- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Sphingidae
- Sous-famille : Macroglossinae
- Genre : Hemaris
Présentation
Le Sphinx gazé est un proche cousin du Moro-sphinx. Comme lui, il possède cette manière si particulière de voler qui le fait ressembler au colibri. Il appartient à la famille des Sphingidae qui regroupe plus de 1500 espèces à travers le monde. Ces lépidoptères partagent des caractéristiques morphologiques communes, notamment un corps fusiforme et des ailes en delta. Il appartient au genre Hemaris, qui regroupe des papillons spécialisés dans l’imitation des hyménoptères.
La caractéristique la plus spectaculaire de ce genre est la perte d’une grande partie de ses écailles alaires lors du tout premier envol. Ce phénomène rend ses ailes hyalines, c’est-à-dire transparentes, ne laissant apparaître que les nervures et une bordure sombre.

Cette particularité, associée à son vol vibrant et à ses couleurs, constitue une forme de mimétisme visant à tromper d’éventuels prédateurs en lui donnant l’apparence d’un gros bourdon. Les Sphingidés sont également réputés pour leur qualité de vol et leur aptitude à effectuer des vols stationnaires. Quarante-cinq espèces vivent en Europe et vingt-quatre en France.
Il appartient au genre Hemaris, qui regroupe des papillons spécialisés dans l’imitation des hyménoptères. La caractéristique la plus spectaculaire de ce genre est la perte d’une grande partie de ses écailles alaires lors du tout premier envol. Ce phénomène rend ses ailes hyalines, c’est-à-dire transparentes, ne laissant apparaître que les nervures et une bordure sombre. Cette particularité, associée à son vol vibrant et à ses couleurs, constitue une forme de mimétisme visant à tromper d’éventuels prédateurs en lui donnant l’apparence d’un gros bourdon.
Description
Le Sphinx gazé est un papillon de taille moyenne dont l’envergure oscille entre 4 et 5 cm. Il possède un corps trapu et fusiforme. Son abdomen est brun clair sur le dessus et arbore deux segments rouges. Cette ceinture colorée permet de le différencier du Moro-sphinx, dont l’apparence reste plus sobre dans des tons bruns. Le dessous de l’abdomen est blanc sur la partie antérieure et rouge sur la partie postérieure, avec une touffe de poils noirs à l’extrémité. Comme le Moro-sphinx, il porte également deux touffes de poils blancs sur les côtés.


Un détail comportemental permet de le distinguer de son cousin : alors que le Moro-sphinx garde ses pattes repliées le long du corps en vol, le Sphinx gazé les déploie vers l’avant lorsqu’il s’approche d’une fleur. Il donne l’impression de vouloir s’y accrocher, bien qu’il ne la touche jamais. Sa tête porte de gros yeux gris et noirs qui lui permettent de bien se repérer dans l’espace. Ses antennes sont noires et solides. Elles ont une forme de massue : elles s’épaississent vers le bout et se terminent par un petit crochet fin. Ces antennes l’aident à détecter l’odeur des fleurs à distance.
Lors de l’émergence, ses ailes sont recouvertes d’écailles grises qui tombent dès le premier vol. Elles deviennent alors hyalines, c’est-à-dire transparentes, à l’exception des bordures qui restent brunes. Bien que classé parmi les hétérocères , ce sphinx ne vole que le jour. On parle alors d’hétérocère diurne.
Dimorphisme
On peut distinguer les mâles des femelles grâce à la forme des antennes. Celles du mâle sont légèrement pectinées et plus épaisses que celles des femelles, qui sont plus fines et plus lisses.
On peut aussi observer le dimorphisme sexuel à l’extrémité du corps. Le mâle possède une sorte de pinceau de poils noirs de forme allongée, qui lui sert de gouvernail pour stabiliser son vol rapide. Chez la femelle, cette queue est généralement plus courte et se divise en deux petites touffes de poils moins fournies.

Ce critère n’est cependant pas toujours facile à utiliser sur le terrain. Avec le temps, les frottements dus au vol et les passages répétés dans la végétation peuvent user ces poils. La forme du pinceau s’altère alors, ce qui peut rendre l’identification entre un mâle et une femelle délicate, surtout chez les individus plus âgés.
Alimentation
Le Sphinx gazé est un butineur infatigable dont le vol stationnaire rapide consomme énormément d’énergie. Pour compenser cette dépense, il recherche activement le nectar des fleurs. Il utilise sa longue spiritrompe pour aspirer ce liquide nutritif tout en restant en vol devant la corolle. Cette technique lui permet de passer très rapidement d’une plante à l’autre, visitant une grande quantité de fleurs en peu de temps.

Il montre une préférence marquée pour les espèces dont la corolle est profonde, ce qui lui permet d’exploiter des ressources inaccessibles à d’autres insectes. On le croise fréquemment sur le buddléia, la sauge, la centaurée ou encore les chèvrefeuilles sauvages. C’est lors de ces phases de nourrissage, généralement aux heures les plus ensoleillées, que l’on peut le mieux observer sa précision de vol, la transparence de ses ailes et l’agilité de sa trompe qui s’insère avec précision au cœur des fleurs.
Habitat
Ce papillon fréquente une grande diversité de milieux pourvu qu’ils soient largement ensoleillés. On l’observe principalement dans les clairières forestières, les lisières de bois, les landes ainsi que les prairies fleuries situées à proximité de zones boisées. Son habitat est étroitement lié à la présence des chèvrefeuilles sauvages qui poussent souvent en bordure de chemin ou dans les haies bocagères.
Il apprécie particulièrement les zones de transition entre la forêt et les espaces ouverts, ce que les écologues nomment des écotones. Dans ces secteurs, il trouve à la fois le nectar nécessaire à son vol énergétique et les plantes indispensables à sa reproduction. Il n’est pas rare de le croiser dans les jardins de zones rurales ou périurbaines où il vient butiner les massifs ornementaux. Sa présence est un bon indicateur de la richesse floristique d’un milieu et de la préservation des structures paysagères naturelles comme les lisières étagées.
Plantes hôtes
Une fois fécondée, la femelle se met en quête de végétaux spécifiques pour assurer le développement de sa future progéniture. Le Sphinx gazé est une espèce dont la chenille est inféodée à un nombre restreint de plantes, principalement les chèvrefeuilles. On le retrouve ainsi sur le chèvrefeuille des haies (Lonicera xylosteum), le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) ou encore la symphorine (Symphoricarpos albus).

Il arrive également, bien que cela soit plus rare, que la femelle dépose ses œufs sur le gaillet. Elle peut alors choisir le gaillet jaune (Galium verum) ou le gaillet gratteron (Galium aparine).
La ponte
Après l’accouplement, la femelle recherche des plantes hôtes indispensables à sa descendance.


Elle dépose ses œufs de manière isolée, en les fixant un à un sur la face inférieure des feuilles. Ce comportement individuel permet de limiter la compétition entre les futures chenilles et de réduire les risques de prédation massive sur une seule branche. Les œufs sont de petite taille, de forme sphérique et arborent une teinte vert pâle qui assure un camouflage parfait sous le limbe. Cette étape cruciale garantit que la larve aura un accès immédiat à une nourriture de qualité sans avoir à se déplacer sur de longues distances.
La chenille
Une fois l’œuf éclos, la petite larve commence sa croissance sur sa plante hôte. À son dernier stade, elle mesure environ 30 à 40 millimètres. Sa coloration dominante est un vert tendre qui lui offre un camouflage exceptionnel parmi les feuilles de chèvrefeuille (Lonicera). Elle est ornée de fines ponctuations blanches sur tout le corps et d’une ligne longitudinale plus claire sur les flancs.


Le détail le plus caractéristique de cette chenille est la présence d’une corne, appelée scolus, située sur le huitième segment abdominal. La coloration de ce scolus peut varier selon les individus ou l’avancement de la croissance : il présente souvent une base violette ou pourpre avec une pointe plus claire, mais il peut aussi apparaître entièrement sombre ou brun foncé sur certains spécimens. Un autre signe distinctif est la face ventrale de la larve, qui présente une teinte brun rouge assez sombre, contrastant avec le reste du corps. Sur les flancs, on remarque une série de points rouges circulaires. Il s’agit des stigmates, des orifices respiratoires qui permettent les échanges gazeux. Ces marques colorées participent au mimétisme en simulant des taches de décomposition sur le limbe. Lorsqu’elle est inquiétée, elle se fige dans une posture rappelant un sphinx, ce qui a donné son nom à la famille des Sphingidae.
Chrysalide
Après environ un mois de croissance intense, la chenille du Sphinx gazé parvient à maturité et quitte son support végétal. Elle descend vers le sol pour entamer sa métamorphose. Contrairement à d’autres lépidoptères qui s’exposent, elle préfère s’enfouir légèrement dans la terre meuble ou se dissimuler sous la litière de feuilles mortes. Elle y confectionne un cocon de soie assez lâche, souvent consolidé par des débris environnants, pour protéger sa chrysalide.

Cette nymphe est de couleur brun foncé, presque noire, ce qui lui permet de rester discrète dans l’obscurité du sol. C’est sous cette forme que l’insecte entre en diapause pour affronter la saison froide. La chrysalide reste immobile durant plusieurs mois, protégée des variations brutales de température par la couche de terre et d’humus qui l’entoure. Au printemps suivant, une fois que les conditions de chaleur et d’humidité sont réunies, le futur papillon brise l’enveloppe chitineuse pour émerger et commencer son premier vol.
Confusion
Le Sphinx gazé est souvent confondu avec son parent le plus proche, le Sphinx bourdon (Hemaris tityus). Bien que leurs mœurs diurnes et leur vol stationnaire soient similaires, plusieurs critères permettent de les différencier avec précision. Le Sphinx bourdon est globalement plus petit et présente une coloration plus terne, tirant vers le gris-vert.

Sa caractéristique la plus fiable réside dans la bordure rouge de ses ailes : celle-ci est extrêmement fine, contrairement à celle, large et marquée, du Sphinx gazé. De plus, le Sphinx bourdon ne possède pas la ligne rouge brique transversale sur l’abdomen qui est si typique de son cousin.
Distribution
Le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) occupe une vaste aire de répartition qui s’étend sur une grande partie de la zone paléarctique. Comme le montre la carte de présence mondiale, on le rencontre couramment à travers presque toute l’Europe, de la péninsule Ibérique jusqu’à la Russie européenne. Sa présence se prolonge vers l’est à travers l’Asie centrale jusqu’au Japon, et il est également établi dans certaines zones d’Afrique du Nord, notamment au Maroc. En France, il est présent sur l’ensemble du territoire métropolitain

Toutefois, l’examen détaillé des données révèle des limites géographiques marquées au nord-ouest de son aire. On constate que l’espèce est très peu présente en Irlande ainsi que dans le nord de l’Angleterre et en Écosse. Cette raréfaction s’explique par des exigences climatiques précises, ce papillon ayant besoin de conditions ensoleillées et de températures printanières clémentes pour son activité.
Taxonomie
Taxonomie Le Sphinx gazé a été décrit et nommé pour la première fois par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom initial de Sphinx fuciformis.
Le genre Hemaris a été proposé en 1816 par le médecin et naturaliste suédois Johan Wilhelm Dalman en utilisant le Sphinx gazé comme espèce type.
La famille des Sphingidae a été créée en 1802 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille.
Étymologie
Le nom de genre Hemaris tire son origine du grec hêmera, qui désigne le jour, soulignant ainsi l’activité diurne inhabituelle de ce membre de la famille des Sphingidae. L’épithète spécifique fuciformis provient du latin fuco, le faux-bourdon, et forma, la forme, illustrant son apparence trompeuse. On peut y voir une double nuance : le terme fuco trouve sa racine grecque dans phukos, une algue rouge servant autrefois à fabriquer des fards. Cette origine fait écho à la bande rouge brique qui borde les ailes de ce papillon, renforçant l’image d’un insecte fardé pour imiter un hyménoptère.
Son appellation commune de Sphinx gazé fait référence à la transparence de ses ailes dont les écailles tombent lors du premier envol, ne laissant subsister qu’une membrane translucide semblable à de la gaze. Quant au terme Sphinx, il a été choisi par Carl von Linné en raison de la posture de la chenille au repos : celle-ci redresse l’avant de son corps, évoquant la silhouette des statues de la civilisation égyptienne selon les observations de Jacques Louis-Florentin Engramelle. Enfin, son nom de Sphinx du chèvrefeuille rappelle que ses chenilles sont presque exclusivement inféodées à ce végétal pour leur développement.
Les noms à l’étranger
À l’étranger, les noms vernaculaires soulignent souvent ces mêmes caractéristiques physiques ou comportementales. Les anglophones le nomment Broad-bordered Bee Hawk-moth, ce qui se traduit par le Sphinx-abeille à large bordure. En Allemagne, on l’appelle Hummelschwärmer, un terme qui signifie littéralement le butineur bourdon, tandis qu’en Espagne il est connu sous le nom de Esfinge abejorro de orla ancha, désignant le sphinx-bourdon à large bordure. Les Néerlandais utilisent le nom très imagé de Glasvleugelpijlstaart pour décrire un sphinx aux ailes de verre, alors que les Italiens rejoignent l’appellation française avec Sfinge del caprifoglio, le sphinx du chèvrefeuille.
En Russie, le nom correct est Shmelevidka zhimolostnaya (Шмелевидка жимолостная), un terme qui se traduit littéralement par Sphinx-bourdon du chèvrefeuille. Ce nom est très précis car il lie l’aspect physique de l’insecte à sa plante hôte exclusive. Au Japon, l’espèce est nommée Kuro-hōjaku (クロホウジャク), ce qui signifie le Sphinx noir, en référence à sa coloration souvent plus sombre que celle des spécimens européens. Dans les provinces du nord de la Chine, on le retrouve sous l’appellation Renzhwen-tian’e (忍冬天蛾), un nom poétique qui désigne directement le Sphinx du chèvrefeuille dans la langue locale. Ces dénominations montrent que, malgré la distance, les observateurs du monde entier ont presque toujours choisi de mettre en avant son lien indissociable avec la plante qui nourrit ses chenilles.
