Les yeux des odonates

Les libellules possèdent une vue exceptionnelle qui laisse peu de chance à leurs proies. De tous les insectes, ce sont elles qui détiennent la meilleure vision. Chaque œil contient jusqu’à 15 000 facettes, et ce nombre atteint 30 000 pour certaines espèces comme l’Anax junius (Aeshnidae).

L’œil à facettes d’un Calopterix virgo mâle .

Contrairement à nous, la libellule ne peut pas bouger ses yeux qui restent fixes, mais leur conformation en facettes leur permet de regarder pratiquement à 360 degrés sans bouger la tête. On voudrait l’attraper à la main, ce serait impossible, car si nos yeux voient à la vitesse de 60 images par seconde, ceux de la libellule ont une vitesse de 200 images par seconde. Cette vitesse de traitement permet à la libellule de percevoir le monde comme si celui-ci était au ralenti. Là où un humain voit un oiseau passer rapidement, l’odonate analyse chaque battement d’ailes avec une précision qui lui permet d’anticiper la trajectoire de sa cible. Les odonates voient également les couleurs bien mieux que nous. Elles les perçoivent du rouge foncé jusqu’à l’ultra-violet.

Alors que notre vision (trichromatique) est basée sur l’expression de 3 gènes, celle des libellules en comporte de 15 à 33.

Comme beaucoup d’autres insectes (punaises, fourmis, cafards, abeilles, guêpes, etc…), les odonates possèdent aussi des « ocelles » qui sont comme des petits yeux. Ils sont le plus souvent disposés en triangle sur le front ou le sommet de la tête. Leur nombre (de 1 à 3) et leur taille peuvent varier selon l’espèce. Ils ne sont pas capables de créer des images comme un œil, mais sont extrêmement sensibles à la lumière et apportent des renseignements d’une grande finesse que l’œil lui-même n’est pas capable de percevoir. Ils couvrent un spectre lumineux qui permet par exemple aux abeilles de repérer le soleil, même par temps couvert, ce qui leur assure un précieux outil de navigation.

Les yeux composés à facettes d’un sympétrum strié

L’apport scientifique des ocelles

Certains spécialistes pensent que ces ocelles jouent également un rôle important dans la stabilité des insectes pendant le vol. Les recherches actuelles en robotique montrent d’ailleurs que ces capteurs servent de gyroscopes optiques. Ils permettent à l’insecte de corriger son assiette, c’est-à-dire son inclinaison par rapport à l’horizon, beaucoup plus rapidement que ne le feraient ses yeux composés car le signal nerveux des ocelles est transmis presque directement aux muscles du vol.

L’apport scientifique des ocelles

Les scientifiques s’y intéressent et s’en servent de modèles pour trouver des solutions qui permettent de stabiliser des petits drones sans pilote.

Les aéronautes pourraient d’ailleurs décerner une médaille aux odonates puisque les ingénieurs se seraient déjà inspirés de leur vol lors de la création de l’hélicoptère. Mais la libellule dépasse encore  largement les capacités de cette machine. Chaque aile est actionnée par des muscles directs, ce qui permet des mouvements asynchrones. La libellule peut en effet, grâce à ses 4 ailes mobiles indépendantes, faire du surplace et même reculer. Elle peut aussi battre des ailes avant et arrière de manière opposée pour stabiliser son vol stationnaire ou pivoter sur place en une fraction de seconde.

Certains hélicoptères portent même son nom comme la célèbre « libellule de Sikorski ».

« Le vol des oiseaux et des insectes m’a toujours préoccupé… J’avais essayé tous les genres d’ailes d’oiseaux, de chauve-souris et d’insectes, disposées en ailes battantes, ou ailes fixes avec hélice. »

Clément Ader : Ingénieur français et pionnier de l’aviation..

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