- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille :Erebidae
- Sous-famille : Arctiinae
- Genre : Arctia
Deux beautés l’une sur l’autre.
Un papillon écaille fermière ou écaille villageoise (Arctia villaca) sur une magnifique orchidée sauvage orchis bouc (Himantoglossum hircinum).
Le premier est un hétérocère diurne, c’est-à-dire un papillon de nuit que l’on rencontre aussi le jour, et la seconde une orchidée sauvage qui doit son nom vernaculaire à l’odeur qu’elle dégage. Comme quoi on peut être belle (beau)……. et sentir la chèvre .

écaille villageoise (Arctia villaca) sur une orchidée sauvage orchis bouc (Himantoglossum hircinum).
Présentation
L’écaille fermière est une espèce de lépidoptères de la famille des Erebidae et de la sous-famille des Arctiinae. L’une des principales caractéristiques de cette sous-famille est la présence d’un caisson de résonance au niveau du thorax qui produit des ultrasons lorsqu’il est mis en mouvement. Les papillons émettent ces ultrasons pendant la période de reproduction ou pour faire fuir des prédateurs. La sous-famille des Arctiinae est aussi le groupe le plus coloré de la superfamille des Noctuoidea.
Cette coloration est d’ailleurs le signe qu’un grand nombre (la moitié de la sous-famille) de ces papillons de nuit vivent en réalité le jour. Pour cette raison, ils sont classés dans l’étrange catégorie des hétérocères diurnes*.
Le nom « écaille » a été attribué à plusieurs espèces de papillons pour marquer leur coloration vive et contrasté. Les couleurs voyantes de ces papillons servent à prévenir les éventuels prédateurs de leur toxicité. Ce phénomène, très courant chez les insectes, est appelé l’aposématisme.
Il y a 11000 espèces d’écailles (arctinidae) dans le monde .Plus de 6000 vivent dans la zone néotropicale. En France on en compte une trentaine.

Description
C’est un papillon de taille moyenne dont l’envergure varie généralement de 60 mm à 70 mm. Son aspect robuste et ses couleurs contrastées le rendent facilement identifiable, même en plein vol.
Les ailes antérieures sont noires avec de grandes taches blanches ou creme. Ces taches sont de formes irrégulières et varient d’un individu à l’autre ; elles rappellent parfois la disposition de plaques sur une carapace, ce qui justifie son nom d’« écaille ».
Les postérieures sont orange vif avec des taches noires. Ce contraste entre le noir et blanc des ailes du dessus et l’orange du dessous joue un rôle de défense : en s’envolant brusquement, le papillon dévoile ses couleurs vives pour surprendre un éventuel prédateur.
Sa tête et son thorax sont noirs. ce dernier est recouvert d’une pilosité dense qui lui donne un aspect duveteux. Le dimorphisme sexuel se remarque principalement aux niveaux des antennes : Le mâle possède des antennes pectinées (en forme de peigne) tandis que celles de la femelle sont filiformes.
L’abdomen, épais et massif, reprend la tonalité orange des ailes postérieures mais vire progressivement au rouge sang vers son extrémité (l’apex). Une série de points noirs alignés suit précisément la ligne dorsale, renforçant son aspect graphique.
Cycle de vie
La parade nuptiale débute en mai ou juin, selon les régions et la précocité du climat. Ce dialogue nuptial est avant tout sensoriel : la femelle émet des phéromones que le mâle détecte grâce à ses antennes pectinées, tandis que tous deux échangent des cliquetis d’ultrasons produits par leur caisson de résonance thoracique.
Une fois l’accouplement terminé, la femelle pond ses œufs en été en les disposant par centaines sur le revers des feuilles de la plante hôte. Ce choix stratégique protège les œufs de la pluie battante et de la vue directe des prédateurs.

Chenilles
La chenille de l’Écaille fermière est facilement identifiable par son aspect particulièrement robuste et « velu ». À maturité, elle mesure environ 50 à 60 mm.
Son corps est d’un noir profond, mais il est presque entièrement dissimulé par une pilosité dense. Elle porte des touffes de poils raides, appelées soies, portées par des tubercules : ces soies sont d’un brun roux ou fauve sur les flancs et le dos, donnant à l’insecte cette allure de petit mammifère qui lui vaut son surnom d’ourse.

Un détail caractéristique permet de ne pas la confondre avec d’autres espèces : sa tête et ses pattes (vraies pattes et fausses pattes) sont d’un rouge brique ou rouge orangé très marqué. Bien que ses poils ne soient pas considérés comme urticants pour l’homme, ils constituent une barrière mécanique efficace : lorsqu’elle se sent menacée, elle se roule en boule, protégeant ainsi ses parties vitales sous une armure de soies piquantes.
À l’éclosion, les jeunes chenilles commencent immédiatement à s’alimenter. Leur croissance n’est pas linéaire : pour grandir, elles doivent changer de peau. Après avoir effectué plusieurs mues (5) durant l’été et l’automne, les chenilles, encore immatures, cessent de s’alimenter lorsque les températures chutent. C’est alors qu’elles entament leur hivernation, s’abritant au plus près du sol, souvent au cœur de la litière végétale ou dans des cavités naturelles.
Au printemps suivant, les chenilles oursonnes sortent de leur abri pour terminer leur croissance. Une fois cette étape franchie, elles cherchent un endroit calme et protégé pour entamer leur transformation.
La nymphose
Contrairement à d’autres papillons qui s’accrochent à une tige, l’Écaille fermière préfère la sécurité du sol. Pour trouver le site idéal, elle peut parcourir plusieurs mètres. Ce déplacement, qui nous paraît infime, est pour la chenille un véritable exploit. Pour un insecte de 5 cm, parcourir 10 mètres dans un environnement jonché d’obstacles (herbes, cailloux, prédateurs) équivaut proportionnellement à une marche de plusieurs kilomètres pour un humain.

Elle commence par tisser un cocon soyeux assez lâche, qu’elle renforce en y incorporant ses propres poils (soies). Ce mélange de soie et de poils bruns constitue une barrière protectrice efficace contre l’humidité et certains prédateurs. C’est à l’intérieur de cet abri, dissimulé sous la litière de feuilles ou dans une légère cavité terrestre, que la chenille se transforme en chrysalide.
Durant plusieurs semaines, une métamorphose profonde transforme la larve en adulte. C’est le passage à l’imago : après cette totale réorganisation biologique, le lépidoptère apparaît enfin à l’image de ses parents. L’enveloppe se fend ensuite pour libérer le papillon, qui doit gonfler ses ailes avec son hémolymphe avant de prendre son premier envol.
confusion
L’écaille fermière peut être confondue avec l’écaille martre qui lui ressemble à l’état de repos car toutes les deux possèdent des ailes sombres avec des taches claires. Cependant l’Écaille martre porte des motifs blancs en forme de rubans allongés alors que la fermière a des taches de couleur crème bien séparées. Lorsque le papillon s’envole on peut voir que le dessous des ailes de la martre est d’un rouge vif très intense alors que celui de la fermière est orangé avec des points noirs. Il faut aussi savoir que l’Écaille fermière est parfois appelée Écaille villageoise selon les ouvrages mais il s’agit bien du même insecte.

Pour les chenilles il existe aussi un risque de confusion avec d’autres espèces poilues. Le meilleur moyen de reconnaître celle de l’Écaille fermière est d’observer sa tête et ses pattes qui sont toujours d’un rouge brique très vif. Si la tête est noire il s’agit d’une autre espèce comme l’Écaille martre.
Plantes hôtes
La chenille de l’Écaille fermière est assez polyphage, ce qui signifie qu’elle peut se nourrir de diverses plantes basses. Ses plantes hôtes principales sont la ronce frutescente (Rubus fruticosus), le lamier tacheté (Lamium maculatum), le pissenlit (Taraxacum officinale) et le plantain lancéolé (Plantago lanceolata). On la trouve également parfois sur la petite ortie ou sur certaines graminées. Cette diversité alimentaire est un atout pour l’espèce, car elle permet aux chenilles de trouver leur subsistance presque partout où la végétation sauvage est préservée.


C’est sans doute ce qui explique pourquoi ce papillon était si commun autrefois dans les jardins de ferme et les potagers, où ces plantes « compagnes » étaient toujours présentes. Il est intéressant de noter que la chenille ne se contente pas d’une seule plante : elle passe souvent de l’une à l’autre au gré de ses déplacements dans les haies ou au bord des chemins.
Distribution
L’Écaille fermière possède une vaste aire de répartition. Comme l’indique la carte du GBIF, sa présence est majoritairement concentrée dans la zone paléarctique :
Habitat : C’est une espèce thermophile qui recherche la chaleur. Elle affectionne les milieux ouverts et ensoleillés : prairies sèches, friches, lisières de forêts, clairières et parfois les dunes littorales.
Europe : Elle occupe une grande partie de l’Europe centrale et méridionale. Elle est absente ou très rare dans les pays du Grand Nord (Scandinavie).
Autres régions : On la retrouve également en Afrique du Nord, au Proche-Orient (Turquie, Iran) et jusqu’en Asie centrale.

En France, on peut l’observer sur la quasi-totalité du territoire jusqu’à environ 1 500 mètres d’altitude, bien qu’elle soit plus fréquente dans les plaines et les vallées abritées du sud.
Menace et Conservation
Comme de nombreuses autres especes ,l’Écaille fermière rencontre aujourd’hui plusieurs difficultés pour survivre dans nos paysages modernes. L’urbanisation grandissante fragmente son habitat et les routes deviennent des obstacles mortels pour la chenille lors de ses déplacements. L’entretien trop régulier des jardins et des parcs pose aussi un problème car la tonte des pelouses supprime les plantes nourricières comme le pissenlit. Le nettoyage excessif des feuilles mortes élimine les abris indispensables pour passer l’hiver au chaud. Les traitements chimiques et les pesticides tuent directement l’insecte ou font disparaître la diversité des fleurs dont il a besoin. De plus des étés trop secs peuvent brûler la végétation et priver les jeunes chenilles de nourriture. Pour protéger ce papillon il est important de laisser des zones sauvages et des herbes hautes dans nos jardins.
Taxonomie
L’écaille fermière a été initialement décrite et nommée par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom de Phalaena villica. « Phalaena », qui veut dire phalène, était une référence aux papillons de nuit.
Le genre Arctia a été créé en 1802 par le prêtre et naturaliste allemand Franz von Paula Schrank.
La famille des Erebidae a été proposée par le Zoologiste britannique William Elford Leach en 1815.
Étymologie
Le nom de genre « Arctia » vient du latin « arctos », qui découle lui-même du grec árktos et veut dire « ours ». Ce nom générique fait référence à la forme des chenilles, dites « oursonnes », qui sont noires et très poilues. Le mot « arctique » vient de la même racine grecque (árktos), car les constellations de la Grande et de la Petite Ourse indiquent le nord.
L’épithète « Villica » signifie « fermière » ou « intendante d’un domaine agricole ». Je dois avouer que je n’ai pas réussi à trouver pourquoi cet adjectif lui avait été attribué. On peut toutefois supposer que Linné, qui l’a nommée en 1758, a voulu souligner son habitat de prédilection. Contrairement à d’autres écailles qui préfèrent les forêts denses ou les sommets alpins, l’Écaille fermière apprécie les milieux ouverts, les haies de bocage et les jardins des métairies. Elle était la « fermière » des jardins de campagne, toujours présente autour des habitations rurales.
Cette proximité avec l’homme se retrouve d’ailleurs dans son autre nom vernaculaire : l’Écaille villageoise. Elle est le papillon du « village » (la villa en latin), celui qui nous accompagne au seuil de nos maisons.
Noms vernaculaires à l’étranger
À l’étranger, les noms donnés à ce papillon varient selon l’aspect que l’on choisit de regarder. Les Anglais décrivent le dessus des ailes et disent « Cream-spot tiger », le tigre aux taches claires. Les Vietnamiens, comme les Néerlandais, reprennent d’ailleurs cette image du tigre : les premiers le nomment « Hổ đốm kem », le tigre tacheté de crème, et les seconds « Roomvlek », la tache crème.
D’autres langues préfèrent mettre l’accent sur la chenille poilue en rappelant l’image de l’ours. Les Allemands l’appellent « Schwarzer Bär », l’ours noir. Les Hongrois disent « Fekete medvelepke », ce qui désigne le papillon de l’ours noir. On retrouve cette même idée chez les Polonais avec le nom « Niedźwiedziówka włodarka », L’Oursonne Fermière .
Les Lituaniens reprennent aussi l’image de l’ours, mais y rajoutent un peu de poésie en disant « Baltamargė meškutė », l’ours en peluche aux taches blanches. On voit bien ici que, selon le pays, on ne regarde pas la même chose : certains voient le graphisme du papillon (le tigre) quand d’autres voient la pilosité de la chenille (l’ours).
Quelques espèces de papillons écailles
Écaille mouchetée (Coscinia cribraria) : ses ailes blanches sont parsemées de fines taches sombres.
Écaille alpine (Setina aurata) : elle vit principalement en haute montagne.
Écaille brune (Arctia matronula) : c’est une espèce assez rare et de grande taille.
Écaille chinée (Euplagia quadripuncta) : elle est très connue pour ses ailes zébrées de noir et de blanc.
Écaille cramoisie (Phragmatobia fuliginosa) : ce petit papillon se reconnaît à ses reflets rouges sur le corps.
Écaille des grisons (Arctia flavia) : elle préfère les climats froids et les zones d’altitude.
Écaille du plantain (Arctia plantaginis) : ses motifs varient beaucoup d’un individu à l’autre.
Écaille du séneçon (Tyria jacobaeae) : sa chenille est très reconnaissable avec ses anneaux noirs et jaunes.
Écaille fasciée (Arctia tigrina) : elle possède des dessins géométriques sombres sur fond clair.
Écaille fermière (Arctia villica) : c’est l’espèce que nous avons étudiée avec sa chenille oursonne.
Écaille hébé (Arctia festiva) : elle est magnifique avec ses larges taches noires bordées de blanc.
Écaille martre (Arctia caja) : c’est l’une des plus célèbres avec ses ailes brunes et son corps rouge vif.
Écaille mendiante (Diaphora mendica) : elle est très discrète avec ses ailes blanches ou grises tachées de noir.
Écaille pourprée (Diacrisia purpurata) : elle porte de beaux motifs jaunes et noirs.
Écaille villageoise (Epicallia villica) : elle apprécie les milieux un peu plus humides que l’Écaille fermière.
*Hétérocère diurne: Papillon de nuit qui vit le jour.
