Choucas des tours (Coloeus monedula – Western Jackdaw)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Chordata
  • Classe : Aves
  • Ordre : Passeriformes
  • Famille : Corvidae
  • Genre : Coloeus

Présentation

Le Choucas des tours (Coloeus monedula) appartient à la famille des Corvidae. Cette famille regroupe environ 25 genres et plus de 130 espèces réparties sur l’ensemble des continents à l’exception de l’Antarctique. Les membres de ce groupe possèdent des caractéristiques morphologiques précises. Ce sont des oiseaux au corps solide, dotés d’un bec robuste et de pattes puissantes munies de griffes acérées. Cette structure anatomique est adaptée à un régime omnivore et opportuniste, ce qui permet à ces oiseaux de consommer aussi bien des invertébrés que des végétaux ou des restes alimentaires humains. La plupart présentent un plumage sombre, souvent noir ou gris, avec des reflets métalliques qui jouent un rôle important dans les interactions sociales.

Choucas des tours qui surveille les alentours du haut de son antenne .
Choucas des tours qui surveille les alentours du haut de son antenne .

Leurs ailes larges et leur grande intelligence sont caractéristiques des oiseaux capables de comportements complexes et d’une adaptation exceptionnelle à des environnements variés. Ces oiseaux manifestent un comportement grégaire marqué tout au long de l’année et vivent au sein de colonies hiérarchisées. Ils construisent des nids dans des cavités, qu’il s’agisse de trous dans les arbres, de falaises ou d’édifices urbains.

Les Choucas des tours font aussi partie du genre Coloeus qui regroupe seulement deux espèces : notre Choucas des tours présent en Europe, en Afrique du Nord et en Asie occidentale, ainsi que le Choucas de Daourie (Coloeus dauuricus) que l’on trouve en Asie orientale, notamment en Chine et en Mongolie. Le Choucas des tours est celui qui est le plus commun sur le territoire européen.

Description

Le choucas des tours est le plus petit des corvidés. Il appartient à la même famille que les corbeaux, les geais des chênes et les corneilles. Sa silhouette est compacte, avec une tête arrondie, un cou assez court, des ailes relativement larges et une queue brève, légèrement arrondie.

Son plumage paraît noir mais prend souvent une teinte gris ardoisé selon la lumière. Les côtés du cou et la nuque sont plus clairs, d’un gris argenté, et contrastent avec la tête sombre. La zone entre l’œil et le bec est noire. L’iris, très visible, est bleu pâle à gris bleuté.

Le bec est court et robuste, de couleur noirâtre. Les pattes sont noires ou gris foncé, solides et adaptées à la marche sur les branches ou les toits, ainsi qu’à la préhension des perchoirs et des objets.

Mâle et femelle présentent le même aspect extérieur, sans différence de plumage notable.

Les yeux des choucas

Il semblerait que les yeux clairs et perçants des choucas jouent un rôle de signal. Ces derniers sont cavernicoles et des observations montrent que les autres individus en quête de nids osent rarement s’aventurer dans les cavités déjà occupées. Les ornithologues avancent l’idée que les oiseaux de passage perçoivent immédiatement les deux yeux clairs à l’intérieur et préfèrent s’abstenir pour éviter des conflits parfois violents.

Les yeux clairs et perçants des choucas
Les yeux clairs et perçants des choucas

Pour vérifier cette hypothèse, la chercheuse Gabrielle Davidson et son équipe de l’université de Cambridge ont mené une expérience intitulée « L’iris pâle des choucas des tours sert de signal social de menace » (The pale iris of the Western Jackdaw serves as an aversive social signal). Ils ont installé dans une cavité une photo de choucas grandeur réelle avec les yeux clairs et une autre, juste à côté, avec une photo de choucas aux yeux noirs de corbeau. Devant chacune d’entre elles, ils ont cloué des perchoirs qui permettent aux oiseaux de se poser pour jeter un coup d’œil à l’intérieur. Les chercheurs ont filmé toutes les approches.

Les conclusions de l’expérience confirment les observations. Devant la cavité qui contient le portrait aux yeux clairs, les oiseaux s’approchent en vol mais ne se posent pas. À l’inverse, ils rejoignent le perchoir et introduisent la tête à l’intérieur de la cavité où se trouve le choucas aux yeux noirs.

Habitat

Le choucas peut s’adapter à de nombreux habitats aussi bien en ville qu’a la campagne . Ce qui compte pour lui est de trouver des lieux qui possèdent de nombreuses cavités où il pourra créer son nid.  Contrairement à d’autres espèces, il ne craint pas la proximité des humains.

En ville, il s’installera dans les trous des murs, en haut des tours ou sur les cheminées . Dans les campagnes il, choisira les vieux bâtiments aux murs délabrés ou de grands arbres. En bord de mer, il profitera des cavités qu’il peut trouver dans les falaises ou entre les rochers.   

Nidification

La période de reproduction commence généralement au mois d’avril. Le choucas des tours est une espèce cavernicole qui installe son nid à l’abri des regards et des intempéries. Le couple, souvent uni pour la vie, collabore étroitement pour la construction de la structure. Les partenaires utilisent des brindilles qu’ils cassent directement sur les arbres ou qu’ils ramassent au sol. Ils les introduisent avec force dans la cavité choisie jusqu’à l’obtention d’une plateforme stable.

Si la cavité est profonde, les oiseaux accumulent une quantité impressionnante de matériaux pour combler le vide. Ils utilisent ensuite de la boue ou de la bouse de vache pour lier les éléments entre eux. Cet amalgame agit comme un mortier naturel qui durcit au séchage. Ce procédé permet de souder les branches et de fixer solidement le nid aux parois de la cavité. Une fois la structure externe consolidée, les oiseaux tapissent le fond du nid avec des éléments beaucoup plus souples comme des poils d’animaux, de la laine, des plumes ou des herbes sèches.

Le nid du Choucas des tours, la construction
Le nid du Choucas des tours (Domaine public)
Nid du choucas des tours
Nid du choucas des tours (Domaine public)
Choucas des tours juvénile
Choucas des tours juvénile (Domaine public)

La femelle dépose ensuite une ponte de quatre à six œufs d’une teinte bleu clair, parsemée de petites taches sombres. Elle assure seule l’incubation pendant une période de dix-sept à dix-neuf jours. Pendant ce temps, le mâle se charge de son ravitaillement. Après l’éclosion, les deux parents nourrissent les jeunes avec des invertébrés riches en protéines. Les oisillons quittent le nid après un mois environ, mais ils restent sous la protection du groupe familial pendant plusieurs semaines encore avant d’acquérir une totale autonomie.

Le choucas Tschok

Le choucas est à l’origine du concept d’« empreinte » ou « imprégnation », développé par l’éthologue Konrad Lorenz dans les années 1920.

En 1927, Lorenz recueillit et éleva un jeune choucas qu’il nomma Tschok. Il fut surpris de constater que l’oiseau préférait rester avec lui plutôt que de rejoindre ses congénères. Intrigué, il répéta l’expérience avec d’autres choucas et des oies cendrées.

Lorenz raconte qu’il avait assisté à la naissance d’un oison. Quelques minutes après l’éclosion, il voulut le remettre sous sa mère, mais l’oison poussa des cris et préféra le suivre. Cette observation lui permit de comprendre que les jeunes animaux prennent pour figure maternelle le premier objet en mouvement qu’ils voient après l’éclosion.

Konrad Lorenz et Tschok
Konrad Lorenz et Tschok

Il découvrit ainsi que l’empreinte joue un rôle fondamental dans le développement social et sexuel de certaines espèces. Elle influence les comportements futurs : elle ne se limite pas au lien affectif immédiat, mais peut déterminer les préférences sexuelles. Lorenz cite par exemple le cas d’un paon élevé par des tortues : devenu adulte, il faisait la roue devant l’une d’elles et ignorait totalement les femelles de son espèce. De même, les jeunes choucas ou oies peuvent reconnaître et suivre un humain ou un autre animal comme figure parentale.

Ce phénomène est particulièrement marqué chez les oiseaux, mais il existe aussi chez certains mammifères, notamment les canidés et les primates. L’empreinte se produit uniquement dans une période critique, souvent appelée « fenêtre sensible », qui ne dure que quelques heures ou quelques jours après la naissance. Passé ce délai, l’animal ne peut plus établir ce lien de la même manière.

Lorenz pensait initialement que l’empreinte était irréversible, mais des études plus récentes ont montré qu’elle peut être modulée : certains individus peuvent revenir vers leur espèce et établir des liens normaux avec leurs congénères, surtout si des interactions sociales appropriées se produisent tôt dans leur développement.

Les travaux de Lorenz sur l’empreinte ont eu un impact majeur sur l’éthologie moderne, en soulignant l’importance des interactions précoces dans le développement comportemental, et en inspirant des recherches sur la cognition, l’apprentissage social et le comportement parental chez de nombreuses espèces.

Taxonomie

Le Choucas des tours a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Corvus monedula.

Le nom de genre Coloeus a été créé en 1829 par le naturaliste allemand Johann Jakob Kaup.

La famille des Corvidae a été proposée en 1825 par le zoologiste britannique Nicholas Aylward Vigors.

Étymologie

Le terme choucquas apparaît au XVIe siècle. Son origine est certainement onomatopéique et imite le cri de l’oiseau. Selon Pierre Cabard, il se rapproche du provençal Caucala (corneille) et du provençal moderne chouca (cri de la corneille). Le qualificatif « des tours » fait référence à son lieu de nidification. Les couples de choucas nichent régulièrement en haut des tours ou au sommet des clochers. Un de ses anciens noms scientifiques est Monedula turrium, ce qui signifie « des tours ».

Le nom scientifique utilisé aujourd’hui, Coloeus, vient du grec Koloios qui désigne le geai ou le choucas. Selon les classifications, les spécialistes le considèrent comme un genre à part entière ou comme un sous-genre du genre Corvus. Le genre Coloeus regroupe deux espèces : notre Choucas des tours, présent partout en Europe, et le Choucas de Daourie (Coloeus dauuricus), qui vit en Mandchourie, en Mongolie et dans le nord-est de la Chine.

Monedula vient du latin moneta (monnaie) et edo (manger). Le nom fait allusion à l’attirance que l’oiseau aurait pour les pièces brillantes. Pline l’Ancien écrivait déjà en 23 après J.-C., dans la partie de son histoire naturelle consacrée aux oiseaux : « Le choucas est le seul oiseau qui possède l’instinct particulièrement étrange de voler de l’argent et de l’or. »

Malgré tout le respect que l’on doit avoir pour Pline l’Ancien, qui est un remarquable observateur pour son époque, je ne peux m’empêcher de penser que ce qui est surtout étrange est cet instinct pour l’or et l’argent que Pline prête au choucas. On sent bien que l’homme se retient, mais qu’il n’est pas très loin de penser que les choucas ont le vice de l’argent chevillé au corps et qu’ils sont à deux doigts d’ouvrir des coffres en Suisse pour y ranger les petits lingots.

Les noms à l’étranger

L’examen des noms vernaculaires dans les pays voisins révèle des observations sur l’apparence ou le comportement de l’oiseau. En Angleterre, le choucas porte le nom de Jackdaw. On peut interpréter cette appellation comme « Jack dit daw ». Le mot daw est une onomatopée ancienne qui reproduit son cri sec. Quant à Jack, ce prénom personnifie l’oiseau et souligne son caractère familier et bavard. Cette idée d’un animal qui parle ou qui décline son identité par son cri est très présente dans la culture populaire anglaise.

En Espagne, on l’appelle Grajilla. Ce terme est le diminutif de graja, le nom de la corneille. Cette appellation précise sa taille plus modeste par rapport aux autres corvidés. Le Portugal utilise une description plus visuelle avec Gralha-de-nuca-cinzenta. Cette dénomination signifie littéralement corneille à nuque grise. Elle permet une identification immédiate grâce au contraste du plumage sur l’arrière de la tête.

En Allemagne, l’oiseau se nomme Dohle. Cette racine se retrouve dans plusieurs langues anciennes pour désigner les oiseaux noirs et bruyants.

Le Choucas au japon

Au Japon, le choucas porte le nom de Nishikokumarugarasu. Ce terme composé se décompose en plusieurs unités de sens. Nishi signifie l’ouest et indique l’origine géographique de l’espèce. Kokumaru se traduit par noir et rond, ce qui décrit sa silhouette compacte. Enfin, Garasu est le terme générique pour le corbeau.

Ces noms montrent que, malgré les distances, les hommes remarquent les mêmes points : sa petite taille, son cri métallique, sa nuque cendrée ou sa silhouette arrondie. Que l’approche soit onomatopéique comme en Europe ou descriptive comme au Japon, le nom de l’oiseau reste le reflet de sa rencontre avec l’humain.

Choucas voleur ?

Les humains étant très forts pour projeter sur les autres animaux leur propre fantasme, le choucas a longtemps été traité de voleur, à l’instar de la pie. Aristote lui-même évoque son comportement « cleptomane ». Mais encore faudrait-il que le choucas possède la notion très humaine de propriété privée et qu’il comprenne la véritable fonction de l’objet qu’il emporte. 

Un diamant peut avoir de la valeur pour des humains qui s’en servent pour montrer leur puissance et leur richesse, mais il n’en possède absolument aucune pour une pie qui ne suit pas le cours des pierres précieuses. Ce genre d’affirmation n’a donc aucun sens et en dit plus sur les humains que sur les oiseaux eux-mêmes. La pie ou le choucas peuvent bien sûr s’emparer d’objets comme de la nourriture ou des brindilles dans les territoires des autres oiseaux, mais cela est très commun dans le monde animal et de très nombreuses espèces le font tout autant.

Des expériences récentes montrent d’ailleurs que l’idée selon laquelle la pie emporte uniquement des objets brillants (en référence aux bijoux de la Castafiore) est totalement fausse. Sur soixante-quatre tests, la pie n’emporte que deux fois des objets brillants et les relâche aussitôt après le constat qu’ils ne lui servent à rien.

La conclusion de l’enquête, qui remet les humains à leur place, est celle-ci :

« Nous pensons que ce sont les humains qui remarquent quand une pie ramasse des objets brillants, parce qu’ils pensent qu’elle les trouve attirants. Mais lorsque les pies interagissent avec des choses plus anodines, cela passe inaperçu. Il est probable que le folklore qui entoure les pies ne s’appuie pas sur des preuves, mais soit le résultat d’une généralisation culturelle à partir de faits anecdotiques. »

Confusion possibles

Le choucas peut être confondues avec les membres de sa famille comme le corbeaux , le corbeaux freux ou  la corneille.  Il peut également être confondues avec un autre corvidé un peu moins connu , le chocard à bec jaune, qui vit dans les montagnes jusqu’à 4000 mètres d’altitude.  Le choucas reste néanmoins facilement reconnaissable grâce à son plumage gris et à son œil très clair qui permet aussitôt de l’identifier . 

Citations

« Si tu ne veux pas que les choucas t’assiègent de leurs cris , ne sois pas la boule d’un clocher.« 

Johann Wolfgang von Goethe

« L’aigle vole seul ; ce sont les corbeaux , les choucas et les étourneaux qui vont en groupe. »

John webster 

Les choucas et les corbeaux

« Un choucas , qui dépassait en grosseur les autres choucas, prit en mépris ceux de sa tribu , se rendit chez les corbeaux et demanda à partager leur vie. Mais les corbeaux, à qui sa forme et sa voix étaient inconnues , le battirent et le chassèrent. Et lui, repoussé par eux , s’en revint chez les choucas ; mais les choucas, sensibles à l’outrage, refusèrent de le recevoir . Il arriva ainsi qu’il fut exclu de la société et des uns et des autres . »

Ésope 

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