Connaissez-vous le mot synzoochorie ? (du grec syn « avec », zoo « animal » et khôros « se déplacer »).
Ce terme désigne la dispersion des graines par un animal qui les transporte de façon intentionnelle pour les stocker, mais finit souvent par en oublier une partie.
Ce mot convient parfaitement pour décrire l’attitude du Geai des chênes, qui transporte de nombreux glands, ou de l’Écureuil, qui enterre des noisettes, des noix, des faînes de hêtre ou des graines de conifères.


Certains gardes forestiers profitent d’ailleurs de cette particularité du geai pour régénérer les forêts de chênes : ils installent des « tables à glands » (des plateaux remplis de graines) pour que les oiseaux viennent se servir et les distribuent partout aux alentours.
Contrairement à l’endozoochorie, où la graine est avalée par l’animal puis rejetée avec les excréments, la synzoochorie repose sur l’instinct de survie de l’animal qui anticipe les mauvais jours et met de la nourriture de côté.

Le Geai et l’écureuil : des transporteurs aux méthodes différentes
La différence majeure entre ces deux animaux réside dans la distance à laquelle ils cachent leurs provisions : le geai peut parcourir plus de 10 kilomètres, alors que l’écureuil les enterre dans un rayon de 50 à 100 mètres de son nid seulement. De plus, l’écureuil transporte un ou deux fruits maximum dans sa bouche, tandis que le geai possède une poche spéciale (poche œsophagienne) dans laquelle il peut stocker de 3 à 7 glands.
Zoom sur la poche œsophagienne du Geai
Celle-ci se situe à la base du cou, juste avant l’entrée de la poitrine. Contrairement à un organe fixe, elle possède une élasticité qui lui permet de modifier son volume. Vide, elle est quasiment invisible, alors qu’elle se gonfle comme un ballon lorsqu’elle est pleine. Une fois chargé, le cou de l’oiseau se déforme de façon spectaculaire en prenant une forme de massue.
La poche œsophagienne ne doit pas être confondue avec le jabot classique, comme celui du pigeon, qui sert à ramollir les graines. Chez le geai, c’est une zone de stockage temporaire : les glands doivent y rester secs et intacts pour pouvoir être enterrés dans de bonnes conditions.
La synzoochorie est souvent considérée comme une forme de prédation qui « rate » ou qui est « partielle » : le geai et l’écureuil veulent manger le fruit, mais ils en oublient les trois quarts ou ne les retrouvent pas. C’est aussi le cas pour le Cassenoix moucheté (Nucifraga caryocatactes) ou le Mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus).
La fourmi et l’élaïosome : une collaboration étroite
Chez les fourmis, le principe est le même avec la Violette odorante (Viola odorata) : la fourmi transporte la graine pour manger l’élaïosome (le bonus nutritif), mais elle rejette la semence intacte. Dans tous ces cas, la plante « paie » l’animal pour obtenir un transport sécurisé vers un site de germination idéal.

Cytisus scoparius · Dicentra torulosa · Euphorbia lathyris · Euphorbia cyparissias
Jeffersonia diphylla · Pentaglottis sempervirens · Symphytum officinale · Viola elatior) Domaine public
Domaine public
Cette boule de graisse en forme de poignée au-dessus de la graine est produite par la plante pour attirer les animaux. Elle n’est faite que pour cela et ne sert à rien d’autre. Comme le nectar, l’élaïosome témoigne des relations très étroites qui existent entre les végétaux et les animaux.
Sa fonction première est d’attirer les fourmis qui remplissent la tâche voulue avec brio, mais la nature est remplie d’animaux affamés et la petite boule de graisse peut aussi être mangée par les limaces, les guêpes, les frelons et même les oiseaux. Ces derniers ne font pas dans la dentelle : ils avalent l’élaïosome avec la graine et transportent l’ensemble beaucoup plus loin.
Pour lire mon article sur le Geai des chênes (Garrulus glandarius ) c’est ici
