Petite violette (Boloria dia)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Arthropoda
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : Papillionoidea
  • Famille : Nymphalidae
  • Sous-famille :Heliconiinae
  • Tribu : Argynnini
  • Genre : Boloria
  • Sous-genre : Clossiana

Un joli nom pour un beau papillon qui apparait au mois de mai et qui aime se poser sur les fleurs de violettes.

Présentation

La Petite violette est une espèce de lépidoptères qui appartient à la famille des Nymphalidae. Cette famille est la plus importante des papillons de jour.  Elle compte 6 000 espèces dans le monde. 250 volent en Europe et 138 en France. Elle regroupe des papillons célèbres comme le Paon-du-jour, le Vulcain, le Tabac d’Espagne ou encore les différentes espèces de Mélitées. Ce groupe se définit principalement par une atrophie de la première paire de pattes antérieures. Ces membres ne servent plus à la marche, mais ils portent des brosses sensorielles.

Elle fait partie de la tribu des Argynnini. Celle-ci rassemble des papillons dont les ailes présentent des motifs caractéristiques de taches noires sur fond orangé, que l’on appelle souvent nacrés. La plupart des espèces de cette tribu partagent une biologie larvaire commune : leurs chenilles se nourrissent exclusivement de violettes. Un trait distinctif de ce groupe est la présence fréquente de reflets métalliques ou de taches blanches nacrées sur le revers des ailes postérieures. Ces éléments jouent un rôle dans la reconnaissance entre individus ou dans le camouflage.

Petite violette sur aster bleu
Petite violette sur aster bleu

La Petite violette appartient au genre Boloria. Ce genre regroupe des papillons de taille moyenne dont la face supérieure des ailes arbore un motif orangé ponctué de taches noires. La particularité majeure de ce genre réside dans les motifs de la face inférieure des ailes postérieures. Elles sont souvent ornées de taches nacrées ou argentées et de dessins complexes qui permettent de différencier les espèces. Les larves de ce genre sont inféodées aux plantes du genre Viola. Le papillon peut présenter un certain polymorphisme ; les individus varient légèrement en taille ou en intensité de coloration selon les conditions climatiques de leur habitat.

Description

Ce papillon possède une envergure comprise entre 30 et 36 mm. Le dessus des ailes est orange et recouvert de points et de chevrons noirs. L’aile postérieure présente une forme particulière. Son sommet forme un angle très marqué qui avoisine 110 degrés. Cette silhouette est moins ronde que chez ses cousins. Sur le bord des ailes antérieures et postérieures, les taches noires restent bien isolées. Elles ne se touchent pas et alternent avec des zones orange de même dimension. Cet alignement régulier constitue un critère d’identification. Les petites lunules triangulaires noires près de la bordure sont étroites.

Le revers des ailes antérieures est plus pâle. Son apex ( l’extrémité supérieure de l’aile) porte de petites marques nacrées. Le revers des ailes postérieures offre le meilleur critère pour l’identification. Le fond présente une teinte brun pourpré ou violacée. Cette zone porte plusieurs taches d’un blanc nacré très net. L’une d’elles, située au centre, ressemble à une cloche et constitue un critère d’identification fiable . Le long du bord externe, une bordure alterne des taches blanches et des taches sombres

Quelques critères d'identification de la petite violette(Boloria dia)
Quelques critères d’identification de la petite violette(Boloria dia)

Le corps de l’insecte est robuste. Des poils denses et fins recouvrent le thorax et l’abdomen. La tête porte deux antennes filiformes. Celles-ci se terminent par une massue aplatie. Les yeux composés sont volumineux et sombres. L’anatomie des pattes confirme l’appartenance aux Nymphalidés. Les pattes avant sont réduites et repliées contre le thorax. Elles ne servent pas au déplacement. Seules les quatre autres pattes assurent la marche. L’appareil buccal se compose d’une trompe. Elle reste enroulée au repos, mais se déploie pour boire le nectar des fleurs.

Alimentation

Le papillon recherche principalement le nectar des fleurs pour se nourrir. Ce liquide sucré constitue sa source d’énergie majeure. Ses préférences vont vers une grande variété de plantes mellifères qu’il trouve dans les prairies, les lisières ou les jardins.

On l’observe très souvent sur les fleurs de couleur violette ou bleue. Le Buddleia, aussi appelé Arbre aux papillons, attire de nombreux individus. Les centaurées, les chardons, les scabieuses et les knauties font également partie de ses plantes favorites. Comme on le voit sur les photos il apprécie aussi les asters ou les fleurs de Caryoptéris.  Il visite parfois les fleurs de ronces ou de lierre selon la saison et la disponibilité des ressources.

Petite violette (Boloria dia) en train de butiner une fleur de Caryoptéris

En dehors du nectar, l’adulte consomme des sels minéraux et des oligo-éléments. Il trouve ces nutriments essentiels sur le sol humide, au bord des flaques ou sur des matières organiques en décomposition. Ces apports minéraux sont indispensables pour son équilibre métabolique et jouent un rôle important dans sa reproduction.

Plantes hôtes

La chenille consomme principalement des violettes. Elle apprécie particulièrement la Violette des chiens (Viola canina), la Violette des bois (Viola reichenbachiana) ainsi que la Violette de Rivinus (Viola riviniana). Son régime alimentaire inclut également la Violette hérissée (Viola hirta) et la célèbre Violette odorante (Viola odorata). En dehors de ces espèces, la larve se nourrit parfois de la Pensée tricolore (Viola tricolor). Cette diversité de plantes hôtes au sein de la même famille botanique permet à l’espèce de s’adapter à différents types de milieux, comme les bois clairs ou les prairies.

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

Le mâle patrouille inlassablement au-dessus de son territoire pour repérer une partenaire. Lorsqu’il détecte une femelle, il entame une parade nuptiale aérienne. Il vole à ses côtés et diffuse des phéromones pour la séduire. Si la femelle accepte l’union, le couple se pose sur la végétation pour l’accouplement.

Accouplement de Petites violettes (Domaine public ) Photo xulescu_g, CC BY-SA 2.0

Les deux individus s’unissent par l’extrémité de leur abdomen. Durant cette union, le mâle transfère à la femelle une capsule complexe nommée spermatophore. Cette structure contient non seulement les spermatozoïdes pour la fécondation des œufs, mais aussi des nutriments riches en protéines et en sels minéraux. Ces ressources, souvent qualifiées de cadeau nuptial, renforcent la vitalité de la femelle. Elle utilise ces apports pour produire des œufs de meilleure qualité et pour augmenter sa propre longévité. Une fois le transfert terminé, les deux partenaires se séparent et la femelle part à la recherche de plantes hôtes.

Ponte et chenilles

Après l’accouplement, la femelle recherche activement un site favorable pour sa descendance. Elle dépose ses œufs de manière isolée ou par petits groupes. Elle les fixe soit sur la face inférieure des feuilles de violettes, soit sur des supports végétaux situés à proximité immédiate de la plante hôte. L’œuf, de couleur jaunâtre et de forme conique, éclot après une dizaine de jours.

Une fois sortie de l’œuf la chenille part  immédiatement à la recherche de sa plante hôte pour prendre un premier repas. Elle possède un corps sombre, presque noir, orné de nombreuses rangées de tubercules épineux appelés scoli. Ce stade larvaire dure plusieurs semaines et comporte quatre à cinq mues successives. Ces étapes permettent à la larve d’augmenter sa taille de manière significative.

La vie de la chenille et le nombre de générations dépendent étroitement du climat. Selon la température et l’ensoleillement de la région, l’espèce produit deux ou trois cycles par an. Dans les zones plus fraîches ou en altitude, une première génération apparaît au printemps et une seconde au cœur de l’été. Dans les régions plus chaudes, une troisième génération prend son envol jusqu’en octobre.

Le développement des larves s’accélère durant l’été grâce à la chaleur. Pour les générations nées en fin de saison, la croissance s’interrompt. La larve s’abrite alors au sol, dans la litière ou sous les feuilles mortes. Elle entre dans une phase de dormance pour passer l’hiver. Elle reprend son activité et sa nutrition dès le retour du printemps, lorsque les premières violettes repoussent. Ce mode de vie assure la présence du papillon dans son milieu sur une grande partie de l’année.

Chrysalide

Une fois sa croissance achevée, la chenille quitte sa plante nourricière pour trouver un endroit calme et abrité. Elle choisit souvent une tige robuste ou la face inférieure d’une feuille morte située près du sol. Elle tisse alors un petit tampon de soie solide auquel elle s’accroche. Pour cela, elle utilise le crémaster, un appendice épineux situé à l’extrémité de son abdomen. Elle reste immobile dans cette position, la tête en bas, pendant environ vingt-quatre heures. Sa peau se fend alors une dernière fois le long du dos pour laisser apparaître la chrysalide.

Cette enveloppe protectrice possède une teinte brune ou grisâtre. Elle se fond parfaitement dans les débris végétaux de la litière forestière. On observe sur sa surface de petites protubérances et des reflets métalliques discrets. Ces marques cassent la silhouette de l’insecte et trompent la vision des prédateurs. À l’intérieur de cette structure rigide, les tissus de la larve se dissolvent totalement. Les cellules se réorganisent pour former les organes du futur papillon.

La durée de ce stade nymphal reste courte et dépend de la température ambiante. En plein été, l’adulte émerge après une dizaine de jours seulement. Peu avant l’éclosion, la paroi devient translucide. Les motifs orangés et noirs des ailes deviennent alors visibles à travers la membrane. L’enveloppe finit par se déchirer sous la pression du papillon qui s’extrait lentement de son carcan.

Distribution

La Petite violette occupe un territoire immense qui s’étend de l’Espagne jusqu’au Japon. On la trouve dans de nombreux pays comme la France, l’Allemagne ou la PologneElle est aussi présente en Russie  et en Chine. Ce papillon n’apprécie pas les climats très humides ou trop froids, ce qui explique pourquoi il est totalement absent d’Angleterre ou de Suède. On ne le rencontre pas non plus dans le sud de l’Afrique.

La Petite violette n’est pas un papillon migrateur. Elle ne change pas de région selon les saisons et reste fidèle à son secteur toute sa vie. Elle affronte l’hiver sur place, bien à l’abri dans la végétation. La survie de ce papillon dépend donc directement de la protection de son environnement local. Si les prairies disparaissent ou si les buissons envahissent tout l’espace, il ne peut pas s’envoler très loin pour trouver un autre refuge.

Carte GBIF de la présence de la petite violette dans le monde
Carte GBIF de la présence de la petite violette dans le monde

Taxonomie

L’espèce a été nommée et décrite en 1767 « Papilio dia » par le naturaliste suédois Carl von Linné.

Le nom de genre Boloria a été créé en 1900 par l’entomologiste britannique Frederic Moore.

La famille des Nymphalidae a été proposée en 1815 par le zoologiste britannique Constantine Samuel Rafinesque.

La petite violette   porte actuellement  deux noms scientifiques . Elle est nommée « Boloria dia » par ceux (les plus nombreux) qui considèrent que Clossiana et  proclossiana sont  des sous-genres de Boloria  et   Clossiania dia par ceux qui pensent que Clossania est un genre à part qu’il faut distinguer de Boloria.

Étymologie

D’après Jean-Yves cordier, Le nom de genre Boloria ferait référence à la chaine montagneuse des Bolor- tagh appelé aujourd’hui aujourd’hui montagne du Pamir. Moore  était alors conservateur   du musée de la compagnie anglaise des Inde orientales et il aurait choisi ce nom, car tous les papillons  du genre qu’il étudiait alors volaient entre 3500 et 4000 mètres d’altitude.

L’adjectif dia vient de Linné (1767) qui a son habitude a choisi le nom d’une déesse de la mythologie grecque ;

Le nom vernaculaire Petite violette a été donné par le moine entomologiste français  Jacques-louis-Florentin Engramelle. Il fait d’une pierre, deux coups . C’est une  référence aux plantes hôtes du papillon, mais cela fait également allusion aux teintes violettes  que l’on trouve sur les revers des ailes postérieures.

L’adjectif « petite » permet de distinguer la Petite violette de la Grande violette appelé aussi Nacré de la sanguisorbe (Brenthis ino) . les deux papillons  font partie de la famille des Nymphalidae et de la tribu des Argynnini (nacrés) mais l’un est légèrement plus grand que l’autre . la petite violette a une envergure de 32 à 34 mm alors que l’envergure de l’autre  est de 34- à 40mm.

Pour Jean Yves cordier le nom du sous-genre Clossiana serait  un hommage rendu au médecin et bibliothécaire  allemand Johan Friedrich Closs .

Selon une autre source (Gianfranco Colombo) il serait également un hommage, mais cette fois au musicologue belge du XIX e siècle Closson.

La petite violette est aussi parfois appelé le Nacré violet.

Les noms à l’étranger

À l’étranger, les noms  soulignent soit sa morphologie, soit son écologie particulière. Les anglophones utilisent principalement deux noms, Violet Fritillary, qui traduit littéralement son aspect violacé, ou Weaver’s Fritillary, en hommage à l’entomologiste Richard Weaver. En Allemagne, son nom est particulièrement descriptif puisque le terme Magerrasen-Perlmutterfalter désigne le nacré des pelouses sèches, précisant ainsi son habitat de prédilection. Les Italiens et les Espagnols restent plus proches de la nomenclature scientifique en utilisant simplement le nom Dia, faisant écho à la divinité choisie par Linné. Enfin, aux Pays-Bas, il est connu sous le nom de Paarse parelmoervlinder, ce qui signifie le papillon nacré pourpre.

Confusion Boloria dia -Boloria selene

La Petite violette peut être confondue avec plusieurs espèces du genre Boloria qui présentent toutes une couleur orange recouverte de taches et de chevrons noirs. La plus ressemblante est sûrement Boloria selene, aussi appelée le Petit collier argenté. Ces deux papillons partagent les mêmes teintes et une taille similaire. Certains détails permettent pourtant de les différencier, à condition d’observer le dessus et le dessous des ailes. Ce dernier joue souvent un rôle décisif dans l’identification lorsque les parties supérieures sont très proches.

Le plus simple ici pour les reconnaitre est de les regarder vue de dessus. On remarquera immédiatement que les taches noires et les chevrons sont bien plus épais sur la petite violette que sur le petit collier argenté où les marques sont plus fines et les points bien moins gros .  

Petite violette (Boloria dia)
Petit collier argenté (Boloria selene) Domaine public photo Luc hoogenstein, CC BY-SA 4.0

Le dessous des ailes est également différent bien qu’il puisse paraitre similaire à celui ou celle qui n’a pas l’habitude d’observer les papillons  dans le détail . L’œil est un muscle et celui qui ne l’a pas entrainé avant est assez handicapé dans ce genre d’exercice assez précis .

La couleur de fond est différente chez les deux papillons  avec des tons plus sombres chez la petite violette qui possède plus de zones rougeâtres . La partie arrière de ses  ailes est particulièrement sombre et brune avec des gros points noirs  alors qu’elle est plutôt claire et orangé avec des points plus petits chez Boloria selene.

Le petit collier possède  également un point noir caractéristique dans la zone basale (près de la base de l’aile)  qui est absent chez sa cousine . 

 

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