Piéride du chou (pieris Brassicae)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : Papilionoidea
  • Famille : Pieridae
  • Sous-famille : Pierinae
  • Tribu : Pierini
  • Genre : Pieris

Comme l’aurore, le citron, le machaon, le flambé ou l’apollon, la piéride du chou fait partie de la famille des pieridae qui regroupe des papillons de jour de la super famille des papilionoidea. Cette famille compte plus de 1100 espèces dans le monde, dont 50 vivent en Europe et 26 sont présentes en France.

Les piérides ont pour caractéristiques des couleurs blanches, jaunes ou orange et des ailes qui masquent l’abdomen au repos. Les œufs sont cannelés et en forme de quille. Les chenilles sont vertes..  Il y a souvent un dimorphisme très net entre les mâles et les femelles.

Piéride du chou mâle sur fleur de ciboulette.
Piéride du chou mâle sur fleur de ciboulette.

Un certain nombre d’espèces sont migratrices, ce qui explique qu’on retrouve les piérides en nombre et avec une forte densité dans de nombreux pays.

Il appartient au genre Pieris, qui regroupe des papillons dont les chenilles se nourrissent des plantes de la famille des Brassicaceae. La particularité majeure de ce genre est la présence de taches noires sur le dessus des ailes antérieures, dont la disposition varie selon les générations saisonnières. Cet insecte pratique le polyphénisme*, ce qui signifie que les individus nés au printemps présentent des nervures plus marquées que ceux de la génération estivale.

Description

La piéride du chou est un papillon plutôt grand dont l’envergure peut aller jusqu’à 65 mm.

Le dessus des ailes est blanc avec une grande tache sombre (tache apicale) en forme de croissant sur l’avant de l’aile antérieure. Cette tache descend le long du bord externe ce qui permet de distinguer cette espèce de la piéride de la rave chez qui cette zone sombre est plus restreinte et se limite à l’angle supérieur de l’aile .

Le dimorphisme se manifeste au niveau des taches.

La femelle a deux taches noires sur le dessus des ailes antérieures et une strie foncée sur le bord interne. Le mâle n’a ni strie ni point sur le dessus des ailes antérieures. Les deux sexes possèdent en revanche une tache noire sur le dessus des ailes postérieures.

Piéride du chou femelle sur fleur de Buenos aires
Piéride du chou mâle. Contrairement à la femelle; il n’a pas de tâches sur le dessus des antérieures.

Les deux taches sombres sont également présentes sur le dessous des ailes antérieures chez le mâle comme chez la femelle.

Le dessous des ailes antérieures présente un fond blanc, à l’exception de la tache apicale qui adopte la même teinte jaunâtre que les ailes postérieures.

Le dessous des ailes postérieures est de couleur jaunâtre avec de légères surfusions qui sont moins prononcées que celles de la piéride du navet (Pieris napi).

Alimentation

La piéride du chou adulte butine un grand nombre de fleurs.

Dans La Vie des papillons, Tristan Lafranchis en dénombre plus de 250 et souligne sa préférence pour les Astéracées (Asteraceae), les Brassicacées (Brassicaceae) et les Lamiacées (Lamiaceae).

Parmi les Astéracées, elle recherche activement le nectar des chardons, des centaurées, des pissenlits, des hélianthes et des asters. Chez les Brassicacées, elle fréquente notamment la moutarde sauvage, le colza et la monnaie-du-pape. Enfin, parmi les Lamiacées, les lavandes, les origans, les menthes et les sauges constituent d’importantes sources de nourriture.

Piéride chou femelle qui butine un aster
Piéride chou femelle qui butine un aster.

Elle visite également de nombreuses autres plantes nectarifères, parmi lesquelles la Centranthe rouge et la verveine de Buenos Aires figurent parmi les plus attractives.

Plantes hôtes

Ses principales plantes hôtes sont les brassicacées comme les choux ou la grande capucine (Tropelum majus) .

Pour se protéger des herbivores, les Brassicacées ont développé des défenses chimiques complexes connues sous le nom de « bombe M ». Elles stockent des molécules appelées glucosinolates dans leurs tissus, séparées d’une enzyme, la myrosinase. Lorsque la plante est broyée par une mandibule, ces deux composants entrent en contact et déclenchent une réaction chimique rapide qui produit des huiles de moutarde toxiques. Alors que la plupart des chenilles ne supporteraient pas cette agression et mourraient empoisonnées, celles des Pieridae possèdent la particularité de pouvoir détourner ce processus. Cette stratégie est partagée par de nombreuses espèces de la famille, comme la piéride de la rave (Pieris rapae), La piéride du navet (Pieris napi) ou L’aurore (Anthocharis cardamines ). Ces espèces produisent une protéine spécifique qui bloque la formation des composés les plus toxiques, ce qui leur permet de consommer ces plantes sans danger.

Le terme « bombe M » fait directement référence à la myrosinase, l’enzyme qui agit comme le détonateur de cette arme chimique dès que l’intégrité physique de la feuille est compromise.

Parade nuptiale et accouplement

Le rapprochement des sexes débute par une parade aérienne souvent initiée par le mâle. Ce dernier repère la femelle à la vue, puis s’approche d’elle pour entamer un vol stationnaire ou une série de va-et-vient au-dessus d’elle. Lors de ce vol, le mâle diffuse des phéromones grâce aux écailles odorantes (les androconies) situées sur la face supérieure de ses ailes antérieures.

Si la femelle refuse l’accouplement, notamment si elle a déjà été fécondée, elle adopte une posture de rejet caractéristique : elle se pose, déploie ses ailes à plat et relève verticalement son abdomen pour interdire tout contact. Si elle accepte le mâle, elle replie ses ailes. Le mâle se pose alors à ses côtés, se retourne et unit l’extrémité de son abdomen au sien. L’accouplement a lieu principalement en journée, souvent sur une feuille ou une tige à l’abri du vent, et dure généralement de une à deux heures. Pendant cette union, les partenaires restent immobiles.  le mâle transfère alors  un spermatophore qui contient les spermatozoïdes ainsi que des nutriments nécessaires à la future ponte.

Chenilles

Après l’accouplement, la femelle pond ses œufs par groupes de 25 à 100 sur le revers des feuilles de ses plantes hôtes. Les chenilles se mettent à manger les feuilles et les bourgeons dès l’éclosion . Elles peuvent atteindre 45 mm de longueur .

(Photos Chenilles de la piéride du chou)

Chenilles de la piéride du chou (Domaine public)

le corps est jaune verdâtre avec de nombreuses taches noires. le dessus du corps est parcouru par une longue ligne jaune . l’ensemble est recouvert par une pilosité importante qui apparait quelques jours après l’éclosion .  La présence des chenilles sur une plante laisse des traces caractéristiques. Les grandes feuilles sont mangées et il ne reste plus que les nervures.

La piéride du chou est une espèce multivoltine . En général, elle a 3 générations d’avril à septembre ou octobre, mais peut en avoir jusqu’à 5 dans la région méditerranéenne. La première génération provient des chrysalides qui ont passé l’hiver en diapause. Elle émerge en avril -mai. Une deuxième génération apparait vers le mois de juin-juillet et la troisième pond ses œufs vers le mois d’octobre . Ce sont eux qui, parvenus au stade de la chrysalide, passeront l’hiver dehors. 

Lorsque l’hiver est rigoureux, la première génération se fait très rare . Les générations suivantes sont alimentées par les papillons migrateurs qui arrivent du sud.  

Migration

Contrairement à l’image de papillon purement sédentaire attaché à nos potagers, la piéride du chou est un migrateur remarquable. Ses déplacements ne suivent pas la régularité des migrations d’oiseaux, mais prennent la forme de mouvements brusques de masse. Lorsque les populations locales deviennent trop denses au cours de l’été ou que la sécheresse flétrit les plantes nourricières, des vols gigantesques se forment. Des milliers, voire des millions d’individus se rassemblent alors et se déplacent de manière directionnelle à quelques mètres du sol.

Ces vagues migratoires permettent à l’espèce de coloniser de nouveaux territoires. Les papillons traversent régulièrement des bras de mer comme la Manche ou la mer Baltique, et franchissent des cols de montagne à plus de 2000 mètres d’altitude dans les Alpes et les Pyrénées. L’orientation de ces flux varie selon les saisons. Les générations nées au printemps dans le bassin méditerranéen remontent vers le nord et le centre de l’Europe. À l’inverse, les descendants de la fin de l’été redescendent vers le sud pour fuir les rigueurs de l’automne. Pour accomplir ces voyages de plusieurs centaines de kilomètres, les adultes s’appuient souvent sur les vents porteurs, ce qui explique leur apparition soudaine et massive dans certaines régions.

Ces migrations s’accomplissent sur plusieurs générations successives. Contrairement au papillon Monarque d’Amérique du Nord dont un seul individu effectue le voyage aller vers les sites d’hivernage, la piéride du chou fonctionne sous forme de relais générationnel à l’aller comme au retour, à l’image du Vulcain ou de la Belle-Dame.

Le cycle migratoire annuel se découpe en plusieurs étapes. Les individus qui quittent le bassin méditerranéen au début du printemps volent vers le nord, s’arrêtent en chemin pour s’accoupler, pondent sur les plantes hôtes et meurent. Ce sont leurs descendants, la génération suivante, qui reprennent la route pour monter encore plus haut vers le nord de l’Europe ou l’Angleterre. En fin d’été et en automne, le voyage de retour vers le sud est lui aussi entrepris par une nouvelle génération, née dans les régions septentrionales, qui fuit la baisse des températures et la fin de la végétation. Aucun individu ne fait donc le voyage aller et retour.

Distribution

L’espèce est présente partout en Europe et dans tout ce qu’on nomme l’écozone paléarctique qui est l’une des 8 écozones terrestres .  Cette écozone comprend des pays au climat tempéré ou froid comme ceux de l’Afrique du Nord , de l’Europe , des deux tiers nord de l’Asie jusqu’au Japon et du moyen orient.  La piéride du chou a également été introduite en chili où l’on peut en trouver une importante colonie. On peut également en voir en Afrique du Sud . Des petites colonies sont également présentes en Nouvelle-Écosse au Canada ou au Mexique.

Carte GBIF de la présence de la piéride du chou dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/1920506

Taxonomie

Le nom de genre Pieris a été créé en 1801 par le naturaliste allemand Franz von Paula Schrank.

D’abord nommée par Linné « Papilio brassica »  en 1758, l’espèce a été renommée « Pieris brassicae » en 1801 par le prêtre et naturaliste bavarois Franz von Paula Schrank.

La famille des Pieridae a été proposée en 1820 par l’entomologiste anglais William Swainson.

Étymologie

Le nom de genre « Pieris » vient du grec « pieris », qui désigne les Piérides dans la mythologie. Ces neuf sœurs, qui subirent la défaite lors d’un concours de chant contre les Muses, tinrent des propos violents envers leurs concurrentes. Très fâché par cet affront, Apollon les transforma en pies. Dans une autre version du mythe, les sœurs deviennent des oiseaux dont chacune représente une espèce différente ; Acalanthis, par exemple, se métamorphose en chardonneret.

L’épithète « brassicae » provient directement du latin « brassica » qui désigne le chou. Comme c’est souvent le cas dans la nomenclature des lépidoptères, ce terme fait référence à la plante hôte principale de la chenille. Le nom vernaculaire français actuel se contente de reprendre fidèlement la traduction de ce nom scientifique.

La piéride du chou porte également le nom traditionnel de grand papillon blanc du chou. Cette dénomination fut attribuée en 1762 par le naturaliste français Étienne-Louis Geoffroy, qui s’était inspiré du nom anglais créé par le pharmacien et naturaliste James Petiver.

Les noms à l’étranger

les Anglais disent « Large White », pour mettre en avant sa taille et sa couleur blanche. Ils le nomment egalement  « Cabbage Butterfly », en référence directe au chou. En Allemagne, les Allemands l’appellent « Großer Kohlweißling », une formulation qui associe également la grande taille, le légume nourricier et la blancheur de ses ailes. Les Pays-Bas adoptent une logique strictement identique avec le nom de « Groot koolwitje », qui se traduit littéralement par grand blanc de chou. L’Espagne utilise la dénomination de « Mariposa de la col », une expression simple qui signifie le papillon du chou. Enfin, l’Italie se distingue par une approche qui se concentre sur la plante hôte puisque l’espèce y porte le nom de « Cavolaia maggiore », un terme dérivé du mot chou en italien qui souligne le lien étroit entre l’insecte et ce légume.

Autres photos de la piéride du chou

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