Thècle de la ronce (Callophrys rubi)

  • ·  Règne : Animalia
  • ·  Classe : Insecta
  • ·  Ordre : Lepidoptera
  • ·  Super-famille : Papilionoidea
  • ·  Famille : Lycaenidae
  • ·  Sous-famille : Theclinae
  • ·  Genre : Callorphys

Présentation

Le Thècle de la ronce ou Argus vert est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Lycaenidae. Cette famille compte environ 5 000 espèces dans le monde, dont une centaine vivent en Europe. Parmi les plus représentatives que l’on rencontre sur le territoire figurent l’Argus bleu, le Cuivré commun, le Thécla du bouleau ou encore l’Azuré de la sarriette.

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la petite taille des individus et la présence fréquente de reflets métalliques sur la face supérieure des ailes.

Thècle de la ronce
Thècle de la ronce

Il appartient au genre Callophrys, qui regroupe des papillons dont la face inférieure des ailes est uniformément verte. La particularité majeure de ce genre est l’absence de queues sur les ailes postérieures, contrairement à d’autres genres de la même famille. Cette coloration verte n’est pas due à des pigments, mais à une structure microscopique des écailles qui diffracte la lumière. Cet insecte pratique l’homochromie, ce qui signifie que sa couleur lui permet de se confondre parfaitement avec le feuillage des arbustes lorsqu’il est au repos, les ailes repliées.

Le genre se distingue également par un comportement territorial marqué, les mâles se postant souvent au sommet des buissons pour surveiller leur domaine. Les écailles qui recouvrent les ailes sont agencées de manière à briser la silhouette du papillon sur des supports végétaux variés.

Description

Le Thècle de la ronce est un petit papillon dont l’envergure est  comprise entre 22 et 27 mm. Sa tête porte des yeux sombres cerclés de blanc. Les antennes  sont  noires et  annelées de blanc. Elles se terminent par une excroissance en forme de massue dont l’extrémité est orange.  Le corps est robuste et trapu.  Le  thorax et l’abdomen sont recouverts d’une pilosité dense et grisâtre sur le dessus, alors que le dessous présente des teintes plus claires et duveteuses. Ses pattes sont particulièrement remarquables : elles présentent une alternance de noir et de blanc, créant un motif annelé très net qui fait écho à celui des antennes. Bien qu’il possède six pattes fonctionnelles, on observe chez le mâle une légère réduction de la première paire, dont l’extrémité est dépourvue des doubles griffes présentes chez la femelle.

Le dessus des ailes est d’un brun sombre et uniforme chez les deux sexes, ne présentant pas de taches colorées marquées. Le dimorphisme sexuel reste discret ; le mâle se distingue seulement par une petite ligne androconiales mate sur l’aile antérieure, parfois perceptible par transparence depuis le revers. Contrairement au Thècle du bouleau, cette espèce ne possède pas d’appendices filiformes à l’arrière ; ses ailes postérieures présentent un bord simplement arrondi et sinueux, avec une petite échancrure près de l’angle anal.

Le revers des ailes constitue le critère d’identification le plus fiable et le plus spectaculaire. Il offre une coloration vert émeraude dont l’aspect satiné peut virer au grisâtre chez les individus en fin de vie. Sur les ailes postérieures, on distingue souvent une ligne transversale composée de petits points blancs plus ou moins alignés, parfois réduits à de simples traces punctiformes. La bordure externe des ailes est soulignée par une frange brune et blanche alternée, créant un liseré discret. Cette coloration verte, unique chez nos papillons de jour, résulte d’une structure microscopique des écailles qui diffracte la lumière, permettant à l’insecte de simuler parfaitement la teinte des jeunes pousses de ronce pour échapper à la vue des prédateurs.

Alimentation

L’alimentation du Thècle de la ronce au stade adulte est marquée par un grand opportunisme, ce qui explique sa capacité à coloniser des milieux très variés.

Bien que sa chenille soit étroitement liée à la ronce, à l’ajonc ou au genêt, l’adulte ne limite pas ses visites florales à ces seules plantes. On l’observe fréquemment qui butine les fleurs de l’Arbousier, du Nerprun, de l’Aubépine ou encore du Troène. Sa petite taille lui permet d’accéder aux nectaires de fleurs à corolles étroites. L’argus vert  ne se nourrit pas exclusivement de nectar ; Il peut aussi se nourrir  du  miellat produit par les pucerons sur les feuilles, ou s’abreuver dans les zones humides du sol pour y puiser des sels minéraux essentiels.

Habitat

Contrairement à certaines espèces inféodées à un seul type de paysage, ce petit lépidoptère fréquente aussi bien les landes sèches à bruyères que les clairières forestières, les pelouses calcaires buissonnantes, ou encore les zones humides comme les tourbières. On le rencontre également dans les jardins sauvages, les friches industrielles et les lisières de bois, depuis le niveau de la mer jusqu’à plus de 2 300 mètres d’altitude dans les massifs montagneux.

Le biotope  du Thècle de la ronce
Le biotope du Thècle de la ronce

L’élément déterminant de son biotope réside dans la présence de strates arbustives denses et bien exposées au soleil. Ces buissons, qu’il s’agisse de ronces, d’ajoncs ou de genêts, constituent des postes de guet stratégiques pour les mâles qui y défendent farouchement leur territoire. La structure du paysage doit offrir un mélange de zones de nourrissage riches en fleurs et de zones de repli ombragées. Cette mosaïque végétale est essentielle car elle garantit à la fois les ressources pour la chenille polyphage et les conditions de thermorégulation nécessaires à l’adulte.

Plantes hôtes

Le Thècle de la ronce a la particularité de pouvoir s’adapter à une grande variété de végétaux pour nourrir ses chenilles. Contrairement à d’autres papillons qui dépendent exclusivement d’une seule espèce de plante, celui-ci peut se développer sur des dizaines de végétaux appartenant à des familles très différentes.

Bien qu’il porte son nom, la ronce commune n’est pas son unique ressource, même si elle reste l’un de ses supports favoris en bordure de bois. C’est une plante intéressante car elle offre le gîte et le couvert : ses jeunes pousses tendres et ses futurs boutons de fleurs sont une nourriture de premier choix. De plus, les épines forment une barrière naturelle qui protège les œufs et les petites larves des prédateurs.

L'argus vert sur des feuilles vertes
L’argus vert sur des feuilles vertes

En dehors de la ronce, ce papillon choisit de nombreuses autres plantes selon le milieu où il vit :

  • Les genêts (comme le Genêt à balais ou le Genêt des teinturiers) et l’ajonc dans les landes.
  • Le Sainfoin cultivé, l’Anthyllide vulnéraire ou le Lotier corniculé dans les prairies.
  • Le Cornouiller sanguin, le Prunellier, l’Aubépine ou encore le nerprun dans les haies.
  • La Bourdaine dans les zones plus humides.
  • La Myrtille ou l’Hélianthème dans les montagnes et les rocailles.
  • La Callune et les bruyères, qu’il affectionne particulièrement dans les terrains sauvages du nord de l’Europe.
  • Le cassis dans les zones de jardins ou de lisières fruitières.

Le choix de la plante par la femelle dépend beaucoup de l’endroit où elle se trouve. Cette capacité à changer de menu est une chance pour l’espèce : elle lui permet de s’installer dans des paysages très variés à travers toute la France, avec l’assurance de toujours trouver de quoi nourrir sa descendance.

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

Dès le mois de mars ou d’avril, les mâles occupent des postes d’observation sur des arbustes ensoleillés pour surveiller leur territoire. Lorsqu’une femelle passe à proximité, le mâle s’élance pour une parade aérienne rapide.

Accouplement de Thècle de la ronce
Accouplement de Thècle de la ronce (Domaine public) Photo gailhampshire
from Cradley, Malvern, U.K, CC BY 2.0

Le couple se pose ensuite sur un support végétal. Pour s’unir, le mâle utilise des appendices situés au bout de son abdomen : les deux valves latérales et l’uncus. Ces pièces anatomiques ont une forme unique, propre à chaque espèce. Cette précision empêche toute erreur : un mâle ne peut pas s’accoupler avec une femelle d’une autre espèce, car leurs pièces ne s’emboîteraient pas. Une fois solidement attachés, les deux papillons restent immobiles dans la position dite en opposition.

C’est durant cette phase que le mâle transfère le spermatophore. Cette capsule contient les spermatozoïdes, mais elle est aussi riche en nutriments et en sels minéraux. Ces substances sont essentielles pour la femelle : elles lui donnent l’énergie nécessaire pour fabriquer ses œufs et assurent ainsi le succès de la fécondation.

Chenilles

Dès sa sortie de l’œuf, la chenille du Thècle de la ronce adopte une stratégie de discrétion absolue. Sa forme est dite onisciforme, ce qui signifie qu’elle est trapue, bombée et aplatie sur le dessous, rappelant la silhouette d’un petit cloporte. Sa tête est rétractile et  elle peut la cacher sous les premiers segments de son corps lorsqu’elle se repose.

Sa coloration est généralement  vert vif et  souvent orné de marques jaunâtres ou de lignes obliques plus claires sur les flancs. Ce motif brise sa silhouette et lui permet de se fondre parfaitement parmi les boutons floraux du Baguenaudier ou les jeunes feuilles de Ronce. Sur la photo ci-dessous, on distingue nettement son corps velu et segmenté, dont la teinte imite la pilosité et la couleur du support végétal.

Chenille du Thècle de la ronce
Chenille du Thècle de la ronce (Domaine public)
Photo Ilia Ustyantsev from Russia, CC BY-SA 2.0

La chenille est polyphage. Elle consomme les boutons de fleurs et les jeunes feuilles tendres de nombreuses plantes. Sa croissance est rapide, rythmée par plusieurs mues successives au cours desquelles elle change de peau pour grandir. Durant cette période, elle reste vulnérable, mais elle possède une arme biologique pour assurer sa sécurité.

Comme beaucoup d’espèces de la famille des Lycaenidae, la chenille du Thècle de la ronce pratique la myrmécophilie. Elle possède sur son dos des glandes spécialisées qui sécrètent un liquide sucré et nutritif dont les fourmis raffolent. En échange de cette nourriture, les fourmis protègent activement la chenille contre les petits prédateurs ou les parasites, comme les guêpes solitaires.

À la fin de son développement, la chenille cesse de s’alimenter. Elle prend souvent une teinte plus terne avant de quitter sa plante hôte pour rejoindre le sol et entamer sa transformation en chrysalide.

La nymphose

Une fois sa croissance terminée, la chenille quitte sa plante hôte pour rejoindre le sol. Elle s’installe généralement dans la litière de feuilles mortes ou s’enterre superficiellement dans l’humus. C’est à cet endroit qu’elle se transforme en chrysalide, un stade immobile où le corps de la larve se réorganise totalement pour devenir un papillon.

La chrysalide est de couleur brune ou noirâtre, ce qui lui assure un camouflage parfait parmi les débris végétaux et la terre. Contrairement à d’autres espèces qui s’attachent fermement à une tige par un fil de soie, celle du Thècle de la ronce repose souvent librement sur le sol ou dans une logette de terre très sommaire.

La grande particularité de cette espèce est la durée de ce stade. Le Thècle de la ronce passe la majeure partie de son existence sous forme de chrysalide..

Elle demeure ainsi au sol durant tout l’été, l’automne et l’hiver. Cette stratégie lui permet d’êtreprête à éclore dès les premiers rayons de soleil du printemps suivant, faisant du thècle de la ronce l’un des tout premiers papillons à voler dès le mois de mars.

Certaines observations suggèrent que la chrysalide de ce papillon est capable de produire des sons, de légers crissements, lorsqu’elle est dérangée. Ces vibrations pourraient servir à éloigner des prédateurs souterrains ou à maintenir un contact avec les fourmis du sol, prolongeant ainsi la relation de protection initiée au stade de chenille.

Distribution

Le Thècle de la ronce occupe une aire géographique immense qui couvre une grande partie de l’écozone paléarctique. On le retrouve depuis l’Europe de l’Ouest et l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) jusqu’en Asie mineure et à travers toute la Sibérie.

Sa présence est particulièrement marquée dans les îles Britanniques, où il est le seul représentant de son genre. On le trouve dans tout le Royaume-Uni, de l’Écosse au Pays de Galles. En Scandinavie, il remonte très loin vers le nord ; en Suède et en Norvège, il est capable de vivre bien au-delà du cercle polaire arctique. Cette capacité à supporter les hivers longs et rigoureux de ces régions nordiques est remarquable pour un papillon de cette taille.

Carte GBIF de la présence de l'Argus vert dans le monde
Carte GBIF de la présence de l’Argus vert dans le monde

Sur le territoire français, ce papillon est commun et se rencontre dans la quasi-totalité des départements. Contrairement à de nombreuses espèces de Lycaenidae plus exigeantes, il n’est pas lié à un seul type de milieu. On l’observe aussi bien en plaine qu’en montagne, où il peut atteindre des altitudes dépassant les 2 300 mètres, notamment dans les Alpes et les Pyrénées.

Taxonomie

Le Thècle de la ronce a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio rubi.

Le nom de genre Callophrys a été créé en 1820 par le zoologiste suédois Gustav Johan Billberg.

La famille des Lycaenidae a été proposée en 1815 par l’entomologiste britannique William Elford Leach.

Étymologie

Le nom de genre Callophrys provient de l’association de deux racines grecques. La première, kallos, signifie beauté, tandis que la seconde, ophrus, désigne le sourcil. Cette appellation fait référence à la petite ligne d’écailles colorées située juste au-dessus des yeux du papillon, un détail qui a marqué les premiers entomologistes.

Le nom d’espèce rubi est une référence directe au latin rubus, qui désigne le genre des ronces. Ce choix, fait par Carl von Linné en 1758, souligne le lien historique établi entre l’insecte et la ronce lors de sa description initiale. Cependant, il est essentiel de noter que si rubi désigne la ronce, cette plante n’est pas forcément la plante hôte préférée de ce papillon. Dans de nombreuses régions, l’espèce apprécie tout autant, sinon plus, d’autres végétaux comme les genêts, l’ajonc, la bruyère, la myrtille, le nerprun ou encore le cassis. Ce nom reflète davantage une étiquette historique qu’une dépendance biologique exclusive.

Le terme français Thècle trouve son origine dans le grec thêkê, qui signifie étui ou boîte. En entomologie, ce nom a été attribué à un groupe de papillons de la famille des Lycaenidae dont les ailes, lorsqu’elles sont repliées au repos, forment une surface plane et protectrice évoquant un petit écrin.

L’ajout de la ronce dans le nom commun reprend simplement l’épithète latine de Linné. Bien que l’on sache aujourd’hui que le papillon est très polyvalent et qu’il choisit ses plantes en fonction de l’habitat (landes, lisières ou jardins), cette appellation est restée la plus courante dans le langage populaire et scientifique francophone.

Noms vernaculaires

Le thécla de la ronce est aussi appelé Argus vert. Le terme « Argus » est historiquement utilisé pour de nombreux papillons de la famille des Lycaenidae en référence au géant Argos  de la mythologie grecque qui possédait cent yeux. Ici, cela évoque les nombreux petits points ou reflets que l’on peut deviner sur les ailes.

On trouve également, de manière plus ancienne ou régionale, l’appellation Thécla de la ronce. L’orthographe avec un « a » final était plus fréquente au XIXe siècle avant que l’usage ne stabilise la forme masculine actuelle.

Dans sa zoonymie du papillon, jean Yves cordier explique que les premiers noms recensés du Thécla de la ronce proviennent d’Angleterre avec James Petiver qui, en 1702, l’appelait The holly under green butterfly (le papillon vert du Houx), puis The holly butterfly en 1717. Benjamin Wilkes, vers 1747, préféra le nom plus direct de The Green Butterfly (Le papillon vert).

Il ajoute un détail historique frappant concerne Carl von Linné lui-même : avant de choisir le nom définitif de Papilio rubi en 1758, il le nomma Argus caecus en 1743. Ce terme signifie « Argus aveugle » et s’explique par le fait que ce papillon ne possède aucun ocelle (tache en forme d’œil) sur le revers de ses ailes, contrairement à presque tous les autres papillons de sa famille.

Noms étrangers

En anglais, on le nomme Green Hairstreak, où le terme « Green » souligne sa couleur émeraude tandis que « Hairstreak » fait référence à la fine ligne blanche qui traverse le revers de ses ailes. En allemand, il porte le nom de Brombeer-Zipfelfalter, associant la ronce (Brombeer) au groupe des papillons possédant des angles marqués sur les ailes (Zipfelfalter). Les Espagnols utilisent le terme Cejirrubia, un nom qui traduit directement le sens du genre scientifique Callophrys en faisant référence à ses sourcils. En italien, on l’appelle Tecla del rovo, ce qui rejoint la construction française liant la thècle à la ronce. Enfin, les Néerlandais utilisent le nom très imagé de Groentje, ce qui signifie littéralement « le petit vert ».

Laisser un commentaire