Le saviez-vous ? Le coût biologique de la beauté

Pourquoi les fleurs élaborées par l’humain perdent-elles leur goût ?

Dans la nature, rien n’est gratuit. Une plante dispose d’une quantité d’énergie limitée qu’elle doit répartir entre sa croissance, sa protection et sa reproduction. Produire de la couleur, du parfum ou du nectar demande une dépense d’énergie considérable. Dans la nature, cet investissement est toujours stratégique : il sert à attirer un partenaire pour la pollinisation.

Papillon aurore mâle sur Cardamine des près
Papillon aurore mâle sur Cardamine des près

Lorsqu’on sélectionne une variété de plante pour développer une l’esthétique qui plait aux humains — des fleurs plus grosses, des pétales multipliés à l’infini ou des couleurs plus saturées — la plante est forcée de détourner ses ressources. Pour nourrir cette croissance visuelle spectaculaire, elle est contrainte de sacrifier ses fonctions vitales.

La disparition des signaux

La perte du parfum est la première conséquence de cette sélection. Les molécules odorantes sont coûteuses à fabriquer pour le végétal et, en privilégiant l’apparence, on éteint sérieusement les gènes responsables des effluves. La fleur devient alors un mirage : elle est visible de loin, mais n’émet plus aucun signal chimique. Elle plaît à l’humain et à son sens de l’esthétique, mais elle devient « muette » pour les pollinisateurs.

Cette mutation des organes se poursuit dans les variétés dites « doubles », où les étamines, qui devraient produire le pollen, se transforment par sélection en pétales supplémentaires. La plante devient ainsi souvent physiquement stérile. Elle n’a plus rien à offrir à l’insecte, car ses réserves nutritives ont été transformées en décor.

Le témoignage du terrain

Après plus de trente ans passés sur le terrain en tant que paysagiste, j’ai pu observer les conséquences concrètes de ces manipulations et j’avais remarqué que les espèces « trop travaillées », sélectionnées uniquement pour leur apparence, étaient plus fragiles et bien moins résistantes que les plantes plus rustiques. Privées de leurs défenses naturelles et de leur vigueur originelle, elles ne survivent souvent que sous perfusion.

C’est la leçon que m’a apprise mon métier, mais c’est aussi, je crois, une loi que l(on pourrait  appliquer à de nombreux domaines.

Chaque avancée en direction d’une esthétique artificielle qui ne sert qu’une catégorie se fait toujours au détriment de l’intérêt de l’ensemble de la troupe.

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