans des environnements très variés. Elle apprécie toutefois la présence de boisements à proximité des points d’eau, car elle y trouve un refuge nocturne ainsi que des postes de guet abrités pour ses sessions de chasse.

Alimentation

Comme les autres libellules, elle est une redoutable chasseuse d’insectes. Elle peut en manger jusqu’à une centaine par jour et elle apprécie tout particulièrement les moustiques, les papillons, les araignées, les mouches ou les éphémères. Son efficacité repose sur un vol d’une grande agilité qui lui permet de pratiquer la chasse à l’affût ou en patrouille. Elle repère ses proies grâce à ses yeux composés de milliers de facettes, puis elle fond sur elles pour les saisir. L’adulte utilise ses six pattes, positionnées vers l’avant et garnies de soies rigides, pour former une véritable nacelle de capture. Cet appareil lui permet de maintenir fermement des insectes parfois presque aussi gros qu’elle pendant qu’elle les broie avec ses mandibules puissantes. Contrairement à d’autres prédateurs, elle consomme souvent ses captures en restant posée sur un support, après avoir sectionné les ailes de ses proies pour n’en garder que le corps nutritif.

Reproduction

Reproduction

Déjà présente sur Terre il y a 200 millions d’années, la petite nymphe au corps de feu suit un cycle de reproduction typique des Zygoptères. La saison commence généralement au printemps, dès le mois d’avril, et peut s’étendre jusqu’en septembre.

Le mâle repère son territoire, souvent une zone riche en végétation aquatique, et patrouille pour en chasser les intrus. Lorsqu’il aperçoit une femelle, il s’approche lentement et l’aborde en vol. L’accouplement s’effectue dans une position caractéristique nommée « cœur copulatoire » : le mâle saisit la femelle derrière la tête avec ses appendices anaux, puis la femelle courbe son abdomen pour rejoindre les organes copulateurs secondaires du mâle situés sous le deuxième segment abdominal.

Après cette étape, la femelle dépose ses œufs sur ou dans l’eau, le plus souvent sur des plantes flottantes ou semi-immergées. Le mâle reste fréquemment attaché à la femelle pendant cette phase afin de protéger sa descendance des autres mâles. Certaines femelles descendent le long des tiges jusqu’à plus d’un mètre de profondeur pour assurer la ponte. Cette opération dure de quelques minutes à plus d’une heure selon la quantité d’œufs et les conditions environnementales.

Les œufs éclosent en général entre 2 et 6 semaines après la ponte. Ils libèrent des larves aquatiques, les naïades, qui sont des prédateurs actifs. Ces dernières consomment des petits insectes aquatiques, des larves de moustiques ou de minuscules crustacés. Leur développement est lent et s’étale parfois sur deux ou trois ans. Durant cette période, elles subissent plusieurs mues successives avant d’atteindre leur taille finale.

Lorsque la croissance est achevée, la larve quitte le milieu aquatique pour effectuer sa métamorphose. Elle s’accroche à un support vertical, comme une tige, puis son exosquelette se fend pour laisser émerger l’adulte. Cette demoiselle volante commence alors sa vie aérienne.

 Distribution

L’espèce est présente dans toute l’Europe. Au nord, on la trouve dans tout le Royaume-Uni et jusqu’au Danemark et en Suède. Elle est seulement absente du nord de la Scandinavie. Au sud, on la trouve en Espagne, au Portugal, en Italie et au Maghreb. On peut également la rencontrer en Grèce où l’on voit aussi la nymphe de Grèce (Pyrrhosoma elisabethae) qui lui ressemble beaucoup.

Carte GBIF de la présence de la petite nymphe au corps de feu dans le monde

La différence entre les deux espèces est si minime que les spécialistes doivent parfois utiliser une loupe pour les distinguer. Ils observent alors des détails invisibles à l’œil nu, comme la forme du pronotum (une plaque sur le dessus du thorax) chez la femelle ou la longueur des appendices anaux chez le mâle. Ces mesures microscopiques sont les seuls moyens de garantir une identification exacte entre ces deux cousines.** La petite nymphe au corps de feu est également présente en Géorgie, en Azerbaïdjan et jusqu’en Russie

Taxonomie

La petite nymphe au corps de feu a été décrite et nommée par le naturaliste suisse Johann Kaspar Sulzer en 1776 sous le nom initial de Libellula nymphula.

Le genre Pyrrhosoma a été créé en 1840 par l’entomologiste belge Edmond de Selys Longchamps.

La famille des Coenagrionidae a été proposée en 1833 par l’entomologiste britannique William Kirby.

Étymologie

Le nom de genre Pyrrhosoma provient de la combinaison de deux racines grecques : pyrrhos, qui signifie « de feu » ou « rouge flamboyant », et sôma, qui désigne le « corps ». Ce nom fait directement référence à la coloration éclatante de l’insecte. L’épithète spécifique nymphula est un diminutif du latin nympha, lequel signifie « petite nymphe ». Dans la mythologie, les nymphes étaient des divinités féminines liées à la nature et aux eaux, ce qui illustre parfaitement le milieu de vie de cette demoiselle.

Le nom vernaculaire « petite nymphe au corps de feu » puise également ses racines dans cet imaginaire mythologique et dans l’observation naturaliste. Le terme « nymphe » souligne la grâce de l’insecte et son lien indéfectible avec l’élément aquatique. L’expression « corps de feu » décrit avec précision la pigmentation rouge éclatante du mâle, dont l’éclat rappelle celui d’une braise. L’adjectif « petite » permet enfin de la distinguer des autres libellules de plus grande taille que l’on croise dans les mêmes milieux humides.

Conclusion

Pour finir cette présentation, j’ai une petite pensée pour la personne qui a nommé cette demoiselle « petite nymphe au corps de feu » . J’imagine qu’elle était dans un état particulier et qu’elle s’est laissé déborder par ses émotions. Disons que la très belle couleur rouge feu de l’agrion l’a inspiré.

C’est peut-être d’ailleurs la même qui a baptisé cette  célèbre rose ancienne par le nom très suggestif « de « cuisse-de-nymphe émue » 

*Agrion (glossaire)

Nom vernaculaire que l’on donne aux libellules de type demoiselle ou « zygoptère »  qui font partie de la famille des odonates  . C’est-à-dire à celles qui replient leurs deux paires d’ailes vers l’arrière lorsqu’elles sont au repos et qui ont les yeux séparés.

Le nom permet de les distinguer des autres libellules de type « anisoptère » qui sont plus grosses, qui ont les yeux qui se touchent et qui ont la particularité de garder les ailes perpendiculaires au corps lorsqu’elles se posent.

*Ubiquiste (Glossaire)

Espèce ubiquiste . Que l’on rencontre dans des territoires étendus et variés. Certaines libellules peuvent vivre dans des zones humides avec des habitats très différents .

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