Grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Sous-classe : Pterygota
  • Ordre : Orthoptera
  • Sous-ordre : Ensifera
  • Famille : Tettigoniidae
  • Sous-famille : Tettigoniinae
  • Genre : Tettigonia

Voilà l’un des insectes que l’on rencontre fréquemment dans les jardins et qui effraie parfois ceux qui le croisent .Et c’est vrai qu’ il y a quelque chose d’impressionnant chez cet animal aux allures préhistoriques qui se fond dans la végétation grâce à sa couleur verte.

Présentation

La grande sauterelle verte fait partie de l’ordre des Orthoptères (Orthoptera) qui  compte environ 25 000 espèces décrites dans le monde. L’ordre des Orthoptères est lui-même subdivisé en deux grands sous-ordres :

  1. Les Caelifères, dont font partie les criquets, souvent appelés sauteriaux.
  2. Les Ensifères, où l’on retrouve les grillons et nos sauterelles.

Bien que le nombre d’espèces d’Orthoptères soit inférieur à celui des Coléoptères, ces insectes occupent une place écologique majeure. Les scientifiques estiment que de nombreuses espèces restent à découvrir, notamment dans les zones forestières tropicales.

Elle fait aussi partie de la famille des Tettigoniidae, qui regroupe plus de 6 000 espèces sur la planète. En France métropolitaine, cette famille est particulièrement bien représentée avec environ 120 espèces recensées.

Sauterelle mâle reconnaissable à ces cercoides

Elle se rattache également à la sous-famille des Tettigoniinae, qui compte des centaines d’espèces réputées pour leurs capacités de stridulation. Les organes auditifs, situés sur les tibias des pattes antérieures, constituent une particularité biologique de ce groupe. Certains membres de cette sous-famille peuvent atteindre des dimensions impressionnantes pour des insectes européens.

C’est le cas de la Magicienne dentelée (Saga pedo), qui est le plus grand représentant de l’entomofaune française et peut dépasser les 10 cm de longueur.

Le genre Tettigonia regroupe les espèces au corps allongé et à la coloration d’un vert vif. Les individus possèdent des mandibules puissantes qui leur permettent de chasser d’autres insectes ou de consommer des végétaux. Leurs ailes bien développées leur assurent une grande mobilité pour se déplacer entre les strates de végétation.

Description

Comme son nom l’indique, la sauterelle verte présente le plus souvent une teinte vert vif qui lui assure un excellent camouflage dans la végétation. On peut toutefois rencontrer des individus entièrement jaunes ou présentant des pattes jaunâtres. Le dessus du corps est marqué par une fine bande brunâtre qui se prolonge par un liseré de la même couleur sur la partie supérieure des élytres.

Le corps est allongé et relativement élancé. La tête, triangulaire et très mobile, porte deux grands yeux composés bien développés qui assurent une excellente perception des mouvements. Les antennes, extrêmement longues et fines, dépassent largement la longueur du corps et jouent un rôle essentiel dans l’orientation. Le thorax est recouvert d’un pronotum allongé, légèrement bombé, tandis que l’abdomen, cylindrique et nettement segmenté, est généralement de la même teinte verte que le reste du corps.

Les ailes sont très longues. Les ailes antérieures, étroites et légèrement coriaces, protègent les ailes postérieures plus larges et membraneuses utilisées pour le vol. Leur nervation, bien visible par transparence, renforce la rigidité de l’ensemble.

La grande sauterelle est capable de voler, mais l’essentiel de ses déplacements se fait « à pied », ou plutôt par bonds successifs, d’herbe en herbe ou d’arbuste en arbuste. Comme tous les insectes, elle possède six pattes réparties en trois paires. Les pattes postérieures, particulièrement longues et musclées, sont adaptées au saut. Les tibias portent de petites épines qui améliorent l’accroche dans la végétation. Une particularité se trouve à l’extrémité des pattes : entre les griffes se situent des structures adhésives en forme de petit cœur appelées arolia, qui permettent à l’insecte de grimper à la verticale sur des surfaces lisses.

Lorsque les griffes ne peuvent plus s’accrocher, ces coussinets prennent le relais grâce à la sécrétion d’un liquide adhésif produit par une glande, ce qui permet à la sauterelle de rester fixée même sur un mur.

Comme chez les autres sauterelles, les organes auditifs sont situés sur les tibias des pattes antérieures. Ces petits tympans permettent à l’insecte de percevoir les chants de ses congénères. Les pièces buccales sont de type broyeur : les mandibules puissantes, accompagnées de maxilles et de palpes sensoriels, permettent de déchiqueter les proies. Elle peut pincer si on la manipule sans précaution, mais elle n’est en rien agressive et cherche toujours à fuir. Elle ne se défend que si elle se sent coincée.

Les adultes sont visibles de mai à octobre, avec une présence plus marquée en août, au moment où les températures sont les plus élevées. Essentiellement nocturnes, les sauterelles vertes deviennent actives à la tombée de la nuit, mais on peut souvent en rencontrer durant la journée, immobiles ou somnolentes dans les herbes hautes et les arbustes.

Dimorphisme

La morphologie des deux sexes est assez comparable, mais il existe pourtant des caractéristiques qui permettent de les identifier. Tout d’abord la femelle est un peu plus grande que le mâle . Celle-ci peut mesurer de 3, 2 cm à 4, 2 cm alors que les mâles dépassent rarement 3,6 cm. Mais l’élément qui permet d’identifier la femelle à coup sûr est la longue tarière ( ovipositeur) qui se trouve au bout de son abdomen . Ce organe  , qui est long et effilé, sert à creuser le trou dans lequel la femelle déposera ses œufs . C’est à lui que la sauterelle verte doit son surnom de « sauterelle à sabre ».

Chez le mâle, l’extrémité de l’abdomen ne porte pas de tarière mais une paire de cerques bien visibles. Ceux-ci sont recourbés vers l’intérieur et forment de petites pinces qui permettent de maintenir solidement la femelle pendant l’accouplement. Le mot cerques vient du grec kerkos, qui signifie « queue », en référence à leur position à l’extrémité du corps.

Alimentation

Contrairement aux criquets, qui sont principalement végétariens, les sauterelles ont un régime largement carnivore. Elles se nourrissent surtout d’insectes et d’autres petits invertébrés qu’elles capturent dans la végétation : mouches, chenilles, doryphores ou diverses larves figurent fréquemment à leur menu. Grâce à leurs puissantes mandibules, elles sont capables de saisir et de déchiqueter des proies parfois assez volumineuses.

Cette espèce est une redoutable chasseuse qui repère ses cibles grâce à ses longues antennes sensibles aux vibrations et aux odeurs. Une fois la proie localisée, la sauterelle utilise ses pattes antérieures pour la maintenir fermement. Ses mandibules broyeuses font ensuite le reste du travail. En plus des insectes, elle peut parfois manger des pucerons, ce qui en fait une alliée pour la protection des plantes.

Il leur arrive aussi  de consommer des matières végétales. Elles peuvent grignoter des feuilles tendres, des fleurs ou des fruits mûrs, qui constituent un complément alimentaire occasionnel. J’en ai d’ailleurs observé une, au cours de l’été, en train de se régaler d’un morceau de poire déposé dans une coupelle destinée aux papillons.

Cette alimentation variée fait de la sauterelle verte un prédateur opportuniste, capable de s’adapter facilement aux ressources disponibles dans son environnement.

Chant

La sauterelle verte est connue pour ses stridulations puissantes et continues, Chez cette espèce, le chant est produit uniquement par les mâles et sert principalement à attirer les femelles. Celles-ci sont sensibles aux caractéristiques du signal sonore et tendent à répondre aux mâles dont le chant est le plus intense et le plus régulier. Les stridulations jouent également un rôle dans les relations entre mâles et peuvent contribuer à tenir à distance d’éventuels concurrents.

Le son est produit par le frottement des ailes l’une contre l’autre. Une crête chitinisée située sur l’une des ailes agit comme un archet et vient frotter une zone plus épaisse de l’autre aile. Le mouvement répété engendre une vibration qui produit le son. Celui-ci est amplifié par certaines parties des ailes qui jouent le rôle de résonateurs. Selon les espèces d’insectes, les mécanismes de stridulation peuvent varier. Chez les criquets, par exemple, le son résulte généralement du frottement des cuisses postérieures contre les élytres.

Les sauterelles stridulent pour être entendues . Il leur faut donc des oreilles pour recevoir les sons  . Mais celles-ci ne se trouvent pas où on peut l’imaginer . L’appareil auditif est localisé de part et d’autre des tibias des pattes antérieures. Peu visibles, ces organes ont l’aspect de fines fentes à l’intérieur desquelles se trouve une membrane très mince jouant le rôle de tympan. Ils permettent à la sauterelle de percevoir les chants de ses congénères avec une grande sensibilité.

Il ne faut pas confondre ces tympans avec les orifices respiratoires visibles sur les côtés de l’abdomen. Ces ouvertures, appelées spiracles, permettent à l’air de pénétrer dans le réseau de trachées qui assure la respiration de l’insecte ; elles ne jouent aucun rôle dans l’audition.

(Photo sauterelle avec spiracle) Et non cette orifice n’est pas une oreille mais l’un des orifices respiratoires par lequel l’air pénètre dans les trachées

On parle « d’oreille absolue » pour désigner les humains qui sont capables d’associer n’importe quel son à une note . Dans le cas des sauterelles on pourrait  donc parlé de « Tibia absolu ».

Chez les criquets l’organe tympanique se trouve sur le côté de l’abdomen .

Reproduction

On ne peut pas parler d’accouplement à proprement parler, puisque le mâle ne se place pas sur la femelle et ne réalise pas de fécondation directe. Il dépose simplement une spermatophore, une poche translucide et gélatineuse fixée à l’extrémité de son abdomen. La femelle pose alors ses pièces génitales dessus et y transfère progressivement une partie des spermatozoïdes qu’il contient.

Comme rien ne se perd dans le monde des insectes, la femelle mange ce qu’il reste de la spermatophore. Cette masse gélatineuse constitue une réserve nutritive riche en protéines et en nutriments, qui favorise la production des œufs. Elle fournit ainsi à la femelle l’énergie nécessaire pour mener à bien sa reproduction, un peu comme les « cadeaux » que certains insectes offrent aux femelles avant l’accouplement.

La femelle dépose ensuite ses œufs dans le sol. À l’aide de sa tarière, elle fore un trou et y place les œufs, soit isolément, soit en petits groupes. Contrairement aux criquets ou à la mante religieuse, la sauterelle verte ne construit pas d’« oothèque », ou « boîte à œufs ».

Les œufs passent l’hiver dans le sol et n’éclosent qu’au printemps suivant. Chaque œuf donne naissance directement à un jeune individu qui ressemble déjà à une petite sauterelle. Le développement se fait par métamorphose incomplète : le juvénile, appelé nymphe, possède la même forme générale que l’adulte mais en plus petit et sans ailes développées. Il doit effectuer six à sept mues successives avant d’atteindre le stade adulte, au terme desquelles les ailes deviennent pleinement fonctionnelles.

La grande sauterelle est donc un insecte hémimétabole, dont les nymphes ressemblent aux adultes mais ne possèdent pas encore d’ailes développées ni de capacités reproductives. Le processus est en cela différent des insectes holométaboles, qui passent par plusieurs formes distinctes (œuf, larve, nymphe) avant de devenir adultes.

Taxonomie

L’espèce Tettigonia virdissima a été décrite et nommée pour la première fois en 1758 par le naturaliste Carl von Linné sous le nom initial de Locusta viridissima

Le nom de genre Tettigonia a été proposé par le même Linné en 1758.

La famille des Tettigoniidae a été crée en 1902 par l’entomologiste autrichien Herman August Krauss.

Étymologie

Le nom de genre Tettigonia vient du grec ancien tettix, qui désigne la cigale. Ce nom leur a été donné par Linné en raison de leur stridulation, qui rappelle non seulement le son mais aussi le rythme régulier des cigales.

Viridissima signifie « très très verte » : le superlatif latin -issima souligne l’intensité de sa coloration. Il est effectivement très difficile de la voir lorsqu’elle se place sur de hautes herbes de la même couleur.

Ensifèra ou ensifère qui désigne le sous-ordre  fait référence à la tarière de la femelle. Il vient du latin ensis, épée, et de ferre, porter.

Le nom vernaculaire sauterelle, qui est commun à plusieurs espèces, vient de l’ancien français sauterelle, dérivé du verbe sauter. Il évoque bien sûr la capacité de l’insecte à effectuer de très grands bonds.

Le nom de l’ordre Orthoptère est composé des mots  grec orthos, droit, et pteron, ailes. Il a été donné à cette espèce dont la plupart des membres plient leurs ailes parallèlement à l’abdomen au repos, une posture typique de l’ordre.

Le premier nom de genre Locusta, choisi par Linné en 1758, dérive d’un mot latin qui pouvait désigner les sauterelles ou les langoustes. Les langoustes étaient d’ailleurs nommées au XVIᵉ siècle « les sauterelles de mer ». Cette confusion entre insectes et crustacés reflète la classification pré-scientifique et l’usage de noms anciens repris par Linné pour établir sa nomenclature binomiale.

Autres espèces

La grande sauterelle est considérée par le grand public comme « la sauterelle », mais il existe en France de nombreuses autres espèces de sauterelles qui font aussi partie de la grande famille des Tettigoniidae.

Parmi elles, on peut trouver :

  • La magicienne dentelée (Saga pedo)
  • La barbitiste ventru (Polysarcus denticauda)
  • La conocéphale bigarré (Conocephalus fuscus)
  • L’éphippigère carénée (Uromenus rugosicollis)
  • L’éphippigère des vignes (Ephippiger ephippiger)
  • La sauterelle cymbalière (Tettigonia cantans)
  • Le phanéroptère commun (Phaneroptera falcata)
  • La leptophyes punctatissima (Leptophyes punctatissima)
  • La decticelle cendrée (Pholidoptera griseoaptera)

… et bien d’autres.

Cerques

Du grec kerkos, queue. Appendices situés à l’extrémité de l’abdomen de certains insectes . Les cercoïdes sont les appendices supérieurs . les cerques les inférieurs. Chez les sauterelles mâles, les cercoïdes servent de pinces et les cerques de contre appuis . Ils jouent notamment un rôle avant l’accouplement lorsque le mâle saisit la femelle par le cou.

Spermathèque

Poche située dans l’appareil génital des femelles pour stocker les spermatozoïdes.Grâce à sa spermathèque, l’abeille femelle reine peut féconder elle-même tous les œufs qu’elle pond pendant plusieurs années alors qu’elle ne s’est accouplée qu’une seule fois.

Page d’André Lequet sur les sauterelles vertes

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