- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Erebidae
- Sous-famille :Arctiinae
- Genre : Euplagia
Petite histoire
L’histoire de l’eupatoire vaut le coup d’être raconté. Je me promenais en moto il y a quelques années sur les hauteurs du beaujolais (entre Pruzilly et Cenves) lorsque j’ai traversé un nuage de papillons. Étonné par ce rassemblement important, je me suis arrêté. En observant le bord de la route, j’ai vu que tous les papillons se posaient sur la même plante pour la butiner. Il y avait beaucoup d’écailles chinées, mais aussi plusieurs papillons diurnes comme l’amaryllis, le citron ou le tabac d’Espagne. Intéressé par cette plante qui attirait autant les papillons, j’en fis une bouture et de retour chez moi je trouvais son nom. Il s’agissait de l’eupatoire à feuilles de chanvre ou eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum).

Depuis, la bouture s’est multipliée et j’ai planté des eupatoires un peu partout au jardin des oiseaux. Par expérience, j’ai remarqué que celles qui se trouvaient dans une lumière légèrement ombragée attiraient plus les écailles chinées que celles qui étaient en plein soleil.
Je suis revenu régulièrement les années suivantes à cet endroit en espérant retrouver ce spectacle étonnant, mais les jardiniers de cette commune étaient passés avant moi et avaient rasé toutes les eupatoires qui se trouvaient le long de la route. Les papillons ne sont pas les bienvenus dans toutes les communes. Ou tout du moins, ils ne sont pas une priorité.
J’ai aussi appris récemment que certains appelaient l’Eupatoire , « l’herbe aux papillons » et que ses feuilles étaient autrefois réputées pour leur vertu cicatrisante et leur racine pour le pouvoir purgatif. On dit que les animaux viennent s’y frotter pour soigner leurs plaies. Rabelais, lui-même , la cite dans son « Tiers livre » lorsqu’il parle de son herbe imaginaire, « le pantagruelion ». Il nous explique que le bon moment pour cueillir racines et feuilles est « lorsque les cigales commencent à s’enrouer » .


Présentation
L’Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria) appartient à la famille des Erebidae, l’un des plus vastes groupes de papillons nocturnes. Cette famille rassemble plus de 24 000 espèces décrites dans le monde, réparties en un grand nombre de genres. En France, elle est représentée par plus de 150 espèces. On y rencontre notamment le Bombardier (Atolmis rubricollis), l’Écaille martre (Arctia caja), la Lithosie plombée (Lithosia complana), la Mariée (Catocala nupta), le Camaïeu (Catocala electa) ou encore la Queue-fourchue (Dicranura vinula).
L’Écaille chinée fait également partie de la sous-famille des Arctiinae. De nombreuses espèces de ce groupe possèdent des organes tymbaliques situés sur le thorax, capables d’émettre des ultrasons lorsqu’ils vibrent. Ces émissions sonores jouent un rôle défensif face aux chauves-souris, et peuvent, chez certaines espèces, perturber leur système d’écholocalisation. La détection des ultrasons repose, quant à elle, sur des organes tympaniques distincts situés au niveau de l’abdomen.

Elle appartient enfin au genre Euplagia. Toutes les espèces de ce groupe possèdent des ailes antérieures ornées d’un motif géométrique de bandes obliques blanc crème sur un fond noir aux reflets vert bleu. Les ailes postérieures sont rouge orangé et marquées de points noirs, caractère typique du genre. Cette vive coloration constitue un signal d’avertissement destiné aux prédateurs : elle indique la possible toxicité ou la mauvaise saveur de l’insecte.
Bien que classée parmi les papillons nocturnes, l’Écaille chinée est fréquemment active en plein jour, notamment lors des fortes chaleurs estivales.
Description
L’Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria) est un papillon de taille moyenne, avec une envergure comprise entre cinquante et soixante-cinq millimètres. Son corps est typique des Arctiinae. Sa tête, relativement petite, porte des yeux composés noirs bien développés et des antennes filiformes qui ne se terminent pas en massue comme celles des rhopalocères. Le thorax est blanc crème et présente une bande longitudinale noire qui contraste avec le reste du corps.
Les ailes antérieures sont triangulaires et présentent un motif contrasté de bandes obliques blanc crème sur fond noir aux reflets verdâtres ou bleuâtres, rappelant les zébrures et assurant un camouflage lorsque le papillon est au repos. Les ailes postérieures restent masquées sous les antérieures et révèlent un rouge orangé vif ponctué de taches noires lorsque le papillon se sent menacé. Les nervures des ailes forment un réseau solide qui assure rigidité et flexibilité.


L’abdomen est orange sur le dessus et crème sur le dessous. Il porte plusieurs rangées de petits points noirs sur le dessus, le dessous et les côtés, qui soulignent les segments et renforcent l’effet visuel lorsque le papillon déploie ses ailes. Les trois paires de pattes sont bicolores, alternant le noir et le blanc. La première paire sert surtout à se maintenir et à sentir le support.
Au repos, l’Écaille chinée a la forme d’un triangle. Les ailes postérieures rouges ou orangées restent dissimulées sous les antérieures noires zébrées de blanc, mais elles apparaissent lorsqu’elle butine ou s’alarme. Ces couleurs éclatantes sont dites « aposématiques » car elles avertissent les prédateurs d’un éventuel danger ou d’une toxicité.
Alimentation

Plantes hôtes
La femelle de l’Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria) choisit avec soin les plantes sur lesquelles elle dépose ses œufs. Les orties (Urtica dioica) comptent parmi les plantes fréquemment utilisées. La femelle pond également sur des épilobes (Epilobium), des lamiers (Lamium), la sauge des prés (Salvia pratensis) ou encore sur des plantes du genre Rubus, comme le framboisier. Dans les milieux plus secs, d’autres supports peuvent être retenus : le Séneçon de Jacob (Jacobaea vulgaris), la Petite pimprenelle (Sanguisorba minor) ou la Vipérine commune (Echium vulgare).


Ces plantes sont nommées par Heiko Bellmann dans son livre de référence « Mais quel est donc ce papillon ».
la ponte peut parfois avoir lieu sur des arbustes tels que le noisetier (Corylus avellana) ou le chèvrefeuille (Lonicera).
Cycle de vie
Le réveil printanier des chenilles
Alors que la majorité des papillons émergent au printemps, l’Écaille chinée consacre cette période à sa croissance larvaire. Après avoir passé l’hiver cachée dans la litière au stade de jeune larve, elle reprend son activité dès le mois de mars. Cette phase printanière est cruciale : la chenille s’alimente de façon intensive sur les jeunes pousses d’orties, de lamiers ou de sauge des prés. Cette alimentation permet d’accumuler les réserves nécessaires à sa transformation.

La chenille de l’Écaille chinée est facilement reconnaissable, surtout lors de son dernier stade de croissance au printemps. Elle possède un corps robuste, d’un noir profond, qui met en valeur ses attributs colorés.
La chenille possède un corps robuste d’un noir profond. Une bande dorsale continue, de couleur crème à jaune pâle, souligne toute sa longueur. Des taches blanches éparses marquent les flancs. Des verrues orange vif parsèment le tégument de manière régulière. De chaque saillie partent des touffes de soies grisâtres à brunâtres. La tête est d’un noir brillant et lisse.
Ce n’est qu’au mois de juin qu’elle s’isole dans un cocon de soie lâche pour entamer sa nymphose.
Pour sa transformation, elle ne s’enterre pas profondément mais gagne le sol ou les replis de la litière végétale. Elle confectionne un cocon de soie lâche, souvent entremêlé de débris végétaux ou de mousse.
À l’intérieur de cet abri, elle se métamorphose en une chrysalide d’un brun roussâtre luisant. La cuticule est lisse et protège l’organisme durant environ quatre semaines. Cette étape marque la réorganisation complète des tissus internes. L’émergence du papillon adulte se produit ensuite au début de l’été, marquant la fin de la période d’immobilité.
Parade nuptiale et accouplement
L’émergence des adultes a lieu au cœur de l’été, entre juillet et août. la priorité devient alors la reproduction. La parade nuptiale débute généralement au crépuscule. La femelle émet des phéromones puissantes pour attirer les mâles. L’accouplement se déroule sur la végétation, souvent à l’abri sous une feuille. Les individus restent unis durant plusieurs heures abdomen contre abdomen pour assurer le transfert du spermatophore.
Peu après la fécondation, la femelle recherche des milieux frais pour déposer ses œufs. Elle les dispose en plaques régulières sur le revers des feuilles des plantes hôtes. Après une incubation d’environ deux semaines, les jeunes chenilles éclosent. Elles commencent à s’alimenter légèrement avant de chercher un abri pour l’hiver, bouclant ainsi le cycle annuel.
Distribution
L’Écaille chinée occupe une vaste aire de répartition qui s’étend sur une grande partie de l’Europe, depuis l’Angleterre et le sud de la Scandinavie jusqu’à la mer Méditerranée. On la rencontre également vers l’est en direction de l’Asie Mineure, du Caucase et du sud de la Russie. Sa présence est également attestée plus au sud, notamment au Liban et en Israël. En France, elle est présente sur l’ensemble du territoire métropolitain, y compris en Corse. C’est un papillon qui colonise des milieux variés jusqu’à environ 1 500 mètres d’altitude, avec une préférence pour les zones boisées claires, les lisières de forêts et les jardins.

Taxonomie
L’écaille chinée a été décrite et nommée par l’entomologiste autrichien Nikolaus Poda von Neuhaus en 1761 sous le nom initial de Phalaena quadripunctaria.
Le nom de genre Euplagia a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jacob Hübner.
La famille des Erebidae a été proposée en 1815 par le zoologiste britannique William Elford Leach.
Étymologie
Le nom de genre Euplagia descend du grec ancien eu (εὖ), qui signifie « bien », « beau » ou « harmonieux », et de plagios (πλάγιος), « oblique » ou « de travers ». Il fait référence aux bandes claires obliques qui traversent les ailes antérieures,
L’épithète quadripunctaria est formée du latin quadri- (« quatre ») et punctum (« point »). Elle signifie « à quatre points » et évoque les quatre points noirs nettement visibles sur le fond rouge vif des ailes postérieures lorsque le papillon ouvre ses ailes. Callimorphe lui vient des mots grecs « Κάλλος » qui signifie « beauté » et du mot « μορφὴ » forme
Le mot écaille vient du latin squama, qui signifie « écaille » ou « plaque mince ». Les premiers entomologistes ont appliqué ce terme à certains papillons qui avaient des motifs sur les ailes en forme de plaque ou d’écailles superposées, comme on peut en voir sur les poissons les reptiles ou les tortues.
Le nom vernaculaire « Callimorphe chinée » dérive du grec kállos (κάλλος), « beauté », et morphḗ (μορφή), « forme », Il met l’accent sur la beauté du papillon. Le qualificatif « chinée » renvoie à un motif mêlé ou marbré, comparable à celui d’un tissu chiné.
On la retrouve également sous l’appellation de « Papillon de Rhodes », en référence à la sous-espèce rhodosensis, célèbre pour ses rassemblements spectaculaires dans certaines vallées ombragées de l’île de Rhodes. Ces concentrations estivales ont largement contribué à sa notoriété.
Le nom « Écaille de l’Eupatoire » associe directement le papillon à l’eupatoire à feuille de chanvre dont il apprecie tout particulierement le nectar .
