Collier de corail ou Argus brun (Aricia agestis)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Lycaenidae
  • Super-famille : Papilionoidea
  • Sous-famille : Polyommatinae
  • Genre : Aricia

Introduction

Ce papillon a l’air très grand, mais il ne faut jamais se fier aux images qui ne sont que des  représentations et donc, des mensonges.

Il est en réalité très petit et ne fait pas plus de 25 mm d’envergure . La macrophotographie a ce défaut de le faire paraitre plus grand qu’il n’est, mais elle a, en revanche, l’avantage de montrer des détails que l’on ne pourrait pas voir si on le montrait à l’échelle.

Présentation

La famille des Lycaenidae compte environ 6 000 espèces dans le monde, dont une centaine vivent en Europe et environ 60 sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent l’Azuré de la bugrane, l’Argus bleu, le Cuivré commun ou encore le Thècle de la ronce. L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la relation étroite que les larves entretiennent avec les fourmis, un phénomène qui s’appelle la myrmécophilie. Cette association apporte une protection aux chenilles contre les prédateurs en échange de sécrétions sucrées.

Au sein de cette famille, le Collier-de-corail fait partie de la sous-famille des Polyommatinae. On appelle communément les membres de ce groupe les Azurés en raison des reflets bleus métalliques qui caractérisent le dessus des ailes des mâles de la plupart des lignées.

Au sein de cet ensemble se trouve le genre Aricia, qui regroupe des papillons faisant figure d’exception par rapport aux autres Azurés. Leurs ailes arborent une coloration de fond brune chez les deux sexes, sur laquelle tranche un alignement de taches orange. Les larves de ce genre sont inféodées aux plantes des familles des Geraniaceae, comme le Géranium de Robert ou le Géranium à feuilles rondes, et des Cistaceae, à l’exemple de l’Hélianthème jaune. La particularité majeure de ces papillons est la présence de cette série de lunules orange submarginales alignées sur le dessus des ailes, sans les reflets bleus que l’on observe classiquement chez les genres voisins.

Description

Le Collier de corail est un petit papillon dont l’envergure varie généralement de 22 à 30 mm. Son corps est brun foncé et recouvert d’une fine pilosité. Ses antennes sont annelées de noir et de blanc. Elles se terminent par une partie renflée en forme de massue, caractéristique des papillons de jour.

Le dessus des ailes est brun chocolat, avec une série de lunules orangées dans la zone submarginale. Les ailes antérieures sont marquées par une tache discale noire qui se détache nettement du fond. Les ailes sont bordées d’une frange blanche entrecoupée de petites zones plus sombres.

Le dessous des ailes est brun clair avec des points noirs cerclés de blanc et des lunules orangées triangulaires suivies de points noirs.

Le dimorphisme est peu visible, bien que présent. Il se situe principalement au niveau des lunules orangées du dessus des ailes. Chez le mâle, elles sont bien régulières sur les ailes postérieures, mais diminuent progressivement sur les ailes antérieures. Chez la femelle, elles sont plus grandes et restent régulières aussi bien sur les ailes postérieures que sur les ailes antérieures. La femelle est parfois légèrement plus grande, comme c’est souvent le cas chez les lépidoptères, et ses ailes antérieures sont un peu plus arrondies, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus.


Le Collier de corail est une espèce trivoltine, c’est-à-dire qu’elle produit généralement trois générations par an. Dans le Midi, il peut même y avoir une quatrième génération si la belle saison dure jusqu’en octobre ou en novembre.

Ailleurs, les premiers papillons apparaissent vers la fin avril ou le début du mois de mai et disparaissent à la fin septembre ou au début du mois d’octobre. L’espèce hiverne à l’état de chenille.

Alimentation

Au stade adulte (imago),le Collier de corail se nourrit du nectar de diverses fleurs sauvages. Parmi ses principales sources de nourriture figurent l’Origan, le Trèfle blanc, la Jasione des montagnes, le Thym serpolet et la Lavande. En complément, il absorbe l’eau et les sels minéraux dont il a besoin en s’abreuvant directement sur le sol humide ou sur les gouttes de rosée.

Collier de corail qui butine un aster

Habitat

le Collier-de-corail fréquente les milieux ouverts, secs et bien ensoleillés. On le rencontre principalement dans les pelouses calcaires, les prairies sèches, les friches, les landes ainsi que sur les talus et les bords de chemins herbeux. Ces espaces lui offrent à la fois la chaleur dont il a besoin pour s’activer et une végétation rase ou de hauteur moyenne propice au développement de ses plantes hôtes et de ses sources de nectar.

Plantes hôtes

Les chenilles du Collier de corail se développent sur des plantes appartenant aux familles des Géraniacées (Geraniaceae) et des Cistacées (Cistaceae). Leurs principales plantes hôtes sont l’Hélianthème jaune (Helianthemum nummularium), le Géranium à feuilles molles (Geranium molle), le Géranium à feuilles rondes (Geranium rotundifolium) et le Bec-de-grue commun (Erodium cicutarium). Selon les régions, elles peuvent également s’alimenter sur d’autres espèces de géraniums, comme le Géranium sanguin (Geranium sanguineum).

Parade nuptiale et accouplement

Dès leur émergence, les mâles recherchent activement les femelles. Lorsqu’ils en croisent une, ils la poursuivent et effectuent une brève parade en volant autour d’elle. Si la femelle est réceptive, ils s’unissent abdomen contre abdomen. L’accouplement dure généralement près d’une heure, le temps pour le mâle de transmettre à la femelle un spermatophore qui contient les spermatozoïdes.

Accouplement d’Aricia agestis Domaine public Photo xulescu
Chenille du collier de corail Domaine public Photo janet graham,

Après l’accouplement, la femelle part à la recherche de ses plantes hôtes. Elle y dépose ses œufs isolément. Ceux-ci sont placés le plus souvent sur la face inférieure des feuilles, où ils sont mieux protégés des prédateurs et des intempéries.

Les œufs éclosent après quelques jours. La jeune chenille commence aussitôt à se nourrir de sa plante hôte avant de poursuivre son développement.

Ponte et chenilles

Après l’accouplement, la femelle pond ses œufs sur les plantes hôtes.

Les œufs incubent pendant quelques jours, puis les chenilles passent par plusieurs stades de développement sur une période de 30 à 40 jours.

Comme chez de nombreuses espèces de la famille des Lycaenidae, les chenilles entretiennent une relation avec des fourmis des genres Lasius et Myrmica. Ces dernières les protègent contre certains prédateurs et parasites. En échange, les chenilles sécrètent un liquide sucré, appelé miellat, dont les fourmis sont très friandes. Ce type de relation, bénéfique pour les deux espèces, est appelé myrmécophilie.

Les chenilles mesurent entre 10 et 13 mm. Elles possèdent une tête noire rétractile et un corps vert parcouru de lignes longitudinales pourpres.

Chrysalide

À la fin de son développement, la chenille cesse de s’alimenter et se fixe à un support pour se transformer en chrysalide. Celle-ci mesure environ 8 à 10 mm. Sa coloration varie du vert jaunâtre au brun, ce qui lui permet de se confondre avec la végétation ou le sol. Ce stade dure généralement une à deux semaines avant l’émergence du papillon.

Distribution

Le Collier de corail est présent dans une grande partie de l’Europe. Son aire de répartition s’étend de la péninsule Ibérique jusqu’à l’ouest de la Russie. On le rencontre également en Turquie, dans le Caucase et jusqu’au nord-ouest du Kazakhstan.

L’espèce est absente de l’Islande, de la majeure partie de l’Irlande ainsi que du nord de la Fennoscandie (Norvège, Suède et Finlande), où les conditions climatiques sont trop rigoureuses pour assurer son développement.

En France, le Collier de corail est largement répandu sur la majeure partie du territoire, y compris en Corse. Il est cependant plus localisé dans les régions les plus humides de l’ouest et du nord-ouest.

Il fréquente aussi bien les plaines que les zones montagneuses et peut atteindre environ 2 000 mètres d’altitude.

Carte GBIF de la présence dans le monde du  collier de corail https://www.gbif.org/fr/species/1933095

Confusions

Le collier de collier peut être confondu avec d’autres papillons de la famille de lycènes et notamment avec l’argus bleu ou l’azuré bleu céleste . Avec la tache noire sur le dessus des ailes antérieures, la position des points noirs sur le revers des ailes postérieures permet de l’identifier. Chez le collier de corail,  le point 2 n’est pas aligné avec 1 et 3 mais il est décalé vers l’intérieur de l’aile.

Collier de corail sur aster

Il  peut être aussi confondu avec l’Argus de l’hélianthème (Aricia ataxerxes) qui vit à partir  de  900 m d’altitude .

Taxonomie

L’espèce Aricia agestis a été décrite pour la première fois en 1775 par le naturaliste autrichien Michael Denis et le naturaliste allemand Ignaz Schiffermüller, sous le nom de Papilio agestis.

Le genre Aricia a été créé en 1819 par le zoologiste allemand Ludwig Reichenbach.

La famille des Lycaenidae a été établie en 1815 par le naturaliste britannique William Elford Leach.

Sous espèces

Il existe plusieurs sous-espèces dont la répartition varie selon les régions.

  • Aricia agestis agestis (Denis & Schiffermüller, 1775) : centre et sud de l’Europe.
  • Aricia agestis calida Bellier de la Chavignerie, 1862 : Sicile, sud de l’Italie et Asie Mineure.
  • Aricia agestis azerbaidzhana Obraztsov, 1935 : Caucase et Transcaucasie.
  • Aricia agestis nazira (Moore, 1865) : nord-ouest de l’Himalaya, Pamir occidental et régions voisines d’Asie centrale.

Étymologie

 Le nom du genre Aricia fait référence à la ville d’Ariccia, dans le Latium, en Italie centrale, où se trouvait un ancien sanctuaire consacré à Diane Aricine (Diana Aricina), déesse romaine des bois et de la chasse.

L’origine de l’épithète agestis est plus difficile à interpréter. Certains auteurs y voient une erreur de transcription. Les auteurs de l’espèce auraient écrit agestis au lieu d’agrestis, dérivé du latin ager (« champ » ou « campagne »), pour évoquer les milieux ouverts où vit ce papillon.

D’autres pensent qu’il pourrait s’agir d’une déformation d’Argestes, le dieu grec du vent d’ouest ou du nord-ouest. Cette interprétation reste toutefois hypothétique.

Le nom vernaculaire Argus brun possède lui aussi une origine particulière. Le terme « Argus » fait référence aux nombreux points noirs cerclés de blanc visibles sur le dessous des ailes. Dans la mythologie grecque, Argos Panoptès était un géant doté de cent yeux. Son nom a été repris pour désigner plusieurs petits papillons dont les ailes sont ornées de taches rappelant des yeux.

Le qualificatif « brun » évoque simplement la couleur dominante du dessus de ses ailes.

Noms vernaculaires

Le Collier de corail a d’abord été nommé Argus bleu en 1779 par le père Jacques-Louis Florentin Engramelle, bien que le dessus de ses ailes soit brun.

Il a ensuite été appelé Polyommate agestis par Pierre André Latreille en 1818.

Le nom actuel de « Collier de corail » a été créé en 1986 par l’entomologiste Gérard Christian Luquet, en référence aux lunules orangées qui bordent les ailes et évoquent un collier de corail.

Luquet a également proposé le nom accessoire « Argus brun », qui fait référence à la couleur brune du dessus des ailes, aussi bien chez le mâle que chez la femelle. Ce nom est d’ailleurs plus approprié que celui d’« Argus bleu » créé par Engramelle.

À l’étranger

Les noms attribués à cette espèce à l’étranger mettent principalement en avant sa couleur, sa plante hôte ou les motifs de ses ailes.

Les Anglais le nomment « Brown Argus » (Argus brun), une appellation qui décrit simplement la couleur brune du dessus de ses ailes. Les Allemands utilisent le nom « Kleiner Sonnenröschen-Bläuling », que l’on peut traduire par « petit azuré des hélianthèmes ». Cette appellation rappelle que les chenilles se développent principalement sur les hélianthèmes dans une grande partie de son aire de répartition.

Les Néerlandais l’appellent « Bruin blauwtje » (petit bleu brun). Ce nom peut surprendre puisque le dessus de ses ailes est brun. Il rappelle simplement que l’espèce appartient au groupe des petits Lycènes, dont de nombreuses espèces sont bleues. Les Italiens utilisent le nom « Argo bronzeo » (Argus bronzé), en référence aux reflets brun bronze de ses ailes.

Les Danois ont retenu un tout autre détail. Ils le nomment « Rødplettet blåfugl » (papillon bleu aux taches rouges-oranges), en référence aux lunules orangées qui bordent les ailes. Les Turcs l’appellent « Çokgözlü Esmer » (le brun aux multiples yeux), une allusion aux nombreux points noirs cerclés de blanc visibles sur le revers des ailes.

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