- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille :Nymphalidae
- Sous-famille : Nymphalinae
- Genre : Aglais
Présentation
La Petite Tortue est un lépidoptère de la famille des Nymphalidae, de la sous-famille des Nymphalinae et du genre Aglais. Ce genre compte plusieurs représentants à travers le monde, principalement localisés dans l’hémisphère Nord. En France, on rencontre principalement la Petite Tortue (Aglais urticae) et son cousin germain, le Paon du jour (Aglais io). Une autre espèce, la Petite Tortue corse (Aglais ichnusa), est endémique de Corse et de Sardaigne, tandis que d’autres membres comme Aglais milberti occupent le territoire nord-américain.
Autrefois classés selon des critères moins précis, les Nymphalinae forment aujourd’hui une sous-famille pilier au sein des Nymphalidae. Dans le monde des lépidoptères, ils forment une lignée à part, celle des espaces ouverts et des plantes rudérales. Les naturalistes les décrivent souvent comme des papillons « vifs et opportunistes », soulignant le lien qui les unit aux friches, aux bords de chemins et surtout aux massifs d’orties. Là où d’autres espèces s’enfoncent dans l’ombre des sous-bois, les Nymphalinés recherchent la pleine lumière pour activer leur métabolisme.

Parmi les critères qui permettent d’identifier les membres de cette lignée, on peut noter :
- La première paire de pattes atrophiée : Comme tous les Nymphalidae, les pattes antérieures sont réduites et repliées contre le thorax, ne servant pas à la locomotion.
- Les ailes vivement colorées : Le dessus présente des couleurs chaudes (fauve, orange, rouge) destinées à l’identification et aux parades territoriales.
- Les ocelles ou lunules : Les ailes sont souvent ornées de motifs complexes, comme les lunules bleu vif de la Petite Tortue, qui contrastent avec le fond orangé.
- Le revers cryptique : Contrairement au dessus éclatant, le revers des ailes est sombre et terne (brun ou gris), assurant une dissimulation parfaite lorsque le papillon est au repos ou en hivernation.
- La résistance thermique : Les adultes sont capables d’hiverner grâce à la production de glycérol, une stratégie de survie qui leur permet de réapparaître dès les premiers rayons de soleil printaniers.
Description
Les membres du genre Aglais se caractérisent notamment par une face supérieure rouge ou orangée, ornée d’une bordure noire, jaunâtre et blanche dont les différentes dispositions permettent de distinguer les espèces entre elles. Chez la Petite Tortue, le dessus des ailes affiche un orange vif bordé d’une bande sombre à l’intérieur de laquelle scintille une série de petites lunules bleu clair. Le bord d’attaque de chaque aile antérieure comporte trois taches noires imposantes séparées par deux taches jaunes, ainsi qu’une marque blanche située près de l’apex. Trois autres taches noires, plus petites, ponctuent la partie arrière des ailes antérieures tandis que la zone basale, proche du corps, se pare d’un brun profond qui s’étend parfois en un léger saupoudrage d’écailles sombres vers le centre de l’aile. Le corps lui-même est brun vert, recouvert de poils plus ou moins longs qui participent à son isolation thermique tout en agissant comme des capteurs sensoriels capables de percevoir les vibrations de l’air.


Le dessous des ailes, d’un brun sombre et terreux, adopte un mode cryptique qui tranche radicalement avec les couleurs éclatantes de la face supérieure. Ce camouflage est renforcé par le contour découpé, presque dentelé, des ailes qui brise la silhouette du papillon et l’aide à se fondre parmi les feuilles mortes ou les écorces. Cette efficacité est redoutable : dès que le lépidoptère ferme ses ailes, il devient quasiment invisible, même pour un observateur averti. Les effectifs de cette espèce peuvent varier de manière spectaculaire d’une année sur l’autre en fonction des aléas climatiques. Son cycle annuel comporte généralement deux générations ; on dit alors que l’espèce est bivoltine. Dans les régions les plus méridionales ou lors d’étés particulièrement longs, une troisième génération peut parfois voir le jour.
À l’inverse, dans les zones plus froides comme en haute altitude, la saison estivale est trop courte pour permettre deux cycles complets. Le papillon n’y produit alors qu’une seule génération, ce qui en fait une espèce univoltine dans ces conditions spécifiques.
Les adultes butinent une grande variété de fleurs avant de chercher refuge pour l’hiver dans des cavités ou parfois même à l’intérieur des habitations. En état d’hibernation, les Petites Tortues sont capables de supporter des froids extrêmes, pouvant survivre à des températures de -25 °C grâce à la production de glycérol, un antigel naturel qu’elles diffusent dans leur organisme.
Habitat
La Petite Tortue est une espèce généraliste que l’on trouve dans des milieux très variés. Elle fréquente principalement les zones ouvertes et ensoleillées où l’ortie prospère. On l’observe régulièrement dans les jardins fleuris, les parcs urbains et les lisières de forêts. Les friches industrielles et les bords de chemins constituent également des refuges précieux pour ce papillon.

les femelles petites tortues peuvent pondre.
En milieu rural, elle apprécie les prairies bocagères et les pâturages riches en fleurs sauvages. La proximité de zones humides est un atout, car l’ortie y pousse avec plus de vigueur. En montagne, elle occupe les alpages fleuris jusqu’à la limite des neiges éternelles. Son habitat doit impérativement combiner deux éléments : des plantes nectarifères pour l’adulte et des massifs d’orties bien exposés pour ses chenilles. La disparition des zones incultes et l’entretien trop rigoureux des jardins réduisent malheureusement ses espaces de vie.
Plantes hôtes
La Grande Ortie (Urtica dioica) est l’unique plante nourricière de la Petite Tortue. Cette plante constitue toutefois un support de ponte privilégié pour une multitude d’autres espèces qui ne sont pas forcément exclusives à ce végétal. En préservant un massif, on favorise ainsi le développement d’une quarantaine de lépidoptères différents. Parmi les papillons de jour, on observe régulièrement les pontes du Paon du jour, du Vulcain, de la Carte géographique ou de la Belle-Dame. Le Robert-le-Diable fréquente aussi volontiers l’ortie, même s’il peut choisir d’autres essences.


Cette plante attire également de nombreux papillons de nuit et des micro-lépidoptères comme la Pyrale de l’ortie. Elle accueille une grande diversité d’écailles, notamment l’Écaille rouge, l’Écaille martre, l’Écaille cramoisie, l’Écaille lièvre ou l’Écaille ensanglantée. Le monde des noctuelles profite aussi de cette ressource avec le Lambda, la Plusie confluente, la Méticuleuse ou la Noctuelle à lunettes. La présence de l’ortie dans un jardin assure donc le maintien d’une part importante de notre faune ailée. Chaque massif devient une véritable pouponnière où cohabitent des espèces aux stratégies de survie différentes.
Cycle de vie
La parade nuptiale
Le cycle commence dès les premiers jours ensoleillés du printemps. Le mâle choisit un territoire bien exposé, souvent un talus ou un chemin, et attend le passage d’une femelle. Lorsqu’une partenaire approche, une parade nuptiale s’engage. Le mâle poursuit la femelle dans un vol rapide et saccadé. Cette course se termine au sol ou sur une feuille, où le mâle tambourine ses antennes contre les ailes de la femelle. Si elle accepte, l’accouplement a lieu et peut durer plusieurs heures. Ce moment est crucial pour assurer la fécondation des œufs avant la ponte.

Une fois fécondée, la femelle cherche un massif d’orties exposé au soleil. La chaleur est le moteur du développement de sa progéniture. Elle inspecte les feuilles et dépose ses œufs par paquets de 80 à 100 sur le revers des feuilles supérieures. Ces œufs vert clair éclosent environ deux semaines plus tard. À la naissance, les jeunes chenilles adoptent un comportement grégaire. Elles tissent ensemble un nid de soie protecteur qui capte la chaleur et les abrite des prédateurs.
Les chenilles grignotent les feuilles et se déplacent de plante en plante. Elles sont noires avec des points blancs et deux bandes jaunes latérales. Au dernier stade de leur croissance, les chenilles quittent le groupe. Elles cherchent un support stable pour entamer leur métamorphose. Elles se transforment en une chrysalide brune ou grise aux reflets dorés. Après deux semaines de nymphose, le papillon émerge. Selon le climat, la Petite Tortue produit deux à trois générations par an avant que les derniers adultes ne cherchent un abri pour passer l’hiver.
Les chenilles
À leur naissance, les chenilles mesurent à peine quelques millimètres. Elles possèdent un corps noir et brillant, parsemé de soies très fines. Rapidement, leur aspect change au fil des mues successives. À maturité, la chenille atteint environ 30 mm de long. Son corps devient d’un noir profond, parsemé d’une multitude de petits points blancs qui lui donnent un aspect granuleux.


On observe deux lignes longitudinales d’un jaune vif qui parcourent ses flancs. Ces bandes contrastées servent de signal d’avertissement pour les prédateurs. Le dos et les côtés sont hérissés de nombreuses épines ramifiées, appelées scoli. Ces pointes noires ne sont pas urticantes pour l’homme, mais elles découragent les oiseaux et les petits mammifères. La tête est entièrement noire et très dure, adaptée au broyage incessant des feuilles d’ortie.
Leur mode de vie influence aussi leur apparence. Comme elles vivent en cohortes dans un nid de soie, on les trouve souvent agglutinées les unes aux autres. Ce regroupement sombre permet d’absorber plus efficacement la chaleur du soleil. Au dernier stade, juste avant la nymphose, la chenille devient plus solitaire. Elle vide son tube digestif et prend parfois une teinte légèrement plus terne ou grisâtre avant de s’isoler pour tisser son bouton de soie.
La chrysalide
Lorsque la chenille a terminé sa croissance, elle quitte l’ortie pour trouver un support stable, comme cette citerne bleue. Elle s’immobilise et se suspend la tête en bas en formant un « J ». Pour ne pas tomber, elle tisse d’abord un coussinet de soie blanc et résistant sur le support. Elle s’y agrippe fermement à l’aide de ses fausses pattes anales avant de commencer sa transformation.
Sa peau se fend alors pour laisser apparaître la chrysalide. Lors de cette étape, elle rejette l’exuvie, cette vieille peau larvaire noire et épineuse qui reste souvent accrochée à côté d’elle. L’ancrage final est assuré par le crémaster, une extension pointue située à l’extrémité de l’abdomen. Ce crémaster est muni de minuscules crochets qui s’accrochent dans les fils de soie du coussinet, comme une fermeture velcro.



La chrysalide mesure environ 20 mm. Sa forme est anguleuse avec plusieurs pointes sur le dos. Sa couleur s’adapte à l’environnement pour parfaire son camouflage. On observe ici des teintes grisâtres et dorées. Les taches métalliques, semblables à de l’or poli, servent à briser sa silhouette en reflétant la lumière. À l’intérieur, le corps de la chenille se liquéfie totalement pour se reconstruire. Les ailes, les antennes et la trompe se forment en une douzaine de jours. Les motifs des ailes orangées deviennent visibles à travers la cuticule transparente juste avant l’émergence, environ douze jours plus tard.
J’ai eu la chance d’assister à ce phénomène l’an dernier au Jardin des oiseaux. Une chenille de Petite Tortue avait choisi de se fixer sur une citerne bleue pour opérer sa transformation. J’ai pu prendre en photo toute la préparation, mais j’ai hélas raté la période de l’émergence que j’attendais avec impatience. Je venais voir tous les matins, mais ce jour-là, je me suis réveillé trop tard. Lorsque je suis arrivé, la chrysalide était ouverte et le papillon s’était déjà envolé.
L’émergence
L’éclosion a souvent lieu tôt le matin. La cuticule de la chrysalide se fend sous la pression du papillon. La Petite Tortue s’extrait lentement de son enveloppe, les ailes encore toutes fripées et humides. Elle doit impérativement rester suspendue pour laisser la gravité et la circulation de l’hémolymphe déployer ses ailes.
Pendant environ une heure, le papillon reste immobile. Il rejette le méconium, un liquide rougeâtre constitué des déchets accumulés durant la métamorphose. Une fois ses ailes sèches et rigides, il prend son premier envol à la recherche de fleurs riches en nectar. Ce premier repas est vital pour reconstituer ses forces. Si le papillon émerge à la fin de l’été, il ne cherchera pas à s’accoupler. Il se nourrira intensément pour accumuler des réserves de graisse avant de s’endormir pour l’hiver.
L’hibernation
Contrairement à de nombreux autres papillons qui passent l’hiver sous forme d’œuf ou de chenille, la Petite Tortue hiverne à l’état adulte. Dès que les températures chutent et que les jours raccourcissent à la fin de l’été, le papillon cesse de s’alimenter pour s’accoupler. Il cherche alors activement un site protégé pour entrer dans une phase de sommeil profond appelée diapause.
Pour survivre aux gelées, l’insecte réduit son activité métabolique au minimum. Son corps produit des substances antigel naturelles qui empêchent ses cellules de geler. Il replie ses ailes pour ne montrer que leur revers sombre et granuleux, ce qui le fait ressembler à une feuille morte. Cette stratégie de camouflage est vitale pour échapper aux prédateurs durant les longs mois d’hiver.
Les sites d’hivernage sont variés. En milieu naturel, on la trouve dans des cavités d’arbres, des fissures de rochers ou des grottes. Elle apprécie également les constructions humaines sombres, fraîches et non chauffées, comme les greniers, les granges, les caves ou les abris de jardin. Il est fréquent d’en découvrir plusieurs individus immobiles, accrochés au plafond ou contre un mur.
Il arrive parfois qu’un redoux hivernal réveille prématurément le papillon. On peut alors l’apercevoir voler en plein mois de février si le soleil réchauffe suffisamment son abri. Cependant, ces réveils précoces sont dangereux car ils épuisent ses réserves d’énergie alors que les fleurs nectarifères sont encore rares. Le cycle ne reprendra véritablement qu’au printemps, lorsque les premières fleurs de saule ou de tussilage apparaîtront.
Les prédateurs
À chaque étape de son développement, la Petite Tortue doit faire face à de nombreux ennemis naturels. Malgré ses stratégies de défense, la mortalité est élevée, particulièrement lors des premiers stades de vie.
Les oiseaux insectivores sont les principaux prédateurs des chenilles et des adultes. Les mésanges et les fauvettes inspectent régulièrement les massifs d’orties. Pour se protéger, les chenilles comptent sur leur aspect épineux et leur vie en groupe, qui peut intimider un agresseur. Cependant, certains oiseaux ont appris à contourner ces défenses.

noter, ici, à quel point le corps de la mante se fond dans le paysage et combien il est difficile ,
même pour nous, de l’apercevoir.
Les insectes parasites représentent une menace plus discrète mais redoutable. Des petites guêpes et des mouches (les tachinaires) pondent leurs œufs directement dans le corps des chenilles ou sur les feuilles qu’elles consomment. Les larves se développent alors à l’intérieur de la chenille, finissant par la tuer avant ou pendant la nymphose. Il n’est pas rare de voir une chrysalide dont le développement s’arrête brutalement à cause de ce parasitisme.
Une fois devenue papillon, la Petite Tortue reste vulnérable. Les araignées, tapies dans les fleurs ou tendant leurs toiles sur les chemins, capturent de nombreux adultes. Les libellules, les mantes religieuse et les frelons peuvent également les intercepter en plein vol. Enfin, durant l’hiver, les petits mammifères comme les mulots ou les chauves-souris peuvent découvrir les papillons endormis dans les greniers ou les caves et s’en nourrir.
Confusion
La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) peut facilement être confondue avec sa cousine la Petite Tortue (Aglais urticae). Toutes deux font de la famille des Nymphalidae. (En haut grande tortue , en bas petite tortue)

Distribution
La Petite Tortue possède une aire de répartition exceptionnellement vaste, couvrant une grande partie de la zone paléarctique. On la retrouve depuis l’Europe occidentale et l’Afrique du Nord jusqu’à l’Asie centrale et au Japon. Cette grande capacité d’adaptation lui permet de coloniser des territoires aux climats très variés.
En France, ce papillon est présent sur l’ensemble du territoire, y compris en Corse. C’est l’un des lépidoptères les plus communs de nos régions. On l’observe de la plaine jusqu’à la haute montagne. En été, il n’est pas rare de croiser des individus à plus de 3 000 mètres d’altitude dans les Alpes ou les Pyrénées. Le papillon profite de la présence de l’ortie dans les alpages pour se reproduire loin de la chaleur des vallées.

Bien que l’espèce soit largement répandue, on observe parfois des disparitions locales temporaires. Ces fluctuations sont souvent liées à des étés particulièrement secs ou caniculaires qui font dépérir ses plantes hôtes. Cependant, grâce à son tempérament migrateur et sa grande mobilité, la Petite Tortue recolonise généralement ses anciens habitats dès que les conditions redeviennent favorables.
Taxonomie
L’espèce a été initialement décrite sous le nom de Papilio urticae par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758. À l’époque, il avait classé le genre Papilio dans le groupe des Nymphalis gemmati, ce qui signifie les nymphes à ocelles.
Le genre Aglais a été créé plus tard, en 1816, par le naturaliste suédois Johan Wilhelm Dalman.
La famille des Nymphalidae a été établie en 1815 par le naturaliste polyglotte Constantine Samuel Rafinesque. Elle regroupe des papillons dont la première paire de pattes est réduite, donnant l’impression qu’ils n’en possèdent que quatre.
Étymologie
Le genre « Aglais » a été créé en 1816 par le naturaliste suédois Johan Wilhem Dalman . Suivant les habitudes de Linné il emprunta le nom à la mythologie grecque .
« Aglais » vient du latin Aglaia (splendeur et brillance). C’est aussi la plus belle -une beauté éblouissante selon la légende- des trois Charites.
Linné aimait faire référence à la mythologie grecque ou romaine et il a déjà utilisé ce nom pour le grand nacré (Argynnis aglaja). Aglaja est l’ancienne graphie d’Aglaia.
« Urticae » qui veut dire « ortie » désigne simplement la principale plante hôte du papillon . la grande ortie dioïque.
Son nom vernaculaire de « Petite Tortue » est également emprunté, à la mythologie.
Selon certaines sources, « Tortue » viendrait du mot « tartare » qui désigne la région de l’enfer. Il lui a été donné en référence à la couleur orange-feu du papillon. Le diminutif « Petite » sert à le différencier de son cousin « la Grande Tortue » qui lui ressemble beaucoup.
Selon d’autres sources le mot “Tortue” aurait été employé pour la première fois sur ce papillon en 1699 par l’entomologiste James Pétiver qui trouvait que les motifs clairs et sombres de ses ailes faisaient penser , par la répartition des taches de couleurs, aux carapaces de certaines tortues. En réalité, Pétiver ne parlait pas des tortues elles même mais d’un matériau de luxe fabriqué avec l’écaille de tortue . On en retrouve la preuve dans un texte du physicien et naturaliste Français Réaumur qui écrit en 1734 : -« « il est l’un de ceux à qui on a donné le nom de tortue, à cause de la distribution de ses couleurs, qui imite en quelque sorte celles des taches de l’écaille ».
Le nom vernaculaire vanesse de l’ortie a été donné par l’entomologiste Johan Christian Fabricius . « Vanesse » est un hommage à Vanessa , l’héroïne d’un roman de Jonathan Swift qui avait dû marquer Fabricius. Le mot « ortie » fait évidemment référence à l’unique plante hôte.
La Petite Tortue est également appelée « Petit Renard » en raison de la couleur fauve tachée de blanc de ses ailes que l’on retrouve sur notre renard roux (Vulpes, vulpes ).
À l’étranger
La Petite Tortue est un papillon si commun et si apprécié qu’il possède un nom évocateur dans presque toutes les langues. On remarque que les peuples l’ont baptisé selon trois critères principaux : sa ressemblance avec l’écaille de tortue, sa couleur rousse ou son lien indéfectible avec l’ortie.
Les Anglais la nomment Small tortoiseshell (petite écaille de tortue), rejoignant ainsi l’observation de James Petiver sur les motifs des ailes. Les Espagnols utilisent également cette image avec le nom Ortiguera (écaille de tortue).
Pour d’autres peuples, c’est sa ressemblance avec le pelage fauve du renard qui l’emporte. C’est le cas des Allemands qui l’appellent Kleiner Fuchs (petit renard), des Néerlandais avec Kleine vos (petit renard) et des Hongrois avec Kis rókalepke (petit papillon-renard).
Enfin, de nombreux pays privilégient sa plante nourricière ou la forme de ses ailes. En Suède, on l’appelle Nässelfjäril (papillon des orties). Au Danemark, son nom est Nældens takvinge (aile dentelée de l’ortie) et en Norvège, Neslesommerfugl (papillon des orties). Les Italiens la nomment Vanessa dell’ortica (vanesse de l’ortie) et les Russes Крапіўніца (ortie). Les Polonais utilisent le nom Rusałka pokrzywnik (nymphe des orties) et les Tchèques Babočka kopřivová (vanesse de l’ortie). Au Japon, elle est nommée Ko-hi-odoshi (petite armure aux lacets écarlates), en référence aux couleurs vives des armures de samouraïs.
Pourquoi des noms scientifiques
Je veux profiter ici de la confusion entre ces deux papillons pour montrer l’importance des noms scientifiques qui n’est pas toujours évidente pour les personnes qui commencent à s’intéresser aux papillons. Pourquoi, se demandent -ils, ne pas se satisfaire des noms vernaculaires que beaucoup plus de gens connaissent ? La première raison est que les noms vernaculaires sont souvent locaux ou spécifiques à un pays. Le Flambé s’appelle ainsi en France, mais a un tout autre nom dans les autres pays. Les Allemands disent « Segelfalter », les Anglais « Scarce Swallowtail » et les Italiens « Podalirio ». À l’inverse, le nom scientifique est le même pour tous les habitants de la planète et les scientifiques ou les amateurs peuvent ainsi échanger avec leurs collègues étrangers en ayant l’assurance qu’ils parlent du même papillon .
L’autre raison est qu’il est plus précis comme on le voit dans ce cas particulier . Les noms de Petite Tortue ou Grande Tortue pourraient laisser penser que ces deux papillons sont de proches cousins or le nom scientifique nous montre le contraire . La petite tortue (Aglais urticae) nous dit que le papillon fait partie du genre « Aglais » alors que la grande tortue (Nymphalis poychloros) fait partie d’un autre genre très éloigné , les nymphalis .
Première et dernière petite Tortue vu au jardin des oiseaux


