- Règne : Animalia
- • Classe : Insecta
- • Ordre : Lepidoptera
- • Famille :Nymphalidae
- • Sous-famille : Satyrinae
- • Genre : Lasiommata
Présentation
Le Satyre (Lasiommata megera) appartient à la famille des Nymphalidae, un groupe qui rassemble environ 6 000 espèces de papillons à travers le monde. En France, cette famille compte environ 140 représentants. On y rencontre notamment le Paon du jour (Aglais io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Petite Tortue (Aglais urticae), le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia) ou encore le Sylvain azuré (Limenitis reducta).
Le trait le plus distinctif de cette famille réside dans la structure des pattes. Contrairement aux autres familles de papillons qui utilisent six pattes pour la marche, les Nymphalidae n’en utilisent que quatre . La première paire de pattes, située à l’avant, est considérablement réduite et dépourvue de griffes. Ces pattes atrophiées, souvent qualifiées de pattes en brosse, sont repliées contre le thorax et ne servent pas à la locomotion, mais portent des organes sensoriels.

Le Satyre fait également partie de la sous-famille des Satyrinae. Les membres de ce groupe possèdent souvent des couleurs ternes, brunes ou orangées, ornées d’ocelles qui imitent des yeux pour tromper les prédateurs. Contrairement à de nombreux autres papillons, les espèces de cette sous-famille présentent des nervures renflées à la base des ailes antérieures. Elles sont réputées pour leur vol saccadé et leur habitude de se poser sur le sol ou les pierres pour absorber la chaleur, une caractéristique liée à leur tempérament thermophile.
Il appartient enfin au genre Lasiommata. Les espèces de ce genre présentent généralement des ailes dont la couleur de fond est un fauve orangé plus ou moins vif. Elles se distinguent par des yeux velus et des ocelles bien marqués sur les deux faces des ailes. Le revers des ailes postérieures est marqué de gris et de brun, un caractère typique du genre. Cette teinte permet aux individus de se fondre sur les parois rocheuses ou les chemins de terre lorsqu’ils sont au repos.
Description
Le Satyre a une envergure comprise entre 36 et 50 mm. Le dessus des ailes affiche un fond fauve orangé vif, découpé par un réseau de lignes transversales brunes qui forment un motif en damier irrégulier. L’apex de l’aile antérieure est marqué par un grand ocelle noir pupillé de blanc. Les ailes postérieures portent une rangée de quatre ocelles plus petits, également pupillés de blanc.
Le dimorphisme sexuel est visible : le mâle possède une large bande androconiale brune et oblique sur le dessus de l’aile antérieure, tandis que la femelle en est dépourvue et présente des teintes souvent plus claires.


Le revers des ailes antérieures reprend la coloration du dessus, mais le revers des ailes postérieures est radicalement différent. Il arbore une teinte grisâtre ou brunâtre, marbrée de lignes sinueuses sombres, ce qui assure un camouflage efficace. Cette face inférieure porte également une série de sept petits ocelles postdiscaux très fins.
Les yeux sont bruns. Comme tous les membres du genre Lasiommata, ils sont recouverts de poils fins qui ont pour fonction de protéger les yeux. Ils empêchent les fines particules de poussière, le pollen ou les débris végétaux de s’accumuler directement sur la cornée des ommatidies. En milieu sec ou venteux, cette protection évite l’abrasion de la surface oculaire. Ils jouent aussi un rôle de régulation thermique en créant une mince couche d’air stable à la surface de l’œil, ce qui limite l’évaporation et le dessèchement de cet organe vital.
Les antennes sont annelées de noir et de blanc et se terminent par une excroissance en forme de massue. Le corps est recouvert d’une pilosité dense, plus sombre sur le thorax que sur l’abdomen.


Habitat
Le Satyre fréquente des milieux ouverts, chauds et secs, et montre une préférence marquée pour les zones où le substrat minéral est apparent. On le rencontre fréquemment sur les chemins pierreux, les talus arides, les carrières, ainsi que sur les vieux murs de pierres sèches entourant les jardins ou les vignobles. Il apprécie particulièrement les lisières de forêts claires et les pelouses sèches où la végétation reste rase.
Contrairement à d’autres papillons qui cherchent le couvert végétal, cette espèce s’expose volontiers en plein soleil sur des surfaces rocheuses. Ce comportement lui permet d’emmagasiner la chaleur nécessaire à son activité.
Plantes hôtes
Les larves du Satyre consomment exclusivement des graminées appartenant à la famille des Poaceae. Parmi les espèces les plus fréquentées, on trouve le Dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), divers Pâturins (Poa), des Fétuques (Festuca) ainsi que le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum). Ces plantes, souvent présentes dans les friches et les prairies sèches, fournissent la nourriture nécessaire au développement des chenilles tout au long de l’année, y compris durant l’hiver.

Mégère (ailes ouvertes )
Cycle de vie
Parade nuptiale et accouplement
La période de reproduction débute par un comportement territorial de la part du mâle . Celui-ci choisit un poste d’observation stratégique d’où il surveille son territoire. Lorsqu’un autre mâle passe, il le poursuit et le chasse. Lorsqu’il s’agit d’une femelle, il s’élance derrière elle et entame une parade nuptiale. Celle-ci se compose de vols saccadés et de poursuites rapides. Si la femelle est intéressée, les deux papillons se posent sur une branche et s’accouplent abdomen contre abdomen dans la position dite « en opposition ».
Ponte et chenilles
Après l’accouplement, la femelle recherche des graminées bien exposées pour déposer ses œufs. Elle les dépose isolément ou en petits groupes sur le revers des feuilles ou sur les tiges des plantes hôtes. Les œufs, de forme sphérique et de couleur vert pâle, éclosent après environ deux semaines.
À sa naissance, la petite chenille commence par consommer le chorion de son œuf avant de s’attaquer aux limbes des graminées. La chenille du Satyre est verte et ornée de fines lignes longitudinales plus claires. Elle possède deux petites pointes caractéristiques à l’extrémité postérieure qui sont appelées des pointes anales. Cette morphologie et sa coloration lui permettent de se fondre parmi les tiges des pâturins ou des dactyles. Elle a une activité principalement nocturne pour échapper aux prédateurs. La journée elle reste immobile et plaquée contre une tige. L’espèce hiberne à l’état de chenille .
Distribution
L’espèce vole dans toute l’Europe à l’exception de la partie la plus nordique. Elle est également présente en Turquie en Azerbaïdjan ainsi qu’en Géorgie. On peut aussi la rencontrer en Afrique du Nord où elle est bien établie.
Dans son livre sur les papillons du jour du Maroc*, Michel Tarier note aussi sa présence en Israël, au Liban , en Syrie, en Iran, en Irak et au Turkménistan. Des petites colonies vivent également au Canada près de la baie d’Hudson ainsi qu’en Uruguay.

Carte GBIF de la présence du Satyre et de la Mégère dans le monde.
Taxonomie
Le Satyre a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1767 sous le nom initial de Papilio megera.
Le nom de genre Lasiommata a été créé en 1840 par l’entomologiste anglais John Obadiah Westwood.
La famille des Nymphalidae a été proposée en 1806 par l’entomologiste français Pierre André Latreille.
Étymologie
Le Satyre a été décrit par Carl von Linné en 1767 sous le nom Papilio megera.
Le nom de genre Lasiommata vient du grec lasios, qui signifie « chevelu », et ommata, « les yeux ». Ce nom a été donné en raison des yeux velus caractéristiques des espèces de ce genre.
L’épithète megera a été attribuée par Linné en 1767. Elle fait référence à Mégère, l’une des trois Érinyes, avec Alecto et Tisiphone, déesses de la vengeance dans la mythologie grecque. Son nom, Mégaira, signifie « la haine ». Il est intéressant de noter que Linné a fait preuve d’une grande cohérence en nommant les espèces proches de ce genre. On retrouve ainsi parmi les cousins du Satyre l’Ariane (Lasiommata maera), dont le nom évoque Maera, un personnage de la mythologie grecque, ou encore la Gorgone (Lasiommata petropolitana), nommée d’après ces créatures terrifiantes dont le regard pétrifiait ceux qui les croisaient.
Noms vernaculaires
Le nom de « Satyre » a été donné au mâle par Geoffroy en 1762. À cette époque, il était courant de donner des noms différents aux deux sexes d’une même espèce lorsqu’ils présentaient des différences d’aspect. La femelle fut ainsi appelée « Mégère ».
Le Satyre désigne une créature mythologique qui, associée aux ménades, fait partie de la suite de Dionysos. Les satyres sont représentés avec un corps d’homme et des traits animaux. Ils sont également souvent figurés en érection (statues ithyphalliques), afin de souligner leur caractère bestial et leur sexualité débordante.
Mégère est l’une des trois Érinyes, avec Alecto et Tisiphone, déesses de la vengeance dans la mythologie grecque.
Les noms à l’étranger
En Angleterre, il est appelé « Wall Brown » (« le Brun des murs »). Ce nom fait référence à son habitude de fréquenter les endroits pierreux et de se poser sur les murs et les rochers.
En Allemagne, il porte le nom de « Mauerfuchs » (« le Renard des murs »),
En Espagne, il est connu sous le nom de « Saltacercas », que l’on peut traduire par « saute-haies » ou « saute-clôtures ».
Les italiens le nomment . « Megera », un nom issu de son nom scientifique .
Pour découvrir les autres étymologies,c’est ici
Confusion
Le Lasiommata megera est l’un des rares papillons qui portent deux noms. La femelle se nomme la Mégère, alors qu’on appelle le mâle le Satyre. J’ai placé ci-dessous une moitié de Satyre et une moitié de Tircis côte à côte pour montrer les similarités qui existent entre ces papillons, qui font tous deux partie de la famille des Nymphalidae et de la sous-famille des Satyrinae.
Vu de dessus, le costume est semblable, même s’il existe certaines différences. Pour ne rien arranger, les deux font à peu près la même taille et ont une envergure comprise entre 35 et 45 mm. Comme on peut le voir sur la photo, le Tircis est plus contrasté et les zones brunes prennent plus de place que chez le Satyre/Mégère.

(La photo ci dessus présente, à gauche, un Lasiommata mâle (satyre) reconnaissable à sa bande androconiale oblique relativement large.)
Parmi les critères de distinction, on note que les ocelles supérieurs sont bien plus petits chez le Tircis que chez son cousin. De plus, une différence notable réside dans la pilosité du corps et de la base des ailes. Le Satyre possède une pilosité beaucoup plus dense et fournie sur le dessus du thorax et de l’abdomen, ainsi que sur la base des ailes postérieures. Ces poils fins servent d’isolant thermique. Comme le Satyre fréquente des milieux minéraux très exposés où les écarts de température peuvent être brutaux, cette « fourrure » l’aide à conserver la chaleur emmagasinée lors de ses séances de bronzage sur les pierres. Le Tircis, vivant en sous-bois dans un milieu au climat plus régulier et protégé du vent, présente un aspect nettement plus « glabre » et lisse. La confusion est surtout possible pour le dessus des ailes, car le dessous est très différent et permet une identification bien plus facile.
Autres photos du Lasiommata megera







* »Les papillons de Jour du Maroc » Michel Tarrier et Jean Delacre, Parthenope collection
