- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Lycaenidae
- Sous-famille : Polyommatinae
- Genre : Celastrina
Cette espèce plutôt commune en Europe se fait assez rare au jardin des oiseaux . En recherchant dans mes photos de papillons je viens de m’apercevoir que je n’ai que 4 photos de ce beau papillon assez discret. Il faudra que je pense à installer quelques-unes de ses plantes hôtes pour en voir davantage .
Présentation
La famille des Lycaenidae regroupe des lépidoptères qui se caractérisent par leur petite taille et la présence fréquente de reflets métalliques sur le dessus des ailes. Cette famille compte environ 6 000 espèces dans le monde, dont près de 100 vivent en Europe et une centaine sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent l’Argus bleu, le Cuivré commun, le Thécla de la ronce ou encore l’Azuré de la sarriette. Les couleurs de ce groupe ne proviennent pas toujours de pigments, mais résultent parfois de phénomènes d’interférence lumineuse au niveau des écailles.
La sous-famille des Polyommatinae rassemble des espèces dont les mâles présentent souvent une coloration bleue sur le dessus des ailes, tandis que les femelles restent généralement brunes. L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la relation symbiotique que les larves entretiennent avec les fourmis (myrmécophilie). Ces chenilles possèdent des glandes qui sécrètent un liquide sucré qui attire les fourmis ; en retour, celles-ci assurent une protection contre les prédateurs. Les membres de ce taxon se distinguent aussi par des ailes postérieures dépourvues de queue, contrairement à d’autres groupes de la même famille.

Le genre Celastrina regroupe des papillons dont les larves sont souvent polyphages et se nourrissent de divers arbustes. La particularité majeure de ce genre concerne la coloration du dessous des ailes, d’un bleu très pâle, presque blanc, avec de petits points noirs fins. Les individus qui émergent au printemps montrent souvent des taches noires plus marquées et une bordure sombre plus large sur le dessus des ailes, tandis que ceux qui émergent en été sont en général plus clairs et moins contrastés.
Description
L’Azuré des nerpruns est un petit papillon qui a une envergure comprise entre 23 et 30 mm. La tête porte deux grands yeux composés noirs qui sont cerclés de blanc. Elle possède une paire d’antennes filiformes, annelées de noir et de blanc. Ces antennes se terminent par une massue dont l’extrémité présente souvent une petite zone claire. Le thorax est recouvert de poils bleu clair qui lui donnent un aspect duveteux et se prolongent vers l’abdomen. Celui-ci est généralement gris foncé à noir sur la face dorsale, tandis que la face ventrale est plus claire. Comme chez la plupart des papillons, l’abdomen est plus épais chez la femelle qui doit porter les œufs. Ce détail est d’ailleurs l’un des critères qui permet d’identifier les sexes.


Les ailes antérieures ont une forme globalement triangulaire avec un apex légèrement arrondi. Sur le dessus, elles présentent une coloration bleu azur intense. Chez le mâle, la bordure noire est très fine mais s’élargit légèrement à la pointe. En revanche, chez la femelle, cette bordure est très large. La frange blanche qui borde l’aile antérieure est interrompue par de petites taches noires au niveau des nervures. Cette différence dans la largeur de la coloration sombre explique ses noms vernaculaires d’Argus à bande noire ou d’Argus à bande brune.
Le dessus des ailes postérieures du mâle reste entièrement bleu. À l’inverse, celui de la femelle montre une série de points noirs aplatis qui sont disposés le long de la bordure. Ces ailes postérieures sont légèrement plus petites que les antérieures et leurs nervures fines mais visibles peuvent aider à l’identification. Sur cette paire d’ailes, la frange est entièrement blanche et ne possède aucune tache noire.


Le dessous des ailes affiche une teinte blanc argenté très pure. Sur le revers des ailes antérieures, les points noirs sont allongés. Ils sont disposés de manière oblique et évoquent un alignement en tuiles. Sur le revers des ailes postérieures, ces points sont répartis de façon plus diffuse et sont plus petits. Les pattes sont bleu clair avec des zones noires plus marquées au niveau des tarses.
Alimentation
L’Azuré des nerpruns se nourrit principalement du nectar des fleurs. Contrairement à de nombreux autres azurés qui restent près du sol, ce petit papillon butine souvent sur les arbustes et les arbres en lisière de forêt. Il apprécie particulièrement les fleurs de la ronce, du lierre, du houx, du sureau ou du cornouiller sanguin. Sa trompe fine lui permet de puiser le sucre au cœur des corolles. Cette source d’énergie est indispensable pour son vol rapide et pour la maturation des œufs chez la femelle.
En complément du nectar, les adultes consomment aussi le miellat rejeté par les pucerons sur les feuilles. Ce liquide visqueux et très sucré constitue un apport nutritif important, surtout lorsque les sources florales deviennent rares. On observe alors les papillons parcourant le feuillage des arbres pour aspirer ces gouttes nutritives.

Les mâles adultes ont également besoin de sels minéraux, qu’ils puisent sur les sols humides. On peut aussi les voir sur des fruits en décomposition, des cadavres de petits animaux ou sur des excréments, d’où ils extraient des nutriments essentiels. Ces sels minéraux leur servent à améliorer la qualité de leur sperme et leur succès reproducteur. L’eau qu’ils absorbent de cette manière aide aussi à réguler leur température interne lors des journées chaudes. Ce comportement de regroupement sur les zones humides porte le nom de puddling chez les lépidoptères.
Plantes hôtes
L’Azuré des nerpruns utilise une grande diversité de plantes au stade de la chenille. La femelle dépose ses œufs de manière isolée sur les boutons floraux de nombreuses espèces comme le houx, le lierre, le fusain, les cornouillers, la luzerne, la salicaire, la callune ou encore les nerpruns. Cette diversité de ressources explique pourquoi ce papillon fréquente aussi bien les jardins urbains que les lisières forestières ou les zones de landes.
L’utilisation de ces végétaux suit le rythme des saisons afin de garantir une nourriture fraîche aux larves. Au printemps, la première génération choisit principalement le houx, le fusain d’Europe ou les nerpruns. La seconde génération, qui se développe en été, privilégie souvent le lierre grimpant ou la ronce. Cette alternance assure une ressource constante au fil de l’année.


Une particularité biologique marquée de cette espèce réside dans le régime alimentaire de la chenille. Celle-ci consomme en priorité les fleurs et les jeunes fruits en formation plutôt que les feuilles. Ces organes végétaux sont plus riches en protéines et en sucres, ce qui favorise une croissance rapide.
Ce comportement influence également le camouflage de la larve. La chenille adopte souvent une coloration proche de celle des boutons floraux de la plante hôte. On observe ainsi des chenilles verdâtres sur le houx ou plus brunâtres sur le lierre. Cette ressemblance avec le support nourricier la protège des prédateurs comme les oiseaux ou les guêpes.
Ce régime impose toutefois une contrainte temporelle forte au papillon. La femelle doit synchroniser sa ponte avec la période de floraison des plantes hôtes. Si les fleurs fanent trop vite, la ressource disparaît pour la chenille. C’est pour cette raison que l’espèce utilise une grande diversité de végétaux selon les saisons.
Cycle de vie
Parade et accouplement
Le cycle débute par la parade nuptiale qui se déroule souvent à la cime des arbres ou des arbustes. Le mâle patrouille toute la journée sur son territoire et poursuit toutes les femelles qui entrent dans son champ de vision. Si celle-ci est réceptive, le couple se pose sur un feuillage pour l’accouplement. Durant cette phase, le mâle transmet un spermatophore riche en nutriments et en sels minéraux à la femelle. Ce cadeau nuptial renforce la vitalité de la future ponte.

Une fois que la fécondation est terminée, la femelle recherche les boutons floraux de sa plante hôte. Elle dépose ses œufs de manière isolée, un par un, directement sur les calices des fleurs encore fermées. Ce choix stratégique permet à la jeune larve d’accéder immédiatement à une nourriture riche dès sa sortie de l’œuf.
En Europe, l’espèce est dite bivoltine, car elle produit deux générations par an.
Chenille
La chenille de l’Azuré des nerpruns possède une silhouette très particulière que les entomologistes qualifient de limaciforme. Ce terme signifie que son corps adopte une forme compacte, ramassée et légèrement bombée, ce qui lui confère une ressemblance frappante avec une petite limace. Contrairement à de nombreuses larves de lépidoptères, son dos est nettement arqué tandis que sa face ventrale reste totalement plane. Cette structure lui permet de s’appliquer étroitement contre la surface des boutons floraux pour optimiser son camouflage.

(Illustration réalisée par IA)
L’ancrage de la larve sur le végétal est assuré par une semelle de soie très discrète qu’elle tisse sous son ventre. Ce tapis soyeux lui offre une adhérence maximale, même sur les surfaces lisses ou verticales des tiges de houx ou de lierre. Cette fixation solide est vitale car elle évite la chute de l’insecte en cas de vent fort ou de fortes pluies.
La chrysalide
La nymphose débute lorsque la chenille cesse de s’alimenter et quitte sa plante hôte. Elle recherche alors un support stable, comme une feuille morte au sol, une crevasse dans l’écorce ou la face inférieure d’une branche de lierre. Pour s’y fixer, la larve tisse un petit coussin de soie ainsi qu’une fine ceinture de fils qui entoure son corps. Ce dispositif de sécurité maintient la chrysalide fermement plaquée contre son support et empêche toute chute accidentelle.
La chrysalide elle-même possède une forme très trapue, arrondie et de petite taille, ce qui rappelle la silhouette de la chenille limaciforme. Sa coloration est généralement d’un brun clair ou d’un ocre jaunâtre, avec de petites taches sombres qui imitent la texture de l’écorce ou des débris végétaux. Ce camouflage passif est sa seule défense contre les prédateurs car elle ne dispose d’aucun moyen de fuite. Sa cuticule est solide et protège les organes internes qui se réorganisent complètement durant la métamorphose.
La durée de ce stade varie selon la saison et la génération du papillon. Pour la première génération du printemps, la chrysalide se développe rapidement en deux ou trois semaines environ. En revanche, la seconde génération qui se forme à la fin de l’été ou en automne entre en diapause. Elle passe tout l’hiver sous cette forme protectrice, fixée à son support, et n’éclot qu’au retour des beaux jours en avril. Cette résistance au froid assure la survie de l’espèce malgré les températures négatives.
Taxonomie
L’Azuré des nerpruns a été décrit et nommé par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom initial de Papilio argiolus.
Le nom de genre Celastrina a été créé en 1907 par l’entomologiste américain James William Tutt.
La famille des Lycaenidae a été proposée en 1819 par l’entomologiste anglais William Elford Leach.
Étymologie
Le nom de genre Celastrina provient du mot grec Kelastra. Ce terme désigne le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus), qui est l’une des plantes hôtes pour la première génération de chenilles au printemps.
Une autre source scientifique estime que le nom Kelastra ou Kelastros fait aussi référence à un arbre du genre Rhamnus, le groupe des nerpruns, qui représente une autre ressource essentielle pour la larve.
L’épithète argiolus est un diminutif d’Argus. Ce nom fait référence aux ocelles sur les ailes du papillon qui rappellent des yeux. Dans la mythologie grecque, Argus était un géant qui possédait cent yeux, ce qui en faisait un gardien infatigable. L’utilisation du suffixe latin « -olus » indique une version miniature ou plus délicate des attributs du géant. En effet, l’Azuré des nerpruns présente des points noirs beaucoup plus fins et discrets sur le revers de ses ailes que l’Argus bleu classique.
Pour son nom vernaculaire le plus courant, l’Azuré des nerpruns, l’explication est simple. Le terme Azuré pointe la couleur bleue caractéristique des ailes, tandis que le mot nerpruns met l’accent sur l’une des plantes hôtes du papillon. En France, l’espèce dispose de plusieurs autres noms comme l’Argus à bandes noires ou l’Argus bordé. Ces appellations décrivent la large bordure sombre qui souligne l’extrémité des ailes antérieures chez la femelle.
Les noms à l’étranger
L’Azuré des nerpruns possède une grande variété de noms à l’étranger qui reflètent souvent ses caractéristiques physiques ou ses plantes hôtes locales. Chez nos voisins anglophones, ce papillon se nomme Holly Blue. Cette appellation met l’accent sur le houx, qui constitue l’une des ressources végétales majeures pour la première génération de chenilles au printemps. En Allemagne, les naturalistes utilisent le nom Faulbaum-Bläuling. Ce terme désigne littéralement le Petit Bleu de la bourdaine, ce qui souligne l’importance de cet arbuste dans le cycle biologique de l’insecte outre-Rhin.
Les pays latins utilisent des dénominations qui rappellent l’étymologie scientifique de l’espèce. En Italie, le papillon porte le nom de Azzurrina dei rhamni, tandis qu’en Espagne, on le désigne sous le nom de Celastrina. Ces appellations pointent directement vers les nerpruns ou vers le nom de genre créé par James William Tutt. Aux Pays-Bas, l’insecte s’appelle Boomblauwtje, ce qui se traduit par Petit Bleu des arbres. Ce nom illustre parfaitement le comportement de ce lycénidé qui vole souvent à la cime des arbustes et des haies, contrairement à de nombreux autres azurés qui restent proches du sol.
*Apex : Chez les papillons l’apex est la partie de l’aile la plus éloigné de la base (le bout de l’aile ) .
*Limaciforme : qui a la forme d’une limace
