Libellule déprimée (Libellula depressa)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Sous classe: Pterygota
  • Ordre : Odonata
  • Sous-ordre: Anisoptera
  • Famille :Libellulidae
  • Genre : Libellula

Présentation

C’est certainement la libellule que je vois le plus souvent au jardin, avec les demoiselles Platycnemis pennipes. Mais ces dernières, dont les ailes se referment vers l’arrière, sont des Zygoptères, alors que la Libellule déprimée, plus robuste et qui garde les quatre ailes étalées à plat, fait partie des Anisoptères.

Ces deux sous-ordres forment l’ordre des odonates, qui regroupe les espèces que l’on appelle communément les libellules. Un troisième groupe a été décrit, les Anisozygoptera, aujourd’hui représentés par quelques espèces relictuelles en Asie.

Libellule déprimée mâle
Libellule déprimée mâle

Présentation

La Libellule déprimée est une espèce d’odonate appartenant à la famille des Libellulidae. Cette famille compte environ 1 000 espèces dans le monde, dont une cinquantaine en Europe et un peu plus d’une vingtaine en France. Parmi les plus communes figurent la Libellule fauve, la Libellule à quatre taches ou encore l’Orthétrum réticulé.

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la forme de l’abdomen, souvent relativement court et élargi par rapport à d’autres familles d’odonates. La cuticule peut sécréter une pruinosité cireuse chez les mâles de certaines espèces à maturité. Cette substance ne sert pas uniquement à la distinction sexuelle, elle joue également un rôle dans la protection contre les rayonnements ultraviolets.

Elle appartient au genre Libellula, qui regroupe des insectes dont les larves sont inféodées aux milieux aquatiques stagnants ou faiblement courants. La particularité de ce genre est la présence fréquente de taches sombres basales sur les ailes, souvent bien visibles. Ce groupe peut présenter un dimorphisme sexuel : les mâles adultes développent souvent une coloration pruineuse différente de celle des femelles et des juvéniles.

Le genre se distingue également par un comportement territorial marqué, ce qui facilite la surveillance des sites de ponte et la capture de petits insectes volants. Les mâles effectuent des vols stationnaires suivis d’attaques rapides pour chasser les intrus de leur périmètre. La Libellule déprimée demeure l’une des espèces les plus communes en raison de sa présence régulière à proximité des points d’eau.

Description

La libellule déprimée est un insecte de taille moyenne au corps massif. Elle mesure de 39 à 48 mm de long et possède une envergure d’environ 70 mm. Son abdomen est particulièrement large et aplati. Cette forme inhabituelle la rend très reconnaissable par rapport aux autres espèces qui ont souvent un corps cylindrique.

Le dimorphisme sexuel permet de distinguer facilement les sexes. Les mâles ont l’abdomen bleu clair alors qu’il est brun jaunâtre chez les femelles. Cette couleur bleue n’est pas une teinte de peau, mais une fine couche cireuse appelée pruine qui apparaît à la maturité.

Les deux sexes portent des lunules jaunes sur les côtés. Avec l’âge, l’abdomen des femelles peut aussi se couvrir d’une pruine bleu-gris qui peut atténuer ces taches jaunes.

Les juvéniles ont la même couleur dorée que la femelle.

Le thorax est brun, parfois légèrement doré, avec de larges bandes plus claires sur les côtés et des bandes antéhumérales plus discrètes. Les yeux, très performants grâce à leurs 15 000 facettes, sont brun-violacé. La libellule déprimée possède aussi 3 ocelles, ou yeux simples, situés devant les yeux composés. Ils servent à la stabilité du vol.

les 4 taches sombres avec leurs nervures jaunes situées à la base des ailes antérieures et postérieures sont une autre particularité de cette espèce.

Appendices courts et écartés des femelles
Appendices courts et écartés des femelles
Cercoïdes longs et rapprochés des mâles
Appendices longs et rapprochés des mâles

On distingue les sexes en observant l’extrémité de l’abdomen . Les mâles possèdent des appendices anaux longs et rapprochés, alors que ceux des femelles sont plus courts et écartés.

Comportement

Les mâles aiment se poster en hauteur pour surveiller leur territoire et poursuivent tous les concurrents qui osent s’aventurer sur leur bout de terrain. Comme la plupart des odonates, l’espèce vit près des cours d’eau et des petites rivières avec une préférence marquée pour les eaux stagnantes et bien ensoleillées. La libellule déprimée est une espèce pionnière qui est souvent la première à coloniser une nouvelle mare de jardin.

Après chaque assaut, le mâle revient à son perchoir. Ces patrouilles aériennes ne visent pas seulement la femelle ou des mâles concurrents, mais aussi des insectes plus volumineux sur lesquels il veut marquer sa domination. Lorsqu’il ne patrouille pas, il reste au repos les ailes étalées bien à plat. Cette posture typique lui permet de capter la chaleur du soleil tout en gardant un champ de vision dégagé.

Au jardin des oiseaux, j’ai installé une série de piquets sur lesquels les libellules viennent se poser. J’ai nommé cette installation la piste d’atterrissage pour odonates.

Vieille Libellule déprimée femelle avec l'abdomen couvert d'une pruine gris bleu.
Vieille Libellule déprimée femelle avec l’abdomen couvert d’une pruine gris bleu.

En plaçant des piquets de hauteurs différentes, on peut voir les diverses espèces de libellules se partager l’espace. La libellule déprimée, étant très territoriale, s’approprie généralement le piquet le plus haut. Ce sommet lui offre la meilleure vision pour dominer tout le secteur. Les espèces plus petites ou moins agressives s’installent alors sur les perchoirs inférieurs. Cette organisation évite les conflits permanents et permet à chaque insecte d’économiser son énergie. En restant immobile sur son piquet, la libellule peut aussi régler sa température. S’il fait trop chaud, elle dresse son abdomen vers le ciel dans la position de l’obélisque. Le matin, elle préfère rester bien à plat pour capter la chaleur du soleil.

Alimentation

Comme toutes les libellules, la libellule déprimée est carnivore. Et elle l’est au stade d’adulte comme au stade larvaire.  La plupart des proies sont des arthropodes et notamment des insectes. Ses mets préférés sont les moustiques, les mouches, les éphémères ou les papillons. Pour capturer ces insectes en plein vol, l’adulte utilise ses six pattes pour les saisir avant de les broyer avec ses mandibules puissantes. Sa vision panoramique lui permet de détecter ses cibles dans toutes les directions. Au stade larvaire, elle chasse à l’affût dans la vase. Elle projette alors son masque, une mâchoire articulée, pour capturer des proies aquatiques comme des larves de moustiques ou même de petits têtards.

Reproduction

L’accouplement des libellules déprimées est particulièrement rapide. Il peut durer 30 secondes, mais se limite souvent à quelques secondes. La femelle pond ses œufs dans la foulée sur des herbes ou des éléments flottants à la surface de l’eau. Elle effectue pour cela des manœuvres spectaculaires pour déposer ces œufs un à un. Cette ponte est dite exophytique : la femelle frappe la surface de l’eau avec l’extrémité de son abdomen pour libérer les œufs plutôt que de les insérer dans les tissus des plantes, comme le font d’autres odonates. Pendant ce temps, le mâle effectue un vol stationnaire autour de la femelle pour la protéger des prédateurs.

Larve de libellule déprimée
Larve de libellule déprimée Domaine public

Et gare à l’insecte qui oserait l’approcher : le mâle l’attaquera aussitôt et l’obligera à quitter le secteur. Les œufs éclosent quelques jours plus tard, puis les larves entament une série de mues qui peut durer un ou deux ans. Ces dernières vivent camouflées dans la vase et utilisent un labium articulé, nommé masque, pour capturer leurs proies. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, la tête des larves porte des petites antennes et fait quasiment la même largeur que le corps.     

Distribution

La libellule déprimée occupe une zone immense qui couvre l’Europe et une partie de l’Asie. Elle est très présente en Europe centrale et dans les pays de l’Ouest. On la trouve depuis l’Espagne et le Portugal jusqu’aux plaines d’Asie centrale. Vers le nord, elle monte jusqu’au sud de la Norvège et de la Suède. Elle est très commune dans toute la France et en Angleterre, mais elle n’existe pas en Irlande ni en Islande. Au sud, on peut l’observer sur les côtes du nord de l’Afrique et dans plusieurs pays du Moyen-Orient comme la Turquie, le Liban, Israël ou le nord de l’Iran.

Carte Gbif de la présence de la Libellule déprimée dans le monde
Carte Gbif de la présence de la Libellule déprimée dans le monde

Taxonomie

L’espèce a été décrite et nommé en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné

Le nom de genre Libellula a également été créé par Linné en 1758. Dans son livre « Systema natura » on pouvait compter 18 espèces de « Libellula ».

La famille des Libellulidae a été proposée en 1842 par le médecin et entomologiste français Pierre Rambur. Elle la plus grande famille des Anisoptères et compte aujourd’hui dans ses rangs  plus de mille espèces.  

Étymologie

Le mot odonate vient du latin « odonata » qui est composé du mot grec « odon »  qui veut dire « dent » et du suffixe « ate »  qui signifie « pourvu de ».

D’autres sources avancent l’idée que le mot odonates viendrait de la contraction du mot « odo » « dent » et de Gnatos « mâchoire.

 Mais les deux propositions disent la même chose. Le nom leur a été donné pour souligner la puissance de leur appareil buccal de type broyeur comportant, de haut en bas : un labre, une paire de mandibules, une paire de maxilles et un labium .  

Le mot libellule vient du mot latin « libella » qui désignait dans les temps anciens un niveau qui avait la forme d’un T  . Le mot est utilisé en 1555 par le médecin et naturaliste français Guillaume Rondelet pour nommer le requin marteau (libella marina ) en raison de la forme en T de sa tête . Rondelet nomme la même année « libella fluviatilis » les larves des zygoptères qui avait comme les requins marteaux les yeux déportés. À sa suite les naturalistes se sont servis du mot libella pour nommer les odonates adultes .

Déprimée n’a rien à voir avec une quelconque dépression nerveuse, mais fait référence à l’abdomen particulièrement aplati de l’espèce.

La libellule déprimée a porté de nombreux autres noms communs  comme la libellule aplatie mais aussi  l’éleonore ( la femelle) ou  la philinthe (le mâle).

A l’étranger

Les catalans disent el cabot, le cap,

les espagnols La libellula de vientre plano

Les anglais : The broad-bodied chaser, Le chasseur au corps large.

Les allemands :  Der plattbauch, le ventre plat.

Les italiens : La libellula panciapiatta, la libellule à ventre plat.

* En 1996 le Paléobiologiste allemand spécialiste des insectes et notamment des libellules Gunter Bechly a regroupé les sous-ordres Anisoptera et Anizozygoptera sous le nom  d’Epiproctophora

Pruine : du latin pruine , givre.

Le pruine est une couche blanchâtre  et légèrement poudreuse qui recouvre la surface d’un végétal ou d’un animal.

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