Le Cuivré fuligineux ou Argus myope (Lycaena tityrus)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : papilionoidea
  • Famille :Lycaenidae
  • Sous-famille : Lycaeninae
  • Genre : Lycaena

Présentation

Le Cuivré fuligineux fait partie de la famille des Lycaenidae qui compte environ 5 200 espèces dans le monde. Une centaine vivent en Europe et soixante-cinq sont présentes en France. Parmi les représentants de ce groupe rencontrés sur le territoire figurent le Cuivré écarlate (Lycaena hippothoe), le Collier-de-corail (Aricia agestis) ou encore l’Azuré des nerpruns (Celastrina argiolus).

L’une des caractéristiques les plus remarquables de cette famille réside dans la diversité des couleurs et des motifs de ses représentants. Elle comprend notamment de nombreux papillons aux ailes bleues, mais aussi des espèces aux teintes brunes, orangées ou cuivrées.

Le papillon portera ainsi plusieurs noms jusqu’au début du 20e siècle ou Courvoisier publiera une note en faveur de Tityrus .

Le Cuivré fuligineux appartient au genre Lycaena qui regroupe des papillons dont les chenilles sont étroitement liées aux plantes de la famille des Polygonaceae (Polygonaceae) et plus particulièrement aux différentes espèces d’oseilles sauvages du genre Rumex. Le genre se caractérise également par des papillons souvent reconnaissables à leurs teintes cuivrées et à la présence de nombreux points noirs sur le dessous des ailes.

Les mâles de plusieurs espèces du genre Lycaena ont un comportement territorial marqué. Ils se postent sur des points élevés et s’envolent rapidement à l’approche d’autres papillons.

Description

Dans cette espèce, le dimorphisme sexuel est important. Le mâle a le dessus des ailes marron avec de légers reflets violets. La surface est marquée par des taches noires et de petites lunules orange assez réduites et parfois presque invisibles voire absentes. L’ensemble est bordé par une frange blanche. La femelle porte le même « costume » avec des zones orangées plus étendues sur les ailes et notamment sur les ailes antérieures. Les lunules sont aussi plus développées. Comme pour un grand nombre de papillons, l’abdomen de la femelle est plus large que celui du mâle. La raison est simple à comprendre. C’est elle qui devra porter les œufs.

Le thorax et l’abdomen sont très sombres et presque noirs. Ils sont recouverts d’une pilosité assez abondante.

Le dessous des ailes est d’un beige légèrement teinté d’orange avec des taches noires et des lunules orange. Les antennes sont annelées de noir et de blanc. Elles se terminent par des massues noires avec une pointe orangée.

L’espèce est généralement bivoltine, c’est-à-dire qu’elle produit deux générations par an. La première apparaît au printemps et la deuxième en été. Dans les régions chaudes, une troisième génération peut parfois se développer. La sous-espèce tityrus subalpinus, qui vit en altitude, est univoltine et ne produit qu’une seule génération en été.

Alimentation

Le Cuivré fuligineux a un régime alimentaire exclusivement liquide composé principalement de nectar. Il n’est pas particulièrement sélectif et visite différentes plantes à fleurs selon les ressources disponibles dans son environnement.

On peut notamment l’observer sur les plantes de la famille des Astéracées (Asteraceae) qui constituent une source importante de nectar pour de nombreux papillons. Il fréquente également d’autres plantes à fleurs et adapte son alimentation aux floraisons présentes dans son habitat.

Le nectar lui apporte les sucres nécessaires à l’énergie de son vol et à ses différentes activités. Comme d’autres papillons, il peut aussi être observé sur des sols humides où il prélève de l’eau et des sels minéraux.

Habitat

Le Cuivré fuligineux fréquente principalement les milieux ouverts et ensoleillés. Il apprécie les prairies plutôt fraîches, les prairies humides et les pelouses où poussent les plantes dont se nourrissent ses chenilles. Il peut également vivre dans les landes ainsi que dans les lisières et les clairières forestières.

L’espèce est présente du niveau de la mer jusqu’à la montagne. Dans les Alpes et d’autres massifs montagneux, la sous-espèce subalpinus occupe les prairies et les pelouses alpines et subalpines. Elle peut être observée jusqu’à environ 2 500 mètres d’altitude.

Le Cuivré fuligineux évite les milieux trop secs. Il a besoin d’habitats où les plantes de la famille des Polygonacées et notamment les oseilles sauvages du genre Rumex peuvent se développer.

Plantes hôtes

Les chenilles du Cuivré fuligineux se nourrissent principalement de plantes du genre Rumex, qui appartient à la famille des Polygonacées (Polygonaceae). L’Oseille commune (Rumex acetosa) constitue sa principale plante hôte.

La Petite oseille (Rumex acetosella) est également utilisée ainsi que d’autres espèces du genre Rumex. L’Oseille à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius) et l’Oseille à feuilles crépues (Rumex crispus) peuvent notamment servir de plantes nourricières aux chenilles.

Cette association avec les oseilles est caractéristique du genre Lycaena. La présence de ces plantes contribue donc à expliquer la présence du Cuivré fuligineux dans les prairies et les autres milieux ouverts qu’il fréquente.

Parade nuptiale et accouplement

Les mâles de cette espèce sont très territoriaux. Ils se positionnent en hauteur sur des arbustes ou des arbres et poursuivent tous les autres mâles qui traversent leur territoire. Ils guettent ainsi le passage des femelles.

Après la rencontre avec la femelle, l’accouplement a lieu dans la position dite « en opposition » et permet la fécondation des œufs.

Dessous des ailes du cuivré fuligineux femelle

Ponte et développement de la chenille

les femelles pondent leurs œufs isolément ou par petits groupes sur les feuilles de la plante hôte. Les chenilles passent par quatre stades. Elles sont vertes avec une fine pubescence sur l’ensemble du corps et peuvent mesurer 18 à 20 mm.

Les chenilles effectuent leur nymphose au pied de la plante hôte. Celles qui se développent au début de l’été mettent quatre à cinq semaines pour effectuer l’ensemble de leurs mues. La nymphose dure ensuite une à deux semaines avant l’émergence du papillon.

L’espèce hiverne à l’état de chenille. Les chenilles issues de la génération qui se développe à la fin de l’été se mettent en hibernation lorsqu’elles sont parvenues au troisième stade. Elles terminent leurs mues et effectuent leur nymphose au printemps suivant..

Distribution

Le Cuivré fuligineux possède une vaste aire de répartition en Europe. Il est présent depuis la péninsule Ibérique à travers une grande partie de l’Europe jusqu’à la Russie. Son aire se prolonge vers l’est à travers l’Asie jusqu’au massif de l’Altaï.

L’espèce est absente des îles Britanniques et du nord de la Fennoscandie. Elle est présente dans une grande partie de l’Espagne mais semble absente des régions les plus méridionales de la péninsule.

Carte GBIF de la présence du cuivré fuligineux dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/5882898

Très présents en Catalogne au début du XXe siècle, il en a progressivement disparu. D’après Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart*, la cause en serait le réchauffement climatique. Comme de nombreux autres papillons, l’espèce aurait en revanche tendance à se développer plus au nord, vers des pays comme l’Estonie où on ne la trouvait pas auparavant.

En France, le Cuivré fuligineux est largement répandu sur le territoire métropolitain. Il est présent des plaines jusqu’aux massifs montagneux. Dans les Alpes et dans certains autres massifs montagneux, la sous-espèce subalpinus occupe les secteurs situés entre environ 1 200 et 2 500 mètres d’altitude.

Taxonomie

L’espèce a été décrite en 1761 par le jésuite et naturaliste autrichien Nicolaus Poda von Neuhaus sous le nom de Papilio tityrus. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de Lycaena tityrus (Poda, 1761).

Le genre Lycaena a été créé en 1807 par l’entomologiste danois Johan Christian Fabricius.

La famille des Lycaenidae a été établie par l’entomologiste français Pierre André Latreille en 1804.

Mais l’identification de cette espèce n’est pas toujours allée de soi et le papillon a porté de nombreux noms. En 1766, Johann Siegfried Hufnagel le nomme Papilio dorilis. En 1775, Michael Denis et Ignaz Schiffermüller pensent que le mâle et la femelle sont deux espèces distinctes et leur donnent les noms de Papilio circe et Papilio xanthe.

En 1808, Ferdinand Ochsenheimer assiste à un accouplement et comprend qu’il s’agit d’une seule et même espèce. L

Étymologie

Le nom de genre Lycaena a été créé en 1807 par l’entomologiste danois Johan Christian Fabricius. Il dérive du grec lykaina, qui signifie « louve » et pourrait faire référence à l’un des surnoms de la déesse Aphrodite. Plusieurs autres interprétations ont toutefois été proposées. Sodoffsky y voyait une référence à Lycia, un titre de Diane. Macleod proposait plutôt Lykaios, un nom associé à l’Arcadie et à ses bergers. Une autre hypothèse fait référence au Lykeion, le Lycée d’Athènes qui a été fondé par Aristote. Arthur Maitland Emmet considère toutefois l’origine par lykaina comme la plus probable.

L’épithète tityrus provient du nom de Tityre, un berger mentionné par Virgile dans les Bucoliques. Tityre joue de la flûte tout en gardant ses troupeaux. Comme souvent avec les épithètes choisies par Nicolaus Poda, on ne sait pas précisément ce qui a motivé le choix de ce nom pour cette espèce.

Noms vernaculaires

Le nom « Cuivré fuligineux » a été créé en 1986 par l’entomologiste français Gérard Christian Luquet. Le terme « cuivré » fait référence aux taches orangées présentes sur les ailes du papillon. À la même époque, Luquet créa également la série des douze « cuivrés », qui comprend notamment le Cuivré commun, le Cuivré de la bistorte, le Cuivré de la verge-d’or, le Cuivré des Balkans, le Cuivré mauvin, le Cuivré flamboyant, le Cuivré des marais, le Cuivré du genêt, le Cuivré de l’Atlas, le Cuivré de l’Anatolie et le Cuivré écarlate.

L’adjectif « fuligineux », qui signifie « couvert de suie », fait référence aux ailes très sombres, presque enfumées, du mâle.

Ce papillon est également connu sous le nom d’« Argus myope ». Ce nom vernaculaire a été donné en 1762 par Étienne Louis Geoffroy. Il fait référence aux nombreux points noirs présents sur les ailes, que Geoffroy comparait aux cent yeux du géant Argus de la mythologie grecque.

En 1819, Pierre André Latreille et Jean-Baptiste Godart lui donnèrent également le nom de « Polyommate xanthé ».

Le terme « Polyommate » vient du grec poluommatos, qui signifie « qui a de nombreux yeux ». Il fait référence aux nombreux ocelles présents sur les ailes du papillon.

Le terme « xanthé » vient du grec xanthos et du latin xanthus, qui désignent une couleur jaune ou fauve lorsqu’il s’agit d’un animal. Il fait ici référence à la couleur orange-fauve du papillon.

Les noms à l’étranger

Les noms attribués à cette espèce à l’étranger mettent le plus souvent en avant la couleur sombre de ses ailes ou sa teinte cuivrée.

Bien qu’il soit absent des iles britanniques les Anglais le nomment « Sooty Copper » (« Cuivré fuligineux »), les Allemands « Brauner Feuerfalter » (« Papillon de feu brun ») et les Néerlandais « Bruine vuurvlinder » (« Papillon de feu brun »). Les Espagnols utilisent l’expression « Manto oscuro » (« Manteau sombre »), tandis que les Hongrois disent « Barna tűzlepke » (« Luciole brune »).

Les Finnois le nomment « Tummakultasiipi » (« Aile d’or foncée »), les Turcs « İsli bakır güzeli » (« Beauté du cuivre fuligineux ») et les Polonais « Czerwończyk uroczek » (« Petit rouge adorable »). Les Italiens, quant à eux, ont choisi de reprendre directement son épithète scientifique en le nommant « Titiro ».

Confusion

Le Cuivré fuligineux peut être confondu avec d’autres cuivrés comme  le Cuivré commun (Lycaena phlaeas),

le Cuivré mauvin (Lycaena alciphron) , ou le Cuivré des marais (Lycaena dispar). 

Cuivré commun
Cuivré mauvin Domaine public Photo gailhampshire
Cuivré des marais Domaine public Photo Zeynel Cebeci,

* La vie des papillons d’Europe : Denis richard , Pierre olivier Maquart

Premier et dernier cuivré fuligineux vu  au jardin des oiseaux

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