Flambé (Iphiclides podalirius) sur verveine de Buenos aires
- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Papilionidae
- Sous- famille : Papilioninae
- Genre : Ipihiclides
Hier au jardin des oiseaux.
Le Flambé (Iphiclides podalirius) appartient à la famille des Papilionidae, l’un des groupes les plus anciens et les plus emblématiques de papillons diurnes. Cette famille compte environ 550 à 600 espèces dans le monde, principalement réparties dans les régions chaudes. En France, les Papilionidae sont représentés par une dizaine d’espèces appartenant à deux sous-familles principales.
La sous-famille des Parnassiinae comprend les Apollons et les Zerynthies : le Parnassius apollo (Apollon), le Parnassius phoebus (Petit Apollon), le Parnassius mnemosyne (Semi-Apollon), ainsi que la Zerynthia rumina (Proserpine) et la Zerynthia polyxena (Diane).
La sous-famille des Papilioninae regroupe les grands « porte-queues » : le Papilio machaon (Machaon), le Papilio hospiton (Porte-queue corse), le Papilio alexanor (Voilier blanc) et le Flambé. Au sein de cette sous-famille, le Machaon, le Porte-queue corse et le Voilier blanc appartiennent à la tribu des Papilionini, tandis que le Flambé relève de la tribu des Leptocircini, caractérisée par des ailes plus allongées et une aptitude marquée au vol plané.

Au-delà de leur apparence spectaculaire, les Papilionidae se définissent par plusieurs caractères anatomiques précis.
Chez la chenille, on observe la présence d’un osmeterium placé derrière la tête. Habituellement dissimulé, il est déplié en cas de menace et libère une substance odorante répulsive. Ce dispositif défensif est caractéristique de la famille. Chez l’adulte, la nervation de l’aile postérieure présente une nervure anale bien développée atteignant le bord interne de l’aile, trait distinctif des Papilionidae parmi les papillons diurnes.
Enfin, ces papillons possèdent des écailles cervicales (ou écailles prothoraciques) développées, recouvrant partiellement la région située derrière la tête. Ce détail morphologique, moins visible à l’œil nu, constitue néanmoins un critère important en systématique. Ces trois caractères — osmeterium chez la chenille, nervure anale marquée et écailles cervicales chez l’adulte — permettent de reconnaître les Papilionidae à différents stades de leur cycle biologique.
Description
Le flambé est un lépidoptère de grande taille, dont l’envergure oscille entre 50 et 70 mm. Il est immédiatement identifiable à son allure élégante , à ses ailes triangulaires et à ses longs prolongements postérieurs.
Les ailes antérieures présentent un fond blanc crème à jaune pâle, parcouru de six bandes noires obliques de longueurs inégales. Les ailes postérieures sont ornées, le long de leur bordure externe, d’une série de lunules bleues, accompagnées d’une tache anale orange bien visible. Les queues, mesurant en moyenne 10 à 12 mm, accentuent ce contraste chromatique.
L’ensemble de ces éléments constitue un dispositif défensif susceptible de détourner l’attaque d’un prédateur vers l’extrémité des ailes plutôt que vers les parties vitales du corps. L’abdomen, fin et de teinte claire, prolonge la silhouette gracile de l’insecte et se termine par des structures génitales peu apparentes à l’œil nu.


Cette coloration ne relève pas d’une simple fantaisie de la nature : le flambé est un spécialiste du vol plané. Contrairement au moro-sphinx qui bat des ailes à une fréquence élevée, le flambé utilise sa grande surface alaire pour capter les courants d’air. Ses teintes claires limitent ainsi l’absorption de chaleur excessive lors de ses expositions prolongées en plein soleil sur les sommets des collines (voir chapitre Hill topping).
Le revers des ailes reprend le dessin de la face dorsale, bien que les teintes y soient parfois plus atténuées. Au repos, il maintient souvent ses ailes ouvertes ou les referme verticalement l’une contre l’autre. Ses yeux sont volumineux et sombres. Ils offrent une vision précise des mouvements et des contrastes. Ses antennes sont noires, fines et se terminent par une massue bien marquée caractéristique des rhopalocères.
Dimorphisme
Le Flambé (Iphiclides podalirius) présente un dimorphisme sexuel relativement discret mais observable à l’œil averti. Les mâles et les femelles se distinguent principalement par la taille, la forme des ailes et la morphologie de l’abdomen.
Les femelles sont généralement un peu plus grandes et plus robustes que les mâles. Cette particularité vient d’ une adaptation liée à la production et au transport des œufs. Leurs ailes peuvent aussi apparaître légèrement plus arrondies. Les bandes noires sur les ailes antérieures sont souvent légèrement plus larges mais moins contrastées que chez les mâles, ce qui leur confère un dessin plus doux et moins net. Leur abdomen est plus large pour accueillir les œufs.
Chez les mâles, la nervation des ailes postérieures est plus accentuée. Leur abdomen est plus fin et effilé.
les couleurs et motifs des autres ocelles sur les ailes postérieures sont très similaires entre les sexes, car leur fonction principale est défensive et doit rester efficace pour tous les individus.
Un autre détail se situe sur les ailes postérieures : la lunule anale bleue, située près de la queue, est souvent plus marquée et plus vive chez la femelle.
le comportement diffère également, puisque les mâles pratiquent fréquemment le hill-topping, une stratégie de regroupement sur les sommets des collines pour attendre les femelles.

Alimentation
Le Flambé se nourrit principalement de nectar qu’il prélève grâce à sa trompe spiralée. On l’observe fréquemment sur les fleurs de Buddleia, de Lavande, de verveine de Buenos aires ou de Valériane, ainsi que sur divers arbustes de la famille des Rosacées. Lors de la recherche de nourriture, il déploie sa trompe pour atteindre les nectaires situés au fond des corolles. Outre le nectar, les mâles adoptent un comportement particulier qui consiste à se poser sur les sols humides ou les flaques de boue. Cette activité leur permet d’absorber des sels minéraux et des acides aminés essentiels, souvent nécessaires à la production des spermatophores. Contrairement à la chenille qui consomme des tissus solides, l’adulte ne peut ingérer que des aliments liquides.
Plantes hôtes
Le Flambé (Iphiclides podalirius) est un papillon étroitement lié aux plantes du genre Prunus, qui servent de support à la ponte et de nourriture aux chenilles. La plante hôte principale est le prunellier (Prunus spinosa), un arbuste sauvage très répandu dans les haies, les vergers et les lisières de forêts. Les femelles pondent également sur le prunier domestique (Prunus domestica), ainsi que sur d’autres espèces cultivées ou sauvages du même genre, comme le pêcher (Prunus persica). Il n’est pas rare de retrouver des œufs ou des jeunes chenilles sur l’amandier (Prunus dulcis) ou sur l’amélanchier (Amelanchier spp.), bien que ces plantes soient moins fréquemment utilisées.


Vol
Le flambé est également surnommé « voilier » en raison du style de son vol qui est majestueux bien qu’un peu hasardeux. L’image qui nous vient lorsqu’on le regarde planer est celle d’un bateau balloté par une mer houleuse. Mais le flambé, malgré son allure un peu maladroite, est très agile et peut soudain redresser la tête et monter en flèche vers la cime des arbres .
Hill Topping ou sommet de la colline
Quand le climat est doux, le Flambé peut produire deux générations par saison. La première apparaît dans les jardins en mai-juin et, si les conditions climatiques le permettent, une deuxième survient en août-septembre.
La période de reproduction s’accompagne d’un comportement particulier appelé hilltopping. Les mâles se rassemblent sur des points élevés (sommets de collines, crêtes ou promontoires) qu’ils utilisent comme postes d’interception. Ils y défendent temporairement un territoire et poursuivent tout papillon qui traverse la zone.
Les femelles rejoignent ces sites lorsqu’elles sont prêtes à s’accoupler et choisissent certains mâles. Ce phénomène, observé chez de nombreux insectes — papillons, libellules, guêpes ou coléoptères — facilite la rencontre entre individus dispersés dans le paysage.
Sur les sommets, l’activité est intense : les mâles se poursuivent, tandis que les femelles arrivent en vol. Une fois le couple formé, il quitte généralement cette zone ventée pour se poser plus bas, dans la végétation ou les buissons, afin de réaliser l’accouplement au calme.
L’accouplement a alors lieu dans les herbes basses ou les buissons à proximité. Les deux individus restent unis « dos à dos » dans la position dite en opposition.
Le mâle et la femelle peuvent ainsi rester accolés pendant plusieurs heures.Une fois l’acte terminé, la femelle se met en quête de plantes hôtes pour la ponte. Elle dépose ses œufs de manière isolée sur la face supérieure des feuilles de Rosacées, comme le prunellier ou l’aubépine. Ce comportement de dispersion permet de limiter la concurrence entre les futures chenilles.

Chenilles
À l’éclosion, la larve mesure quelques millimètres. Au fil des mues, elle adopte une forme trapue, renflée à l’avant, lui donnant l’apparence d’une petite limace. La peau est vert tendre, parfois parsemée de points jaunâtres et de fines stries obliques plus claires sur les flancs. Ce camouflage lui permet de se fondre dans le feuillage des Rosacées où elle reste immobile durant la journée. Elle se nourrit principalement la nuit ou par temps couvert pour limiter les risques de prédation. En cas de danger, elle déploie un organe glandulaire bifide, l’osmeterium, qui émet une odeur d’acide butyrique destinée à repousser les agresseurs.


Photo I, Abrahami, CC BY-SA
Chrysalide
Une fois sa croissance terminée, la chenille du Flambé cherche un support solide, généralement une branche de la plante hôte ou un support vertical à proximité. Elle s’y fixe grâce à son crémaster et tisse une ceinture de soie qui maintient son corps en position oblique ou verticale. La chrysalide adopte une forme anguleuse, et sa coloration varie selon l’environnement et la saison : vert vif pour se fondre dans le feuillage estival ou brun grisâtre pour imiter l’écorce lors de l’hivernage. Sous cette enveloppe rigide, les tissus de la larve se réorganisent pour former les structures de l’adulte, comme les ailes, les pattes et la trompe. Si la nymphe appartient à la seconde génération de l’année, elle entre en diapause hivernale et reste fixée durant plusieurs mois jusqu’au retour des conditions favorables au printemps.
Lorsque la métamorphose est terminée, la cuticule de la chrysalide se fend et le papillon s’extrait. Il doit rapidement adopter une position verticale pour que la gravité et la pression de l’hémolymphe déploient ses ailes. À ce stade, l’imago est particulièrement vulnérable aux prédateurs.
Distribution
Le Flambé (Iphiclides podalirius) est répandu dans le sud et le centre de l’Europe, notamment en France, en Espagne, en Italie et en Grèce, et s’étend vers l’est jusqu’à la Turquie et l’Asie occidentale.
On le rencontre également dans le Maghreb, au Maroc et en Algérie. Vers le nord de l’Europe, il n’apparaît que de manière occasionnelle, avec quelques observations isolées en Belgique ou aux Pays-Bas. Les populations méridionales et centrales restent sur leur territoire et hibernent à l’état de chrysalide. Les individus situés aux limites septentrionales de l’aire peuvent effectuer de courtes migrations pour trouver des conditions favorables.

Carte GBIF de la présence du Flambé dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/1938214
L’espèce fréquente principalement les milieux ouverts, les lisières de forêt et les collines ensoleillées, et peut atteindre des altitudes allant jusqu’à 1 500 mètres. Sa répartition illustre sa préférence pour les régions tempérées et méridionales.
Taxonomie
Le Flambé a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio podalirius.
Le nom de genre Iphiclides a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jacob Hübner.
La famille des Papilionidae a été proposée en 1802 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille
Étymologie
Le Flambé doit son nom aux sept longues « flammes » noires qui traversent ses ailes. Mais s’agit-il de flammes de feu ou de motifs évoquant un tissu ? Dans son ouvrage de 1734, « Mémoire pour servir à l’histoire des insectes », le naturaliste français Réaumur décrit les dessins des ailes comme rappelant les étoffes chinées : « les taches qui sont dessus, sont noires, faites en espèce d’ondes, ou de flammes, qui imitent celles des taffetas qu’on nomme flambés ».
Si Réaumur a décrit ces motifs, ce n’était pas pour nommer l’espèce. Le nom vernaculaire « Flambé » sera attribué en 1762 par Geoffroy. La désignation scientifique, Iphiclides podalirius, a été donnée par Carl von Linné en 1758 dans le cadre de la nomenclature binominale. Fidèle à son habitude, Linné choisit des noms d’inspiration mythologique : selon Jean-Yves Cordier, Iphiclides ferait référence à l’argonaute Hiphiclos, compagnon de Jason, tandis que Podalirius serait inspiré de Podalire, héros de la guerre de Troie et frère de Machaon.
On peut se demander si le choix des noms Hiphiclos et Machaon est lié à la ressemblance des papillons correspondants. C’est possible, mais aucune source ne permet de l’affirmer avec certitude.
Les noms à l’étranger
À l’étranger, le Flambé (Iphiclides podalirius) change de nom tout en conservant son prestige. En Allemagne, il est appelé Segelfalter, ce qui peut se traduire par « papillon-voilier », en référence à sa capacité exceptionnelle à planer au-dessus de la végétation. Cette même image maritime se retrouve en Pologne sous le nom Paź żeglarz, littéralement « page voilier ».
Aux Pays-Bas, le Flambé reçoit un nom aristocratique : Koningspage, le « page du roi », soulignant son élégance et sa prestance. De l’autre côté de la Manche, les Britanniques le désignent sous le nom de Scarce Swallowtail, ou « machaon rare », rappelant sa relative rareté sur le territoire anglais par rapport à son cousin, le Machaon (Papilio machaon).
Enfin, dans les pays méditerranéens comme l’Espagne ou l’Italie, on l’appelle simplement Podalirio, en hommage à Podalire, célèbre médecin de la mythologie grecque et frère de Machaon. Ce choix de nom établit un lien symbolique et légendaire entre les deux espèces.
Premier et dernier Flambé vu au jardin des oiseaux


Quelques autres photos de flambé







