Qu’est-ce que la nature ?

Quand on parle de la nature, il est important d’essayer d’en rechercher une définition et de se demander : Qu’est-ce que la nature pour nous et à quoi pense-t-on quand on utilise ce mot ?

Comme j’aime le dire, le mot n’est qu’une enveloppe vide à l’intérieur de laquelle chaque époque introduit sa farce qui, elle, contient le sens.

Étymologiquement, le mot « nature » vient du latin natura, dérivé du verbe nasci, qui signifie « naître ».

La nature, au sens étymologique, pourrait donc être définie comme « ce qui naît ».

Les Grecs utilisaient le mot physis, issu du verbe phyein, qui signifie « pousser », « croître » ou « faire naître ».

On peut remarquer que, dans les deux cas, le mot indique une force ou une poussée qui fait naître quelque chose. La nature, dès le départ, n’est pas considérée comme une chose figée ou immobile que l’on pourrait regarder tranquillement en s’installant dans un transat, mais comme un phénomène en mouvement qui donne la vie.

De l’Antiquité à nos jours, cette notion a considérablement évolué. Aussi bizarre que cela puisse paraître, le développement de nos connaissances et de nos outils techniques ne nous a pas rapprochés de la nature, mais nous en a au contraire éloignés. En effet, les représentations que nous nous faisons de la nature nous ont progressivement amenés à séparer les humains et leurs productions de la nature, alors qu’ils en font intégralement partie.

Pour illustrer cette évolution, je vous propose de parcourir brièvement l’histoire de nos représentations de la nature, de la Préhistoire à nos jours.

La Préhistoire : l’humain au sein de la nature

Pendant la Préhistoire, les humains vivent en relation étroite avec les autres êtres vivants et les phénomènes naturels. Leur existence dépend des saisons, des animaux, des végétaux et des conditions climatiques. Ils chassent, pêchent, cueillent et utilisent les ressources de leur environnement pour se nourrir et fabriquer leurs outils.

Les animaux occupent une place considérable dans leur existence. Ils constituent une source de nourriture, mais aussi des êtres qu’il faut observer et connaître pour comprendre leurs comportements et leurs déplacements.

Les peintures et les gravures préhistoriques témoignent de l’importance que les humains accordent aux autres animaux. Dans les grottes de Chauvet et de Lascaux, les représentations animales occupent une place essentielle. Les figures humaines y sont beaucoup plus rares.

On peut imaginer que certaines sociétés préhistoriques possédaient une conception animiste du monde, comparable par certains aspects à celle que l’on retrouve dans plusieurs sociétés autochtones. Dans ces représentations, les animaux et parfois les végétaux ou les éléments du paysage ne sont pas de simples objets. Ils possèdent une intériorité et peuvent être considérés comme des sujets ayant leur propre point de vue sur le monde.

Les humains préhistoriques pouvaient donc parfaitement se distinguer des autres animaux sans pour autant se considérer comme extérieurs à la nature. Ils partageaient avec eux un même monde dont ils dépendaient directement.

Avec le développement de l’agriculture et de l’élevage au Néolithique, les relations entre les humains et leur environnement se transforment profondément. Ils cultivent des plantes, domestiquent des animaux et aménagent durablement les paysages.

Cette maîtrise croissante de leur environnement a pu contribuer à modifier leur manière de se représenter leur place parmi les autres êtres vivants.

On peut ainsi envisager que la séparation entre l’humain et la nature se soit construite progressivement au cours de l’histoire. Plus les sociétés humaines ont développé les moyens de transformer leur environnement et de s’affranchir de certaines de ses contraintes, plus elles ont pu concevoir la nature comme une réalité extérieure à elles-mêmes.

L’Antiquité : les premières distinctions

Dans Le Sophiste, écrit au IVe siècle avant notre ère, Platon distingue les productions de la nature de celles réalisées par les humains. Il évoque même deux explications possibles à l’apparition des êtres : une nature capable de les engendrer par elle-même ou une intelligence divine créatrice.

Aristote pousse un peu plus cette distinction. Les êtres naturels possèdent en eux-mêmes la cause de leur mouvement et de leur transformation. Les objets fabriqués doivent au contraire leur forme à une intervention extérieure. Un arbre grandit grâce à ses propres processus naturels, alors qu’une table doit son existence à un artisan.

Cette distinction ne signifie pas encore que l’humain serait extérieur à la nature et Aristote considère lui-même l’humain comme un animal. Dans son Histoire des animaux, il établit une classification du vivant dans laquelle l’espèce humaine figure parmi les autres espèces animales. Aristote la distingue quand même en lui attribuant la faculté de raisonner (logos).

Au livre I, chapitre 1, § 26, il écrit :

« Entre tous les animaux, l’homme seul a le privilège de la réflexion. Beaucoup d’animaux autres que lui ont également la faculté de se souvenir et d’apprendre. »

Il définit ainsi les humains comme des animaux doués de raison et comme des animaux politiques, c’est-à-dire des êtres qui vivent dans une communauté organisée.

L’Antiquité voit donc apparaître des distinctions philosophiques entre les productions naturelles et les réalisations humaines. Mais l’humain reste encore un être appartenant au monde naturel.

Avec le développement du christianisme, cette distinction va prendre une dimension religieuse et contribuer à renforcer la place privilégiée que les humains s’attribuent.

Le Moyen Âge : une nature créée par Dieu

Les choses se gâtent au Moyen Âge. Avec le développement du christianisme, la nature est considérée comme une création divine. Le monde possède un ordre voulu par Dieu et chaque être y occupe une place déterminée. Les humains deviennent des êtres créés à l’image de Dieu et cette subite promotion leur confère une place privilégiée parmi les autres êtres vivants.

Schopenhauer, qui était un grand ami des animaux, accusait d’ailleurs l’Église d’être à l’origine du fossé qui s’était creusé au fil du temps entre les humains et les autres animaux. Selon ses propres mots, « l’Église avait arraché l’homme au monde animal » dont il faisait pourtant complètement partie.

La pensée chrétienne médiévale développe ainsi une représentation hiérarchisée de la création. L’humain se distingue des autres animaux par son âme rationnelle et sa relation particulière avec Dieu.

Il reste cependant une créature appartenant au monde naturel et n’est pas encore considéré comme totalement extérieur à la nature.

Cette hiérarchie contribue néanmoins à renforcer l’idée que l’espèce humaine possède une valeur supérieure à celle des autres espèces et une destinée particulière.

La nature, qui était une force qui fait naître pour les anciens, devient la création de Dieu.

Cette représentation religieuse du monde va conserver une influence considérable pendant la Renaissance, même si de nouvelles conceptions commencent à apparaître.

La Renaissance : une nature toujours soumise à l’ordre divin

À la Renaissance, entre le XIVe et le XVIe siècle, la religion chrétienne conserve une influence considérable sur la société et sur la représentation du monde. La nature reste largement considérée comme une création de Dieu, organisée selon sa volonté. L’humain, créé à son image, occupe toujours une place privilégiée parmi les êtres vivants.

L’Église catholique exerce une forte autorité sur l’enseignement et la diffusion des idées. Les interprétations de la nature qui remettent en cause les doctrines religieuses peuvent susciter de vives oppositions.

Parallèlement, l’humanisme accorde une importance nouvelle aux capacités intellectuelles et créatrices de l’humain. La nature devient un objet d’observation et d’étude. Certains penseurs remettent cependant en question la représentation géocentrique de l’univers héritée de l’Antiquité grecque et adoptée par la pensée chrétienne médiévale. Cette représentation place la Terre au centre du cosmos et peut être interprétée comme une manifestation ancienne du narcissisme d’espèce. Copernic propose un système dans lequel la Terre tourne autour du Soleil. Giordano Bruno défend l’idée d’un univers infini, sans centre privilégié, et d’une nature dont la matière possède ses propres capacités génératrices.

Parmi les penseurs de cette époque, Léonard de Vinci (1452-1519) se distingue par son intérêt pour les animaux et sa vision de la nature. Il étudie leur anatomie, leurs mouvements et leurs comportements. Selon plusieurs témoignages, il refusait de manger de la viande et achetait des oiseaux en cage pour leur rendre leur liberté.

Il critique également la prétention humaine à dominer les autres animaux :

« Si, comme tu le prétends, tu es le roi des animaux (tu ferais mieux de t’intituler le roi des bêtes, étant la plus grande de toutes !). »

Il dénonce aussi les destructions provoquées par les activités humaines :

« Par toi les grandes forêts restent désertes de leurs végétations ; par toi une infinité d’animaux perdront la vie. »

Une troisième citation, souvent attribuée à Léonard de Vinci, exprime une critique encore plus radicale de la violence envers les animaux :

« Le jour viendra où les hommes regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre des êtres humains. »*

Léonard de Vinci est l’une des rares voix de la Renaissance à remettre en question la prétendue supériorité des humains sur les autres animaux. Sa sensibilité à leur égard contraste avec la vision anthropocentrique largement dominante à son époque.

La Renaissance apparaît donc comme une période de contradictions. L’humain affirme sa capacité à comprendre et à transformer ce qu’il considère comme la nature, tout en continuant à percevoir celle-ci à travers une représentation profondément religieuse du monde. Cette manière de distinguer les activités humaines des autres processus naturels contribue à entretenir l’idée d’une séparation entre l’humain et la nature. Quelques penseurs remettent cependant en question cette vision et cherchent à replacer l’humain au sein du cosmos.

Au XVIIe siècle, cette séparation va prendre une nouvelle dimension avec le développement d’une conception mécaniste de la nature.

*Cette citation, souvent attribuée à Léonard de Vinci, ne figure pas dans ses écrits connus. Elle provient d’un roman historique de Dmitri Merejkovski consacré à Léonard de Vinci.

Le XVIIe siècle : la nature devient une mécanique

Au XVIIe siècle, une nouvelle manière de comprendre la nature se développe avec les progrès des sciences et de la philosophie. Les phénomènes naturels sont de plus en plus expliqués par des lois physiques plutôt que par une volonté divine.

René Descartes (1596-1650) joue un rôle important dans cette nouvelle représentation de la nature. Il distingue l’esprit humain, capable de penser, de la matière qui constitue le monde physique.

Descartes reste cependant profondément attaché à la religion chrétienne. Il affirme que les humains possèdent une âme pensante et immortelle, alors que les autres animaux n’en possèdent pas. Cette conception établit une séparation fondamentale entre les humains et les autres animaux. Elle maintient également une hiérarchie qui accorde à l’espèce humaine une place privilégiée.

En développant cette conception mécaniste du vivant, Descartes contribue à dévaloriser profondément le monde animal. Les autres animaux ne sont plus considérés comme des êtres capables de pensée, mais comme de simples mécanismes. Cette représentation renforce la prétendue supériorité de l’humain et contribue à justifier la manière dont il traite les autres animaux.

Dans son Discours de la méthode publié en 1637, il affirme que les connaissances scientifiques pourraient rendre les humains « comme maîtres et possesseurs de la nature ».

Cette formule illustre une conception dans laquelle la nature devient un objet que l’humain cherche à comprendre pour mieux le maîtriser. La séparation entre l’humain et le reste du monde naturel se trouve ainsi renforcée.

Mais cette vision ne fait pas l’unanimité. Baruch Spinoza (1632-1677) défend une conception radicalement différente. Pour lui, l’humain appartient entièrement à la nature et obéit aux mêmes lois que tous les autres êtres. Il refuse de considérer l’humain comme « un empire dans un empire ».

Chez Spinoza, la nature forme une seule réalité dont les humains ne constituent qu’une partie. Leurs pensées, leurs émotions et leurs comportements résultent de causes naturelles. L’humain ne possède donc aucun statut qui le placerait en dehors de l’ordre du monde.

Ces deux conceptions illustrent une opposition qui va traverser les siècles suivants. D’un côté, une nature que les humains cherchent à maîtriser. De l’autre, une nature dont ils font entièrement partie.

Les XVIIIe et XIXe siècles : la nature est une ressource

Au XVIIIe siècle, les progrès des sciences permettent de mieux comprendre les phénomènes naturels. La classification des êtres vivants se développe et les connaissances sur le fonctionnement du monde se multiplient.

La nature devient un objet d’étude de plus en plus précis. Mais elle est aussi considérée comme un ensemble de ressources que les humains peuvent exploiter pour améliorer leurs conditions de vie.

Avec la révolution industrielle, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, cette conception prend une ampleur considérable. Les machines permettent d’extraire davantage de matières premières et de transformer les paysages à une échelle jusque-là inconnue.

La séparation entre les activités humaines et les autres processus naturels devient de plus en plus visible. Les villes et les industries sont souvent présentées comme les manifestations du progrès humain, tandis que la nature apparaît comme un espace extérieur qu’il faut aménager ou exploiter.

Pourtant, les sciences du vivant viennent remettre en question la place particulière que l’humain s’attribue.

En 1859, Charles Darwin publie De l’origine des espèces. Sa théorie de l’évolution par sélection naturelle montre que les espèces se transforment au cours du temps et partagent des ancêtres communs. Dans La Filiation de l’homme, publié en 1871, il inscrit explicitement l’espèce humaine dans cette histoire évolutive.

L’humain n’apparaît plus alors comme un être créé séparément des autres animaux. Il appartient à la même histoire du vivant. Mais rares sont les humains qui acceptent véritablement ce fait et nombreux sont ceux qui continue dans leur vie a se comporter comme si les humains étaient une espèce supérieure à toutes les autres

Le XIXe siècle présente donc une contradiction majeure. Alors que les activités industrielles renforcent la volonté humaine de maîtriser la nature, les découvertes scientifiques remettent en cause l’idée que notre espèce occuperait une place à part.

Cette contradiction va se prolonger aux XXe et XXIe siècles. Les connaissances scientifiques confirment notre appartenance au monde naturel, mais nos représentations continuent souvent à nous en séparer.

Les XXe et XXIe siècles : une nature devenue extérieure à l’humain

Aujourd’hui, la séparation entre l’humain et la nature reste profondément ancrée dans le langage et les représentations collectives.

Nous opposons les villes aux espaces naturels, les objets artificiels aux objets naturels et les activités humaines aux phénomènes de la nature.

Nous parlons de « protéger la nature », de « retrouver la nature » ou de « vivre au contact de la nature », comme s’il s’agissait d’un monde distinct du nôtre.

Les sociétés industrialisées ont accentué cette impression de séparation. Une grande partie de la population vit désormais dans des environnements fortement aménagés, où les processus naturels sont souvent dissimulés par les constructions et les techniques.

Pourtant, les connaissances scientifiques montrent que les humains restent entièrement dépendants des autres êtres vivants et des processus physiques qui rendent leur existence possible.

L’écologie et les sciences de l’évolution rappellent que notre espèce appartient à un ensemble d’interactions dont elle ne peut s’extraire.

Paradoxalement, alors que nous comprenons de mieux en mieux notre appartenance au vivant, nos modes de vie entretiennent souvent l’illusion d’une existence séparée de la nature.

Nous retrouvons ici ce qui est  l’une des manifestations du narcissisme d’espèce. Les humains ont progressivement construit une représentation du monde dans laquelle ils se placent à part des autres êtres vivants. Ils en viennent  ainsi à considérer comme extérieur à eux ce dont ils font pourtant intégralement partie.

Nous faisons pourtant partie de la nature et toutes nos inventions et constructions en font également partie.

Conceptions de la nature chez quelques philosophes

Aristote (384-322 av. J.-C.)

Pour Aristote, la nature (physis) désigne les êtres qui possèdent en eux-mêmes le principe de leur mouvement et de leur transformation. Une plante pousse et un animal se développe en vertu de leur propre nature. À l’inverse, un objet fabriqué doit son existence à une intervention extérieure.

Aristote distingue donc les êtres naturels des productions humaines. Mais l’humain reste lui-même un être naturel, même s’il occupe une place particulière en raison de ses capacités intellectuelles.

*Physique, livre II, chapitre 1.

Épicure (341-270 av. J.-C.)

Pour Épicure, la nature est constituée d’atomes et de vide. Les phénomènes naturels résultent de processus matériels et ne nécessitent aucune intervention divine.

Les humains appartiennent à cette réalité matérielle. Comprendre la nature permet de se libérer des superstitions et de la peur des dieux.

*Lettre à Hérodote.

Lucrèce (vers 99-55 av. J.-C.)

Lucrèce reprend la philosophie d’Épicure. La nature est un ensemble de phénomènes matériels qui se produisent sans intervention divine et sans intention particulière.

Les êtres vivants apparaissent, se transforment et disparaissent selon les processus naturels. L’humain ne constitue pas une exception à cet ordre.

* De la nature des choses (De rerum natura), livres I et V.

Baruch Spinoza (1632-1677)

Pour Spinoza, la nature constitue une réalité unique dont tous les êtres font partie. Il exprime cette conception par la formule Deus sive Natura, « Dieu ou la Nature ».

Rien n’existe en dehors de cette réalité et tout s’inscrit dans des relations nécessaires de causalité. L’humain n’est pas un être séparé de la nature et ne peut échapper à ses lois.

Spinoza refuse ainsi de considérer l’humain comme « un empire dans un empire ».

* Éthique, première partie et préface de la troisième partie.

Alexander von Humboldt (1769-1859)

Pour Humboldt, la nature forme un ensemble de phénomènes interdépendants. Les êtres vivants, les climats, les sols, les reliefs et les activités humaines entretiennent de multiples relations.

Il cherche à comprendre la nature dans sa globalité plutôt qu’en étudiant chaque phénomène indépendamment des autres.

L’humain appartient à cet ensemble et participe à ses transformations.

*Cosmos (1845-1862).

John Stuart Mill (1806-1873)

Mill distingue deux significations du mot « nature ».

Dans son sens le plus large, la nature comprend tout ce qui existe et tout ce qui se produit. Les activités humaines et leurs productions en font donc nécessairement partie.

Dans un sens plus restreint, le mot désigne ce qui se produit sans intervention humaine.

Mill montre ainsi que l’opposition entre naturel et artificiel dépend du sens que l’on donne au mot « nature ». Un objet fabriqué par l’humain n’échappe pas pour autant aux lois naturelles.

* Nature, publié en 1874.

Arthur Schopenhauer (1788-1860)

Pour Schopenhauer, le monde que nous connaissons est une représentation. Mais derrière les phénomènes se trouverait une réalité fondamentale qu’il appelle la « Volonté ».

Cette Volonté ne désigne pas seulement le désir conscient des humains. Elle serait une force aveugle qui se manifeste dans l’ensemble de la nature, jusque dans les phénomènes physiques.

Les humains et les autres animaux participent ainsi d’une même réalité fondamentale.

Cette conception repose toutefois sur une hypothèse métaphysique qui dépasse l’observation des phénomènes naturels.

*Le Monde comme volonté et comme représentation (1818-1819).

Élisée Reclus (1830-1905)

Pour Reclus, l’humain appartient pleinement à la nature. Les sociétés humaines ne constituent pas un monde indépendant du reste du vivant.

Il étudie les relations entre les populations humaines, les milieux géographiques et les transformations de la Terre.

La nature et l’histoire humaine ne peuvent donc pas être comprises comme deux réalités entièrement séparées.

* L’Homme et la Terre (1905-1908).

Friedrich Nietzsche (1844-1900)

Nietzsche critique la tendance humaine à attribuer à la nature des intentions, des valeurs morales ou des finalités.

La nature n’est pas organisée pour satisfaire les besoins humains. Elle ne poursuit pas nécessairement un objectif et ne possède pas une morale comparable à la nôtre.

L’humain appartient lui-même à cette nature. Il ne peut donc prétendre l’observer depuis une position extérieure ou supérieure.

* Le Gai Savoir, § 109 ; Par-delà bien et mal, § 9.

John Dewey (1859-1952)

Pour Dewey, la nature est un ensemble de processus en transformation permanente. Les activités humaines prolongent ces processus plutôt qu’elles ne s’y opposent.

La pensée, la culture, les techniques et les inventions font partie de l’expérience naturelle.

Il n’existe donc pas de séparation fondamentale entre une nature qui serait extérieure à l’humain et un monde artificiel qui lui échapperait.

*Experience and Nature (1925).

Bruno Latour (1947-2022)

Latour remet en question la séparation moderne entre nature et culture.

Il montre que les sociétés humaines produisent continuellement des réalités mêlant phénomènes naturels, techniques, connaissances scientifiques et organisations sociales.

Il appelle ces réalités des « hybrides ».

La distinction entre un monde naturel indépendant et un monde humain entièrement artificiel devient ainsi difficile à maintenir.

* Nous n’avons jamais été modernes (1991).

Philippe Descola (né en 1949)

Descola montre que la séparation entre nature et culture, considérée comme évidente dans les sociétés occidentales modernes, n’est pas universelle.

D’autres sociétés établissent des relations différentes entre les humains, les animaux, les plantes et les autres éléments du monde.

Notre manière de définir la nature apparaît ainsi comme une représentation culturelle particulière plutôt que comme une évidence partagée par toute l’humanité.

*Par-delà nature et culture (2005).

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