- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Lycaenidae
- Sous-famille : Theclinae
- Genre : Thecla
La Thècle du bouleau est une espèce de lépidoptères qui appartient à la famille des Lycaenidae. Cette famille, l’une des plus vastes au monde, compte environ 6 000 espèces, dont une centaine habitent l’Europe et environ 45 sont recensées en France.Parmi les représentants les plus célèbres de ce groupe figurent l’Azuré des nerpruns (Celastrina argiolus), le Cuivré fuligineux (Lycaena tityrus), le Collier de corail (Aricia agestis) ou encore la Thècle de la ronce (Quercusia quercus).
L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la petite taille des individus et, pour de nombreuses espèces, dans une relation de symbiose ou de parasitisme avec les fourmis.

Il appartient au genre Thecla, dont il est l’unique représentant en Europe. Ce genre est rattaché à la sous-famille des Theclinae, qui regroupe des papillons dont les larves sont souvent inféodées aux plantes de la famille des Rosaceae. Chez la Thècle du bouleau, la principale plante hôte est le Prunellier. La particularité majeure de ce genre est la présence d’une petite queue au bas des ailes postérieures, mimant des antennes pour tromper les prédateurs.
Description
Le Thècle du bouleau est un papillon de taille moyenne dont l’envergure se situe entre 30 et 40 mm. La tête porte des yeux sombres cerclés de blanc et une paire d’antennes noires annelées de blanc qui se terminent par une massue allongée. Le corps est robuste. Le thorax et l’abdomen sont recouverts de poils sombres sur le dessus. le dessous présente une coloration plus claire.
Le dessus des ailes est brun sombre chez les deux sexes. L’ espèce présente un dimorphisme sexuel marqué : la femelle porte sur ses ailes antérieures une large tache réniforme orange vif, tandis que le mâle possède une tache bien plus discrète voire inexistante. Les ailes postérieures se terminent par de petites extensions filiformes, appelées queues, situées au niveau de l’angle anal. Ces appendices sont de couleur orange et prolongent les nervures de l’aile.


Le revers des ailes semble être fait de velours. Il constitue l’un des critères d’identification les plus fiables. Sur les ailes postérieures, la coloration orangée devient plus vive et saturée, particulièrement vers l’angle anal. On y distingue deux lignes blanches transversales finement liserées de sombre. Ces liserés sombres sont plus marqués chez le mâle que chez la femelle. La bordure externe des ailes est soulignée par un liseré orange soutenu, doublé d’une frange blanche très fine. Les appendices en forme de queue de l’aile postérieure, associés à des points sombres, imitent des antennes pour détourner l’attention des prédateurs sur des parties non vitales.
Alimentation
Contrairement à de nombreux papillons qui butinent activement les fleurs des prairies, le Thècle du bouleau possède des mœurs alimentaires plus discrètes. L’adulte se nourrit principalement de miellat, une substance sucrée excrétée par les pucerons sur le feuillage des arbres. On l’observe fréquemment dans la canopée, où il aspire ces gouttes qui perlent sur les feuilles de chêne ou de bouleau.

Cette ressource riche en glucides lui fournit l’énergie nécessaire à ses vols territoriaux et à la reproduction. Il peut aussi absorber de l’eau présente sur le feuillage et avec elle les substances minérales qui y sont dissoutes. On le voit également au sol, où il aspire les sels minéraux et les acides aminés contenus dans les excréments d’animaux ou dans les matières organiques en décomposition. Ce comportement, bien que moins esthétique que le butinage, est indispensable pour compenser les pertes en sodium, particulièrement chez les mâles. En fin de saison, il peut aussi se poser sur les fleurs de grande taille comme celles des eupatoires pour y prélever du nectar.
Plantes hôtes
Si vous avez lu mes autres articles sur les papillons, vous aurez compris, à la lecture de son nom, que la femelle pond sur le bouleau. Eh bien, vous aurez tort, car il s’agit d’une exception à la règle. D’après le « Guide pratique des papillons de jour »*, qui signale cette bizarrerie, ses plantes hôtes sont davantage les rosacées arbustives, le prunellier ainsi que d’autres espèces du genre Prunus.
Heiko Bellman, dans son très intéressant « Quel est ce papillon ? »*, signale lui aussi que le prunellier ou le prunier sont ses plantes hôtes principales, mais ajoute que le bouleau verruqueux « pourrait » être une plante hôte occasionnelle en Allemagne et en Scandinavie. Le bouleau n’est donc pas la plante hôte principale.
On peut imaginer que le nom découle d’une « erreur » d’observation de Linné qui a attribué le bouleau comme plante hôte principale à cette espèce au lieu du prunellier. Les erreurs jouent aussi leur rôle dans l’histoire et, d’une certaine façon, l’humanisent. Comme Linné était une sommité, personne n’a osé le contredire pendant plusieurs siècles.
Cycle de vie
La période de reproduction débute par une parade nuptiale aérienne. Le mâle, posté sur une branche ou sur une feuille en hauteur, surveille son territoire. Dès qu’une femelle pénètre dans son périmètre, il prend son envol pour une poursuite rapide et tourbillonnante. Si la femelle est réceptive, le couple se pose sur le feuillage pour s’accoupler.

Photo Gilles San Martin CC BY-SA 2.0
Peu après, la femelle descend des sommets pour rechercher ses plantes hôtes, principalement le prunellier. Elle inspecte les rameaux avec minutie avant de déposer ses œufs, généralement de manière isolée, au creux d’une fourche ou à la base d’un bourgeon. Contrairement à beaucoup d’autres lépidoptères, le Thècle du bouleau ne passe pas l’hiver sous forme de chenille ou de chrysalide, mais sous forme d’œuf. Ce dernier, protégé par une coque épaisse, brave les gelées hivernales avant d’éclore au printemps suivant, lorsque les bourgeons du prunellier commencent à s’ouvrir.
Sa forme peut rappeler celle d’un tout petit oursin. Sa coloration est d’un blanc pur et éclatant qui le rend particulièrement repérable sur l’écorce sombre des prunelliers durant l’hiver. La surface n’est pas lisse mais présente une texture alvéolée assez sophistiquée. Elle est recouverte d’un réseau de crêtes saillantes qui délimitent de nombreuses petites cavités polygonales, donnant à l’ensemble un aspect réticulé. Au sommet de ce dôme se trouve une dépression centrale plus sombre, le micropyle, par lequel s’effectuent la fécondation. Cette enveloppe protectrice est extrêmement robuste, car elle doit isoler l’embryon des variations thermiques et de la dessiccation pendant les longs mois d’hiver.
La chenille et la chrysalide
Dès le mois d’avril, la petite chenille s’extrait de son œuf pour entamer sa croissance. Sa morphologie est singulière : elle possède un corps trapu et aplati qui rappelle la forme d’un cloporte. Sa coloration, d’un vert tendre strié de lignes obliques plus claires, lui permet de devenir presque invisible lorsqu’elle se plaque contre la face inférieure d’une feuille de prunellier. Elle consomme principalement les bourgeons puis le limbe des feuilles, tout en restant immobile durant la journée pour échapper aux prédateurs.
Au terme de son développement, vers le mois de juin, la chenille quitte les rameaux pour descendre vers le sol. Elle s’installe dans la litière de feuilles mortes ou parmi les débris végétaux pour entamer sa nymphose. La chrysalide, d’un brun rougeâtre tacheté, ressemble à une petite graine ou à un débris végétal. Elle reste ainsi dissimulée pendant plusieurs semaines. Cette étape de transition est cruciale avant l’émergence des adultes qui se produit généralement entre la fin du mois de juillet et le mois d’août.
Distribution
Le Thècle du bouleau occupe une vaste répartition paléarctique. En Europe, l’espèce est largement répandue en zone tempérée. Elle est bien présente en France, au Royaume-Uni, en Europe centrale et orientale, ainsi qu’en Italie et dans les Balkans. Vers le nord, sa limite atteint le sud de la Scandinavie, sans pénétrer dans les régions les plus septentrionales.
Dans la péninsule Ibérique, elle occupe principalement la moitié nord du territoire, devenant plus localisée vers le centre et rare dans les zones méditerranéennes les plus sèches.

Son aire de distribution se prolonge largement vers l’est à travers la Russie et la Sibérie. Elle atteint l’Extrême-Orient asiatique, avec des populations en Corée et dans le nord-est de la Chine. Cette large extension traduit son adaptation aux milieux tempérés, en particulier aux paysages bocagers et aux zones riches en arbustes du genre Prunus.
Taxonomie
Le Thècle du bouleau a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio betulae.
Le nom de genre Thecla a été créé en 1807 par l’entomologiste danois Johan Christian Fabricius.
La famille des Lycaenidae a été proposée en 1819 par l’entomologiste britannique William Elford Leach.
Étymologie
La Thècle du bouleau a été décrite par Carl von Linné en 1758 sous le nom Papilio betulae.
Le nom de genre Thecla a été créé en 1807 par Johan Christian Fabricius. Selon Arthur Maitland Emmet, il reprend le nom de sainte Thècle, vierge et martyre honorée par l’Église grecque orthodoxe. Fabricius utilisait volontiers pour ses genres des noms de personnages empruntés à l’histoire ou à la littérature.
L’épithète betulae vient du latin betula, qui signifie « bouleau ». Emmet souligne cependant que le bouleau n’est pas la plante hôte habituelle de la chenille. Linné mentionnait également le Prunellier (Prunus spinosa), qui est bien l’une de ses principales plantes nourricières.
Les recherches ultérieures ont confirmé que la chenille se développe principalement sur le Prunellier (Prunus spinosa) ainsi que sur d’autres Rosacées, notamment les pruniers sauvages et cultivés.
Heiko Bellmann, dans son très intéressant ouvrage Quel est ce papillon ?, signale lui aussi que le Prunellier et le Prunier sont les principales plantes nourricières de l’espèce. Il ajoute toutefois que le Bouleau verruqueux (Betula pendula) pourrait servir occasionnellement de plante hôte en Allemagne et en Scandinavie. Le choix de l’épithète betulae par Linné n’était donc peut-être pas entièrement dénué de fondement.
Noms vernaculaires
Le nom français « Thècle du bouleau » est la traduction de l’épithète latine betulae.
L’espèce est également appelée Porte-Queue à bandes fauves. Cette appellation fait référence à la couleur fauve de la face inférieure des ailes, traversée par deux fines bandes blanches caractéristiques.
Noms à l’étranger
Les noms attribués à cette espèce à l’étranger font tantôt référence à sa couleur, tantôt à ses dessins ou à ses plantes hôtes.
Les Anglais la nomment « Brown Hairstreak » (« Porte-queue brun »). Les Allemands utilisent « Nierenfleck-Zipfelfalter » (« Porte-queue à tache réniforme ») et les Néerlandais « Sleedoornpage » (« Thècle du Prunellier »).
Les Espagnols l’appellent « Topacio » (« Topaze »), les Russes « Зефир берёзовый » (« Zéphyr du bouleau ») et les Suédois « Björksnabbvinge » (« Porte-queue du bouleau »).
Pour découvrir les autres étymologies,c’est ici
* Réniforme : qui a la forme d’un rein
* Réticulé : Qui a la forme d’un réseau.
* Guide pratique des papillons de jour par Jean-pierre Moussus , Thibault Lorin et Alan Cooper. Éditions Delachaux et Niestlé
* Quel est donc ce Papillon par Heiko Bellman. Éditions Nathan
