- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Pieridae
- Sous-famille : Coliadinae
- Genre : Colias
Un beau Souci pris hier matin dans l’allée des papillons. Cette allée est bordée des deux côtés par des fleurs « sauvages » qui attirent les insectes bien plus surement que nos fleurs de jardins.
Présentation
Le Souci (Colias croceus) appartient à la famille des Pieridae, un groupe qui rassemble environ 1 100 espèces de papillons à travers le monde. En France, cette famille compte environ 30 représentants. On y rencontre notamment le Citron (Gonepteryx rhamni), la Piéride du chou (Pieris brassicae), l’Aurore (Anthocharis cardamines), le Gazé (Aporia crataegi) ou encore la Piéride de la rave (Pieris rapae).

Le Souci fait également partie de la sous-famille des Coliadinae. Les membres de ce groupe possèdent souvent des couleurs jaunes ou orangées dues à des pigments ptérines spécifiques. Contrairement à de nombreux autres papillons, les espèces de cette sous-famille se posent presque toujours les ailes fermées. Elles sont réputées pour leur vol rapide et puissant, une caractéristique liée à leur tempérament souvent migrateur.
Il appartient enfin au genre Colias. Les espèces de ce genre présentent généralement des ailes dont la couleur de fond varie du jaune pâle à l’orangé vif. Elles se distinguent par une bordure noire sur le dessus des ailes et un revers souvent vert jaune. Le revers des ailes postérieures présente généralement une tache centrale claire ou argentée, dont la forme varie selon les espèces. Chez le Souci, elle est accompagnée d’un petit point qui peut lui donner une forme de huit.
Description
Le Souci (Colias croceus) est un papillon de taille moyenne, avec une envergure comprise entre 42 et 55mm. Sa tête porte des yeux globuleux de couleur verte et des antennes rosées qui se terminent par des excroissances en forme de massue.
Les ailes antérieures sont triangulaires. Chez le mâle, elles présentent un dessus jaune orangé vif avec une large bordure noire continue et un point noir discoïdal. Les ailes postérieures sont plus arrondies et arborent une teinte similaire, bien que souvent plus mate. Elles sont marquées en leur centre par une tache circulaire orangée, présente chez les deux sexes mais souvent plus grande et vive chez la femelle. Le pourtour des ailes est souligné par une fine frange rose. Les nervures forment un réseau solide qui soutient la membrane alaire lors de son vol rapide.

L’abdomen est allongé et segmenté, de couleur sombre sur le dessus et plus claire sur le dessous. Il abrite les organes essentiels liés à la digestion, à la respiration et à la reproduction. Il se termine par les pièces génitales, souvent dissimulées par des écailles terminales. Le thorax est robuste et recouvert d’une pilosité dense, rose sur le dessus et jaune sur le dessous. Les trois paires de pattes sont roses.
Les ailes postérieures sont vert jaune et marquées d’un point central argenté en forme de huit. Cette coloration est cryptique, car elle permet au papillon de se fondre dans la végétation lorsqu’il est au repos.
Certaines femelles présentent une variation génétique spectaculaire appelée forme hélice. Chez ces individus, le jaune orangé typique de l’espèce est remplacé par un blanc crème ou un blanc verdâtre très pâle. Bien que la couleur de fond soit différente, ces femelles conservent la large bordure noire parsemée de taches claires ainsi que la tache circulaire orangée sur les ailes postérieures. Cette forme concerne environ 10% à 15% des femelles.


Il existe également une forme intermédiaire nommée helicina, décrite par l’entomologiste français Charles Oberthür, où le jaune orangé est remplacé par une teinte jaune soufre très pâle. Ces femelles conservent la large bordure noire parsemée de taches claires ainsi que la tache circulaire orangée sur les ailes postérieures.
Le souci peut être facilement confondu avec le fluoré (Colias alfacariensis) ou le soufré (Colias hyale) qui lui ressemblent beaucoup. Distinguer les trois papillons est d’autant plus difficile que la différenciation se fait par le dessus des ailes et que ces papillon ne les ouvrent pratiquement jamais lorsqu’ils se posent. L’accouplement est l’une des rares situations où l’on peut observer le dessus des ailes.
Alimentation
L’alimentation de l’adulte est exclusivement liquide. Il aime particulièrement butiner les fleurs des champs comme le trèfle, la luzerne et le lotier. Il visite aussi fréquemment les chardons, les centaurées, les pissenlits, les asters ou les lavandes. Ce régime lui donne l’énergie nécessaire pour voler rapidement. On peut aussi le voir parfois au sol pour boire l’eau des flaques et y trouver des sels minéraux.

Plantes hôtes
La femelle dépose ses œufs uniquement sur des plantes précises que l’on appelle plantes hôtes. Pour le Souci, il s’agit principalement de la famille des Fabacées. Les chenilles se nourrissent ainsi de luzerne, de différents trèfles, de lotier ou de vesce. Elles apprécient également la badasse, le sainfoin ou la coronille bigarrée. Ces végétaux sont indispensables au développement de la larve car ils lui apportent les nutriments nécessaires à sa croissance.

Migration
Le Souci est un grand migrateur capable de parcourir des milliers de kilomètres. Chaque année, les individus remontent d’Afrique du Nord et du sud de l’Europe vers le nord pour coloniser de nouveaux territoires. Ce vol, souvent rapide et direct, leur permet de franchir des obstacles naturels comme la mer Méditerranée ou la chaîne des Alpes. Les papillons profitent des vents favorables venant du sud qui facilitent leur progression.
Une fois arrivés dans ces nouveaux territoires, les migrateurs se reproduisent immédiatement sur place. Les femelles parcourent les prairies à la recherche de plantes hôtes pour y déposer leurs œufs. Ce développement rapide permet l’apparition d’une nouvelle génération locale en plein été, laquelle peut à son tour poursuivre la progression de l’espèce vers le nord.
Cependant, le cycle migratoire du Souci comporte une part de risque importante. Si les vols printaniers permettent à l’espèce de conquérir une grande partie du continent européen, la migration de retour vers le sud est beaucoup plus aléatoire. De nombreux individus nés au cours de l’été dans le nord de l’Europe ne parviennent pas à repartir avant les premières gelées. Ces papillons, ainsi que leurs chenilles, sont incapables de résister au froid intense et meurent massivement.
La présence de l’espèce en Europe centrale et septentrionale dépend donc entièrement de ces vagues migratoires successives issues du bassin méditerranéen, où les populations parviennent à passer l’hiver et servent chaque année de point de départ à une nouvelle recolonisation.
cycle de vie
Parade et accouplement
Au début du printemps, les mâles et les femelles émergent au même moment. Les mâles font des allers-retours sur leur territoire à la recherche de nourriture et de femelles. Lorsqu’un mâle aperçoit une femelle, il la poursuit et entame avec elle une série de figures aériennes qui constituent la parade nuptiale.
Les deux papillons finissent par se poser. Le mâle cherche alors à se positionner pour placer l’extrémité de son abdomen contre celui de la femelle. Si la femelle est d’accord, l’accouplement a lieu. Si la femelle n’est pas prête, elle ouvre ses ailes et relève son abdomen.

Dans son article sur cette espèce, l’entomologiste Adrian Hoskins décrit ce moment où la femelle repousse les avances du mâle. Il écrit :
En octobre 2009, à Beachy Head dans le Sussex, j’ai observé un mâle se précipiter sur une femelle fraîchement émergée qui était posée. Il a dansé autour d’elle, puis s’est posé derrière elle et a essayé de s’avancer dans l’espace entre ses ailes presque fermées. La femelle a alors ouvert les ailes et relevé son abdomen. Le mâle a essayé de le faire redescendre avec ses pattes antérieures. Au bout de quelques secondes, il a compris qu’elle ne l’accepterait pas et s’est envolé.
Hoskins ajoute que la femelle avait encore les ailes molles, ce qui montrait qu’elle venait tout juste d’émerger. Il s’étonne qu’elle ait refusé le mâle et envisage deux possibilités : soit elle s’était déjà accouplée immédiatement après son émergence, soit elle n’était simplement pas encore prête à accepter le mâle tant que ses ailes n’étaient pas complètement sèches.
Pendant l’accouplement, le mâle dépose dans l’appareil reproducteur de la femelle un spermatophore qui contient les spermatozoïdes ainsi que des substances nutritives. Les spermatozoïdes serviront à féconder les œufs tandis que les nutriments seront assimilés par la femelle et l’aideront à produire ses œufs.
Ponte
La femelle commence à pondre une dizaine de jours après son émergence. Elle recherche alors les plantes dont se nourriront les chenilles. Il s’agit principalement de Fabacées comme les trèfles, la luzerne, les lotiers ou les vesces.
Les œufs sont pondus un par un sur le dessus des feuilles de la plante hôte.
Une femelle peut pondre plusieurs centaines d’œufs au cours de sa vie. Certaines peuvent en pondre jusqu’à environ 600.
Chenilles
Après l’éclosion, la chenille passe son temps à s’alimenter pour accumuler l’énergie nécessaire à sa transformation. D’un vert intense, elle se fond dans le feuillage des fabacées. Elle porte sur chaque flanc une ligne longitudinale blanche soulignée de taches jaunes ou orangées. Son corps est recouvert d’une fine pilosité courte. Sa croissance est ponctuée par quatre mues successives. Au dernier stade, elle mesure environ trente millimètres .
Les chenilles de la dernière génération passent l’hiver dans la végétation. Elles reprennent leur activité au printemps lorsque les températures se réchauffent.

Nymphose
Lorsque la chenille a atteint sa taille maximale, elle cesse de s’alimenter et part à la recherche d’un support rigide pour se métamorphoser. Elle choisit généralement une tige de plante hôte ou un support vertical à proximité. Elle commence par tisser un petit tapis de soie où elle accroche ses pattes postérieures. Elle confectionne ensuite une fine ceinture de soie qui entoure son corps au niveau du thorax et qui la maintient plaquée contre la tige. Une fois solidement amarrée, sa peau se fend une dernière fois pour laisser apparaître la chrysalide. Ce processus, qui transforme un corps mou en une enveloppe rigide, ne dure que quelques minutes. Durant une quinzaine de jours, les tissus de la larve se réorganisent totalement à l’intérieur de cette protection pour former les ailes, les pattes et les organes du futur papillon.
L’éclosion du papillon, ou émergence, se produit généralement par une matinée ensoleillée. Quelques heures avant la sortie, la chrysalide devient transparente et laisse deviner la couleur orangée des ailes repliées. Sous la pression de l’insecte, l’enveloppe se fend au niveau du thorax. L’imago s’extrait alors lentement de son exuvie, la tête la première. Une fois sorti, il doit impérativement trouver un support vertical pour suspendre ses ailes encore molles et fripées. En pompant de l’hémolymphe dans les nervures, il les déploie progressivement jusqu’à ce qu’elles atteignent leur taille et leur rigidité définitives. Après une période de séchage d’environ une heure, le souci prend son premier envol.
Distribution
Le Souci possède une vaste aire de répartition qui s’étend de l’Afrique du Nord et de l’Europe jusqu’en Asie centrale. On le trouve également sur les îles de la Méditerranée, aux Canaries, aux Açores et à Madère. En Europe, il est présent de façon permanente dans les régions méridionales chaudes. Cependant, grâce à ses facultés migratoires, il colonise chaque été le centre et le nord du continent, atteignant parfois la Scandinavie. Ce papillon est capable de s’adapter à des altitudes variées, s’installant aussi bien en plaine qu’en montagne où il peut être observé jusqu’à plus de deux mille mètres d’altitude.

Taxonomie
Le Souci a été initialement confondu avec le Soufré par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le nom de Papilio hyale.
Il a été décrit comme une espèce distincte par l’entomologiste français Étienne Louis Geoffroy et nommé en 1785 dans l’ouvrage d’Antoine-François de Fourcroy sous le nom initial de Papilio croceus.
Le nom de genre Colias a été créé en 1807 par l’entomologiste allemand Johann Christian Fabricius.
La famille des Pieridae a été proposée en 1820 par le naturaliste britannique William Swainson.
Étymologie
Le nom de genre Colias vient d’un surnom de Vénus. Il est aussi lié au nom d’un cap de la côte orientale de l’Attique, en Grèce. Le cap Colias était un promontoire où s’élevait un temple célèbre dédié à Aphrodite. Ce lieu était étroitement lié au culte de la déesse de l’amour et de la beauté. Le qualificatif crocea descend du latin croceus qui signifie « couleur safran ». L’origine est la même que celle de la fleur « crocus » dont on tire l’épice « safran » (Crocus sativus). Son nom vernaculaire « souci » fait référence à la fleur qui a la même couleur jaune orangé que le papillon. Ce nom a été donné par l’entomologiste Geoffroy en 1762.
Son nom vernaculaire « Souci » fait référence à la fleur qui a la même couleur jaune orangé que le papillon. Ce nom a été donné par l’entomologiste Geoffroy en 1762 et s’est progressivement imposé. Le nom de la fleur « souci » viendrait du bas latin solsequi, qui signifie littéralement « qui suit le soleil », parce que ses capitules s’ouvrent et se ferment en fonction de l’apparition du soleil.
En 1779, l’entomologiste Engramelle utilisait le nom « l’Oranger » pour le distinguer du Soufré.
Les noms à l’étranger
À l’étranger, le Souci porte des noms qui rappellent sa couleur ou son comportement migratoire. Les Anglais l’appellent « Clouded Yellow », que l’on peut traduire par « jaune nuageux ». Selon l’entomologiste Adrian Hoskins, ce nom pourrait venir de l’expression « cloud of yellows », c’est-à-dire « nuée de papillons jaunes », en référence aux importantes migrations de cette espèce vers l’Angleterre.
Les Allemands le nomment « Postillon » ou « Wander-Gelbling », que l’on peut traduire par « jaune migrateur ». En espagnol, il est appelé « Colias común », « Colias commun », et en italien « Croceo », qui évoque une couleur jaune safran.
Premier et dernier souci vu au jardin des oiseaux


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Quelques autres photos







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