Pennipattes bleuâtres (Platycnemis pennipes)

  • Règne : Animalia
  • Enbramchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Odonata
  • Sous-ordre: Zygoptera
  • Famille : Platycnemididae
  • Genre : Platycnemis

Présentation

Le Pennipatte bleuâtre appartient à l’ordre des Odonates.

Il fait partie du sous-ordre des Zygoptères, dont les membres sont appelés demoiselles.

Chez les zygoptères, les deux paires d’ailes sont identiques. Elles restent le plus souvent repliées vers l’arrière lorsque l’insecte se pose.

Accouplement de Penipattes bleuâtres
Accouplement de Penipattes bleuâtres

Les demoiselles se distinguent des anisoptères : chez ces derniers, les ailes antérieures et postérieures sont de taille et de forme différentes.

La famille des Platycnemididae compte un peu plus de 250 espèces dans le monde, une dizaine en Europe et trois en France. Ces libellules possèdent des tibias nettement élargis et aplatis, garnis de longues soies.

Parmi les espèces présentes en France figurent le Pennipatte bleuâtre, le Pennipatte blanchâtre et le Pennipatte orangé.

Le genre Platycnemis est caractérisé par des tibias généralement clairs, élargis en forme de plume et garnis de longues soies.

Description

Le Pennipatte bleuâtre est une demoiselle de taille moyenne, dont la longueur totale varie entre 35 et 37 millimètres. Son envergure atteint environ 45 millimètres.

Les pattes constituent le critère d’identification majeur de ce genre. Les tibias des pattes moyennes et postérieures sont fortement élargis, aplatis et de couleur claire (blanc à bleu très pâle selon le sexe). Ils portent sur leurs bords de longues soies noires et rigides. Une ligne noire longitudinale traverse également la face externe de ces tibias.

La tête très large est caractéristique des zygoptères. Les deux grands yeux composés se situent aux extrémités et assurent un champ de vision panoramique. Grâce à leurs yeux très développés, les odonates possèdent une vision bien supérieure à la nôtre, ce qui en fait de redoutables chasseurs. Sur le dessus du front, une large bande noire relie les deux yeux et intègre trois ocelles. Ces petits yeux simples, disposés en triangle, ne forment pas d’images mais perçoivent les variations de luminosité et aident l’insecte à maintenir son équilibre pendant le vol.

Juste en dessous, les pièces buccales forment un appareil broyeur très développé, adapté à la prédation. Le labrum, sorte de lèvre supérieure de couleur claire, surmonte de puissantes mandibules dentées et des maxilles mobiles. Ces appendices buccaux, entourés de petits poils sensoriels rigides, forment une pince très  efficace qui permet de  capturer et de broyer rapidement de petits insectes en plein vol.

Dans cette espèce, le dimorphisme est très marqué .

 Le mâle adulte est bleu pâle. Le dessus du thorax est noir et comporte, de chaque côté de la ligne centrale, sur chaque épaule, une bande claire séparée en deux lignes parallèles par un fin trait noir. On observe ainsi un total de quatre lignes claires longitudinales sur le dessus du thorax. L’abdomen, de couleur bleue, porte sur les segments S1 à S6 des lignes noires longitudinales très fines, qui s’élargissent en motifs géométriques ou en anneaux sur les segments S7 à S9. Le segment S10 est généralement entièrement bleu ou très peu marqué. Les yeux du mâle adulte sont d’un bleu vif.

Pennipatte bleuâtre mâle qui termine son repas.
Pennipatte bleuâtre mâle qui termine son repas.

La femelle adulte affiche une coloration beaucoup plus terne, généralement verdâtre ou brunâtre. Les motifs noirs sur son corps sont souvent plus réduits et plus fins que chez le mâle mais il existe là une grande variabilité qui fait que certaines femelles peuvent présenter  des bandes larges. Le dessus de son abdomen ne présente qu’une double ligne noire fine, souvent discontinue sur certains segments. Ses yeux sont de couleur beige ou verdâtre. Les individus immatures, qu’ils soient mâles ou femelles, sont presque entièrement blanchâtres et ne porte pas autant de marques noires.

Les ailes sont au nombre de 4. Elles sont transparentes, identiques en forme et en taille. Au repos, elles se replient vers l’arrière. Elles possèdent une nervation fine et se terminent par un ptérostigma (petite tache opaque) de forme allongée, de couleur marron.

Le Pennipatte bleuâtre est le Pennipatte le plus répandu en Europe.  

Alimentation

Le Pennipatte bleuâtre adulte est un prédateur strictement carnivore qui chasse à vue pendant la journée. Il utilise ses grands yeux composés pour repérer ses proies en plein vol et les capture directement dans les airs grâce à l’habileté de ses pattes antérieures.

Son régime alimentaire se compose principalement de petits insectes volants qu’il trouve à proximité des cours d’eau. Il consomme une grande quantité de moucherons, de moustiques, de petits diptères ainsi que de minuscules éphémères. Dès qu’il saisit une proie, il se pose généralement sur une feuille ou une tige de la végétation rivulaire. Ses puissantes mandibules broient alors rapidement la capture.

Vu sur le terrain (30/06/2026)

J’ai eu la chance ce matin d’assister à une tentative d’accouplement entre deux demoiselles Pennipattes bleuâtres (Platycnemis pennipes). La femelle, en vert, n’avait pas trop l’air d’accord pour recourber son abdomen et placer ses parties génitales sur celles du mâle. Le mâle, lui, était au contraire chaud comme la braise. Il l’a d’abord saisie par le cou avec sa pince anale, comme le font tous les mâles chez les odonates, puis l’a secouée dans tous les sens comme s’il voulait la stimuler et réveiller sa libido.

Il a ensuite entrepris le transfert de son sperme vers son appareil copulateur secondaire. J’ai pu constater que cette manœuvre n’était pas simple et qu’elle lui demandait un effort musculaire important. Dans la position où je les ai observés, le mâle devait fortement recourber son abdomen, ce qui l’obligeait à soulever la femelle qu’il maintenait toujours par le cou.

Une excroissance se détache nettement sous le deuxième segment du mâle (voir schéma ci -dessous) , situé juste derrière le thorax, à la base de son abdomen. Elle correspond à son appareil copulateur secondaire.

Ce n’est qu’après cette étape indispensable que la femelle peut, si elle y consent, ramener l’extrémité de son propre abdomen sous le deuxième segment du mâle pour former la roue copulatrice.

La femelle, ici, a refusé l’accouplement jusqu’au bout. Malgré les secousses et les tentatives répétées du mâle pour la guider, elle a gardé son abdomen rigide et dirigé vers le bas, ce qui a empêché la formation de la roue copulatrice.

Après plusieurs minutes d’efforts infructueux, le mâle a fini par relâcher sa prise. Les deux Pennipattes bleuâtres se sont alors séparés et se sont envolés chacun de son côté dans la végétation qui borde le fil.

Un mécanisme unique dans le règne animal

Chez les odonates, la reproduction repose sur une organisation anatomique singulière qui les distingue de la majorité des insectes. Le mâle possède deux ensembles fonctionnels liés à la reproduction : le premier, situé au niveau du neuvième segment, assure la production du sperme ; le second, situé sous le deuxième segment, permet son transfert et son stockage dans l’appareil copulateur secondaire.

Le premier correspond donc à l’appareil génital primaire. Il se situe à l’extrémité de l’abdomen, au niveau du neuvième segment. C’est dans cette région que sont produits les spermatozoïdes, au sein des testicules, avant d’être acheminés par les conduits génitaux jusqu’à l’orifice sexuel. Cette zone assure uniquement la production et l’émission du sperme.

Le second correspond à l’appareil copulateur secondaire. Il est situé à l’avant de l’abdomen, sous le deuxième segment. Il ne participe pas à la production des gamètes, mais assure le stockage et le transfert du sperme. Avant la copulation, le mâle y déplace sa semence depuis l’appareil génital primaire en recourbant fortement son abdomen. Le sperme est alors injecté dans cet organe spécialisé, où il est conservé en attente de l’accouplement. Lors de la reproduction, il est ensuite transféré vers la femelle à partir de cet appareil secondaire.

Cette organisation, qui sépare physiquement production et copulation, constitue une disposition tout à fait particulière dans le monde animal. Elle impose aux odonates un mécanisme de transfert interne complexe, directement lié à la morphologie de leur abdomen et à leur comportement reproducteur.

D’autres espèces

Ce mode de reproduction par transfert indirect de sperme se retrouve chez d’autres arthropodes terrestres, mais selon des modalités bien différentes. Les araignées mâles, par exemple, déposent leur semence sur une petite toile provisoire avant de l’aspirer et de la stocker dans leurs bulbes copulateurs situés sur leurs pédipalpes, près de la bouche. Les scorpions ou les salamandres confient quant à eux leur semence à une capsule gélatineuse, le spermatophore, déposée directement sur le sol ou au fond de l’eau, que la femelle recueille ensuite au cours d’une parade pédestre. Les odonates se distinguent de toutes ces espèces par une adaptation anatomique exclusive. Ils demeurent les seuls animaux à posséder un appareil copulateur secondaire complet et fixe, ancré sous leur propre abdomen.

De la ponte à l’adulte

Après l’accouplement, le mâle et la femelle restent généralement attachés ensemble pour former un tandem. Cette union permet au mâle de protéger sa partenaire contre les assauts des autres mâles. Dans le monde des demoiselles, les rivaux peuvent en effet éliminer la semence d’un concurrent pour la remplacer par la leur. En restant agrippé derrière la tête de la femelle, le mâle sécurise sa propre descendance jusqu’à la dépose des œufs.

Le couple survole ainsi la surface de l’eau à la recherche de plantes aquatiques ou de feuilles flottantes. La femelle insère alors ses œufs un par un directement dans les tiges ou sous les feuilles, juste sous la surface de l’eau. Si le couple se sépare ou subit une perturbation, la femelle continue parfois sa ponte en solitaire. Elle peut ainsi libérer jusqu’à 200 œufs minuscules qui mesurent à peine un millimètre de long.

Au bout de quelques semaines, les œufs éclosent et donnent naissance à de petites larves aquatiques. Ces larves vivent cachées au fond de l’eau, au milieu des débris de plantes ou de la vase. Ce sont des prédatrices discrètes qui se nourrissent d’autres minuscules organismes d’eau douce. Pour grandir, la larve doit changer de peau régulièrement : elle effectue ainsi entre 10 et 12 mues successives au cours de sa croissance. Cette vie sous l’eau dure généralement un à deux ans selon la température de l’eau et la quantité de nourriture disponible.

Au printemps ou au début de l’été, la larve atteint sa taille maximale et s’apprête à vivre sa transformation définitive. Elle sort de l’eau et grimpe le long d’une tige de roseau ou d’une herbe sur la berge. Solidement fixée à son support, sa peau se fend sur le dos. Le jeune adulte s’en extrait lentement : c’est l’émergence. Ses ailes se déploient et sèchent au soleil. L’insecte quitte alors son enveloppe vide, appelée exuvie, et prend son tout premier envol. Avant de revenir près de l’eau pour se reproduire, le jeune adulte passe d’abord une dizaine de jours dans les prairies environnantes pour acquérir ses couleurs définitives et atteindre sa maturité sexuelle.

Distribution

Le Pennipatte bleuâtre vit sur un territoire limité à l’Europe et à une partie de la Russie. C’est en Europe centrale et occidentale, particulièrement en France et en Allemagne, que cette demoiselle est la plus commune et la plus abondante. Vers le nord, sa présence s’arrête au sud de la Scandinavie et dans la moitié sud de l’Angleterre. À l’est, elle traverse toute l’Europe de l’Est et s’étend à travers la Sibérie, pour finir sa course près des frontières de la Mongolie.

Le climat du bassin méditerranéen semble moins lui convenir. Elle est ainsi absente dans la majeure partie de l’Espagne, même si une petite population isolée occupe la côte du Portugal. On ne la trouve pas non plus dans l’extrême sud de l’Italie, en Grèce, en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient. Enfin, aucune observation ne signale sa présence sur les îles de la mer Méditerranée.

Carte GBIF de la présence du Pennipatte bleuâtre dans le monde

Carte GBIF de la présence du Pennipatte bleuâtre dans le monde

Taxonomie

Le Pennipatte bleuâtre a été décrit et nommé par le naturaliste allemand Peter Simon Pallas en 1771 sous le nom initial de Libellula pennipes.

Le nom de genre Platycnemis a été créé en 1839 par l’entomologiste allemand Hermann Burmeister.

La famille des Platycnemididae a été proposée en 1917 par l’entomologiste australien Robert John Tillyard.

La taxonomie officielle, validée par l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, attribue la paternité du genre à Hermann Burmeister en 1839. Toutefois, selon Jean-Yves Cordier, l’analyse fine des publications d’époque révèle une réalité différente : c’est l’entomologiste allemand Toussaint von Charpentier qui a véritablement créé ce taxon et en a fourni la clé étymologique. Burmeister a simplement eu accès au manuscrit de Charpentier avant sa publication officielle en 1840. Il s’est contenté de mentionner le nom de genre proposé par son confrère, sous la forme « Platycnemis Charp. », sans réelle intention de description scientifique. Edmond de Selys-Longchamps a lui aussi reconnu la légitimité de Charpentier dans ses propres travaux en 1840 et 1850.

Vous l’aurez compris , il ne s’agit pas ici  d’une tentative de spoliation de la part de Burmeister envers Charpentier. En ajoutant l’abréviation du nom de son collègue, Burmeister a agi en toute bonne foi scientifique, avec l’intention de saluer et de citer publiquement le travail en cours de son confrère.

L’injustice ne vient pas des hommes de l’époque, mais de l’application administrative, juridique et mécanique des règles de la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique. Ce code rigide impose l’antériorité chronologique de l’impression papier, transformant ainsi une simple marque de respect historique en une spoliation administrative.

L’histoire de la création des noms scientifiques regorge de ce type d’anecdotes et de paradoxes. Les règles de la nomenclature, conçues pour harmoniser la science mondiale, favorisent systématiquement la date de la première publication officielle, parfois au détriment des véritables découvreurs. Les archives entomologiques gardent la trace de nombreux savants privés de la paternité de leurs travaux parce qu’un confrère, ayant eu accès à leurs manuscrits ou à leurs collections, a publié la mention d’une espèce ou d’un genre quelques mois avant eux.

Étymologie

Le nom de genre Platycnemis provient du grec ancien platys, qui signifie large ou aplati, et de knêmis, qui désigne la jambe ou la cnémide, une jambière de l’armure antique. Cette construction fait directement référence aux tibias particulièrement élargis et plats caractéristiques de ces demoiselles.

L’épithète spécifique pennipes associe deux racines latines : penna, qui signifie la plume, et pes, qui désigne le pied ou la patte. Ce terme décrit l’aspect plumeux des pattes, qui portent de longues soies sur leurs bords élargis.

Le nom vernaculaire Pennipatte bleuâtre est construit à partir de deux racines latines. Pennipatte associe penna, la plume, et patte, d’origine populaire, pour désigner les tibias élargis de l’insecte garnis de longs cils qui rappellent la structure d’une plume. L’adjectif bleuâtre dérive du bleu avec le suffixe -âtre, indiquant la nuance bleu pâle caractéristique qui teinte le corps du mâle mature.

Agrion à larges pattes est composé du  terme  agrion qui est  issu du grec ancien agrios, qui signifie sauvage ou des champs. Il est traditionnellement employé pour désigner les petites libellules fines.

larges pattes fait directement référence à la morphologie dilatée de ses tibias.

Il existe également une variante orthographique ou régionale, le Platycnémis à pattes larges, qui francise directement le nom de genre scientifique Platycnemis .

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