- Règne : Animalia
- Classe : Mammalia
- Ordre : Rodentia
- Famille : Myocastoridae
- Sous-ordre : Hystricognathi
- Infra-ordre : Hystricomorpha
- Genre : Myocastor
Jim et sa famille habitent le long du Fil, un ruisseau qui s’écoule derrière le jardin des oiseaux. Il prend sa source à Berzé-le-Châtel, traverse le cœur du village de La Roche-Vineuse et longe mes deux terrains. Il termine ensuite sa course dans la Petite Grosne qu’il rejoint au niveau de Prissé.
Jim et sa famille y étaient bien avant que je m’installe là et ils y seront, je l’espère, bien après. Les ragondins ont très mauvaise réputation et je suis toujours très surpris par le flot de haine, souvent délirant, qu’il suscite. Comme si ce pauvre animal nous renvoyait à la figure tout ce qu’il y a de moche en nous.

Je vis chaque jour avec lui et sa famille. À part quelques dégâts mineurs, ces animaux restent tout à fait placides et ils ne vous attaqueront jamais sans provocation. Inutile de dire que les quelques dégâts qu’ils occasionnent ne sont rien en comparaison des destructions massives que nous sommes capables de faire pour construire une maison, un lotissement ou une zone industrielle.
Alors oui, Jim aime le goût des pieds de tomates. Il adore aussi les racines de topinambours ou celles de la lysimaque ponctuée. Mais il ne mange jamais toutes les racines, et les topinambours comme les lysimaques repoussent toujours l’année suivante. Pour les tomates par contre, rien à faire, sinon le deuil d’en planter au jardin des oiseaux. Je le sais dorénavant et l’année prochaine je les planterai dans mon propre jardin qui se trouve à quelques kilomètres de là.
Présentation
Le ragondin est le rongeur aquatique le plus emblématique du Jardin des oiseaux. Il appartient à l’ordre des Rodentiens et à la famille des Myocastoridés, laquelle ne compte aujourd’hui qu’un seul genre et une seule espèce vivante. Bien que certains puissent le confondre avec le castor (Castor fiber), celui-ci est plus grand et se distingue immédiatement par sa queue large et aplatie.
Contrairement à ce que l’on croit souvent, le ragondin n’a pas de lien de parenté proche avec les rats. Il fait partie du sous-ordre des Hystricognathes, un groupe qui le rapproche davantage du porc-épic ou du cobaye que des rongeurs de la famille des Muridés.
Unique représentant de son genre, il présente des adaptations étroitement liées aux milieux aquatiques. Il vit dans les zones humides où il trouve une alimentation exclusivement végétale et occupe une place bien particulière au sein des écosystèmes d’eau douce. La majorité des individus sont aujourd’hui anthropophiles et profitent volontiers des ressources offertes par la proximité des activités humaines.
Description
Le ragondin est un rongeur de forte stature, dont la silhouette massive s’adapte parfaitement à la vie aquatique. Son corps mesure généralement 40 à 60 cm, auquel s’ajoute une queue cylindrique et écailleuse d’environ 30 cm, qui sert de gouvernail lors de la nage. Son poids varie entre 5 et 9 kg, ce qui en fait l’un des plus gros rongeurs observables dans nos régions.
Sa fourrure comporte deux couches complémentaires : un duvet dense, qui assure l’isolation thermique, et de longs poils bruns, qui rendent le corps imperméable. Cette combinaison, renforcée par un léger sébum naturel, permet au ragondin de nager dans l’eau froide tout en conservant sa chaleur corporelle.


Photo Basile Morin
Sa tête massive est équipée de petites oreilles, capables de se fermer partiellement sous l’eau, et de yeux hauts, qui lui permettent de surveiller son environnement tout en restant presque immergé. Il possède également de longues moustaches blanches (vibrisses), très sensibles, qui l’aident à détecter les obstacles sous l’eau et à évaluer les plantes qu’il consomme.
Outre ses célèbres incisives orange, le ragondin se distingue par ses pattes arrière palmées, efficaces pour la propulsion dans l’eau, et ses pattes avant non palmées, très agiles pour saisir et manipuler les végétaux. Les griffes sont courtes et solides, adaptées au creusement de terriers dans les berges.
La femelle présente une particularité remarquable : ses tétines sont placées haut sur les flancs, ce qui permet aux petits de s’allaiter même pendant la nage. Chaque portée compte généralement 4 à 6 petits, qui sont semi-nageurs dès quelques jours.
Le ragondin est principalement nocturne, mais peut être actif tôt le matin ou au crépuscule. Il vit sur un territoire restreint, défendant ses terrains de vie et ses terriers, qui mesurent 6 à 7 mètres de long et comportent plusieurs entrées, dont une sous-marine. En aménageant les berges et en rongeant des branches, il crée des micro-habitats favorables à de nombreuses autres espèces aquatiques et riveraines. Les hivers très rigoureux peuvent être dangereux pour lui, car sa queue fragile peut geler, provoquer la gangrène et parfois entraîner la mort.
Dentition
On reconnaît immédiatement le ragondin grâce à ses quatre grandes incisives orange.
Des scientifiques américains se sont penchés sur la raison de cette couleur et ils ont découvert pourquoi les incisives de ragondin ou du castor (orange, elles aussi) étaient si dures (ils sont capables d’abattre un arbre), pourquoi aussi ils n’avaient jamais de caries.
En regardant au microscope, ils ont vu que la structure de l’émail de leurs dents était semblable au tissage d’un panier en osier et que chaque fil était fabriqué à partir de milliers de nano fils. Les scientifiques ont également découvert que ces nano fils étaient collés entre eux grâce à une sorte de colle au fluorure qui contenait un taux très important de fer. Taux qui rend leurs dents bien plus dures que les nôtres. Ce serait donc cette particularité qui donnerait à leurs dents cette charmante couleur rouille.


Habitat
Le ragondin vit dans les rivières, les étangs, les marais et les zones humides, où il construit ses terrains de vie et ses terriers. Ses galeries peuvent mesurer 6 à 7 mètres de long et possèdent plusieurs entrées, dont une sous-marine. C’est un animal sédentaire, qui reste sur une surface relativement réduite, de quelques centaines de mètres carrés.
Il se nourrit uniquement de végétaux, comme les plantes aquatiques, les racines et les jeunes pousses. En aménageant les berges et en rongeant des branches, il contribue à créer des micro-habitats qui profitent à de nombreuses autres espèces aquatiques et riveraines.
De plus en plus, les ragondins s’approchent des zones habitées et tirent parti des ressources offertes par les activités humaines, comme les canaux, les jardins ou les parcelles agricoles. Même si ces aménagements peuvent parfois toucher les infrastructures, les impacts du ragondin restent très limités, bien moindres que ceux des activités humaines, qui transforment les cours d’eau à grande échelle.
Alimentation
Le ragondin est strictement herbivore. Il se nourrit principalement de plantes aquatiques, de racines, de jeunes pousses, de tiges et parfois de fruits ou de légumes cultivés à proximité des zones habitées.
Ses incisives puissantes lui permettent de couper et ronger facilement des tiges coriaces, des racines et même des branches fines. Grâce à cette capacité, il peut atteindre les parties tendres des plantes, qui constituent sa principale source de nutrition.

Il consomme également certaines plantes émergentes et semi-aquatiques, comme les roseaux ou les joncs, et se nourrit parfois de cultures agricoles lorsque les ressources naturelles se font plus rares. Cependant, sa présence dans les champs reste généralement localisée et modérée, car il préfère les zones humides proches de l’eau pour rester protégé et approvisionné.
L’alimentation du ragondin est intimement liée à son habitat : il trouve à la fois refuge et nourriture dans les berges, les marais et les rivières, et contribue par ses activités à façonner un écosystème riche, où d’autres espèces peuvent profiter des plantes et des micro-habitats qu’il crée.
Les raisons de sa présence
Originaire d’Amérique du Sud, le ragondin a été importé en Europe au cours du XIXe siècle. À cette époque, l’industrie de la mode recherche des alternatives abordables aux fourrures de luxe comme celle du castor. Ce rongeur devient alors une marchandise enviée. Des élevages s’installent partout sur le continent pour répondre à cette demande croissante. Cependant, le déclin de ce marché après la Première Guerre mondiale entraîne la fermeture de nombreuses structures. Les populations que l’on trouve aujourd’hui descendent d’animaux qui se sont échappés de ces enclos ou qui ont été relâchés intentionnellement par des éleveurs en faillite. Inutile de dire que je trouve un peu fort de café que certains humains osent se plaindre des « nuisances » d’animaux qu’ils ont déracinés, importés, exploités, puis abattus pour les dépecer et vendre leur fourrure. Cette situation révèle notre incapacité à assumer la responsabilité de nos actes passés. Le ragondin n’a jamais demandé à quitter ses marais natals. Il a simplement réussi à survivre et à s’adapter à un environnement que nous lui avons imposé.
Distribution
À l’origine, l’aire de répartition naturelle du ragondin se limite exclusivement à l’Amérique du Sud. On le trouve alors dans les zones humides du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et du sud du Brésil. Cependant, l’intervention humaine modifie radicalement cette présence géographique au cours des deux derniers siècles. Suite aux introductions volontaires pour l’industrie de la fourrure, l’espèce colonise aujourd’hui de nombreux continents.

En Europe, le ragondin s’établit désormais de manière permanente dans presque tous les pays, à l’exception des régions les plus froides du Grand Nord. Il occupe la majeure partie du territoire français où il colonise les réseaux hydrographiques, les marais et les étangs de plaine. Sa présence s’étend également à l’Amérique du Nord, à l’Asie centrale et au Japon. Cette expansion mondiale s’explique par la grande capacité d’adaptation de l’animal et par l’absence de prédateurs naturels dans ces nouveaux environnements. Au Jardin des oiseaux, il réside toute l’année sur les berges du Fil.
Taxonomie
Le ragondin a été décrit et nommé par le naturaliste chilien Juan Ignacio Molina en 1782 sous le nom initial de Mus coypus.
Le nom de genre Myocastor a été créé en 1792 par le naturaliste britannique Robert Kerr.
La famille des Myocastoridae a été proposée en 1917 par le zoologiste américain Gerrit Smith Miller Jr.
Étymologie
Le nom de genre Myocastor provient des mots grecs mus (souris) et kastôr (castor). Cette dénomination souligne sa ressemblance avec ces deux espèces. Le qualificatif coypus constitue la latinisation du nom vernaculaire qu’il porte en Amérique du Sud, où les populations locales l’appellent coypu ou coïpou. Le terme américain coypu descendrait des mots indiens co (eau) et ipun (se déplacer majestueusement).
L’origine du nom vernaculaire ragondin reste peu connue. Même si l’on a tendance à penser qu’il vient des mots rat et gondin, il semblerait que le terme soit apparenté au vieux mot raconda. Ce dernier descendrait lui-même du terme américain racoon qui désigne le raton laveur. Jusqu’en 1869, le mot ragondin s’écrivait rat-gondin. La nomenclature historique du ragondin témoigne des hésitations des premiers naturalistes face à cet animal inclassable. Le nom de genre Mastonotus, aujourd’hui tombé en désuétude, provient des mots grecs mastos (mamelle) et notus (connu). Ce terme souligne une curiosité biologique majeure : les huit mamelles de la femelle se situent haut sur les flancs, ce qui permet aux petits de s’allaiter sans interrompre la nage maternelle.

Parallèlement, le nom nutria descend de l’espagnol et désigne initialement la loutre. Cette appellation fut attribuée au rongeur par analogie avec ce prédateur aquatique. Le monde anglophone a conservé ce terme pour nommer l’animal.
Le terme Myopotame puise ses racines dans le grec mus (souris) et potamos (fleuve). Les dénominations potamys, qui fut une autre appellation du ragondin, ou hydromys, qui définit un rongeur aquatique distinct, suivent ce même modèle étymologique. L’appellation castor du Chili rappelle l’origine géographique de l’animal au sein de son habitat naturel sud-américain. De la même manière, on utilise parfois le nom de castor de la Plata, car de nombreux spécimens destinés à l’Europe provenaient de cette ville portuaire d’Argentine.
Les noms à l’étranger
Le ragondin porte des noms variés selon les pays, qui reflètent souvent ses caractéristiques physiques ou son origine géographique. En Amérique latine, son continent d’origine, les populations utilisent principalement le terme coypu. Les anglophones emploient également ce mot, bien qu’ils désignent aussi l’animal sous le nom de nutria, un terme qui signifie loutre en espagnol. En Allemagne, les habitants le nomment Biberratte, ce qui se traduit littéralement par rat-castor. Les Italiens utilisent le mot nutria, tandis qu’aux Pays-Bas, l’animal se nomme beverrat. Cette diversité de noms montre que chaque culture a tenté de définir ce rongeur en le comparant aux espèces aquatiques qu’elle connaissait déjà.
