Aurore (Anthocharis cardamines )

  • ·  Règne : Animalia
  • ·  Classe : Insecta
  • ·  Ordre : Lepidoptera
  • ·  Famille :Pieridae
  • · Sous -famille :Pierinae
  • · Tribu: Anthocharini
  • ·  Genre : Anthocharis

Après avoir passé deux heures à lui courir après, j’ai tout de même réussi à lui tirer le portrait. Car l’aurore mâle ne tient pas en place. Au jardin des oiseaux, celui-ci a passé l’après-midi à faire de grands allers-retours le long de la haie champêtre et à butiner les nombreuses cardamines des prés qui s’y trouvait. Mais à la différence des autres papillons, il ne s’installe pas. Il butine trois ou quatre secondes, puis passe à la fleur suivante. Inutile de dire que ce style de butinage n’est pas l’idéal pour le pauvre photographe que je suis .

Aurore mâle sur cardamine des prés
Aurore mâle sur cardamine des prés
Piéride du navet sur pissenlit
Piéride du navet sur pissenlit

J’ai dû prendre une centaine de clichés et une dizaine seulement sont réussis. J’essaierai de faire mieux demain. J’essayerai notamment d’avoir un cliché net du dessous des ailes qui est marbré de vert. Ce matin, deux ou trois aurores mâles et une piéride du navet butinaient les fleurs le long de la haie. Les aurores butinaient exclusivement les cardamines des prés (Cardamine pratensis), alors que la piéride ne s’y intéressait pas du tout et leur préférait les fleurs de pissenlit (Taraxacum officinale).

Présentation

L’Anthocharis cardamines appartient à la famille des Pieridae, qui compte un peu plus de 1 100 espèces dans le monde, une cinquantaine en Europe et une vingtaine environ en France. On y trouve plusieurs papillons très connus du public, comme le Citron (Gonepteryx rhamni), la Piéride du chou (Pieris brassicae), la Piéride de la rave (Pieris rapae) ou le Soufré (Colias hyale).

Aurore mâle
Aurore mâle

Dans cette famille, beaucoup d’espèces sont blanches ou jaunes. Ces couleurs proviennent souvent de pigments appelés ptérines. Leurs chenilles se nourrissent le plus souvent de plantes de la famille des Brassicacées, les anciennes crucifères, comme le chou.

Le genre Anthocharis, auquel appartient l’Aurore, comprend environ 14 à 16 espèces dans l’hémisphère Nord. En France, deux espèces sont observables : l’Aurore (Anthocharis cardamines), très répandue, et l’Aurore de Provence (Anthocharis euphenoides), que l’on rencontre surtout dans le sud-est du pays. Ces papillons présentent un dimorphisme sexuel très net : les femelles restent assez discrètes, tandis que les mâles portent une large tache orange au bout des ailes antérieures. Cette marque est si typique qu’à l’étranger on les appelle souvent les « Orange tips », c’est-à-dire les papillons à pointe orange.

Une autre caractéristique du genre Anthocharis est le dessous des ailes, généralement marbré de vert, qui assure un excellent camouflage lorsque le papillon se pose parmi la végétation ou les fleurs.

Par rapport aux autres piérides souvent uniformes, les Anthocharis attirent immédiatement l’œil au printemps, dans les prairies humides et les lisières forestières. L’espèce fréquente les prairies fleuries, les jardins et de nombreux milieux ouverts d’Europe et d’Asie.

Description

L’aurore est une espèce de lépidoptères de la famille des Pieridae de la tribu des Anthocharini et du genre Anthocharis

L’Aurore est un papillon de taille moyenne, dont l’envergure varie de 35 à 47 millimètres. Comme c’est souvent le cas chez les lépidoptères, les femelles sont légèrement plus grandes que les mâles et possèdent un abdomen plus large, ce qui leur permet de porter leurs œufs. Le dessous des ailes, chez les deux sexes, est marbré de vert. Heicko Bellmann décrit ce motif comme « persillé de vert », mais il s’agit en réalité d’une illusion d’optique produite par la juxtaposition d’écailles jaunes et noires. Ce motif cryptique rend le papillon quasiment invisible lorsqu’il est immobile, ailes refermées, sur une branche ou au milieu des fleurs. Ce camouflage est particulièrement efficace dans les prairies et les lisières boisées où le papillon se repose et se nourrit.

Le dessus des ailes permet, en revanche, de distinguer les mâles des femelles. La femelle présente des ailes blanches avec une pointe noire à l’apex, souvent plus étendue et plus sombre que celle du mâle. Cette tache sombre peut parfois prêter à confusion et faire croire à l’observateur qu’il s’agit d’une autre piéride blanche. L’identification se fait grâce aux petites taches blanches présentes le long du bord de l’aile. Le mâle, pour sa part, est immédiatement reconnaissable grâce à sa large tache orange qui occupe l’apex de ses ailes antérieures.

Il possède également une tache grisâtre à l’apex, semblable à celle de la femelle, mais la couleur orange vif, très caractéristique, se superpose à la bordure noire et s’étend presque jusqu’à la frange de l’aile. À l’intérieur de cette zone orange se trouve un point cellulaire noir, légèrement décentré vers le bord intérieur de la zone colorée. Sa  taille varie selon les individus et peut parfois être absent. La frange des ailes, chez les deux sexes, est marquée par des rectangles alternés noirs et blancs, plus contrastés sur les ailes antérieures.

Aurore femelle

Les yeux de l’Aurore sont verts, tandis que le thorax et l’abdomen sont recouverts de longs poils gris, particulièrement visibles sur la partie supérieure du corps. Le papillon possède une longue trompe spiralée qui lui permet d’atteindre le nectar au fond des fleurs, ainsi que deux antennes en forme de massue, caractéristiques de la famille des Ropalocères, que l’on appelle aussi familièrement les papillons de jour.

Protandrie

L’aurore est l’un des premiers papillons que l’on voit au printemps. Les mâles apparaissent en premier. Les femelles suivent 10 ou 15 jours après. Ce décalage entre l’émergence des deux sexes est un phénomène biologique que l’on appelle la protandrie. Cette stratégie permet aux mâles d’être pleinement opérationnels et vigoureux dès l’arrivée des femelles. Ils maximisent ainsi leurs chances de reproduction immédiate. En attendant qu’elles arrivent, les mâles tournent en rond devant les haies forestières et se poursuivent pour délimiter leur territoire.

Le beau regard d'une aurore femelle
Le beau regard d’une aurore femelle

J’ai moi-même pu constater ce phénomène l’an dernier. Les trois ou quatre mâles que j’ai observés faisaient des allers-retours devant une haie mélangée. Au pied de celle-ci se trouvaient de nombreuses cardamines des prés. Ils se posaient dessus deux ou trois secondes pour les butiner. Lorsqu’ils se croisaient, ils tournoyaient ensemble pendant quelques secondes, puis l’un des deux battait en retraite. Malgré mes recherches qui ont duré plus de deux heures, je n’ai pu voir aucune femelle.

Comme prévu, les femelles sont arrivées douze jours après et les couples ont pu se former au pied de la haie champêtre.

Pour en savoir plus sur la protandrie , c’est ici

Plantes hôtes

Les plantes hôtes de l’aurore appartiennent principalement à la famille des Brassicacées, que l’on nommait anciennement les Crucifères. L’aurore a une préférence marquée pour la cardamine des prés. Cette plante possède de nombreux noms vernaculaires selon les régions. On l’appelle la cressonnette, le cresson des prés, le faux cresson ou encore la passerage sauvage. Elle porte aussi les noms de bouquet du loup, de petite dentaire ou de Saint-Georges. Ce dernier nom lui est donné car la Saint-Georges se fête le 23 avril. À ce moment-là, la cardamine des prés est en pleine floraison.

L’aurore peut également se développer sur l’alliaire officinale. Cette plante dégage une odeur d’ail caractéristique quand on froisse ses feuilles. On retrouve aussi ce papillon sur la moutarde sauvage, une espèce très commune dans les champs. Enfin, il utilise la lunaire vivace, que l’on appelle aussi la monnaie-du-pape en raison de ses fruits circulaires et translucides.

Cycle de vie

Le cycle commence dès que les couples se forment au printemps. Après l’accouplement, la femelle part à la recherche de plantes hôtes comme la cardamine des prés ou l’alliaire officinale. Elle dépose ses œufs un à un sur les pédoncules floraux. L’œuf est d’abord blanc, puis il vire à l’orange vif après quelques jours. Cette couleur permet de le repérer facilement sur la plante.

La petite chenille éclot au bout d’une semaine environ. Elle se nourrit d’abord de la coque de son œuf, puis elle s’attaque directement aux siliques (les fruits de la plante). La chenille possède une couleur verte avec une bande blanche sur les flancs. Ce camouflage est très efficace car elle se confond avec la tige de la plante. Fait notable, la chenille de l’aurore est parfois cannibale si elle croise une autre larve sur la même fleur.

À la fin de sa croissance, la chenille quitte sa plante nourricière. Elle cherche un support rigide, comme une tige sèche ou une branche, pour se transformer en chrysalide.

La chrysalide

La chrysalide de l’aurore possède une forme très particulière. Elle évoque une épine végétale ou une petite nacelle pointue aux deux extrémités. Cette silhouette singulière lui permet de se confondre parfaitement avec les tiges sèches de son environnement. Elle reste fixée à son support par une ceinture de soie solide pendant de longs mois. Ce lien assure sa stabilité face aux intempéries.

Début de la nymphose
Début de la nymphose (Domaine public)
Émergence de l'imago
Émergence de l’imago (Domaine public)

L’insecte passe la majeure partie de son existence sous cet état. La chrysalide affronte ainsi les chaleurs de l’été puis les rigueurs de l’hiver. Sa couleur varie du vert au brun grisâtre selon le support choisi par la chenille. Cette adaptation chromatique renforce son camouflage. À l’intérieur de cette enveloppe rigide, la métamorphose s’opère lentement jusqu’au printemps suivant.

Au moment de l’émergence, l’enveloppe devient translucide. On devine alors les couleurs de l’adulte à travers la paroi. Le papillon s’extrait par une fente au sommet de la chrysalide. Ses ailes sont encore toutes fripées. Il doit pomper de l’hémolymphe dans ses nervures pour les déployer avant de prendre son premier envol.

Distribution

L’aurore occupe une vaste aire de répartition qui s’étend à travers toute l’Europe, à l’exception des zones les plus septentrionales de la Scandinavie et de l’extrême sud de l’Espagne. On le retrouve également en Asie tempérée jusqu’au Japon. En France, ce papillon est présent dans l’ensemble des départements continentaux. Il est particulièrement commun dans les zones de plaines et de collines.

Carte GBIF de la présence de l’aurore dans le monde

L’aurore fréquente des milieux variés mais privilégie les habitats frais et humides. On l’observe régulièrement dans les prairies de fauche, les lisières de forêts et les bords de chemins. Il apprécie également les jardins et les parcs urbains où poussent ses plantes nourricières. En montagne, l’aurore peut atteindre des altitudes proches de 2 000 mètres. Sa présence reste toutefois dépendante de la floraison printanière des brassicacées. Dans le sud de la France, il cohabite avec l’Aurore de Provence qui préfère les milieux plus secs.

Taxonomie

L’aurore a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Sphinx stellatarum.

Le nom de genre Anthocharis a été créé en 1833 par l’entomologiste français Jean-Baptiste Boisduval.

La famille des Pieridae a été proposée en 1835 par l’entomologiste français Gaston de Saporta.

Étymologie

Le nom de genre Anthocaris est formé à partir de deux mots grecs. Le premier, « Anthos », signifie « fleur » et évoque non seulement la délicatesse et la beauté de la nature, mais aussi la finesse avec laquelle le papillon se pose sur les plantes. Le second, « Kharis », se traduit par « Grâce » et fait référence à l’élégance du papillon en vol, à sa légèreté et à son aspect harmonieux. L’association de ces deux termes montre que Jean Baptiste Boisduval, qui a nommé ce genre, a été particulièrement attentif à la beauté esthétique de l’insecte et qu’il lui évoquait la douceur et la délicatesse d’une fleur en mouvement.

L’épithète spécifique cardamines renvoie directement à la plante hôte principale de ce papillon, la cardamine des prés. Ce choix souligne le lien étroit entre l’insecte et son habitat naturel, tout en donnant une indication écologique sur ses préférences alimentaires et son cycle de vie.

Le nom vernaculaire Aurore a été donné par le pharmacien et entomologiste français Étienne Louis Geoffroy en 1780. Ce nom poétique fait référence aux deux taches orange vif présentes sur les ailes antérieures du mâle, qui évoquent le lever du soleil ou les lueurs de l’aurore, soulignant encore une fois la sensibilité de ces naturalistes à l’esthétique des papillons et à leur observation attentive dans la nature. Ce papillon possède également d’autres noms vernaculaires, selon les régions et les époques. On le retrouve parfois appelé Papillon du lever du soleil, en référence aux mêmes taches oranges, ou encore Petite Aurore, pour le distinguer d’espèces proches. En anglais, il est connu sous le nom de Orange Tip, qui souligne la même caractéristique des ailes mâles.

Les noms à l’étranger

L’Aurore est connu sous des noms différents selon les pays et les langues. Son nom a presque toujours un rapport avec les taches orange caractéristiques des ailes des mâles. En anglais, il porte le nom de Orange Tip, littéralement « pointe orange », qui évoque les marques distinctives sur les ailes antérieures. En allemand, il est appelé Aurorafalter, « Papillon Aurore . En espagnol, il est nommé Mariposa aurora ou Mariposa musgosa, respectivement « papillon aurore » et « papillon moussu ». En italien, il est appelé Aurora farfalla, Papillon Aurore. En néerlandais, on le nomme Oranjetipje, soit « pointe orange ». En polonais, il porte le nom de Zorzynek rzeżuchowiec, qui signifie « papillon cresson ». En finnois, il est connu sous le nom de Auroperhonen, en suédois sous celui de Aurorafjäril, et en gallois, il est appelé Gwyn blaen oren, littéralement « blanc à la pointe orange ».

Citations

« Un jour, ils vinrent gentiment me faire cadeau d’un papillon fort rare : le « citron-aurore », qui est d’un jaune pâle un peu vert, comme le « citron » commun, mais qui porte, sur les ailes supérieures, une sorte de nuage délicieusement rose, d’une teinte de soleil levant. » 

Pierre Loti, Le Roman d’un enfant

1 réflexion sur “Aurore (Anthocharis cardamines )”

  1. Ping : Semina Mâcon - Observations « animales » à la lande des oignons de BOZ. Le 30 avril 23.

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