- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Riodinidae
- Sous-famille : Nemeobiinae
- Genre : Hamearis
Présentation
La Lucine est un lépidoptère du genre Hamearis. Elle constitue l’unique représentante européenne de la famille des Riodinidae, un groupe essentiellement tropical qui rassemble plus de 1 430 espèces dans le monde, dont la grande majorité vit dans la région néotropicale.
Jusqu’à la fin du XXe siècle, les Riodinidae étaient considérés comme une sous-famille des Lycaenidae. Les études morphologiques puis phylogénétiques ont confirmé que ces deux familles partagent des ancêtres communs, tout en présentant des différences nettes.

Chez les Lycaenidae, les pattes antérieures sont développées chez les deux sexes, alors que chez les Riodinidae les pattes antérieures des mâles sont atrophiées. Des distinctions marquées existent également au niveau des androconies et de la nervation des ailes antérieures, notamment dans la configuration des nervures radiales.
La famille des Riodinidae est divisée en deux sous-familles : les Euselasiinae et les Riodininae. Ces dernières sont souvent appelées « marques de métal » en raison des écailles aux reflets métalliques que portent de nombreuses espèces tropicales.
Comme on peut le voir sur mes photos ce n’est pas le cas de notre Lucine nationale qui est un papillon plutôt discret.
Description
Sa face supérieure est brun sombre, ornée de taches orange. Le revers, d’un brun orangé plus clair, présente deux rangées de taches blanches. À ce niveau, les deux sexes sont presque semblables. Les taches orange du dessus et les taches blanches du dessous sont simplement un peu plus étendues chez la femelle. Son abdomen est également plus large, car elle porte les œufs. Ce petit papillon (25 à 28 mm d’envergure) fréquente les lisières et les clairières. Son activité dépend étroitement de l’ensoleillement : il recherche la chaleur du soleil le matin pour élever sa température corporelle, puis devient plus discret lorsque la chaleur est forte.
Les mâles défendent un petit territoire ou un perchoir ensoleillé et poursuivent tout insecte volant pénétrant dans leur champ visuel. Ce comportement relève autant de la défense territoriale que de la recherche de partenaires.


La tête porte deux yeux finement pubescents et des antennes annelées de noir et de blanc, terminées par une massue bien marquée.
Le dimorphisme le plus visible concerne les pattes. Chez le mâle, la première paire est réduite à un moignon velu replié contre le corps, ne laissant que quatre pattes fonctionnelles pour la marche. La femelle, en revanche, possède six pattes marcheuses complètes.
La nervation de l’aile antérieure présente une particularité : la nervure radiale ne comporte que quatre branches, caractère distinctif fréquent chez les Riodinidae. La bordure des ailes est légèrement découpée, avec des franges blanches entrecoupées de brun au niveau des nervures.
La Lucine vole en une ou deux générations selon les régions. En France, on peut l’observer d’avril à septembre lorsque les conditions climatiques lui sont favorables.
Alimentation
Les adultes de la Lucine consomment principalement le nectar de diverses fleurs sauvages. On les observe fréquemment sur les fleurs de Buglose (Ajuga reptans), de Germandrée (Teucrium) ou de Potentille (Potentilla). Dans son livre « Vie de Papillons » Tristan Lafranchis ecrit que la Lucine aime également butiner « les grandes inflorescences plates et blanches, telles que celles des Apiacées (autrefois appelées Ombellifères) et des Valérianes. » Leurs besoins énergétiques les poussent à butiner activement durant les heures ensoleillées de la matinée.

Outre le nectar, les mâles recherchent des compléments minéraux. Ils se posent parfois sur le sol humide des chemins forestiers ou sur les zones terreuses pour absorber l’eau chargée de sels minéraux indispensables à leur métabolisme. Enfin, la Lucine consomme occasionnellement le miellat produit par les pucerons sur le feuillage des arbustes.
plantes hôtes
La chenille de la Lucine est inféodée aux plantes du genre Primula. En France, ses principales plantes-hôtes sont la Primevère officinale (Primula veris), également appelée Coucou, et la Primevère acaule (Primula vulgaris). Dans les massifs montagneux et les zones rocheuses, elle consomme également la Primevère auricule (Primula auricula), connue sous le nom d’oreille d’ours. Plus rarement, elle peut se nourrir de la Primevère élevée (Primula elatior).
Cycle de vie
La Lucine présente généralement une ou deux générations par an selon la chaleur et l’altitude. La première période de vol débute en avril et se poursuit jusqu’en juin. Une seconde génération, souvent plus petite, peut apparaître entre la fin du mois de juillet et le mois de septembre si les plantes restent bien vertes.
Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs lisses et sphérique sous les feuilles de primevères. Elle pond en tout une cinquantaine d’œufs soit isolément soit par petits groupes. Ces œufs, d’abord blanc nacré, virent au brun avant l’éclosion qui survient environ deux semaines plus tard.

Chenilles
La chenille qui en sort possède une forme très caractéristique, dite onisciforme, ce qui signifie qu’elle ressemble à un petit cloporte. Son corps est trapu, aplati sur le ventre et bombé sur le dos. Sa coloration varie du beige au brun clair, avec une ligne dorsale plus sombre et des séries de points noirs latéraux. Le corps est entièrement recouvert de soies courtes et fines qui lui donnent un aspect duveteux. Sa tête brune est rétractile : elle peut se replier sous son premier segment pour se protéger durant le repos. elle mesure 15 mm.
Son comportement alimentaire est spécifique : elle pratique le fenêtrage*. Elle consomme uniquement la chair verte à l’intérieur de la feuille, ce qui crée des zones transparentes comme des petites vitres. Son développement dure environ un mois. Elle mène une vie nocturne et quitte le feuillage durant la journée pour se dissimuler dans la mousse ou sous les feuilles mortes.
Chrysalide
Une fois sa croissance terminée, la chenille rejoint le sol pour se transformer en chrysalide. Cette dernière est beige avec des taches sombres pour se fondre dans la litière. Elle passe tout l’hiver ainsi fixée, protégée du froid par les débris végétaux, avant de donner naissance au nouveau papillon le printemps suivant.
Distribution
La Lucine occupe un territoire bien précis qui s’étend de l’Europe centrale jusqu’à l’Asie occidentale. En Europe, sa présence marque une limite nette au sud : elle occupe le nord de l’Espagne, principalement le long de la chaîne pyrénéenne, mais elle reste absente du reste de la péninsule Ibérique. Vers le nord, on la trouve jusqu’au sud de la Suède et de l’Angleterre.

Carte GBIF de la présence de la Lucine dans le monde
Vers l’Est, son aire de répartition est vaste. Elle est bien présente en Pologne, en Ukraine et se prolonge à travers la Russie d’Europe jusqu’aux montagnes de l’Oural. On l’observe également en Turquie, ce qui constitue sa limite connue vers l’Asie.
En France, ce papillon se rencontre sur la quasi-totalité du pays, y compris sur le littoral atlantique. Sa présence diminue fortement sur la bordure méditerranéenne la plus chaude et sèche. Cette raréfaction se poursuit vers le sud de l’Italie et les régions méditerranéennes voisines où le climat devient trop aride pour ses besoins. On l’observe depuis les plaines littorales tempérées jusqu’à environ 1 500 mètres d’altitude.
Taxonomie
La Lucine a été décrite et nommée par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio lucina.
Le nom de genre Hamearis a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jacob Hübner.
La famille des Riodinidae a été proposée en 1827 par l’entomologiste britannique Augustus Radcliffe Grote.
Étymologie
Le nom de genre Haemaris vient du grec ἀμα « Hamma » qui signifie « en même temps que » et de « ἔαρ »(hear) qui veut dire « printemps ». l’assemblage des deux mots aurait un rapport avec la saison à partir de laquelle on voit voler ces papillons.
L’épithète lucina a été choisie par Linné en piochant dans le nom des divinités comme il avait l’habitude de le faire. Il s’agit ici d’une divinité issue de la mythologie romaine. Le nom « Lucina » descend du mot « lux » , lumière ou qui donne le jour. Lucina était la déesse de la lumière et elle était invoquée lors des accouchements pour que celui-ci se passe bien.
Autres noms vernaculaires donnés à la lucine à travers le temps :
Le Fauve à taches blanches ,L’Argynne Lucine ou L’Éricine Lucine
Noms à l’étranger
Les Anglais la nomment Duke of Burgundy Fritillary, le fritillaire du duc de bourgogne.
Fritillaire est le nom donné en Angleterre à tous les papillons qui ont les ailes jaunes ou orange tachées de noirs. La référence au duc de bourgogne est un mystère et personne n’a jamais bien compris ce qu’elle signifiait.
Les Allemands disent Schlüsselblumen-Würfelfalter, le papillon dés à primevères.
Les Finnois préfèrent Esikkoperhonen , le papillon primevère ou Noppaperhonen le papillon dés. L’allusion aux dés à jouer évoque les taches sur les ailes de la Lucine.
Ce thème est repris par les Hongrois qui l’appelle kockáslepke, le papillon à carreaux.
Les catalans restent sur le thème de la plante hôtes et le nomment « La papallona de la prímula », le papillon de la primevère.
Les Hollandais font de même avec le mot sleutelbloemvlinder qui veut dire papillon primevère. .
