Le saviez vous?
Les oiseaux adaptent leurs stratégies parentales en fonction de l’environnement. En plus d’apprendre à leurs petits comment faire face aux multiples dangers qu’ils vont forcément rencontrer, ils modifient eux-mêmes leur propre comportement.
Des recherches* ont montré notamment que les parents, par exemple, réduisaient le nombre d’allées et venues au nid pour nourrir les petits lorsqu’un prédateur se trouvait dans le coin. Une stratégie payante, puisque le risque d’attirer le prédateur vers soi ou vers le nid est moins grand.

Les travaux scientifiques ont également montré que les espèces qui vivaient le plus longtemps avaient tendance à faire passer leur propre sécurité en premier. Elles réduisaient notamment les visites lorsqu’un épervier, qui s’attaque aux adultes, était dans le coin, alors que les espèces dont la vie était plus courte et qui pondaient un grand nombre de petits avaient tendance à privilégier la sécurité de leur descendance. Elles réduisaient leurs déplacements lorsqu’un Geai des chênes, qui s’attaque aux nids, se trouvait dans les parages.
L’objectif de la nature est ici de favoriser la perpétuation des espèces. Comme pour la fidélité et l’infidélité, le fait de protéger les petits ou de se protéger soi-même entre dans le cadre de l’optimisation des naissances. Ce comportement est dicté par ce que les biologistes nomment la « valeur résiduelle de reproduction ». On est loin des notions de moralité ou d’immoralité que nous plaquons en général sur ces phénomènes.
Une espèce qui vit longtemps pourra se reproduire de nombreuses fois et mettre au monde de nombreux juvéniles. Chaque couvée ne représentant qu’une fraction de son potentiel total, il vaudra mieux, dans ce cas, sacrifier une couvée en sachant que de nombreux petits pourront être mis au monde par la suite. Au contraire, une espèce dont la durée de vie est courte ne pourra se reproduire que peu de fois ; la couvée actuelle représente alors souvent l’unique chance de transmettre ses gènes. Les parents auront donc plus intérêt à protéger leurs petits qu’eux-mêmes.
Il existe également un signal sonore spécifique appelé « cri d’alarme » que les parents modulent selon le danger. S’il cible le nid, le cri est plus strident pour inciter les juvéniles à l’immobilisme réflexe, les rendant ainsi invisibles aux yeux du prédateur. En général, les deux parents agissent dans le même sens et les espèces qui gèrent le mieux le rythme des visites augmentent clairement leur espérance de vie.

Orites à longue queue juvéniles sur une branche nourries par un des parents. (Domaine public)

Malgré sa toute petite taille, l’Orite à longue queue est particulièrement douée à ce jeu-là. Cette espèce pratique la reproduction coopérative : si un couple échoue dans sa propre nidification, il ne renonce pas pour autant à la saison. Les individus vont souvent aider un couple apparenté (souvent un frère ou un fils) à nourrir ses petits. Cette coopération augmente considérablement les chances de survie de la nichée face aux prédateurs, car le nombre de « vigiles » autour du nid est plus élevé.
Enfin, ces oiseaux construisent l’un des nids les plus complexes du monde aviaire. Il s’agit d’un dôme ovoïde tissé de mousse, de lichens et de toiles d’araignées, tapissé de milliers de plumes. Sa structure est élastique, ce qui lui permet de s’étendre au fur et à mesure que les petits grandissent, tout en offrant un camouflage parfait contre l’écorce des arbres.Les couples savent parfaitement adapter leur comportement et coordonner leurs mouvements pour être le plus discrets possible lorsqu’ils viennent nourrir les petits.
* Thomas E. Martin (Université du Montana), spécialiste de l’évolution des stratégies de reproduction chez les oiseaux.
** Ben J. Hatchwell (Université de Sheffield), est la référence mondiale concernant la reproduction coopérative chez l’Orite à longue queue. Ses recherches ont démontré que chez cette espèce, l’altruisme n’est pas aléatoire : les « aidants » choisissent de nourrir les oisillons d’un nid voisin uniquement s’ils ont un lien de parenté étroit avec eux.
Pour en voir + sur l’orite à longue queue c’est ici : Orite à longue queue
