- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Nymphalidae
- Sous-famille : Sartyrinae
- Tribu : satyrini
- Genre : Arethusana
Présentation
Le Petit Agreste (Arethusana arethusa) est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Nymphalidae. Cette famille rassemble plus de 6 000 espèces dans le monde, dont une centaine sont présentes en France. Elle comprend de nombreux papillons bien connus comme le Paon du jour, le Vulcain, le Robert-le-Diable, le Tabac d’Espagne ou encore le Demi-deuil.

Les Nymphalidae ont pour principale caractéristique de posséder deux premières pattes très réduites, qui ne sont pas utilisées pour la marche. Chez les adultes, elles sont repliées contre le thorax et couvertes de soies sensorielles. Les déplacements sont donc assurés uniquement par les quatre autres pattes.
Le genre Arethusana est représenté par une seule espèce, le Petit Agreste (Arethusana arethusa). On appelle ce type de genre un genre monospécifique, ou genre monotypique.
Description
Le Petit Agreste est un papillon de taille moyenne dont l’envergure varie de 35 à 45 mm. Les yeux sont brun foncé. Les antennes, annelées de noir et de blanc, se terminent par une massue brun orangé. Le thorax est robuste et couvert de poils brun grisâtre. L’abdomen, plus fin, est lui aussi de couleur brun grisâtre.


Le dessus des ailes est brun. La partie basale est recouverte de longs poils brun clair. Les ailes antérieures sont parcourues par une bande androconiale peu contrastée. Leur bord externe est orné d’une série de sept taches fauves orangées, généralement de forme ovale. Les cinquième et sixième taches sont presque soudées. Une grande tache noire près de l’apex recouvre en partie les deux premières taches. Le bord externe des ailes postérieures est orné de cinq taches fauves orangées, de même forme mais un peu plus étendues. Les ailes sont bordées d’une frange alternativement brun foncé et blanc crème.
Le dessous des ailes présente un fort contraste entre les ailes antérieures et les ailes postérieures. Les ailes antérieures sont largement fauves orangées. Près de l’apex se trouve un grand ocelle noir pupillé de blanc. Juste au-dessous, trois traits brun foncé obliques traversent la partie orangée. La base et le bord externe sont gris brun. Les ailes postérieures sont gris brun et présentent un aspect fortement marbré. Elles sont traversées par une large bande blanche sinueuse qui contraste nettement avec le fond de l’aile. Un petit ocelle noir est visible près de l’angle anal. La frange est gris clair, finement entrecoupée de brun.
Les pattes sont fines, brun clair, et couvertes de poils courts.
Alimentation
Le petit Agreste butine les fleurs des milieux secs et ensoleillés comme les scabieuses, les centaurées, les chardons, les eupatoires ou l’origan. Il peut également butiner d’autres plantes riches en nectar selon les ressources disponibles.
Les mâles recherchent aussi les sols humides, les flaques ou les excréments d’animaux pour y absorber des sels minéraux et des acides aminés. Ce comportement, appelé mud-puddling, leur fournit des éléments nutritifs qui jouent un rôle important dans la reproduction et sont en partie transmis à la femelle lors de l’accouplement.
Habitat
L’espèce fréquente les milieux secs, chauds et bien ensoleillés. On le rencontre principalement dans les pelouses calcaires, les coteaux arides, les friches sèches, les landes ouvertes et les clairières. Elle apprécie les terrains pauvres où la végétation reste rase et clairsemée. En montagne, Elle peut également coloniser les prairies sèches jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude.
Plantes hôtes
La chenille du Petit Agreste se nourrit principalement de graminées. Parmi ses plantes hôtes figurent notamment le Brome dressé (Bromus erectus), la Fétuque ovine (Festuca ovina), le Pâturin des prés (Poa pratensis) et diverses autres espèces de la famille des Poacées.
Cycle de vie
Parade nuptiale et accouplement
La période de reproduction débute en juillet aout peu après l’émergence des adultes . Les mâles se positionne sur des points haut d’où ils surveillent leurs territoire. Lorsqu’ils aperçoivent une femelle, ils engagent une poursuite aérienne qui a pour but de tester sa réceptivité . Si la femelle est le d’accord pour s’accoupler elle se pose sur la végétation ou au sol. L’accouplement a alors lieu abdomen contre abdomen dans la position dites en opposition.

Chenilles
Les jeunes chenilles éclosent à la fin de l’été. Elles commencent à se nourrir puis construisent un petit abri à la base d’une touffe de graminées en reliant des feuilles sèches et des brins d’herbe par quelques fils de soie. Elles y passent l’hiver à l’abri du froid et des prédateurs. Au printemps, elles reprennent leur activité et poursuivent leur développement en consommant les feuilles de diverses graminées.
La chenille est allongée et de couleur vert pâle. Une large bande blanche parcourt les flancs sur toute la longueur du corps. Elle est bordée au-dessus et au-dessous par de fines lignes olive. La tête, brun clair, est finement ponctuée de petites taches sombres. Le corps est légèrement ridé et recouvert de très fines granulations peu visibles. Cette coloration lui permet de se confondre avec les feuilles et les tiges des graminées dont elle se nourrit.
Chrysalide
À la fin de son développement, la chenille se fixe à la base d’une touffe de graminées ou sur une tige sèche pour se transformer en chrysalide. Celle-ci est courte et trapue. Sa coloration varie de l’ocre au brun orangé et elle est finement mouchetée de brun foncé. Son corps, nettement segmenté, se termine par une extrémité légèrement effilée. L’ensemble se confond parfaitement avec les herbes sèches et les débris végétaux où elle achève sa métamorphose.
Distribution
Le Petit Agreste est présent dans une grande partie du sud et du centre de l’Europe. On le rencontre notamment au Portugal, en Espagne, en France, en Italie et dans les Balkans. Son aire de répartition se prolonge ensuite à travers l’Europe de l’Est, la Turquie, le Caucase, le sud de la Russie et l’Asie centrale jusqu’au nord-ouest de la Chine.
En France, il est surtout présent dans les régions méridionales et le centre du pays. Il devient plus rare vers le nord et est absent d’une grande partie de la Bretagne, de la Normandie et des Hauts-de-France.
L’espèce fréquente les milieux secs et ensoleillés depuis le niveau de la mer jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude dans les massifs montagneux.

Taxonomie
Le Petit Agreste a été décrit et nommé par les entomologistes autrichiens Michael Denis et Ignaz Schiffermüller en 1775 sous le nom initial de Papilio arethusa.
Le nom de genre Arethusana a été créé en 1951 par l’entomologiste français Henri de Lesse. Le Petit Agreste est le seul représentant de ce genre. On appelle ce type de genre un genre monospécifique, ou genre monotypique.
La famille des Nymphalidae a été proposée en 1827 par le naturaliste britannique Constantine Samuel Rafinesque.
Étymologie
Le nom de genre Arethusana, créé par Henri de Lesse en 1951, est directement inspiré d’Aréthuse, une naïade de la mythologie grecque. Selon la légende, Aréthuse était une compagne d’Artémis. Poursuivie par le dieu-fleuve Alphée, elle implora la déesse de lui venir en aide. Artémis la transforma alors en une source dont les eaux, disait-on, traversaient la mer pour jaillir sur l’île d’Ortygie, à Syracuse, en Sicile.
Comme pour de nombreux papillons décrits au XVIIIᵉ siècle, rien n’indique que ce choix soit lié à une caractéristique de l’espèce. Il s’agit vraisemblablement d’une simple référence à la mythologie grecque.
L’épithète arethusa reprend le nom de cette même nymphe.
Noms vernaculaires
Le nom vernaculaire Petit Agreste fait référence à sa ressemblance avec l’Agreste (Hipparchia semele), dont il rappelle l’aspect général tout en étant de taille plus modeste. Le mot « agreste » vient du latin agrestis, qui signifie « des champs », « sauvage » ou « campagnard ». Il évoque les milieux ouverts et secs fréquentés par ces deux papillons.
L’espèce a également longtemps été connue sous le nom de Mercure, notamment chez Godart au début du XIXᵉ siècle. L’origine exacte de ce nom n’est pas connue. Il est probable qu’il fasse simplement référence au dieu romain Mercure et s’inscrive dans la tradition des premiers entomologistes qui attribuaient fréquemment aux Satyrines des noms empruntés à la mythologie antique.
Noms à l’étranger
Les noms vernaculaires attribués au Petit Agreste mettent principalement en avant son apparence, la couleur de ses ailes ou ses plantes hôtes.
Les Anglais le nomment « False Grayling », que l’on peut traduire par « faux Agreste ». Ce nom souligne sa ressemblance avec l’Agreste (Hipparchia semele), appelé « Grayling » en anglais.
Les Allemands utilisent « Rotbindiger Samtfalter », c’est-à-dire « papillon velouté à bande rouge », en référence à la large bande fauve orangée qui traverse les ailes.
Les Néerlandais l’appellent « Oranje steppevlinder », littéralement « papillon des steppes orange », une appellation qui évoque à la fois la teinte orangée de ses ailes et les milieux secs qu’il fréquente.
Les Russes le connaissent sous le nom de « Бархатница Аретуза » (Barkhatnitsa Aretuza), que l’on peut traduire par « Aréthuse veloutée ». Ce nom associe la référence mythologique de l’épithète arethusa à l’aspect velouté caractéristique des satyrinés.
Les Tchèques l’appellent « okáč kostřavový », c’est-à-dire « ocellé des fétuques ». Ce nom fait référence aux fétuques (Festuca), principales plantes nourricières de la chenille.
