Mélitée du plantain. (Melitaea cinxia) 11 juillet 2022

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Nymphalidae
  • Sous-famille : Nymphalinae
  • Genre : Melitaea

Présentation

La Mélitée du plantain fait partie de la famille des Nymphalidae. Ce groupe rassemble plus de 6150 espèces et environ 542 genres à l’échelle mondiale. En France, cette famille est représentée par plus de 130 espèces. On y retrouve le Paon du jour (Aglais io), le Morio (Nymphalis antiopa) la Petite tortue (Aglais urticae), Le Grand Mars changeant (Apatura iris) , La Carte géographique (Araschnia levana) ou le Sylvain azuré (Limenitis reducta) . Les nymphalidae ont la particularité d’avoir  leurs pattes antérieures atrophiées. Dépourvues de fonctions locomotrices, elles restent repliées contre leur buste.

La Mélitée du plantain appartient au genre Melitaea. Ce groupe rassemble des papillons aux ailes ornées d’un motif complexe. Un quadrillage brun ou noir se détache sur un fond orange. Ce dessin régulier rappelle les cases d’un plateau de jeu. Cette ressemblance explique leur surnom fréquent de « Damiers ».

Mélitée du plantain sur Plantain lancéolé (Plantago lanceolata)

Les membres de ce genre se distinguent par les motifs du revers. Cette particularité concerne surtout les ailes postérieures. Elles présentent des bandes alternées de teintes crème et orangées. Des lignes de points noirs côtoient ces zones colorées. À l’inverse, le dessous des antérieures reste plus simple et plus pâle. Ce sont des papillons de taille modeste. Ils fréquentent les milieux ouverts comme les prairies fleuries ou les clairières.

À l’inverse du genre Aglais, les Melitaea ne possèdent pas de découpures anguleuses. Leurs ailes affichent des contours plus arrondis. Cette morphologie favorise un vol bas et saccadé. Ils restent ainsi à proximité du sol pour butiner le nectar de leurs fleurs favorites.

Description

La Mélitée du plantain est un lépidoptère de petite taille. Son envergure mesure de 30 à 40 mm. Malgré sa dimension modeste, ce papillon se révèle très coloré. On distingue cette espèce des autres Mélitées grâce aux points noirs situés sur les ailes postérieures. Ces points marquent le dessus et le dessous des ailes dans les bandes submarginales. Sans elles, l’identification serait difficile.

Il faut avoir l’œil affûté pour percevoir ces nuances. Hé oui ! on le dit rarement, mais l’œil est une sorte de muscle qu’il faut faire régulièrement travailler si l’on souhaite le garder en forme. Avec un peu de provocation, on pourrait presque dire qu’un œil non entraîné n’y voit quasiment rien .

En réalité, il ne voit que les contours grossiers, mais ne parvient pas à retenir les petits détails. Pour dire qu’un peu de « musculation » visuelle n’est pas mauvais pour affûter son regard et qu’apprendre à observer les petits détails très fins présents sur les le corps et les ailes des papillons est un excellent exercice pour se forger un œil de tigre .

Mélitée du plantain vu de dessus
Mélitée du plantain vu de dessus

Le corps est sombre et recouvert d’un duvet dense. La tête porte deux yeux volumineux et sombres. Les antennes sont annelées de noir et de blanc. Elles se terminent par une massue dont l’extrémité est orangée. Le dimorphisme sexuel est quasiment absent. Le comportement lors de la parade nuptiale permet toutefois d’identifier les sexes. L’abdomen est plus épais chez la femelle. Celle-ci est également un peu plus grande que son partenaire.

Le revers des antérieures est orangé. Il présente des zones plus claires et des taches noires aux extrémités. Le revers des postérieures affiche une alternance de zones crèmes et orangées. Des lignes noires encadrent ces espaces. Les zones crèmes sont marquées par des points noirs.

Alimentation

La Mélitée du plantain adulte se nourrit essentiellement de nectar. Elle recherche des sources d’énergie pour assurer ses vols et sa reproduction. On l’observe fréquemment sur les fleurs de centaurées, de scabieuses ou de chardons. Elle visite aussi les marguerites, les pissenlits et les fleurs de ronces. Le papillon apprécie également le gout du nectar de sa plante hôte  le plantain lancéolé. Il se pose délicatement sur les corolles ou les épis pour y puiser sa nourriture.

L’adulte ne se limite pas toujours au nectar floral. Il consomme aussi des matières organiques pour obtenir des sels minéraux et des acides aminés. Le papillon peut se poser sur des déjections animales. Les excréments de mammifères ou d’oiseaux constituent des sources concentrées en azote et en sodium.

Il fréquente également les cadavres d’insectes ou de petits animaux en décomposition. Ces restes libèrent des fluides riches en nutriments. Les fruits blets ou tombés au sol attirent aussi l’adulte pour leur jus sucré et fermenté. Enfin, la sueur des mammifères apporte le sel nécessaire à son métabolisme. Ces prélèvements améliorent la qualité des spermatophores lors de la reproduction. On voit alors le papillon s’abreuver sur des sols humides pour filtrer ces éléments.

plantes hôtes

La femelle de la Mélitée du plantain sélectionne avec précision les végétaux pour sa ponte. Le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata) est la principale plante hôte. La femelle peut également déposer ses œufs sur le Plantain moyen (Plantago media) ou le Grand plantain (Plantago major).

Plantain lanceolé (Plantago lanceolata)

On retrouve aussi parfois les chenilles sur la Véronique germandrée (Veronica teucrium) ou la Véronique en épi (Veronica spicata). La Centaurée jacée (Centaurea jacea) et certaines espèces de scabieuses servent aussi de support nourricier aux chenilles. La présence de ces plantes dans les prairies sèches ou les clairières conditionne directement l’installation d’une colonie.

Reproduction

À la belle saison les mâles de la Mélitée du plantain adoptent une stratégie de patrouille active. Ils survolent les pelouses sèches et les prairies à faible hauteur pour localiser les femelles qui se reposent sur la végétation. Dès qu’un mâle repère une partenaire, il entame une approche directe et se pose à ses côtés.

Accouplement de Melitaea cinxia (domaine public)

Le mâle déploie ses ailes de manière répétée. Ce mouvement mécanique favorise la diffusion de substances chimiques volatiles qui sont contenues dans ses écailles. Ces signaux informent la femelle sur la compatibilité génétique et la vigueur du prétendant. Si elle accepte l’union, elle reste immobile et relève légèrement l’extrémité de son abdomen pour faciliter la connexion.

Le couple s’unit par l’extrémité postérieure. Cette phase de copulation dure parfois plusieurs heures. Durant cette période, les deux individus sont moins mobiles et se trouvent plus exposés aux prédateurs. Le mâle transfère un spermatophore qui contient les cellules reproductrices ainsi que des nutriments essentiels à la fabrication des futurs œufs. Une fois l’acte terminé, la femelle se met en quête de plantains pour y déposer sa ponte.

La ponte et les œufs

Dès que la fécondation s’achève, la femelle se met en quête d’un site favorable. Elle sélectionne avec soin des plants de plantain lancéolé situés dans des zones herbeuses et bien ensoleillées. Elle dépose ses œufs sur la face inférieure des feuilles afin de les soustraire à la vue des prédateurs et aux rayons directs du soleil.

Les œufs sont déposés en amas denses qui comptent parfois plus de cent unités. Chaque œuf possède une forme conique et une surface finement striée. Sa coloration initiale est d’un jaune pâle et lumineux. Au fil des jours, cette teinte évolue vers un gris plombé qui annonce l’éclosion imminente. La durée de l’incubation dépend étroitement de la température ambiante. À l’issue de cette période, les jeunes larves déchirent la membrane supérieure de leur loge pour faire leur apparition simultanée sur la plante nourricière.

Chenille

Les chenilles vivent de manière grégaire sur ces hôtes. Elles tissent un nid de soie robuste qui englobe les feuilles et les tiges de la plante. Ce dispositif les protège des intempéries et des prédateurs durant les premiers stades de leur vie. La plante hôte subit alors une défoliation localisée. Cette pression reste généralement supportable pour le végétal grâce à sa capacité de régénération.

La larve de la Mélitée du plantain possède un corps de couleur noire. De nombreuses petites taches blanches parsèment son tégument de manière régulière. Elle porte plusieurs rangées de protubérances épineuses et ramifiées, nommées scoli, qui couvrent ses segments dorsaux et latéraux. Ces structures assurent une défense passive face aux agressions extérieures. Sa tête se distingue par une coloration rouge brique très vive. Ce caractère morphologique permet de la différencier avec certitude des autres espèces du genre Melitaea. Les fausses pattes abdominales ainsi que les pattes thoraciques affichent une teinte similaire à celle de la capsule céphalique.

Chenille de la Mélitée du plantain
Chenille de la Mélitée du plantain

À son stade final de développement, l’individu mesure environ vingt-cinq millimètres de longueur. Les chenilles vivent de manière grégaire sur leurs hôtes. Elles tissent un nid de soie robuste qui englobe les feuilles et les tiges de la plante. Ce dispositif les protège des intempéries et des prédateurs durant les premiers stades de leur vie. La plante hôte subit alors une défoliation localisée. Cette pression reste généralement supportable pour le végétal grâce à sa capacité de régénération. Lorsque les températures diminuent à l’automne, la colonie se retire au cœur de l’édifice soyeux pour y passer l’hiver. Les larves sortent de leur léthargie avec le retour de la chaleur printanière. Elles consomment les premières pousses puis se séparent afin de chercher un support pour la nymphose.

Nymphose et chrysalide

À la fin de sa croissance, la chenille s’isole pour entamer sa transformation. Elle quitte la plante nourricière et cherche un support rigide comme une tige sèche ou une pierre. Elle tisse alors un petit coussin de soie auquel elle suspend son corps par les pattes postérieures. Cette phase d’immobilité précède la mue nymphale qui révèle la chrysalide.

Chrysalide de la mélitée du plantain (Domaine public)

La chrysalide de la Mélitée du plantain présente une forme trapue. Sa coloration varie du gris clair au beige, avec de nombreux points noirs et des reliefs orangés sur les segments abdominaux. Ce camouflage la rend presque invisible au sein de la végétation basse. À l’intérieur de cette enveloppe, les tissus de la larve se réorganisent totalement pour former les organes du futur papillon.

Cette étape dure environ deux à trois semaines selon les conditions météorologiques. Sous l’effet de la chaleur, la cuticule devient transparente et laisse deviner le dessin des ailes. Le papillon finit par déchirer la paroi de la chrysalide. Il s’en extrait avec précaution puis déploie ses ailes encore molles par un afflux d’hémolymphe. Une fois le séchage terminé, l’imago prend son premier envol.

Taxonomie

L’espèce a été décrite pour la première fois en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom initial de Papilio cinxia.

Le nom de genre a été créé en 1807 par l’entomologiste et économiste suédois Johan Christian Fabricius .

La famille des Nymphalidae qui compte plus de 6150 espèces a été proposée en 1815 par le naturaliste et archéologue américain Constantin Rafinesque.    

Étymologie


Le nom de genre Melitaea fait l’objet de plusieurs hypothèses. Il pourrait s’agir d’un des surnoms de la déesse Diane, qui possédait un temple dans la ville de Mélitée. Jean-Yves Cordier, spécialiste de la zoonymie des papillons, avance que Fabricius aurait choisi ce nom comme un surnom de la déesse Vénus. Une autre interprétation suggère que le nom dérive d’une ville de Thessalie associée au terme grec « meli » signifiant « miel ». Ce choix évoquerait le goût marqué du lépidoptère pour le nectar.

L’origine de l’épithète spécifique cinxia est parfaitement établie. Ce terme latin signifie « qui porte une ceinture ».  Jean-Yves Cordier et A. Maitland Emmet s’accorde pour y voir une référence à la déesse Junon, surnommée Cinxia dans la Rome antique. Elle occupait une fonction protectrice lors des mariages, intervenant au moment symbolique où la mariée dénouait sa ceinture.

Ce papillon porte également plusieurs noms vernaculaires : la Déesse à ceinturons, le Damier pointillé, le Damier ou encore la Mélitée de la Piloselle. On le rencontre aussi sous l’appellation de Damier de la Véronique, en référence à l’une de ses plantes nourricières secondaires. Dans certains ouvrages naturalistes, il est nommé Mélitée à bordure pointillée. Ce nom souligne la présence de points noirs alignés dans les taches fauves des ailes postérieures. Enfin, il est parfois désigné sous le terme de Petit Damier, bien que cette dénomination puisse entraîner des confusions avec des espèces morphologiquement proches.

Les noms à l’étranger

Les anglais le  nomment Glanville Fritillary. Le terme « Fritillary » fait référence au motif en damier des ailes, dont l’aspect rappelle les fleurs du genre Fritillaria. En allemand, il est désigné sous le nom de Wegerich-Scheckenfalter.: « Wegerich » désigne le plantain et « Scheckenfalter » signifie papillon tacheté ou en damier. Les Néerlandais utilisent une logique identique avec le nom Veldparelmoervlinder, ce qui peut se traduire par « papillon nacré des champs ». En espagnol, on le retrouve sous l’appellation Doncella de ondas rojas, La vierge aux vagues rouges. Les Italiens reprennent l’épithète du nom scientifique et le le nomment Cinzia. Les suédoisl’appelle Hökblomsternätfjäril, un nom complexe qui lie le papillon aux fleurs de prairies et à son motif en réseau (nät).

Eléonore Glanville


Ce papillon se nomme Fritillaire parce que ses damiers ressemblent à ceux qui se trouvent sur la plante à bulbe qui porte ce nom. L’appellation « Glanville » rend hommage à la naturaliste anglaise miss Éléonore Glanville qui, dans les années 1690, fut la première à découvrir l’espèce dans son pays.

Éléonore se consacra entièrement à sa passion pour les papillons et les insectes après avoir quitté son mari. Cette occupation n’était pas du goût de sa famille qui trouvait qu’une « femme du monde » ne pouvait pratiquer ce type d’activité. Richard Glanville, son ex-mari, était jaloux et voulait s’emparer de sa fortune. Il propagea alors la rumeur qu’elle était folle et qu’elle courait après les insectes dans des « vêtements inappropriés ». Il réussit si bien qu’à la mort d’Éléonore, il obtint l’annulation du testament qu’elle avait écrit et récupéra l’héritage.

Maison d’enfance d’Eleonore Glanville (Photo wikipédia/ Duncan Pepper)

Je rapporte cet épisode, car il est marquant pour deux raisons.

D’abord, il montre la place qui était laissée aux femmes de cette époque. La société voulait qu’elles soient uniquement des génitrices. Une femme qui souhaitait devenir autonome et pratiquer un métier était alors un danger, car elle risquait de ne plus être assez concentrée sur son travail de « reproductrice » qui a pour rôle la perpétuation de l’espèce. Cette angoisse archaïque de la disparition de l’espèce qui est au cœur de chaque être vivant est, selon moi, la principale cause de cette énorme pression sociale qui est exercée sur les femmes depuis toujours.

Cet épisode est aussi marquant pour ce qu’il nous dit des humains d’alors. Ils considéraient dans leur grande majorité que s’intéresser aux insectes et autres lépidoptères était une activité qui ne pouvait être pratiquée que par un fou ou une folle. L’animal était alors vu comme un être méprisable de seconde zone qui n’avait aucun rapport avec nous et qui ne méritait donc aucune attention de notre part.

Eléonore Glanville / complément biographique

Éléonore Glanville est une entomologiste du XVIIe siècle. Née en 1654, elle était l’aînée des filles du major Goodricke. À sa mort, ce dernier versa mille livres à sa fille cadette Mary et légua le principal de sa fortune à Éléonore. En 1676, elle se maria une première fois avec Edmund Ashfield, un artiste du Lincolnshire, et eut trois enfants avec lui. Son mari mourut quelques années plus tard.

Elle rencontra alors Richard Glanville et ils se marièrent peu après. Éléonore découvrit très vite que son mari était violent. À plusieurs reprises, il menaça de la tuer. Éléonore finit par le quitter. Pour se changer les idées, elle se tourna vers la nature et plus particulièrement vers le monde des papillons dont elle devint très vite une spécialiste.

Éléonore correspondait régulièrement avec James Petiver, un pharmacien et grand collectionneur de lépidoptères. C’est lui qui le premier proposa d’adjoindre le qualificatif de « fritillaire » au nom du genre. Il a également été le premier à donner des noms anglais aux papillons, comme « Admiral » (Vulcain), « Tortoiseshell » (Petite tortue) et « Brimstone » (Citron). Elle collabora aussi avec Joseph Dandridge, qui possédait l’une des plus belles collections d’Europe, et avec Adam Buddle, un botaniste célèbre pour avoir donné son nom au buddleia.

L’étude et la collecte de papillons devinrent pour elle une véritable passion. Cette dévotion était si puissante qu’elle payait régulièrement ses domestiques pour qu’ils lui attrapent des spécimens. Elle leur apprit la manière de les capturer et de les emballer pour qu’ils ne s’abîment pas. Elle envoyait ensuite les papillons à Petiver qui classait et documentait les spécimens d’Éléonore. Elle fut la première en Grande-Bretagne à découvrir la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia). Son nom vernaculaire est aujourd’hui en Angleterre le « Glanville Fritillary » en hommage à son travail.

Mais les choses ne se passèrent pas aussi bien de son vivant. Glanville, son ex-mari, n’accepta jamais le divorce et il fit tout pour lui nuire. Il chercha à détourner la fortune car il tentait de la faire passer pour folle. Éléonore craignait que son mari ne réussisse à capter son héritage. Elle confia donc la gestion de son patrimoine à un conseil d’administration. Éléonore mourut en 1709 à Tickenham Court.

La mort d’Éléonore ne calma pas Richard Glanville. Il entra dans une rage folle lorsque le testament fut ouvert. Il découvrit qu’elle avait légué une grande partie de sa fortune à l’un de ses proches cousins. Il monta alors l’un de leurs fils, Forest, contre sa mère. Il l’incita à porter plainte car il affirmait que celle-ci était folle.

Ils dirent aux juges qu’Éléonore avait perdu la tête. Pour le prouver, ils expliquèrent qu’à la fin de sa vie, elle courait après les papillons avec une épuisette à la main. Selon eux, seules des femmes privées de raison pouvaient courir dans les champs dans « des tenues inappropriées ». La plainte fut reçue et le testament cassé. Glanville et Forest purent récupérer tous les biens d’Éléonore. Forest finit par vendre le manoir de Tickenham, qui avait été la maison de sa mère.

Source :  Blog Deborah Swift


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