Hespérie du faux buis, le plaint-chant ( Pyrgus alveus)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super famille : Papilionoidea
  • Famille : Hesperiidae
  • Sous-famille : Pyrginae
  • Genre : Pyrgus

Introduction

Un papillon qui semble  plutôt rare dans ma région puisque je ne l’ai vu qu’une fois au cours du mois de septembre 2022. Le papillon est considéré comme « en danger » et en forte régression par l’observatoire de la faune de bourgogne.

Présentation

L’Hespérie du faux-buis est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Hesperiidae. Cette famille compte plus de 4 000 espèces dans le monde, dont une quarantaine vivent en France. Parmi celles que l’on rencontre sur le territoire figurent l’Hespérie de l’alcée, l’Hespérie des potentilles, l’Hespérie de l’oreillette ou encore la Sylvaine. Les Hesperiidae se distinguent par leur silhouette trapue, leur tête large, leurs antennes très espacées à la base et terminées par une massue recourbée, ainsi que par leur vol rapide et saccadé au ras du sol.

L’espèce appartient au genre Pyrgus, qui regroupe des papillons dont les chenilles sont principalement liées aux plantes des familles des Rosaceae (rosiers, ronces, potentilles…), des Malvaceae (mauves, guimauves…) et des Cistaceae (cistes et hélianthèmes). Les espèces de ce genre présentent sur le dessus des ailes un damier blanc dessiné sur un fond brun ou grisâtre. La taille et la netteté de ces motifs varient selon les individus et les populations. Ces papillons pratiquent une thermorégulation active. Dès les premières heures de la journée, ils se posent fréquemment, les ailes grandes ouvertes, sur le sol nu ou les pierres afin d’emmagasiner la chaleur du soleil.

Les mâles adoptent également un comportement territorial marqué. Ils choisissent un poste d’observation, souvent une tige sèche ou une pierre, pour surveiller leur territoire, poursuivre les intrus et intercepter les femelles qui le traversent. Les chenilles construisent un abri individuel en repliant une feuille de leur plante hôte qu’elles maintiennent avec des fils de soie. Elles s’y réfugient pendant une grande partie de leur développement.

Description

L’Hespérie du faux-buis est un petit papillon dont l’envergure varie généralement de 24 à 30 mm. Son corps est trapu et robuste, caractéristique des Hespéries.

La tête est presque aussi large que l’abdomen. Elle est recouverte de poils gris blanchâtre qui se prolongent en une épaisse collerette au niveau du thorax. Les yeux sont bruns. Les antennes, largement espacées à leur base, sont annelées de noir et de blanc. Elles se terminent par une massue recourbée vers l’arrière dont l’extrémité est orangée.

Les taches peu séparées et moins marqués sur les ailes postérieures
Les yeux sont bruns. Les antennes, largement espacées à leur base, sont annelées de noir et de blanc.

Le thorax est noir, mais presque entièrement recouvert d’une abondante pilosité gris clair qui lui donne une teinte gris argenté. L’abdomen, de la même couleur, est également couvert de longs poils gris blanchâtre.

Le dessus des ailes est brun foncé. Les ailes antérieures portent plusieurs petites taches blanches bien distinctes. Sur les ailes postérieures, les taches sont moins nombreuses, moins marquées et leurs contours sont souvent moins nets. Elles sont parfois peu séparées et forment une zone blanchâtre presque continue. Les ailes sont bordées d’une frange blanche entrecoupée de petites zones sombres.

Le dessous des ailes est plus clair, sur un fond brun jaunâtre. Les taches blanches y ressortent davantage. Sur les ailes postérieures, une grande tache blanche de forme rectangulaire se distingue près du centre de l’aile. Sa limite interne est assez droite. Les franges restent blanches et entrecoupées de sombre.

Les pattes sont relativement courtes et abondamment recouvertes de fins poils gris blanchâtre.

Alimentation

L’ alimentation de l’imago est principalement constituée du nectar des fleurs des zones rocailleuses et des pelouses sèches. Il butine notamment le thym, l’origan, les scabieuses, les knauties, les centaurées, mais aussi divers chardons et les potentilles. L’adulte est surtout actif aux heures les plus chaudes de la journée.

En complément du nectar, les mâles viennent fréquemment puiser des sels minéraux sur le sol humide, les excréments ou la boue en bordure des chemins. Ils y absorbent notamment le sodium, qu’ils transmettent ensuite aux femelles lors de l’accouplement par l’intermédiaire du spermatophore. Cet apport contribue au développement des œufs et peut en améliorer la viabilité.

Habitat

L’Hespérie du faux-buis fréquente les milieux chauds, très ensoleillés et bien dégagés, principalement en montagne et dans les régions vallonnées. On la rencontre dans les pelouses sèches, les prairies maigres, les terrains rocailleux, les éboulis, ainsi qu’au bord des chemins et à la lisière des bois clairs. Elle apprécie les paysages ouverts où la végétation reste rase et où les pierres ou le sol nu apparaissent par endroits. Ces surfaces, rapidement réchauffées par le soleil, lui permettent de se réchauffer avant de s’envoler.

On l’observe depuis les collines jusqu’en haute montagne, parfois au-delà de 2 500 mètres d’altitude. La fermeture des milieux par les buissons et les arbres lui est défavorable, tout comme l’agriculture intensive, qui fait disparaître les pelouses sèches et les prairies naturelles dont elle dépend.

Plantes hôtes

Les chenilles de l’Hespérie du faux-buis se développent principalement sur les potentilles (Potentilla). En France, elles utilisent surtout la Potentille dressée (Potentilla erecta), mais peuvent également se nourrir de la Potentille printanière (Potentilla neumanniana), de la Potentille argentée (Potentilla argentea) ou de la Potentille des montagnes (Potentilla montana). Dans certaines régions d’Europe, elles exploitent aussi plus occasionnellement quelques hélianthèmes (Helianthemum).

Cycle de vie

Les premiers adultes émergent à la fin du printemps. Les mâles se mettent alors à la recherche des femelles. Après une brève poursuite aérienne, l’accouplement a lieu. Comme chez la plupart des papillons, les deux partenaires restent accouplés pendant un certain temps afin de permettre au mâle de transmettre un spermatophore contenant les spermatozoïdes.

Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs un par un sur les feuilles de la plante hôte. Quelques jours plus tard, les jeunes chenilles éclosent. Elles commencent par grignoter la feuille sur laquelle elles sont nées, puis construisent un petit abri en rapprochant les deux bords d’une feuille grâce à leurs fils de soie. Elles y vivent tout en se nourrissant des feuilles voisines.

(Voir quelques photos de ce comportement dans mon article consacré à l’Hespérie de l’Alcée. https://lejardindesoiseaux.fr/insectes/lepidopteres/hesperie-de-lalcee-carcharodus-alceae/ ))

À l’approche de l’hiver, les chenilles interrompent leur développement et passent la mauvaise saison dans leur refuge de soie. Au printemps suivant, elles reprennent leur croissance avant de se transformer en chrysalide. Quelques semaines plus tard, un nouvel adulte émerge et le cycle recommence.

Chenille

La chenille de l’Hespérie du faux-buis mesure environ 20 à 25 mm à la fin de son développement. Son corps est trapu, de couleur ocre jaunâtre à brun clair, et recouvert d’une fine pilosité qui lui donne un aspect velouté. Sa tête, noire et brillante, est séparée du corps par un fin collier blanc. Comme chez les autres Hespéries, elle vit à l’abri dans une feuille repliée et maintenue par des fils de soie.

Chrysalide

La chrysalide de l’Hespérie du faux-buis mesure environ 15 à 18 mm de long. Son corps est trapu, de couleur gris blanchâtre et recouvert d’une fine pruine qui lui donne un aspect légèrement poudreux. Il est parsemé de nombreuses petites taches noires. Les segments de l’abdomen sont soulignés par des anneaux brun rosé.

Illustration de la chrysalide de l'Hespérie du faux buis  réalidée par IA.
Illustration de la chrysalide de l’Hespérie du faux buis réalidée par IA.

Distribution

L’Hespérie du faux-buis est présente dans une grande partie de l’Europe. On la rencontre de la péninsule Ibérique jusqu’à la Russie, en passant par la France, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et les Balkans. Son aire de répartition se prolonge vers l’est jusqu’à la Turquie, au Caucase et dans une partie de l’Asie centrale.

En France, elle se rencontre aussi bien en plaine qu’en montagne. Elle fréquente surtout les pelouses sèches, les prairies maigres, les coteaux calcaires et les terrains rocailleux. Dans les massifs montagneux, elle peut monter à plus de 2 500 mètres d’altitude.

Les données récentes montrent toutefois que ses populations sont souvent localisées et semblent en régression dans plusieurs secteurs.

Carte GBIF de la présence du plaint chant dans le monde  https://www.gbif.org/fr/species/1949794

Confusions

L’Hespérie du faux-buis peut être confondue avec plusieurs autres Hespéries du genre Pyrgus, Les principales confusions concernent l’Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae) et surtout l’Hespérie de la potentille (Pyrgus armoricanus), deux espèces qui fréquentent parfois les mêmes milieux.

L’identification repose sur l’observation attentive de plusieurs critères, notamment la disposition et la forme des taches blanches des ailes, le dessin du revers des ailes postérieures ainsi que les pièces génitales pour les individus les plus difficiles. Malgré cela, certains spécimens restent délicats à déterminer et nécessitent parfois l’avis d’un spécialiste.

Taxonomie

L’espèce Pyrgus alveus a initialement  été décrite et nommé en 1803 par l’entomologiste bavarois Jackob Huebner  sous le nom Papilio alveus.

Le nom genre Pyrgus a été créé par le même auteur en 1819 à partir de l’espèce type Papilio alveolus, aujourd’hui considérée comme un synonyme de Pyrgus malvae (l’Hespérie de la mauve).

La famille des Hesperiidae a été établie par Pierre André Latreille en 1809.

Étymologie

Le nom de genre Pyrgus vient du grec « πύργος » (pýrgos), qui signifie « tour » ou « rempart ». Selon les auteurs, plusieurs hypothèses ont été avancées. Pour les uns, ce mot ferait référence aux franges blanches entrecoupées de noir. Pour les autres, il évoquerait le dessin blanc qui marque le dessus des ailes brunes. Dans les deux cas, il renvoie à la ressemblance de ces motifs avec des tours crénelées.

L’épithète alveus vient du latin et désigne notamment un plateau de jeu à cases. Comme le nom de genre, il fait référence au dessin en forme de damier qui orne le dessus des ailes.

Le nom « faux-buis » désigne la Polygale faux-buis (Polygala chamaebuxus), qui est l’une des plantes hôtes du papillon.

Le mot Hespérie vient du grec ancien « ἕσπερος » (hesperos), qui signifie « le soir » ou « l’occident ». Il fait référence aux Hespérides, les nymphes du soir de la mythologie grecque, auxquelles les entomologistes ont emprunté le nom de cette famille de papillons.

Le nom vernaculaire « Plain-chant » a été créé en 1762 par l’entomologiste français Étienne Louis Geoffroy. Il ferait référence aux taches blanches des ailes, dont la disposition rappelait les notes de la musique grégorienne, appelée autrefois plain-chant. Créé à l’origine pour l’Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae), ce nom a ensuite été repris par Engramelle en 1779 pour désigner l’Hespérie du faux-buis.

L’Hespérie du faux-buis est aussi appelée « Dé à jouer » en raison des nombreuses taches blanches carrées qui rappellent les faces d’un dé. Elle est également connue sous le nom d’« Hespérie fritillaire », en référence au motif en damier que l’on peut trouver sur les fleurs de fritillaires.

Les noms à l’étranger

Les noms attribués à l’Hespérie du faux-buis mettent en avant deux caractéristiques principales : son aspect en damier et ses plantes hôtes.

Les Anglais la nomment « Large Grizzled Skipper », que l’on peut traduire par « grande Hespérie grisonnante ». Ce nom fait référence à l’aspect grisâtre que lui donnent les nombreuses taches blanches dispersées sur le dessus des ailes. Les Néerlandais utilisent une image voisine avec « Groot spikkeldikkopje », littéralement « grande Hespérie tachetée ».

En Allemagne, le nom le plus répandu est « Sonnenröschen-Würfel-Dickkopffalter », c’est-à-dire « Hespérie à damier de l’hélianthème ». Il associe les deux caractères les plus marquants de l’espèce : le dessin en damier de ses ailes (Würfel, « damier » ou « dés ») et l’Hélianthème, l’une de ses principales plantes hôtes dans une grande partie de son aire de répartition. D’autres noms allemands plus anciens, comme « Halbwürfelfalter » (« demi-papillon à damier »), insistent uniquement sur le motif des ailes.

En Espagne, elle est appelée « Ajedrezada serrana », que l’on peut traduire par « Damier des montagnes ». Ce nom évoque à la fois le quadrillage caractéristique de ses ailes et les prairies montagnardes où l’espèce est particulièrement fréquente.

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