On ne s’en rend pas compte lorsqu’on observe un papillon, mais ses ailes et son corps sont entièrement recouverts d’écailles microscopiques. C’est d’ailleurs cette particularité qui a donné son nom à l’ordre auquel il appartient : les Lepidoptera.
Le terme « Lépidoptères » est formé à partir de deux mots grecs : lepidos, qui signifie « écaille », et pteron, qui veut dire « aile ». Il désigne donc littéralement un insecte aux ailes couvertes d’écailles.
Ces écailles sont en réalité des poils profondément modifiés au cours de l’évolution. Elles dérivent de cellules épidermiques spécialisées et constituent une transformation remarquable d’une structure déjà présente chez d’autres insectes.

Chaque papillon porte, en moyenne, environ 150 000 écailles réparties sur les deux faces des ailes ainsi que sur le corps, ce nombre variant selon la taille et l’espèce. Ces écailles présentent des formes variées selon leur emplacement et leur fonction. Certaines, plus profilées, contribuent à l’aérodynamisme du vol. D’autres participent à la protection de zones sensibles, notamment des organes génitaux. Chez les mâles, il existe aussi des écailles spécialisées appelées androconies, qui produisent et diffusent des phéromones destinées à attirer les femelles lors de la parade nuptiale. Malgré cette diversité, toutes ont une structure comparable : ce sont de fines lamelles qui se chevauchent comme les tuiles d’un toit.
L’écaille en elle-même est faite de chitine,une substance organique à la fois légère, souple et étonnamment résistante. Ce revêtement joue un rôle thermique important : en emprisonnant une fine couche d’air, il aide l’insecte à conserver la chaleur nécessaire à l’activité musculaire avant l’envol. Les écailles interviennent également dans la défense : leur détachement facile peut permettre à un papillon pris dans une toile d’araignée de s’échapper, en laissant derrière lui une partie de son revêtement.
Cette résistance est toutefois relative, car elle disparaît dès que l’on manipule l’animal. Les écailles se détachent très facilement au contact. La « poudre » qui reste sur les doigts lorsqu’on saisit un papillon correspond en réalité à ces écailles arrachées. Une simple pression peut suffire à les détériorer et compromettre les capacités de vol ou la protection thermique de l’animal. Il est donc essentiel de rappeler, en particulier aux enfants, qu’un papillon s’observe sans être touché, comme tout animal sauvage.


Crédit : Transition of scales color on a butterfly wing, par Richard Bartz, via Wikimedia Commons. Licence : CC BY-SA 4.0.
Les écailles sont également à l’origine du phénomène d’iridescence que l’on observe chez de nombreuses espèces. Les couleurs des papillons ne proviennent pas toujours de pigments chimiques. Elles résultent souvent d’une coloration structurale : la lumière interagit avec les microstructures des écailles, composées de crêtes longitudinales et de fines stries transversales à l’échelle nanométrique. Cette architecture décompose et réfléchit la lumière, produisant des reflets changeants selon l’angle d’observation.


Phénomène d’iridescence chez le petit mars changeant mâle. Selon l’endroit où l’on se trouve des zones de couleur bleue se déplacent sur les ailes .
