Tourterelle turque (Streptopelia decaocto)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Chordata
  • Classe: Aves
  • Famille : Colombidae
  • Ordre :Colombiformes
  • Genre : Streptopelia

Au jardin des oiseaux, je les ai baptisés « Simone et Jean Luc » car elles vivent souvent en couple. Elles me  font penser à ces couples fusionnels que je connais et qui ne peuvent pas faire un seul pas sans leur moitié.  Je ne donnerai bien sûr aucun nom . 😉

Dans mon ancienne maison, elles passaient leur journée côte à côte sur le sapin du voisin ou sur les lampadaires qui étaient à l’angle de la rue.

Depuis que j’ai déménagé,  j’en vois beaucoup beaucoup moins et leur présence très douce et leur roucoulade me manquent un peu .

Tourterelle turque sur le lampadaire au coucher du soleil

Présentation

La tourterelle turque appartient à l’ordre des Columbiformes qui rassemble environ 350 espèces d’oiseaux à travers le monde. En France, cet ordre compte peu de représentants. On y rencontre notamment le Pigeon ramier (Columba palumbus), le Pigeon colombin (Columba oenas), le Pigeon biset (Columba livia) ou encore la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur).

La tourterelle turque appartient à la famille des Columbidae qui compte la totalité des espèces de l’ordre à travers le monde. En plus de la Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) et de la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur) que l’on peut rencontrer en France, on y trouve la Tourterelle rieuse (Streptopelia roseogrisea), la Tourterelle à collier (Streptopelia semitorquata), la Tourterelle pleureuse (Streptopelia decipiens), la Tourterelle de l’île Maurice (Streptopelia picturata) ou la Tourterelle orientale (Streptopelia orientalis) dont l’aire s’étend de la Sibérie au Japon.

La famille des Columbidae se distingue par trois caractéristiques majeures et singulières. La première est physiologique : les parents sécrètent du lait de jabot, une substance riche en protéines et en graisses produite par les parois de l’œsophage pour nourrir les jeunes. La deuxième est anatomique : la base du bec est recouverte d’une cire, une membrane charnue et souple qui entoure les narines. Enfin, ils possèdent une capacité comportementale rare chez les oiseaux, celle de boire par aspiration continue sans avoir à lever la tête pour déglutir.

Leur morphologie est également très typée avec un corps musculeux et une poitrine saillante qui porte des muscles alaires puissants. Leur plumage a la particularité de se détacher très facilement, ce qui constitue une stratégie de fuite efficace face aux prédateurs.

Tourterelle turque

Elle fait également partie du genre Streptopelia. Les espèces de ce genre possèdent un corps svelte et une queue assez longue qui leur confèrent une silhouette élégante. Bien qu’essentiellement granivores, les oiseaux de ce genre consomment parfois des bourgeons ou des petits invertébrés. Les membres de ce genre ont aussi pour caractéristique un plumage aux teintes sobres, souvent gris rosé ou beige, avec la présence quasi systématique d’un motif noir sur le cou.

Description

La tourterelle turque est facilement reconnaissable avec son plumage beige clair et son demi-collier noir qui cercle l’arrière du cou. L’iris est rouge et l’œil est cerclé de blanc. Les pattes sont rosâtres, le bec présente des reflets bleutés. Le dos et les ailes affichent une teinte sable tandis que le dessous du corps est plus pâle. La queue est longue : en vol, elle révèle un contraste marqué entre les plumes centrales sombres et les larges extrémités blanches des plumes externes.

Les deux sexes sont semblables et seul le comportement permet de les identifier. Comme chez les humains, les oiseaux ont des attitudes très différentes selon qu’ils sont mâles ou femelles. l’observation permet souvent de déterminer le sexe. Le mâle paraît plus massif au niveau du poitrail lors des périodes de reproduction, car il gonfle son jabot et ses plumes. Cette posture accentue sa prestance lors des parades et sert de caisse de résonance pour ses chants. Contrairement à la femelle qui garde ses tons sable , le mâle arbore alors des reflets rosés ou vineux nettement plus visibles sur sa gorge.

 Le juvénile se distingue des adultes par l’absence totale de demi-collier noir sur la nuque durant ses premiers mois. Son plumage est plus terne, avec des bordures de plumes plus claires qui lui donnent un aspect légèrement écaillé. L’iris est brun et deviendra rouge par la suite.

Alimentation

La tourterelle turque possède un régime essentiellement granivore. Elle recherche sa nourriture principalement au sol, où elle glane une grande variété de semences, de céréales comme le blé ou le maïs, et de graines de plantes sauvages. En été elle peut également manger quelques insectes ou picorer des fruits, des bourgeons ou des baies. Dans les zones urbaines, elle profite largement des restes de nourriture humaine et des mangeoires installées dans les jardins, ce qui facilite sa survie durant l’hiver.

Nidification

En zone tempérée, la Tourterelle turque se reproduit de mars à octobre. Le nid est une petite construction très sommaire faite de brindilles. Il est installé dans un arbre ou dans un arbuste, mais l’espèce utilise aussi volontiers des structures humaines comme un balcon, une poutre ou un rebord de bâtiment. La structure reste légère et souvent presque plate.

Le mâle apporte généralement les brindilles tandis que la femelle les dispose pour former la plate-forme du nid. La ponte comprend le plus souvent deux œufs blancs, comme chez tous les Columbidés. L’incubation dure environ quatorze jours et les deux parents participent à la couvaison.

Nid de tourterelle turque

Durant les premiers jours, les petits sont nourris par régurgitation avec une substance appelée lait de jabot. Cette substance très nutritive est sécrétée par la paroi du jabot aussi bien par le père que par la mère. Cette production par les deux parents constitue une particularité biologique assez rare chez les oiseaux. On la retrouve seulement chez quelques oiseaux comme les flamants roses ou les manchots . Ce régime permet une croissance très rapide des oisillons avant l’introduction progressive d’aliments solides.

Les jeunes quittent le nid entre dix-huit et vingt jours après l’éclosion. À ce stade, ils ne maîtrisent pas encore parfaitement le vol et restent dépendants de leurs parents. Ces derniers continuent à les nourrir pendant encore trois à quatre semaines, le temps que les jeunes deviennent pleinement autonomes.

Dans de bonnes conditions, plusieurs nichées peuvent se succéder au cours d’une même saison. Si une tentative échoue, le couple peut reconstruire un nid et pondre à nouveau rapidement, ce qui contribue à la forte capacité de reproduction de l’espèce.

Distribution et migration

Présente au départ seulement en Inde et en Asie, la tourterelle turque a commencé à s’étendre en Europe depuis la Turquie au début du 19e siècle.  On la rencontre maintenant   dans toute l’Europe à l’exception de l’Islande et des autres pays nordiques (les ornithologues diraient le nord de la Fennoscandie*). Elle est également  présente au Maghreb  et a même traversé l’atlantique puisqu’elle s’est aussi développée en Amérique du Nord . Dans les années 1950 elle a étendu sa population vers la Pologne , l’Ukraine et jusqu’en Biélorussie .  La tourterelle est en grande partie sédentaire en Europe . Ces déplacements sur de très courtes distances sont plus dus à une recherche de lieux où la nourriture est abondante  qu’à une véritable migration.  

  

Taxonomie

La tourterelle turque a été décrite et nommée par le naturaliste bulgare Imre Frivaldszky en 1838 sous le nom initial de Columba risoria var. decaocto.

Le nom de genre Streptopelia a été créé en 1855 par l’ornithologue français Charles-Lucien Bonaparte.

La famille des Columbidae a été proposée en 1811 par le zoologiste allemand Johann Karl Wilhelm Illiger.

Étymologie

Le nom de genre « Streptopelia » vient des mots grecs « stréptos » , collier  et «péléia » ,  pigeon ramier  . Le premier mot évoque le demi-collier noir qui se trouve sur la partie arrière du cou et qui caractérise la tourterelle turque .

L’épithète « Decaocto » vient du grec « Dékaokto » qui désigne  le chiffre « 18 » . L’origine de ce chiffre vient d’un mythe grec .

Une servante qui travaillait jour et nuit et qui n’était payée que 18 pièces  par an  demandait à être délivrée de sa tâche . Les dieux l’entendirent et la changèrent en tourterelle .

On dit que depuis on entend sa  plainte dans le chant  de la tourterelle « Rou-rou -rou » . Les Grecs entendraient  dans ces syllabes  le mot « déka-oc-toto » .

Dans d’autres récits des Balkans, on raconte que l’oiseau crie ainsi pour dénoncer une maîtresse avare qui ne lui donnait que 18 morceaux de pain.

Est-ce un reste de ces légendes un peu triste, mais on dit que la tourterelle « gémit» quand elle roucoule .

Le nom tourterelle descend du latin « turtur » qui a des origines onomatopéiques (le nom vient du son que fait l’oiseau). Ce terme est resté très stable à travers les siècles, donnant autrefois le mot « tourtre » avant que la forme diminutive actuelle ne s’impose. La « tourtre » est d’ailleurs restée célèbre en Amérique du Nord pour désigner la Tourte voyageuse (Ectopistes migratorius). Cette espèce, aujourd’hui éteinte, a laissé son nom à la célèbre tourtière québécoise. Ce plat traditionnel, composé d’une viande en croûte, était initialement préparé à partir de la viande de cet oiseau avant que son extinction ne force l’utilisation de viandes plus communes.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la Tourterelle turque  est en réalité originaire d’Inde. Elle a connu une expansion importante au début du XXe siècle et le qualificatif « turque » lui a certainement été donné lorsqu’elle est apparue en Turquie. Elle a d’ailleurs longtemps été perçue comme un témoin ailé des routes commerciales de l’Empire ottoman avant de se développer en Europe.

Dans de nombreux pays, le nom de la tourterelle est lié à la Turquie ou à l’Orient. Les Italiens disent tortora dal collare orientale (tourterelle à collier orientale), les Portugais rola-turca (tourterelle turque) ou rola-de-pau-euroasiática (tourterelle à collier eurasiatique), les Anglais Eurasian Collared Dove (tourterelle à collier eurasiatique).

Les Allemands Türkentaube (Tourterelle à collier)

Les Russes disent « голубь с воротником » qui signifie Tourterelle à collier.

Les Chinois  领鸽子

Les Arméniens Օղակավոր տատրակ

*Fennoscandie: Région du nord de l’Europe qui est composée par la Finlande (fenno) la péninsule Scandinave (-scandie), de la Carélie et de la péninsule de Kola.

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