Petite Tortue (Aglais urticae) 31 mai 2022

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille :Nymphalidae
  • Sous-famille : Nymphalinae
  • Genre : Aglais

Présentation

Un de mes papillons préféré . La Petite tortue ou Vanesse de l’ortie.
Son premier nom scientifique fut “Papilio urticae” dans la nomenclature binominale de Linné qui l’a observé, décrit, identifié et nommé en 1758.
« Papilio », parce que c’est un papillon et « urticae » parce que la grande ortie (Urtica dioica ) est son unique plante hôte. C’est-à-dire qu’elle est celle sur laquelle il pond ses œufs par grappes et dont les feuilles serviront de repas unique à ses chenilles (Ces dernières ont la particularité de tisser des nids communautaires).
Depuis, il a été renommé « Aglais urticae” .

Petite tortue (Papilio urticae)


Le terme Papilio était trop vague et les progrès de nos connaissances ont permis de le classer dans le genre « Aglais » qui compte plusieurs papillons comme : le paon du jour (Aglais io), la Petite tortue corse ou Vanesse de tyrrhénide (Aglais ichnusa), Aglais cachmirensis que l’on trouve en Asie, Aglais ladakensis qui est originaire de la région himalayenne ou Aglais milberti qui vit, lui, en Amérique du Nord.

Description

Les membres de la famille Aglais se caractérise notamment par une face supérieure rouge ou orangée ornée d’une bordure noire jaunâtre et blanches dont les différentes dispositions permettent de distinguer les espèces.

La petite tortue a le dessus des ailes orange vif. Celui-ci  est bordé, sur la marge de chaque aile, d’une bande sombre  à l’intérieur de laquelle se trouve une série de petites lunules bleu clair . Le bord d’attaque de chaque aile  antérieure comporte trois taches noires et une blanche près de l’apex. Deux  taches jaunes se trouvent entre les taches noires . Il y a trois autres taches noires plus petites sur la partie arrière des ailes antérieures.  La partie proche de la base des ailes (zone basale) comporte une zone brune. Le corps est brun vert et recouvert  de poils plus ou moins longs.

Le dessous brun sombre est sur un mode cryptique qui tranche avec les couleurs éclatantes du dessus . J’ai d’ailleurs aperçu une Petite Tortue cet après-midi et j’ai pu mesurer l’efficacité du camouflage. Avec les ailes ouvertes sur le sol on ne voyait  qu’elle, et dès qu’elle les fermait  j’avais beaucoup de mal à la retrouver bien que je sache dans quelle partie du massif elle se trouvait.   

Les effectifs de ce papillon peuvent énormément varier d’une année sur l’autre selon les différences de climat. L’espèce produit une à deux générations par an. On peut les rencontrer du mois de mars jusqu’au mois de septembre. Les adultes butinent une grande variété de fleurs et passent l’hiver à l’abri dans des recoins ou des cavités. Parfois même à l’intérieur des habitations.

En état d’hibernation,  les Petites Tortues sont capables de supporter de grands froids. Ils peuvent  survivre à des températures de -25 degrés grâce à des sécrétions d’antigel (glycol)  qu’elles injectent dans le corps et leurs ailes.  

Étymologie

Le genre « Aglais » a été créé  en 1816 par le naturaliste suédois Johan Wilhem Dalman . Suivant les habitudes de Linné  il emprunta le nom à la mythologie grecque .  

« Aglais » vient du latin Aglaia (splendeur et brillance). C’est aussi la plus belle -une beauté éblouissante selon la légende- des trois Charites.

Linné aimait faire référence  à la mythologie grecque ou romaine et il a déjà utilisé ce  nom pour le grand nacré (Argynnis aglaja). Aglaja est l’ancienne graphie d’Aglaia.

« Urticae » qui veut dire “ortie” désigne simplement la principale plante hôte du papillon . la grande ortie dioïque.

Son nom vernaculaire de « Petite Tortue » est également emprunté, à la mythologie.
Selon certaines sources, « Tortue » viendrait du mot « tartare » qui désigne la région de l’enfer. Il lui a été donné en référence à la couleur orange-feu du papillon. Le diminutif « Petite » sert à le différencier de son cousin « la Grande Tortue » qui lui ressemble beaucoup.

Selon d’autres sources le mot “Tortue” aurait  été employé pour la première fois sur ce papillon en 1699 par l’entomologiste James Pétiver qui trouvait que les motifs clairs et sombres de ses ailes faisaient penser , par la répartition des taches de couleurs, aux carapaces  de certaines  tortues. En réalité, Pétiver ne parlait pas des tortues elles même mais d’un matériau de luxe fabriqué avec l’écaille de tortue . On en retrouve la preuve dans un texte du physicien et  naturaliste Français  Réaumur qui écrit en 1734 : -« “il est l’un de ceux à qui on a donné le nom de tortue, à cause de la distribution de ses couleurs, qui imite en quelque sorte celles des taches de l’écaille”.

Le nom vernaculaire vanesse de l’ortie a été donné par l’entomologiste Johan Christian Fabricius . « Vanesse »  est un hommage à Vanessa , l’héroïne d’un roman de Jonathan Swift qui avait dû marquer Fabricius.  Le mot “ortie” fait évidemment référence à l’unique plante hôte.

La Petite Tortue est également appelée « Petit Renard » en raison de la couleur fauve tachée de blanc  de ses ailes que l’on retrouve sur notre renard roux (Vulpes, vulpes ).

Les anglais la nomment small tortoiseshell (petite tortue) les allemands Kleiner fuchs (Petit renard), les italiens Vaneesa dell’ ortica (Vanesse de l’ortie)  les espagnols Ortiguera (Ecaille de tortue), les polonais Rusałka pokrzywnik (Ortie piquante de russie), les néerlandais Kleine vos (petit renard), les Russes Крапіўніца (ortie).

Si vous regardez bien, je suis sûr que vous en verrez forcément passer dans votre jardin.
Au jardin des oiseaux, ils sont très nombreux en ce moment et mâles et femelles passent beaucoup de temps à se courir après.
Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais cela a l’air assez urgent.

Dessous des ailes cryptique de la Petite tortue

Plantes hôtes

N’ayant qu’une seule plante hôte (l’ortie) La Petite Tortue en est dépendante et peut parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un site de ponte.
Pensez-y lorsque vous arracherez les orties chez vous et au lieu de jurer contre cette « mauvaise herbe » dites-vous qu’elle est un des sites de ponte préférés de nombreux papillons.

Et si vous décidez de les arracher malgré tout, ne venez pas vous plaindre après qu’il n’y a plus de papillons. On ne peut pas fermer la maternité et la cantine et se plaindre ensuite qu’il n’y a plus d’enfants dans le village.

cycle de vie

Les premiers  accouplements ont lieu au printemps . Les femelles pondent leurs œufs par groupe de 80 à 200 sur le revers des feuilles d’ortie.

Après l’éclosion, les chenilles se rassemblent spontanément et tissent un nid de soie dans lequel elles passent les premières semaines. Ce regroupement fait qu’elles sont parfois prises pour des chenilles processionnaires et malheureusement détruites.

Chenille de la petite tortue (photo google)
Chenille de la petite tortue qui débute sa nymphose

Les jeunes chenilles sont d’abord presque noires puis elles passent par plusieurs stades durant lesquels leur couleur s’éclaircit. Apparaissent aussi sur leur dos des scoli surmontés de piquants. Les chenilles « adultes »mesurent 25 mm. Leur corps est noir et traversé d’une double bande de couleur jaune .

Coussinet de soie qui maintient la chenille à son support

Parvenus au dernier stade , les chenilles se séparent et vont chercher un endroit isolé qui peut se trouver plusieurs mètres de leurs plantes hôtes. Elles se fixent à un support grâce à un coussinet de soie et s’immobilisent en prenant la forme d’un L. Elle entame alors la nymphose. Un ou deux jours après, la cuticule se fend et la chrysalide apparait. Le papillon émerge de la chrysalide 15 jours après .

La même chenille prise le lendemain . Elle s’est débarrassée de sa cuticule dans la nuit et a entamé sa transformation en chrysalide . La forme bouge encore un peu de gauche à droite et sera bientôt totalement immobile . À ce stade les lépidoptères sont très vulnérables  et les prédateurs n’ont qu’à se baisser pour la croquer . Les oiseaux sont le  principal danger, mais les chrysalides peuvent être également victimes  des mulots, des musaraignes,  des fourmis,  des perce-oreilles ou des coléoptères . elles peuvent aussi être  attaquées par des champignons ou des guêpes parasitoïdes.

Taxonomie

L’espèce a été initialement décrite  « Papilio urticae » par le naturaliste Carl von Linné en 1758 . Il avait classé le genre Papilio  dans les groupe des « Nymphalis gemmati » ou les  « nymphes à ocelles. le genre  Le genre aglais a été crée  en 1816 par le naturaliste suédois Johan Wilhem Dalman.

Distribution

Carte GBIF de la présence de la petite tortue dans le monde

Confusions possibles

La Grande Tortue (Nymphalis polychloros)  peut facilement être confondue   avec sa cousine   la Petite Tortue  (Aglais urticae). Toutes deux font de la famille des Nymphalidae. (En haut grande tortue , en bas petite tortue)

Quelques différences permettent pourtant  de les distinguer

  • La Petite Tortue possède une tache blanche sur l’apex des ailes antérieures alors que cette zone  est jaunâtre sur  la grande tortue.
  • La couleur orange comme le jaune sont plus intenses chez la Petite Tortue. Sur la Grande Tortue le orange est plus terne et vire vers le fauve .
  • La taille des lunules bleus sont proportionnellement plus grandes et plus visibles sur la Petite Tortue . Le bleu est lui aussi plus saturé et lumineux.
  • Les zones jaunes entre les taches noires sur l’avant des ailes sont proportionnellement plus grandes sur la Petite Tortue .
  • La Petite Tortue est, comme son nom l’indique, plus petite que sa cousine . La première a une envergure de 40 à 50mm alors que la deuxième se situe plutôt entre 50 et 60 mm.
  • La Grande Tortue possède 4 taches sur l’aire posdicale* (ou aire posmédiane) alors que la Petite Tortue n’en a que 3.  
  • D’autres différences non physiques existent, comme le fait que la Petite Tortue soit une véritable butineuse de nectar (multifleurs) alors que la Grande Tortue se nourrit plutôt de la sève des arbres.  

Pourquoi des noms scientifiques

Je veux profiter ici de la confusion entre ces deux papillons pour montrer l’importance des noms scientifiques qui n’est pas toujours évidente pour les personnes qui commencent à s’intéresser aux papillons. Pourquoi, se demandent -ils, ne pas se satisfaire des noms vernaculaires que beaucoup plus de gens connaissent ? La première raison est que les noms vernaculaires  sont souvent locaux ou spécifiques à un pays. Le Flambé s’appelle ainsi en France, mais a un tout autre nom dans les autres pays. Les Allemands disent « Segelfalter », les Anglais  « Scarce Swallowtail » et les Italiens « Podalirio ».  À l’inverse, le nom scientifique est le même pour tous les habitants de la planète et les scientifiques ou les amateurs peuvent ainsi échanger avec leurs collègues étrangers en ayant l’assurance qu’ils parlent du même papillon .

L’autre raison est qu’il est plus précis comme on le voit dans ce cas particulier . Les noms de Petite Tortue ou Grande Tortue pourraient laisser penser que ces deux papillons sont de proches cousins or le nom scientifique nous montre le contraire . La petite tortue (Aglais urticae) nous dit que le papillon fait partie du genre “Aglais” alors que la grande tortue (Nymphalis poychloros)  fait partie d’un autre genre très éloigné , les nymphalis  .

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