En vous promenant cet été, vous avez peut-être remarqué que certains Soucis n’avaient pas le dessus ou le dessous des ailes antérieures orange ou jaune pâle, mais complètement blanc. Il s’agit en réalité de la forme helice qui concerne uniquement les femelles de cette espèce, Colias crocea.
Mais je sens que vous allez me demander comment distingue-t-on les sexes chez cette espèce. Vous savez maintenant que la couleur blanche de la forme helice désigne les femelles. Pour les autres formes, il faut observer l’individu à contre-jour. On peut alors constater que la bordure noire des ailes antérieures est complètement noire chez le mâle alors qu’elle est parsemée de taches claires chez la femelle.
Pourquoi certaines femelles sont-elles blanches ?
Une étude publiée en 2019 dans Nature Communications* a permis de mieux comprendre le mécanisme génétique de cette particularité.
Les chercheurs ont identifié une modification génétique qui affecte l’expression du gène BarH-1. Celui-ci intervient dans la formation des écailles lors du développement de l’insecte dans la chrysalide.
Chez les femelles orangées, les écailles contiennent des granules de pigments appelés ptérines qui sont à l’origine des couleurs jaunes et orangées.
les deviennent alors blanchâtres et réfléchissent davantage la lumière.


On pourrait penser que cette modification génétique constitue un handicap pour les femelles helice, alors que c’est plutôt le contraire. En ne produisant pas les pigments responsables de la coloration orangée, elles économisent des ressources qu’elles peuvent consacrer à d’autres fonctions biologiques.
Elles peuvent ainsi se développer plus rapidement au stade de chrysalide, disposer de réserves lipidiques plus importantes et posséder davantage d’œufs matures au moment de leur émergence. Elles peuvent donc bénéficier d’un avantage reproducteur précoce.
Les femelles helice semblent surtout favorisées lorsque les températures sont relativement basses. Dans ces conditions, leurs réserves lipidiques sont plus importantes que celles des femelles orangées. Lorsque les températures augmentent, cette différence s’atténue et l’avantage des femelles blanches devient moins évident.
La coloration des ailes pourrait aussi intervenir dans la reconnaissance des partenaires. Les mâles utilisent en partie les signaux visuels pour identifier les femelles. Toutefois, il n’est pas établi que l’une des deux formes attire systématiquement davantage les mâles.
La forme helice est déterminée par un caractère génétique dominant qui peut être transmis aussi bien par les mâles que par les femelles, bien que les mâles eux-mêmes ne deviennent jamais blancs puisque ce caractère ne s’exprime que chez les femelles.
La Forme Helicina
Il existe également une forme beaucoup plus rare appelée helicina, décrite par l’entomologiste français Charles Oberthür. Elle présente une coloration intermédiaire entre celle des femelles orangées habituelles et celle des femelles blanches de la forme helice. Le dessus des ailes est jaune pâle et les ailes postérieures sont voilées de gris.
L’existence de ces différentes formes illustre la manière dont plusieurs stratégies évolutives peuvent coexister au sein d’une même espèce. Les femelles blanches peuvent bénéficier d’avantages physiologiques et reproducteurs tandis que les femelles orangées pourraient être favorisées dans des conditions plus chaudes. Aucun de ces deux phénotypes ne semble donc présenter un avantage absolu.
Référence bibliographique :
*Woronik, A., Tunström, K., Perry, M. W. et al. (2019). A transposable element insertion is associated with an alternative life history strategy. Nature Communications, 10, article 5757.
