Psyché lustrée (Psyche casta)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : Tinoidea
  • Famille : Psychiade
  • Sous-famille : Psychinae
  • Tribu : Pierini
  • Genre : Pieris

Je me suis d’abord demandé comment ces petits bout de bois pouvaient tenir ainsi sur la feuille d’ortie avant de comprendre qu’il s’agissait de plus que cela . Ces brindilles cachent en réalité une petite chenille de la famille des Psychidae qui utilise des matériaux naturels pour se dissimuler.

Présentation

La Psyché lustrée est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Psychidae. Cette famille compte plus de 1 000 espèces dans le monde, dont une centaine vivent en Europe et environ 80 sont présentes en France. Elle regroupe de petits papillons souvent discrets, rarement observés en raison de leurs mœurs particulières. Parmi les espèces que l’on rencontre sur le territoire figurent notamment Psyche casta, Psyche crassiorella, Canephora hirsuta ou encore Pachythelia villosella.

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la construction par la larve d’un fourreau protecteur portatif, souvent composé de fragments végétaux. Ce fourreau n’a pas seulement pour fonction le camouflage, mais joue aussi un rôle de protection thermique et mécanique pour l’insecte. Contrairement aux rhopalocères, ce papillon possède une activité majoritairement nocturne ou crépusculaire chez les mâles ; pour cette raison, il est traditionnellement classé dans la catégorie des hétérocères.

Chenille de la psyché lustrée dans son fourreau sur une feuille d'ortie.
Chenille de la psyché lustrée dans son fourreau sur une feuille d’ortie.

Elle appartient au genre Psyche, qui regroupe des papillons dont les larves sont polyphages et consomment divers végétaux, ainsi que des mousses, des lichens ou des débris organiques. La particularité majeure de ce genre est le dimorphisme sexuel extrême. Les mâles quittent leur fourreau pour devenir adultes ailés, tandis que les femelles sont aptères et vivent confinées dans leur fourreau. Cet insecte possède une écologie étroitement liée à la structure de son abri, ce qui signifie que le développement larvaire dépend de la disponibilité des matériaux environnants pour la confection de la gaine.

Le genre se distingue également par un vol nerveux et rapide des mâles, ce qui facilite la localisation des femelles qui émettent des phéromones depuis leur fourreau. Les mâles utilisent leurs antennes plumeuses pour capter ces signaux chimiques lors de la parade nuptiale.

Description

À peine sorties de l’œuf, les chenilles se dépêchent de se fabriquer un fourreau à base de matériaux divers comme des feuilles ou des brindilles. Certaines espèces peuvent aussi utiliser du sable, des petits cailloux, voire des fragments de coquilles d’escargots. La chenille agglomère contre elle tous ces matériaux en les collant à l’aide de fils de soie, puis elle fixe l’ensemble sur un support.

Elle ajoute des matériaux au fur et à mesure de sa croissance pour rester invisible. Pendant la phase larvaire, les chenilles ne sortent la tête que pour manger les feuilles de leur plante hôte. Le fourreau a bien sûr une fonction protectrice pour cacher la chenille à la vue des oiseaux, qui sont les principaux prédateurs, mais il est aussi un fardeau que la chenille doit porter dans tous ses déplacements.

Chenilles de la famille des psychidae sur la vasque qui se trouve devant ma porte d'entrée.
Chenilles de la famille des psychidae sur la vasque qui se trouve devant ma porte d’entrée.
Chenille de Psychidae
Chenille de Psychidae

Les Psychés lustrées gardent ce fourreau pendant le stade de la chrysalide. Le fourreau est alors refermé totalement pour que la métamorphose puisse se dérouler. À l’issue de cette transformation, la femelle adulte, dépourvue d’ailes, ne quitte jamais ce fourreau protecteur.

Le mâle, quant à lui, devient un papillon actif. Ses ailes sont entièrement brun foncé à noirâtres, uniformes et légèrement translucides. Son corps, trapu et velu, présente une coloration similaire, et il possède de grandes antennes plumeuses qui lui permettent de repérer la femelle à distance.

Reproduction

Bloquée par son fourreau, la femelle libère des phéromones pour attirer les mâles. Grâce à leurs antennes plumeuses très performantes, ces derniers détectent les signaux de très loin et arrivent rapidement. L’accouplement a lieu sans que la femelle sorte de son abri. Le mâle enfonce son abdomen dans le fourreau et féconde la femelle. La femelle pond ensuite ses œufs à l’intérieur de ce même fourreau, puis elle meurt sans jamais en être sortie.

Psyche casta mâle avec ses antennes en forme de peigne
Psyche casta mâle avec ses antennes en forme de peigne Domaine public Photo Patrick Clement
from West Midlands, England, CC BY 2.0

Chez certaines espèces, elle meurt même avant d’avoir pondu, et les larves émergent alors du corps en décomposition de leur mère. Les mâles, qui n’ont pas de trompe et ne peuvent pas se nourrir, ne vivent pas plus longtemps.

La durée de vie des Psychés adultes est très brève et ne dure que le temps de la reproduction et de la ponte.

plantes hôtes

Les chenilles de la psyché lustrée se développent sur le feuillage de nombreux arbres ou arbustes comme le charme commun, le hêtre, le chêne pédonculé, la ronce, le prunellier ou le lilas.  Mais elles se nourrissent également de nombreuses plantes herbacées comme l’ortie sur laquelle j’ai pu la prendre en photo.

Distribution

La psyché lustrée est largement répandue en Europe. Elle est présente de la péninsule Ibérique (Espagne et Portugal) jusqu’à l’Europe du Nord. On la trouve notamment au Danemark, en Suède et en Finlande, mais elle est absente ou très rare sur la côte norvégienne.

L’espèce est également bien implantée en Europe centrale et en Europe de l’Est, jusqu’à la Russie européenne.

En France, elle est largement répandue et présente dans la quasi-totalité du territoire.

Son aire de répartition déborde le continent européen, avec des populations signalées dans l’est des États-Unis et au Japon.

Carte Gbif de la présence de la psyché lustrée dans monde
Carte Gbif de la présence de la psyché lustrée dans monde https://www.gbif.org/fr/species/1854202

Taxonomie

L’espèce a été décrite et nommée Psyche casta en 1767 par le naturaliste allemand Peter Simon Pallas.

Elle est d’abord classée par Pallas dans le genre Phalaena, avant d’être reclassée en 1801 dans le genre Psyche par le naturaliste allemand Franz von Paula Schrank.

La famille des Psychidae est créée en 1828 par le médecin et entomologiste français Jean-Baptiste Alphonse Dechauffour de Boisduval.

Étymologie

Le nom de genre Psyche vient du grec psukhḗ, qui signifie à la fois « âme » et « papillon ». Dans la pensée antique, ce lien est associé à la croyance en la transmigration des âmes : l’âme quittant le corps est comparée à un papillon qui s’envole vers le ciel.

Ce rapprochement est également renforcé par la figure mythologique de Psyché, jeune femme personnifiant l’âme, souvent représentée avec des ailes de papillon dans l’iconographie antique.

Dans Où les papillons passent-ils l’hiver, Patrice Léraut propose une autre interprétation. Il s’interroge sur l’association entre cette déesse d’une grande beauté et un petit papillon discret. Il rappelle l’une des épreuves de Psyché, qui consistait à trier un amas de grains. Il suggère alors un lien symbolique avec la chenille de ce papillon, qui construit son fourreau en y accumulant divers éléments.

L’épithète casta signifie « chaste ». Elle renvoie à la sobriété de l’espèce, notamment à sa coloration brunâtre discrète et peu contrastée. Certaines sources propose le mot châtaigne mais cette interprétation demeure incertaine. Le mot latin désignant la châtaigne étant castanea, un terme distinct de castus.

Le nom vernaculaire Psyché lustrée reprend le nom du genre Psyche. Le qualificatif lustrée évoque l’aspect luisant ou soyeux que peuvent présenter les ailes du mâle lorsqu’elles reflètent la lumière.

Noms à l’étranger

La psyché lustrée porte des noms très variés selon les pays. Les Anglais la nomment Common Sweep (« psyché commune ») ou Common Bagworm (« ver à sac commun »), ce dernier nom faisant référence au fourreau protecteur construit par la chenille.

Les Allemands la connaissent sous les noms de Kleiner Rauch-Sackträger (« petit porte-sac enfumé ») ou Gemeiner Sackträger (« porte-sac commun »), tandis que les Néerlandais l’appellent Gewone zakdrager (« porte-sac commun »).

Dans les pays scandinaves, les appellations évoquent également le fourreau larvaire. Les Suédois la nomment Mindre stråsäckspinnare (« petit fileur à sac de paille »), les Norvégiens Liten stråsekkspinner (« petit fileur à sac de paille ») et les Danois Lille stråsækbærer (« petit porteur de sac de paille »).

La plupart de ces noms vernaculaires mettent l’accent sur le mode de vie de la chenille et sur son fourreau portable, caractéristique des Psychidae. Le nom français, Psyché lustrée, se distingue en rappelant plutôt son appartenance au genre Psyche.

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