- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Lycaenidae
- Sous- famille : Polyommatinae
- Genre : Plebejus
Introduction
Un papillon plutôt rare dans ma région. Je ne l’ai vu qu’une fois lors d’une promenade sur la colline qui se trouve juste en face de moi . Heureusement, le papillon aimait poser et j’ai pu le prendre sous toutes les coutures . Peut-être parce que c’ était une femelle et qu’elle souhaitait qu’on puisse l’admirer dans toute sa beauté. Malgré les nombreuses promenades que j’ai fait par la suite à cet endroit, je n’ai jamais pu apercevoir le mâle qui devait être plus introverti ou qui avait déjà été croqué par les oiseaux.
Présentation
L’Azuré des coronilles est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Lycaenidae. Cette famille regroupe plus de 6 000 espèces dans le monde. Elle compte près d’une centaine d’espèces en Europe, dont une soixantaine sont présentes en France. Parmi les plus connues figurent le Cuivré commun, l’Azuré commun, l’Argus bleu, le Thécla du bouleau ou encore la Diane.

Les Lycaenidae sont généralement répartis en sept sous-familles : les Curetinae, les Poritiinae, les Miletinae, les Aphnaeinae, les Lycaeninae, les Theclinae et les Polyommatinae. L’Azuré des coronilles appartient à cette dernière sous-famille, qui rassemble la plupart des papillons bleus, appelés communément « azurés ».
Les Lycaenidae se distinguent par leur petite taille, leurs couleurs souvent métalliques et leurs reflets irisés produits par la structure microscopique des écailles des ailes. Chez de nombreuses espèces, les mâles présentent une coloration bleue éclatante, tandis que les femelles arborent des teintes plus discrètes. Plusieurs membres de cette famille entretiennent également des relations étroites avec les fourmis. Ce phénomène, appelé myrmécophilie, joue un rôle important dans le développement des chenilles. (voir chapitre sur le sujet ),
L’Azuré des coronilles appartient au genre Plebejus, qui regroupe de petits papillons dont les chenilles se développent principalement sur des plantes de la famille des Fabaceae. Les mâles présentent généralement un dessus des ailes bleu violacé, tandis que les femelles sont le plus souvent brunes. Le revers est gris à brun clair, ponctué de taches noires cerclées de blanc et souvent bordé de lunules orangées. Comme chez plusieurs autres azurés, les chenilles vivent en association avec des fourmis qui les protègent en échange d’un liquide sucré qu’elles sécrètent.
Description
L’Azuré des coronilles est un petit papillon dont l’envergure varie généralement entre 25 et 30 mm. Son corps est trapu. Le thorax et l’abdomen sont recouverts d’une fine pilosité bleu gris à gris bleuâtre, particulièrement marquée chez le mâle. Les antennes, annelées de noir et de blanc, se terminent par une massue.
Le dessus des ailes présente un dimorphisme sexuel marqué. Chez le mâle, les quatre ailes sont d’un bleu violacé brillant dont l’intensité varie selon l’éclairage. Une fine bordure noire longe leur contour. Les franges sont blanches et entrecoupées de noir. Chez la femelle, le dessus est généralement brun. Un saupoudrage d’écailles bleues peut toutefois recouvrir une partie plus ou moins importante des ailes. Les ailes postérieures portent également une série de lunules orangées près du bord externe.


Dessous de ailes de l’azuré des coronilles
Le revers est gris clair à gris blanchâtre chez le mâle et plus beige chez la femelle. Les ailes antérieures et postérieures sont couvertes de taches noires nettement cerclées de blanc. Une bande de lunules orangées borde le revers des deux paires d’ailes. Elle est plus développée sur les ailes postérieures. Chaque lunule est accompagnée, vers l’intérieur, d’un croissant noir. Sur les ailes postérieures, cette bande est également soulignée par une série de points bleu métallique, particulièrement visibles chez les individus fraîchement émergés.
Les bandes orangées du revers sont généralement plus larges et plus contrastées chez les femelles que chez les mâles. Chez la femelle, la dernière tache orange de l’aile antérieure atteint souvent la tache noire située près de la pointe.
La disposition des taches, des lunules et des points bleu métallique constitue un critère d’identification important. Elle permet notamment de distinguer l’Azuré des coronilles de l’Azuré du genêt (Plebejus idas), une espèce très proche.
Alimentation
L’azuré des coronilles apprécie particulièrement les fleurs des Fabacées, notamment les coronilles, les trèfles (Trifolium), les luzernes (Medicago) et les lotiers (Lotus). Il visite également de nombreuses autres plantes mellifères, comme les centaurées (Centaurea), les scabieuses (Scabiosa), les knauties (Knautia), les origans (Origanum), les thyms (Thymus) ou encore les eupatoires (Eupatorium).
Les mâles se rassemblent aussi parfois sur les sols humides, les flaques ou les chemins boueux pour absorber l’eau et les sels minéraux dissous. Ce comportement, appelé « puddling » par les entomologistes, leur permet de compléter leur alimentation en éléments minéraux, notamment en sodium, qui seront ensuite transmis aux femelles lors de l’accouplement.
Habitat
L’espèce fréquentent les prairies sèches ou les coteaux calcaires pourvus de petits buissons. Elles apprécient aussi les sentiers caillouteux envahi par les ronces et les pruneliers. Mais le critère principal pour avoir la chance de les apercevoir est la présence en grand nombre de la coronille bigarrée qui est leur plante hôte.
Plantes hôtes
Comme son nom l’indique, l’Azuré des coronilles est étroitement lié aux coronilles. En France, les chenilles se développent principalement sur la Coronille bigarrée (Securigera varia), une plante vivace de la famille des Fabaceae qui pousse dans les prairies sèches, les talus, les friches et les bords des chemins.

Plus rarement, elles utilisent également l’Astragale à feuilles de réglisse (Astragalus glycyphyllos).
Dans d’autres régions d’Europe, l’espèce peut aussi se développer sur plusieurs autres Fabacées, notamment la Coronille naine (Coronilla minima), la Coronille en couronne (Coronilla coronata), la Coronille glauque (Coronilla valentina), l’Hippocrépide à toupet (Hippocrepis comosa), ainsi que diverses espèces de trèfles (Trifolium spp.) et de vesces (Vicia spp.).
Reproduction
L’Azuré des coronilles est une espèce bivoltine qui produit généralement deux générations par an. La première apparaît en mai ou en juin. La seconde émerge à partir de la fin juillet et vole jusqu’en septembre, voire en octobre lorsque les conditions sont favorables. Une troisième génération peut exceptionnellement se développer lors des années particulièrement chaudes.
Les mâles patrouillent leur territoire à la recherche des femelles. Dans La Vie des papillons, Tristan Lafranchis décrit ainsi la parade nuptiale :
« Le mâle patrouille son habitat à la recherche des femelles posées dans l’herbe. Lorsqu’il en a repéré une, il s’approche et tourne autour d’elle en vol. Il émet une phéromone qui inhibe le mécanisme de refus chez les femelles vierges et au contraire le provoque chez une femelle fécondée : celle-ci fait alors vibrer ses ailes entr’ouvertes et dresse son abdomen avant de s’envoler. Si la femelle accepte de s’unir, elle referme les ailes et reste immobile. Le mâle vient se poser près d’elle, s’en rapproche en marchant et s’accouple. »

Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs sur les tiges de la Coronille bigarrée (Securigera varia). Les œufs de la première génération éclosent quelques jours plus tard. Les chenilles accomplissent leurs différents stades de développement avant de se transformer en chrysalides au pied de la plante nourricière. Quelques semaines plus tard, les papillons de la seconde génération émergent.
Les femelles de cette seconde génération pondent à leur tour. Cette fois, les œufs entrent en diapause et passent l’hiver. Ils donneront naissance aux chenilles au printemps suivant. Après plusieurs mues, celles-ci se transforment en chrysalides, puis en papillons qui constituent la première génération de l’année.
Myrmécophilie
L’Azuré des coronilles fait partie des nombreux Lycénidés qui entretiennent une relation étroite avec les fourmis. Cette association, appelée myrmécophilie, est bénéfique aux deux partenaires.
Les chenilles possèdent des glandes nectarifères qui sécrètent un liquide sucré très apprécié des fourmis. En échange de cette nourriture, celles-ci les protègent efficacement contre de nombreux prédateurs et parasites.
Chez l’Azuré des coronilles, cette relation s’établit à partir du troisième stade larvaire. Les chenilles sont alors régulièrement visitées et protégées par les fourmis jusqu’à leur transformation en chrysalide.
Distribution
L’Azuré des coronilles est présent dans une grande partie de l’Europe, à l’exception des îles Britanniques, d’une grande partie de la péninsule Ibérique et du nord de la Fennoscandie, qui comprend la Norvège, la Suède et la Finlande.
Vers l’est, son aire de répartition se prolonge à travers le Caucase, le sud de la Russie, le Kazakhstan, la Mongolie, le nord-est de la Chine, la Corée et le Japon.
En France, l’Azuré des coronilles est surtout présent dans l’Est et le Nord-Est du pays. On le rencontre également dans le Centre, en Île-de-France et dans plusieurs secteurs plus occidentaux, notamment en Poitou-Charentes, en Touraine et en Dordogne. Sa répartition reste toutefois discontinue et dépend étroitement de la présence de la Coronille bigarrée (Securigera varia).
Il vit principalement en plaine et dans les régions vallonnées, mais peut atteindre près de 2 000 mètres d’altitude dans les principaux massifs montagneux.

Carte GBIF de la présence de l’azuré de la coronille dans le monde. https://www.gbif.org/fr/species/11944561
Confusion
L’Azuré des coronilles peut être facilement confondu avec l’Azuré du genêt (Aricia agestis), également appelé Moyen Argus, qui n’en diffère que par quelques détails subtils, comme des zones orange plus ou moins étendues. L’identification repose principalement sur la forme des lunules du dessous des ailes. Chez le Moyen Argus, elles sont en forme de flèches, tandis que chez l’Azuré des coronilles, elles sont plus arrondies et aplaties. Chez le mâle, la bordure noire du dessus des ailes est généralement plus fine et plus nette chez l’Azuré des coronilles. Enfin, la bande orange du dessous des ailes postérieures forme une ligne plus régulière et moins découpée que chez le Moyen Argus.
Taxonomie
L’Azuré des coronilles a été décrit pour la première fois en 1779 par le naturaliste allemand Johann Andreas Benignus Bergsträsser sous le nom de Papilio argyrognomon.
Le genre Plebejus a été créé en 1780 par le naturaliste et entomologiste polonais Jan Krzysztof Kluk. Son espèce type est Papilio argus Linné, 1758.
La famille des Lycaenidae a été établie en 1815 par le zoologiste britannique William Elford Leach.
Étymologie
Le nom de genre Plebejus vient du latin plebeius, qui signifie « du peuple » ou « appartenant à la plèbe ». Jean-Christophe Kluk a probablement choisi ce nom pour désigner un groupe de petits papillons très communs et largement répandus, par opposition aux espèces plus grandes ou plus spectaculaires.
L’épithète argyrognomon est construite à partir des mots grecs argyros (« argent ») et gnomon (« indicateur », « repère » ou « aiguille »). Son sens exact n’a jamais été expliqué par Bergsträsser. La plupart des auteurs pensent qu’il fait référence aux nombreuses marques argentées ou blanchâtres qui ornent le revers des ailes et facilitent l’identification de l’espèce.
Son nom vernaculaire, Azuré des coronilles, rappelle quant à lui la principale plante nourricière des chenilles en France : la Coronille bigarrée (Securigera varia). Il fait également référence à la couleur bleue des mâles, caractéristique des papillons appelés « azurés ».
En France l’espèce est également connue sous les noms d’« Azuré porte-arceaux » et d’« Argus fléché ». Sur le site Lépi’Net, elle est aussi appelée « Petit Bleu des coronilles », une appellation descriptive qui souligne sa petite taille et la couleur bleue du mâle.
Les noms à l’étranger
Les noms attribués à cette espèce à l’étranger mettent en avant différents aspects de sa biologie ou de son histoire. La plupart font référence à ses plantes hôtes, tandis que d’autres rendent hommage à un entomologiste ou évoquent son habitat.
En allemand, l’espèce est appelée « Kronwicken-Bläuling » (Azuré des coronilles). Les Néerlandais utilisent le nom « Kroonkruidblauwtje » (Petit bleu des coronilles), tandis que les Suédois parlent de « Kronärtsblåvinge » (Azuré de la coronille). Comme en français, ces appellations rappellent le lien étroit qui unit ce papillon aux coronilles, principales plantes nourricières de ses chenilles dans une grande partie de l’Europe.
Les Norvégiens ont fait un choix un peu différent en l’appelant « Lakrismjeltblåvinge » (Azuré de l’astragale à feuilles de réglisse). Ce nom fait référence à une autre Fabacée sur laquelle les chenilles peuvent également se développer.
Les anglophones ont préféré rendre hommage à l’entomologiste suisse Jacques-Louis Reverdin en le nommant « Reverdin’s Blue » (le Bleu de Reverdin). Grand spécialiste des Lycénidés, il a consacré une grande partie de ses travaux à l’étude des petits papillons bleus.
Au Japon, l’espèce est connue sous le nom de « Miyama-shijimi » (ミヤマシジミ), que l’on peut traduire par « Petit bleu des montagnes ». Cette appellation évoque les milieux où vit traditionnellement l’espèce dans l’archipel, où elle est aujourd’hui devenue rare et bénéficie de mesures de protection.
