Flambé ou voilier (Iphiclides podalirius)

Flambé (Iphiclides podalirius) sur verveine de Buenos aires

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Papilionidae
  • Sous- famille : Papilioninae
  • Genre : Ipihiclides

Hier au jardin des oiseaux.

Le temps de siroter son jus de verveine (verbena bonariensis) dont il adore le nectar, un beau Flambé se laisse gentiment photographier. Un peu plus à gauche, c’est possible ? et tournez les antennes un peu plus vers moi ?

Présentation

Le Flambé est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Papilionidae. Cette famille compte environ 600 espèces dans le monde, dont une quinzaine vivent en Europe et 10 sont présentes en France. Parmi les plus connues figurent le Machaon, le Porte-queue corse, le Voilier blanc, l’Apollon, le Petit Apollon, le Semi-Apollon, la Proserpine et la Diane.

Les Papilionidae sont répartis en deux sous-familles. Les Parnassiinae regroupent les Apollons et les Zerynthies, tandis que les Papilioninae rassemblent les grands porte-queues. Au sein de cette dernière, le Flambé appartient à la tribu des Leptocircini, qui se distingue par ses ailes allongées et son vol plané particulièrement élégant.

Flambé sur verveine de Buenos Aires. vu la taille de l'abdomen , il s'agit certainement d'une femelle.
Flambé sur verveine de Buenos Aires. vu la taille de l’abdomen , il s’agit certainement d’une femelle.

L’une des principales caractéristiques de cette famille est la présence, chez les chenilles, d’un organe rétractile appelé osmeterium. Déployé lorsqu’un danger survient, il libère une substance odorante qui contribue à repousser les prédateurs.

Il appartient au genre Iphiclides, qui regroupe des papillons dont les larves sont inféodées aux plantes de la famille des Rosaceae. La principale caractéristique de ce genre réside dans les bandes noires qui traversent les ailes sur un fond blanc crème à jaunâtre, dessinant un motif zébré immédiatement reconnaissable. Chez le Flambé, les individus issus des générations estivales présentent généralement une coloration plus claire et des bandes noires moins marquées que ceux de la génération printanière. Ce phénomène est appelé polyphénisme saisonnier.

Description

Le flambé est un lépidoptère de grande taille, dont l’envergure oscille entre 50 et 70 mm. Avec son allure élégante , sa longue queue et ses zébrures noires il est immédiatement reconnaissable.

Sa tête est relativement petite et porte deux grands yeux composés. Ses antennes sont noires et finement annelées de blanc. Elles  se terminent par une excroissance en forme de massue caractéristique des rhopalocères.  Le thorax est  robuste et recouvert d’une fine pilosité grisâtre.  Il contient les muscles puissants qui actionnent les ailes.

Les ailes antérieures présentent un fond blanc crème à jaune pâle, parcouru de six bandes noires obliques de longueurs inégales. Les ailes postérieures sont ornées, le long de leur bordure externe, d’une série de lunules bleues, accompagnées d’une tache anale orange bien visible. Elles se terminent par deux longues queues de 10 à 12 mm de longueur qui ont pour fonction de détourner l’attention des prédateurs vers ces parties non vitales.  

L’abdomen est fin, allongé et de couleur claire. Les structures génitales, situées à son extrémité, sont peu apparentes à l’œil nu.

Cette coloration ne relève pas d’une simple fantaisie de la nature : le flambé est un spécialiste du vol plané. Contrairement au moro-sphinx qui bat des ailes à une fréquence élevée, le flambé utilise sa grande surface alaire pour capter les courants d’air. Ses teintes claires limitent ainsi l’absorption de chaleur excessive lors de ses expositions prolongées en plein soleil sur les sommets des collines (voir chapitre Hill topping).

Le revers des ailes reprend le dessin de la face dorsale, bien que les teintes y soient parfois plus atténuées. Au repos, il maintient souvent ses ailes ouvertes ou les referme verticalement l’une contre l’autre.

Dimorphisme

Le Flambé présente un dimorphisme sexuel relativement discret. Les femelles sont généralement un peu plus grandes et plus robustes que les mâles, une adaptation liée à la production et au transport des œufs. Leur abdomen est plus large et son extrémité apparaît plus arrondie, tandis que celui du mâle est plus fin et plus effilé.

Les différences de coloration entre les sexes sont faibles. Les femelles peuvent présenter des bandes noires légèrement plus larges ou moins contrastées, mais ce caractère reste variable et ne permet pas une identification fiable.

Le comportement constitue souvent le meilleur critère de distinction. Au printemps et en été, les mâles pratiquent fréquemment le hill-topping. Ils se postent sur les sommets des collines ou les points hauts du paysage pour intercepter les femelles venant s’accoupler.


 

Flambé qui a subi l’attaque d’un oiseau

Alimentation

Le Flambé se nourrit principalement de nectar qu’il prélève grâce à sa trompe spiralée. On l’observe fréquemment sur les fleurs de Buddleia, de Lavande, de verveine de Buenos aires  ou de Valériane, ainsi que sur divers arbustes de la famille des Rosacées. Lors de la recherche de nourriture, il déploie sa trompe pour atteindre les nectaires situés au fond des corolles. Outre le nectar, les mâles adoptent  un comportement particulier qui consiste à se poser sur les sols humides ou les flaques de boue. Cette activité leur permet d’absorber des sels minéraux et des acides aminés essentiels, souvent nécessaires à la production des spermatophores. Contrairement à la chenille qui consomme des tissus solides, l’adulte ne peut ingérer que des aliments liquides.

Plantes hôtes

Le Flambé se nourrit principalement de nectar qu’il prélève grâce à sa trompe spiralée. On l’observe fréquemment sur les fleurs de buddléia, de lavande, de verveine de Buenos Aires, de valériane, ainsi que sur celles de nombreux arbustes de la famille des Rosacées.

Les mâles adoptent également un comportement particulier. Ils se posent sur les sols humides, les flaques de boue ou les berges pour absorber des sels minéraux et des acides aminés. Ces substances sont ensuite utilisées lors de la production des spermatophores transmis aux femelles pendant l’accouplement.

Comme tous les papillons, l’adulte ne peut absorber que des aliments liquides.

Vol

Le flambé est également surnommé « voilier » en raison du style de son vol qui est majestueux bien qu’un peu hasardeux. L’image qui nous vient lorsqu’on le  regarde planer est celle d’un bateau balloté par une mer houleuse. Mais le flambé, malgré son allure un peu maladroite,  est très agile et peut soudain  redresser la tête et monter en flèche vers la cime des arbres .    

Hill Topping ou sommet de la colline

Quand le climat est doux, le Flambé peut produire deux générations par saison. La première apparaît dans les jardins en mai-juin et, si les conditions climatiques le permettent, une deuxième survient en août-septembre.

La période de reproduction s’accompagne d’un comportement particulier appelé hilltopping. Les mâles se rassemblent sur des points élevés (sommets de collines, crêtes ou promontoires) qu’ils utilisent comme postes d’interception. Ils y défendent temporairement un territoire et poursuivent tout papillon qui traverse la zone.

Les femelles rejoignent ces sites lorsqu’elles sont prêtes à s’accoupler et choisissent certains mâles. Ce phénomène, observé chez de nombreux insectes — papillons, libellules, guêpes ou coléoptères — facilite la rencontre entre individus dispersés dans le paysage.

Sur les sommets, l’activité est intense : les mâles se poursuivent, tandis que les femelles arrivent en vol. Une fois le couple formé, il quitte généralement cette zone ventée pour se poser plus bas, dans la végétation ou les buissons, afin de réaliser l’accouplement au calme.
L’accouplement a alors lieu dans les herbes basses ou les buissons à proximité. Les deux individus restent unis « dos à dos » dans la position dite en opposition.

Le mâle et la femelle peuvent ainsi rester accolés pendant plusieurs heures.Une fois l’acte terminé, la femelle se met en quête de plantes hôtes pour la ponte. Elle dépose ses œufs de manière isolée sur la face supérieure des feuilles de Rosacées, comme le prunellier ou l’aubépine. Ce comportement de dispersion permet de limiter la concurrence entre les futures chenilles.

Flambé sur centranthe rouge

Chenilles

À l’éclosion, la larve mesure quelques millimètres. Au fil des mues, elle adopte une forme trapue, renflée à l’avant, lui donnant l’apparence d’une petite limace. La peau est vert tendre, parfois parsemée de points jaunâtres et de fines stries obliques plus claires sur les flancs. Ce camouflage lui permet de se fondre dans le feuillage des Rosacées où elle reste immobile durant la journée. Elle se nourrit principalement la nuit ou par temps couvert pour limiter les risques de prédation. En cas de danger, elle déploie un organe glandulaire bifide, l’osmeterium, qui émet une odeur d’acide butyrique destinée à repousser les agresseurs.

chenille stade I (Domaine public ) Photo Simon Thevenin, CC BY-SA
Chenille stade 3 avec l'osmeterium déployé
Chenille stade 3 avec l’osmeterium déployé (Domaine public)
Photo I, Abrahami, CC BY-SA

Chrysalide

Une fois sa croissance terminée, la chenille du Flambé cherche un support solide, généralement une branche de la plante hôte ou un support vertical à proximité. Elle s’y fixe grâce à son crémaster et tisse une ceinture de soie qui maintient son corps en position oblique ou verticale. La chrysalide adopte une forme anguleuse, et sa coloration varie selon l’environnement et la saison : vert vif pour se fondre dans le feuillage estival ou brun grisâtre pour imiter l’écorce lors de l’hivernage. Sous cette enveloppe rigide, les tissus de la larve se réorganisent pour former les structures de l’adulte, comme les ailes, les pattes et la trompe. Si la nymphe appartient à la seconde génération de l’année, elle entre en diapause hivernale et reste fixée durant plusieurs mois jusqu’au retour des conditions favorables au printemps.

Lorsque la métamorphose est terminée, la cuticule de la chrysalide se fend et le papillon s’extrait. Il doit rapidement adopter une position verticale pour que la gravité et la pression de l’hémolymphe déploient ses ailes. À ce stade, l’imago est particulièrement vulnérable aux prédateurs.

Distribution

Le Flambé (Iphiclides podalirius) est répandu dans le sud et le centre de l’Europe, notamment en France, en Espagne, en Italie et en Grèce, et s’étend vers l’est jusqu’à la Turquie et l’Asie occidentale.

On le rencontre également dans le Maghreb, au Maroc et en Algérie. Vers le nord de l’Europe, il n’apparaît que de manière occasionnelle, avec quelques observations isolées en Belgique ou aux Pays-Bas. Les populations méridionales et centrales restent sur leur territoire et hibernent à l’état de chrysalide.  Les individus situés aux limites septentrionales de l’aire peuvent effectuer de courtes migrations pour trouver des conditions favorables.

Carte GBIF de la présence du Flambé dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/1938214

L’espèce fréquente principalement les milieux ouverts, les lisières de forêt et les collines ensoleillées, et peut atteindre des altitudes allant jusqu’à 1 500 mètres. Sa répartition illustre sa préférence pour les régions tempérées et méridionales. 

Taxonomie

Le Flambé a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio podalirius.

Le nom de genre Iphiclides a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jacob Hübner.

La famille des Papilionidae a été proposée en 1802 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille

Étymologie

Le nom de genre Iphiclides fait référence à Iphiclos qui était l’un des Argonautes qui accompagnèrent Jason dans la quête de la Toison d’or.

L’épithète podalirius vient de Podalire. Il était le fils d’Asclépios, le dieu grec de la médecine. Avec son frère Machaon, il faisait partie des médecins de l’armée grecque pendant la guerre de Troie. Tous deux étaient réputés pour leurs talents de guérisseurs. En 1758, Linné décrivit cette espèce sous le nom de Papilio podalirius. En choisissant Podalire et Machaon pour deux grands papillons très proches, il rendait hommage aux deux frères de la mythologie grecque.

Le nom vernaculaire « Flambé » doit son nom aux sept longues bandes noires qui traversent ses ailes. Mais s’agit-il de flammes de feu ou de motifs évoquant un tissu ? Dans son ouvrage de 1734 Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, le naturaliste français Réaumur décrit les dessins des ailes comme rappelant les étoffes chinées : « les taches qui sont dessus, sont noires, faites en espèce d’ondes, ou de flammes, qui imitent celles des taffetas qu’on nomme flambés ». Si Réaumur a décrit ces motifs, ce n’était pas pour nommer l’espèce. Le nom vernaculaire « Flambé » sera attribué en 1762 par Geoffroy.

Les noms à l’étranger

À l’étranger, le Flambé change de nom tout en conservant son prestige. En Allemagne, il est appelé Segelfalter, ce qui peut se traduire par « papillon-voilier », en référence à sa capacité exceptionnelle à planer au-dessus de la végétation. Cette même image maritime se retrouve en Pologne sous le nom Paź żeglarz, littéralement « page voilier ». Aux Pays-Bas, le Flambé reçoit un nom aristocratique : Koningspage, le « page du roi », soulignant son élégance et sa prestance. De l’autre côté de la Manche, les Britanniques le désignent sous le nom de Scarce Swallowtail, ou « machaon rare », rappelant sa relative rareté sur le territoire anglais par rapport à son cousin, le Machaon (Papilio machaon). Enfin, dans les pays méditerranéens comme l’Espagne ou l’Italie, on l’appelle simplement Podalirio, en hommage à Podalire, célèbre médecin de la mythologie grecque et frère de Machaon. Ce choix de nom établit un lien symbolique et légendaire entre les deux espèces.

Premier et dernier Flambé vu au jardin des oiseaux

Quelques autres photos de flambé

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