Nymphalis polychloros
Noms scientifiques
Le nom de genre Nymphalis est un emprunt de Linné à la mythologie grecque. Les nymphes étaient des divinités vivant en harmonie avec les éléments de la nature et représentées sous les traits de jeunes filles. D’après Jean-Yves Cordier, Linné a donné ce nom à cinquante-sept espèces de papillons aux ailes dentelées.

L’épithète polychloros vient du grec poly (« plusieurs », « beaucoup ») et chloros (« vert », notamment « vert-jaune », mais aussi, par extension, « pâle » ou « blême »). Cette étymologie peut surprendre, car le papillon adulte ne présente pas de véritable couleur verte sur ses ailes.
Linné avait repris ce nom à l’Italien Ulisse Aldrovandi, qui l’avait utilisé dès 1602 pour qualifier les couleurs variées de ses ailes. Aldrovandi expliquait lui-même que le papillon était appelé polychloros en raison de la diversité de ses couleurs.
Arthur Maitland Emmet a proposé une explication à cette apparente contradiction : Aldrovandi aurait pu confondre khlôros, « vert », avec khrôma, « couleur ». Il aurait ainsi voulu dire « de plusieurs couleurs », autrement dit « polychrome ». Linné aurait ensuite repris le nom sans le modifier.
Hans Arnold Hürter propose toutefois une autre interprétation, qu’il juge plus pertinente. Il rappelle une ancienne explication d’Esper, selon laquelle le nom polychloros ferait référence non pas à la coloration du papillon adulte, mais à sa chenille, qui se nourrit de nombreuses plantes vertes. Hurter considère ce rapprochement avec la larve comme plus convaincant que les interprétations fondées sur les couleurs des ailes de l’adulte. Il suppose en outre que Linné avait pu observer le comportement polyphage des chenilles sur les arbres et en tenir compte lors de la création du nom.
Noms vernaculaires
Le nom de « Grande Tortue » fait référence à sa taille, supérieure à celle de la Petite Tortue. Son origine remonte à l’entomologiste anglais James Petiver qui employait dès 1699 le nom The Greater Tortoise-shell. L’expression tortoiseshell désignait alors notamment l’« écaille de tortue », un matériau provenant de la carapace de certaines tortues marines et utilisé pour fabriquer des objets décoratifs. Petiver avait ainsi rapproché l’aspect du papillon de celui de ce matériau.
Quelques décennies plus tard, Réaumur expliqua plus précisément ce rapprochement par la répartition des couleurs sur les ailes, qui lui rappelait les dessins de l’écaille de tortue. Le nom français « Grande Tortue » fut ensuite repris par Geoffroy en 1762, puis par plusieurs auteurs avant d’être définitivement consacré dans la nomenclature française.
Le nom de « Vanesse de l’orme » associe le terme « vanesse », dérivé d’un autre nom de la déesse Vénus, à l’orme qui est l’une des principales plantes hôtes de l’espèce.
La Grande Tortue est également désignée sous plusieurs autres appellations. On la retrouve ainsi sous les noms de « Vanesse polychlore » ou de « Vanesse grande tortue ». Une dénomination plus rare, mais très évocatrice, est celle de « Grand Renard ». Ce nom fait référence à sa couleur fauve et à sa pilosité rousse qui rappellent le pelage du mammifère. Enfin, le nom de « Papillon de l’orme » souligne une nouvelle fois le lien étroit qui unit ce papillon à cet arbre.
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