Sésie de l’oseill
- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Super famille : Cossoidea
- Famille : Sesiidae
- Sous-famille : Sesiinae
- Tribu :Synanthedonini
- Genre : Pyropteron
Présentation
La Sésie de l’oseille (Pyropteron chrysidiformis) est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Sesiidae. Cette famille compte environ 1 400 espèces dans le monde, dont une centaine vivent en Europe et 55 sont présentes en France. Parmi les membres de ce groupe que l’on rencontre sur le territoire figurent la Sésie apiforme (Sesia apiformis), la Sésie du pommier (Synanthedon myopaeformis), la Sésie du néflier (Synanthedon stomoxiformis ) ou encore la Sésie du groseillier (Synanthedon tipuliformis).

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la transparence de ses ailes, qui sont en grande partie dépourvues d’écailles. Cette particularité, associée à un corps robuste souvent cerclé de jaune ou de rouge, permet à l’insecte de pratiquer le mimétisme batésien. Si l’on cite souvent l’imitation des hyménoptères, l’espèce rappelle également les zygènes, comme la Zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae), par ses couleurs aposématiques rouge et noir qui avertissent les prédateurs d’une potentielle toxicité.
Cette famille se divise en plusieurs sous-familles, dont celle des Sesiinae qui regroupe la majorité des espèces de sésies connues. Les membres de ce taxon se distinguent par des caractères morphologiques précis, notamment au niveau de la nervation alaire et de la structure des organes génitaux. La plupart des représentants de ce groupe partagent cette apparence de guêpe ou de frelon et présentent des mœurs diurnes. Leur vol est généralement rapide et nerveux, ce qui renforce l’illusion d’une parenté avec les insectes piqueurs.
La Sésie de l’oseille (Pyropteron chrysidiformis) fait aussi partie du genre Pyropteron, qui regroupe des papillons dont les larves sont inféodées aux racines de plantes de la famille des Polygonaceae, notamment les oseilles sauvages (Rumex). La particularité de ce genre est que les écailles qui restent sur les ailes ne sont pas noires, comme c’est le cas pour la majorité des autres sésies, mais d’un rouge orangé très vif. Les chenilles de ce genre passent tout leur temps à l’abri dans le sol, ce qui les protège des prédateurs et du mauvais temps jusqu’à leur transformation en papillon. Les mâles possèdent de petites brosses de poils au bout du corps pour diffuser des odeurs (les phéromones) afin d’attirer les femelles.
Description
La sésie de l’oseille est un petit papillon qui a une envergure comprise entre 15 et 23 mm. Sa tête, son thorax et son abdomen sont noirs avec des reflets bleutés. Le nombre d’anneaux blancs sur l’abdomen permet de définir le sexe. Les femelles en portent deux tandis que les mâles en ont trois. Chez le mâle, ces anneaux se situent généralement sur les segments 4, 6 et 7, alors qu’ils ne marquent que les segments 4 et 6 chez la femelle. Il arrive cependant que le troisième anneau du mâle soit partiellement effacé ou moins visible en raison de l’usure des écailles, ce qui peut rendre l’identification délicate sur le terrain. L’abdomen se termine par un éventail de queue orange au centre et noir sur les côtés, ce dernier étant souvent plus large et fourni chez le mâle. (1)


Les ailes antérieures sont rouges et noires. Leur coloration est identique sur le dessus et le dessous. Elles possèdent, sur les deux faces, une tache discale noire bien marquée qui sépare les zones rouges. Les ailes postérieures sont complètement transparentes, à l’exception des nervures et d’une fine bordure noire. Cette transparence, commune aux deux faces, provient d’une perte d’écailles qui survient dès le premier vol de l’insecte. Les antennes sont un autre critère qui permet de distinguer les sexes : elles sont robustes et épaisses chez le mâle, alors qu’elles sont plus fines chez la femelle.
Le mimétisme batésien de la Sésie de l’oseille
L’apparence de la Sésie de l’oseille est le résultat d’une convergence évolutive remarquable, où chaque caractéristique physique remplit une fonction protectrice. Ce phénomène est connu sous le nom de mimétisme batésien.
Pour cette espèce, les modèles de référence ne sont pas les grandes guêpes sociales, mais de petits hyménoptères très vifs aux reflets irisés. Sa livrée, riche en écailles orangées et rouges sur les ailes, ainsi que son corps sombre et brillant, évoquent le corps métallique des guêpes coucous (famille des Chrysididae). Ces insectes, bien que de petite taille, possèdent des carapaces extrêmement dures et sont capables de délivrer des piqûres dissuasives pour un prédateur.
Les couleurs de cette Sésie peuvent aussi rappeler celles des espèces de la famille Scoliidae ou des Sphecidae .
Pour un oiseau, la vision de ces couleurs vives associées à des ailes translucides et un corps à l’éclat métallique déclenche un réflexe d’évitement. La sésie bénéficie ainsi d’une protection indirecte : bien qu’elle soit dépourvue de venin et parfaitement comestible, elle est délaissée par les prédateurs qui l’associent, par erreur visuelle, à un danger potentiel. L’illusion est parachevée par son comportement actif sur les fleurs, où elle adopte un vol saccadé et nerveux identique à celui des petites guêpes qu’elle imite.
Je trouve personnellement que certaines Sésies ressemblent beaucoup aussi aux zygènes et il n’est pas impossible que les premières profitent aussi de la crainte que procure les secondes.
Alimentation
Les adultes visitent volontiers les fleurs d’Astéracées, comme les marguerites, les séneçons ou les vergerettes. Ils butinent aussi des plantes basses des milieux secs, notamment les thyms, l’achillée millefeuille ou certains orpins du genre Sedum. Ces plantes offrent une plateforme d’atterrissage facile et un nectar facilement accessible. L’activité de butinage se concentre surtout aux heures les plus chaudes.

Plantes hôtes
La sésie de l’oseille dépend exclusivement des plantes du genre Rumex pour son développement. La chenille se nourrit à l’intérieur des racines de la petite oseille (Rumex acetosella), sa plante favorite, qui pousse dans les sols acides et sablonneux. Elle consomme également les tissus de l’oseille commune (Rumex acetosa), une espèce plus robuste présente dans les prairies humides. L’oseille à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius) constitue une autre source de nourriture grâce à ses racines larges qui offrent un abri volumineux à la larve. Enfin, ce papillon peut se développer sur l’oseille écusson (Rumex scutatus), ce qui lui permet de survivre dans des milieux plus rocailleux ou sur les vieux murs .
Cycle de vie
Parade et accouplement
Le cycle de vie de la sésie de l’oseille commence par la parade nuptiale, qui a lieu au début de l’été. Les mâles volent au-dessus des plantes hôtes( espèces de Rumex). Ils cherchent les femelles et les détectent grâce à leurs phéromones. Lorsqu’un mâle trouve une femelle, il se pose à ses côtés et l’accouplement peut durer plusieurs heures. Celui-ci a lieu abdomen contre abdomen, dans la position dite « en opposition ». Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs à la base des tiges ou sur les racines des plantes hôtes.
Chenilles
Les œufs éclosent au bout de quelques jours ou semaines, selon la température et l’humidité. Les chenilles pénètrent alors rapidement dans les racines ou les rhizomes de l’oseille. Elles sont fines et allongées, d’une couleur blanchâtre à verdâtre, avec une tête brunâtre légèrement sclérotisée*.
Pendant plusieurs mois, elles se nourrissent à l’intérieur des tissus et provoquent parfois des déformations de la plante. Ce refuge souterrain les protège des oiseaux, des guêpes parasites et surtout du gel durant tout l’hiver, car le cycle larvaire dure souvent une année complète.
Les chenilles passent par plusieurs stades de développement avant de se préparer à la nymphose.
La nymphose et l’émergence
Au printemps suivant, la chenille remonte vers la surface de la racine ou la base de la tige. Avant de se transformer, elle prépare une « fenêtre de sortie » : elle ronge les tissus jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une fine pellicule de l’écorce de la plante. Elle tisse ensuite un cocon de soie mélangé à des débris de bois pour s’y transformer en nymphe. Quelques semaines plus tard, la nymphe utilise des petites épines sur son corps pour se tortiller et percer la pellicule de sortie. Le papillon s’extrait alors de son enveloppe (l’exuvie), déploie ses ailes qui deviennent rapidement transparentes, et s’envole pour recommencer le cycle.
Distribution
La sésie de l’oseille (Pyropteron chrysidiformis) est une espèce essentiellement européenne. Elle est présente dans une grande partie de l’Europe occidentale et méridionale, notamment en Espagne, au Portugal, en France, en Italie et en Allemagne, ainsi que dans certaines îles méditerranéennes comme la Corse ou la Sardaigne.
Sa répartition reste toutefois irrégulière et morcelée. Elle est absente ou très rare dans les régions froides du nord de l’Europe, notamment en Fennoscandie, et demeure localisée dans les îles Britanniques où seules quelques populations sont connues dans le sud. Si l’on en croit les données disponibles (GBIF) elle est également absente du Maghreb.

En France, l’espèce est assez largement distribuée mais elle dépend étroitement de la présence de ses plantes hôtes, principalement des Rumex. Elle peut être localement commune dans les milieux favorables, tout en restant difficile à observer en raison de sa discrétion et de sa période de vol relativement courte.
Taxonomie
La Sésie de l’oseille a été décrite et nommée par l’entomologiste allemand Eugen Johann Christoph Esper en 1782 sous le nom initial de Sphinx chrysidiformis.
Le genre Pyropteron a été créé en 1832 par l’entomologiste britannique Edward Newman.
La famille des Sesiidae a été décrite en 1828 par l’entomologiste français Jean-Baptiste Alphonse Dechauffour de Boisduval sous le nom de Sesiariae.
Étymologie
Le nom de genre « Pyropteron » vient des mots grecs « pyros » feu et « ptéron » aile . Il fait référence à la coloration vive de la zone marginale des ailes antérieures.
L’épithète chrysidiformis est composée des mots chrysis qui désigne la guêpe coucou et « formis » forme. Ce qualificatif lui aurait donc été donné pour montrer sa ressemblance avec la guêpe coucou .
Le mot sésie provient du grec « ses » , qui signifie teigne ou mite. Les naturalistes ont choisi ce nom car les larves de ces papillons vivent cachées à l’intérieur des plantes et les consument de l’intérieur comme les teignes rongent les tissus.
Le mot a été repris pour la famille des Sesiidae
Oseille désigne l’une des plantes hôtes du papillon
Elle est parfois nommée Sésie de la patience car la patience est un nom donné à plusieurs espèces de rumex.
Les noms à l’étranger
En Angleterre, elle est nommée Fiery Clearwing, ce qui signifie la sésie ardente. Le terme clearwing (ailes claires) est utilisé par les Anglais pour désigner l’ensemble des membres de la famille des Sesiidae. En Allemagne, l’insecte porte deux noms principaux : Ampfer-Glasflügler, la sésie de l’oseille à ailes de verre, et Goldwespen-Glasflügler, la sésie guêpe-dorée, en référence à l’épithète chrysidiformis. En Italie, on l’appelle Sesia dell’acetosa, l’acetosa étant le nom de l’oseille, sa plante hôte. Aux Pays-Bas, elle est connue sous le nom de Zuringwespvlinder, littéralement le papillon-guêpe de l’oseille. En Espagne, elle est désignée comme la Sesía de la romaza, la romaza étant le terme espagnol pour les plantes du genre Rumex. Au Portugal, son nom est Borboleta-Asas-de-Fogo, ce qui se traduit par le papillon aux ailes de feu. En République tchèque, elle est nommée Nesytka Ohnivá, la sésie de feu ou sésie incendiaire. En Pologne, on la trouve sous le nom de Przierazik szczawiowiec, le premier terme désignant le groupe des sésies et le second faisant référence à l’oseille (szczaw). Enfin, dans les pays scandinaves comme la Suède, elle est appelée Syre-glasvinge, ce qui signifie la sésie de l’oseille à ailes de verre.
1) Source : Guide des papillons nocturnes de France, coordonné par Roland Robineau, éditions Delachaux et Niestlé.
